HISTOIRE UU DIOCÈSE
la vie. Ceux qui restoient de cette sanglante journée furent obligés d^appeler Philippes et Alexandre son fils, qui estoit déjà recongneu entre les belliqueux , affin de les deffendre contre ces guerriers. Mais la chance s'estant tournée, et Sostènes aiant arresté le torrent de leurs armes , Brenne, fasché que Belge eust perdu une si belle occasion de butiner un royaume qui s'estoit enrichi des dépouilles de tout l'Orient , amassa une armée de cinquante mille hommes de pied et douze mille chevaux , avec lesquels estant entré dans la Macédoine, il tua Sostènes, usurpateur du royaume, mit son armée en déroute, et pilla tout le païs, d'où il rapporta un très-grand butiii; mais comme si ce ne luy eust esté assés de se revestir des dépouilles des hommes , il voulut avoir celles de leurs Dieux. Il donna pour cet effet jusques à Delphes, dans la Phocide, où Apollon avoit son temple, basty sur un des fourchons du Parnasse, où toute la Grèce avoit recours pour sravoir son bonheur ou malheur, et y portoit des présents pour obtenir Teffet de ses demandes: il se rua dessus, le pilla, et enleva ce qu'il y trouva de beau et de bon , sans considération de celuy à qui il avoit esté dédié. 11 en porta la peine, veu que le démon, qui se faisoit adorer en ce lieu soubzle nom d'Apollon, excita en l'aèr tant de fouldres et tempestes, qu'il fit tomber sur ces sacrilèges, qu'il ruina la plupart deceste armée, qui avoit donné de la terreur à tout l'Orient (I). Geste disgrâce ne rabbaissa pourtant le courage des autres Gaulois , qui estoient demeurés pour la garde du pays, lesquels, ayant fait corps de quinze mille gens de pied et trois mille de cheval, retournèrent au Macédoine, où s'estant jettes sur l'ai-mée d'Antigone, fils de Démétric, le défirent entièrement ; mais n'ayant sceu user de leur victoire, et s'estant amusés à recueillir le butin près la mer, ils perdirent la gloire de leur conqueste, aiant esté chassés par quelques nautonniers et Macédoniens, qui auparavant la bataille s' estoient retirés avec leurs femmes et enfants dans les forests prochaines ; ce ne fut sans leur vendre assez cher leur victoire , considéré que Lutacie, l'un des chefs des Gaulois, aiant prins sur eux deux navires de guerre, avec trois brigantins, il fit passer ses gens dans l' Asie-Mineure, ou nos Chartrains entre
(1) Polyl). Pausan. Atlien., uhi siip. Justin., lib. XXXII. Plutarch., in Paraît . Diodor., lib. III ot Y.
autres laissèrent la mémoire de leur nom au païs de Dardanie, en la ville de Carina, qu'ils y bastirent ; depuis, aiant ouï parler des progrès que leurs camarades faisoient soubz Léonoric et Euthaire, dans le mesme païs, ils s'advancèrent jusqu*au bras Saint-Georges, où s'estant joints avec Nicomèdes, roy de Bithinie, le remirent en possession de la partie du royaume que Ziboëe, son frère, avait usuiT)é sur luy ; pour récompense, ce prince leur aiant donné la Natolie, ils s'y habituèrent, et la nommèrent Gallo-Grèce , et y introduisirent le langage gaulois, tel qu'on le parloit à Trêves, ainsy que nous l'avons touché ci-dessus au XVIIP chapitre.
Les Gaulois ne se contentèrent d'avoir porté leurs armes si loin, ils les approchèrent plus près contre les Romains, avec lesquels ils eurent de grandes prinses (1). Je ne sçaurois dire si nos Chartrains furent de la partie, pour ce que je n'en trouve rien, jusques à ce que César (2) estant venu pour conquérir les Gaules , ils fui'ent obligés prendre les armes pour leur deffense ; car bien que cest empereur escrive que la Gaule fust divisée en deux ligues ou factions, lorsqu'il y entra, sçavoir : d'Authunois et d'Auvergnats , qui s'entre-faisoient la guerre dès longtems , à qui auroitla préminence sur les autres, et que chacun fit son possible pour attirer ses alliés de son costé ; les Chartrains néamoins, dans la pensée de Strabon (3), estoient très iUustres, et alloient de pair ayec les Auvergnats , durant les guerres desquels ils demeurèrent neutres, soubz l'obéissance de leur prhice.
Les Auvergnats, ayant emporté le dessus des Authimois, par l'assistance d'Arioviste, roy des Germains, qui les vint secourir avec quinze mille combattans, furent cause des guerres qui se firent en Gaules, et enfin de leur perte, d'autant qu'Arioviste, aiant gousté la bonté du territoire Aulhunois, s'y trouva si bien qu'il n'en voulut sortir, et y fit venir de ses païs jusques à vingt mille hommes, qui tindrent les Francs-Comtois, qui s'estoient unis aux Auvergnats, et les Authunois qu'ils avoient vaincus, en une dure servitude, l'espace de quatorze ans.
Ceux-cy, ne pouvant plus souffrir l'insolence des Germains,
(l) Eutrop., lib. V. Orose, lib. VI, ch. 7. — C?) Comment., lib. I. — (3) Lib. IV.