HISTOIRE UU DIOCÈSE
eurent recours aux Romains, qui leur envoièreiit César poiu* les tirer de leurs misères.
Le lecteur remarquera icy, s'il luy plaist, qu'auparavant que les Gaules fussent réduites en provinces par les Romains , qu'elles n'estoient soubz la domination d*un seul, mais estoient distintinguées en Cités ou petites Républiques, qui se gouvemoient chacune selon leurs loix pour la police, quoyque, pour le gouvernement général, ils s'assemblassent tous les ans à Chartres , pour délibérer ce qu'ils avoient à faire. Corneille Tacite compte soixante-quatre de ces cités , qui usoient de mesme langage, loix , coutumes et magistrats, qui avoient leur authorité tellement limitée qu'il ne leur estoit loysible d'outre-passer. Ces villes toutesfois n'estant si puissantes les unes que les autres, les plus foibles se metloient soubz la clientelle et protection des plus fortes, lesquelles, en voulant prendre avantage, furent cause de la division qui arriva entre elles, les unes voulans commander, les autres refusans d'obéir, et un sujet aux Romains de s'en emparer; car, voiant tous ces peuples divisés d*ei:semble, ils les gaignèrent peu à peu, et enfin se rendirent maistres du total.
Tasgetius, issu de la race des roys ou gouverneurs de Chartres, aiant suivy la fortime de César, qui l'avoit recongneu fidèle en toutes ses guerres, et doué d'un grand courage et vertu, l'avoit remis en la dignité de ses ancestres ; à peine en avoit-il jouy trois ans , que les Chartrains, s'estant mutinés contre luy, le tuèrent. César craignant que cette action portast les Chartrains à quelque révolte, dépescha promptement L. Plancus, qui estoit en la Gaule Belgique, avec une légion, pour les tenir en debvoir, et commission d'y prendre son quartier d'hiver, et de luy envoier ceux qui avoient esté cause de ce meurtre, pour en faire justice. Ceux de Sens, leurs alliés, en avoient voulu faire autant àCavarin, sorty de l'ancienne race de leurs seigneurs, qu'ils avoient esleu pour leur roy ou gouverneur; mais, par un plus heureux rencontre, il esluda leurs embusches et s'enfuit vers César. Ceux-cy, avec les Chartrains, prévoiant que leurs entreprinses leur seroient chèrement vendues , et que leur crime ne demeureroit impuny, appelèrent Induciomare, roy de Trêves, à leur secours, résolus de deffendre leur peau contre qui les attaqueroit.
Ce priuce s'estoit acquis une grande authorité parmi les Gaulois, qui passoient par une partie de ce qu'il vouloit, desquels ayant composé une armée, la mena attaquer Labiénus, qui estoit en son quartier d'hyver, et s'y estoit bloqué. Ce capitaine Romain le laissa faire ses approches, et, aiant prins son tems, se jecta sur luy , le tua et mit son aimée en desroute. Il ne mit par ce moyen fin aux troubles, excités par les mutins, veu que les Liégeois, à la suscitation de leur roy Ambiorix, se jectèrent au despourveu sur les légions que César avoit laissées es Gaules, soubz la charge de Sabinus, et les mirent en pièces; ils en eussent fait autant sur une autre conduitte par Q. Cicéron, si César n'eust lui-mesme prîns la peine de venir la deffendre. Tant s*en faut que pour cela la guerre demeurast assoupie, que ceux de Trêves et du Liège la recommencèrent encores plus forte qu'auparavant, dès Tannée suivante. Cela occasionna César d'aller premièrement contre les Sénonois et Chartrains, quiavoient intelligence avec eux, lesquels, aiant receus à composition par l'entremise de ceux de Reims , ausquels ils estoient alliés, il leva une compagnie de leur ville et province, pour mener contre les Ménapiens, qui sont ceux de Gueldres et de Clèves, qui avoient assisté ses ennemis , et n'avoient voulu le recongnoistre ; lesquels il rendit tributaires, print Trêves de force, et la bailla à Cingentorix qui avoit disputé la principauté de Trêves avec Induciomare, pour récompense de sa vertu et de sa fidélité qu'il avoit recongneue en luy , contraignant les Tréverois avec leur roy Ambiorix, se sauver à la fuitte dans les forests prochaines, pour sauver leurs vies. César (1), estimant avoir rendu la paix aux Gaules, et donné ordre partout, s'en alla pour passer son quartier d'hiver en la Lombardie, pour estre plus proche de Rome; sur un faux advis que les Auvergnats et Chartrains receurent qu'il estoit fort empesché en ladite province, levèrent leurs enseignes, sçavoir ceux-là soubz Vercingentorix, ceux-cy soubz Cotuat ou Connetodun, leurs chefs, et se desclarèrent contre luy, pensant recouvrer leur ancienne liberté, conune firent tous les auties Gaulois, excepté ceux de Langres et Trêves. A la nouvelle que César récent de ceste révolte il repassa promptement les monts, et poursuivit les rebelles si vivement que, les
(1) Comment., lib. III.
aiant battus, ils se tindrent cuoys quelque tems, et luy envolèrent les clefs de leurs villes, avec leurs ostages. Plusieurs villes méditoient soubz main une rébellion pour secouer le joug importun des Romains et se mettre en liberté. César, en aiant eu le vent, donna le soin des quartiers d'hiver à Marc Antoine, et partant de Beaune avec sa cavalerie, passa en Berry où commeuçoit rémeute pour estouffer ceste menée dans son berceau, et en empescher le progrès qui eust esté très-préjudiciable aux siens. Au bruit de sa venue, la ligue se dissipa, et chacun s'en retourna chez soy, donnant par leur escartement moyen à César de faire ce qu*il voulut.
Il ne fit grand séjour en Berry, où aiant apporté le cahne par sa présence, et donné aux rebelles l'abolition de leur révolte telle qu'ils la désirèrent, il s'en retourna à Beaime. Il n'y fut pas plus tost arrivé, que les députés de Berry vindrent luy demander secours contre les Chartrains qui leur avoient dénoncé la guerre. César, sans se faire prier, sachant par practique que la diligence est nécessaire à un chef d'armée auquel le dilayement est souvent préjudiciable et luy oste le moyen d'avancer ses affaires, print deux légions et s'en courut à Chartres. Les habitans, qui ne pensoient à rien moins qu'à sa venue, aiant esté avertis de sa marche par leurs espions, s'enfuirent, qui çà qui là, par les forests qui estoient fréquentes en ce pais, nonobstant la riguem* de l'hiver, délibérés de ne l'attendre. Ces nouvelles aiant esté rapportées à César, il s'arresta à Orléans ou Gien, et ne laissa d'envoyer ses coureurs de tous costés, pour les attirer au combat. Pas im ne parut pour les repousser et leur contester l'entrée de leur païs. Ce que voiant, les Romains se retirèrent aux villes voisines de leurs alliés, et César, cependant, tira en Beauvoisis, où il avoit eu avis qu'on remuoit. Aiant mis la paix partout, il marcha contre ceux de Sens, et envoya C. Fabius contre les Chartrains , lesquels , quoyque souvent mattés, n'avoient encores entendu à aucun accord (1). A son approche ils se soubsmirent à luy, et attirèrent avec eux la pluspart des Bretons qui avoisinent l'Océan, avec lesquels ils estoient alliés, lesquels recongneurent Fabius et le receurent pour les Romains.
(1) Orose, lib. VI, cliap. 9.
César craignant que les Beauvoisiens se rebellassent derechef, les aiant toujours recongnu promx^s à se révolter, il laissa Marc Antoine en leur province , et luy print la route de Chartres, en intention de chastier les habitans d'icelle, de la rébellion par eux commise l'année précédente, et, par une punition exemplaire, donner de la terreur aux autres qui voudroient faire le semblable. La crainte toutefois qu'il avoit qu'exerçant la sévérité du chastiment sur plusieurs n'excitast quelque rumeur, il se contenta de prendre Guturnat , chef des mutins , qu'Orose nonmae Domiilaous , qui estoit celuy qui avoit corné la gueri'e conti*e les Romains, pour le faire mourir, et expier par son sang le crime de toute sa ville.
Ce fut au grand contentement de toute la soldatesque, qui rapportoit à son invention toutes les fatigues et traverses qu'ils avoient souffertes en la pluspart des Gaules. César, contre son inclination, mais selon la sévérité des loix romaines, le fit battre de verges, et après luy fit coupper la teste. Orose adjoute qu'il fit pareil traictement à tous ceux qui avoient poilé les armes contre luy, voulant intimider les survivans à ce qu'ils ne fissent le semblable, s'ils ne vouloient encourir mesme peine.
Il ne se fioit que de bonne sorte aux Chartrains , qu'il avoit irrités par ce chastiment, de manière qu'estant sur le point de passer les Alpes , pour aller prendre êon quartier d'hiver delà les monts, il laissa, pour les tenir en bride, quatre légions dans la Gaule Belgique, deux dans l'Authnnois, deux en Touraine, et deux en Limosin , pour rompre et empescher la communication qu'ils pourroient avoir ensemble.
Ayant achevé ses guerres des Gaules, qu'il conquit en moins de dix ans, ou, conune le dit Velleius Paterculus, en neuf estes, il s'en retourna à Rome, où le soubçon d'affecter l'Empire, luy advança ses jours ; car, estant entré au Sénat, les ides c'est-àdire le 15 de mars, il y fut poignardé par Decius Brutus et Caius Cassius, et plusieurs autres, qui avoient complotlé de le faire mourir, et receut vingt-trois coups de dague (1).
Ceste funeste mort, indigne de ce grand capitaine, qui en
(I) Eutrop., lib. V, ch. 5, et lib. IX, cliap. 17. Oros., lib. YI, ch. 17. Suet., in M. César, cli. 80 et 82.
mériloil une plus honorable, pour avoir prins de force, duraut la seule guerre qu'il fit es Gaules, huit cens villes, suijugué ti-ois cens natious, mis d mort un milUun d'hommes, en avoir prins autant, de trois millions qui se présentèrent devant tuy, et avoir beaucoup contribué par ses soins à la splendeur et majesté de l'Empire Romain, arriva Van du moude 4085, selon Vignier, l'an I de la CLXXXr\'' olympiade, et 709 de la ville de Home bastie, 42 ou 43 ans devant la naissance du fils de Dieu en terre.
Octave César, fils de sa sœur, luy succéda; la 27' année duquel nasquit la Vierge bienheureuse qui devoit enfanter, laquelle nos Druides attendoient depuis tant de siècles. C'est où je lermineray ce premier Livre, pour commencer le suivant par la naissance du Sauveur du monde, et autres ensuitte jusques à nostre aage.