CHAPITRE
De la Naissance du Fils de Dieu en terre, et de la véritable année en laquelle il prinl chair humaitte, nasquit et mourut.
IouR donner commeiicemeiil à ce second Livra, je commenceray voloiitiei-s par ces vers du poëte Mantuan(l), quoyqu'escrits par luy à autre dessaiii, qui reviennent néamoins fort bien an mien :
Ultima Cumœi venitjam carminû œtas; Magnus ab integro seclorum nascitur ordo, Jam redit et Virgo, redeunt Saturniu régna, Ja/m nova progenies cœlo demittitur alto.
Car y a-t-il chose qui piiisse mieux convenir à la naissance du fils de Dieu, qui avoil esté, dès le tems de Tarquin l'Ancien, prédite par Amalthée, qu'aucuns appellent Démophile ou Hiéro phile, autrement la Sybile Cumane ou deCumes, de laquelle ce poëte entend parler. Il pouvoit avoir les livres qu'elle avoit composés , mais n'entendant de qui elle vouloit pai'ler, il s'en servoit pour gratifier Salonin , fils de Pollion , auquel il attribuoit ce qui estoit deub à Jésus-Chiîst. Qu'on confère les vers de cest autheur avec ceux de ceste Sybile , rapportés par Stralonic, évesque de Cumes, et Antoine Possevin, en son Traité de la Poésie et Peinture (1), et Ton trouvera que j'ai raison de le dire : je suis en cela l'opinion de S. Augustin , lequel en ses livres de la Cité de Dieu , escrit, parlant de Porphire : Vestra, ut tu ipse scribiSy oracula, sanctuni inimortalemque confessa sunt. De quo etiam Poëta nobilissinius , poëticè quidem, quia in al ternis ohumhrata persona , veraciter tamen, si ad ipsum referas, dixit :
Te duce si qua maiient setter is vestigia nostri^ Irrita perpétua solvent formidinc terras.
Lesquelles paroles ne peuvent estre entendues que de Jésus- Christ, qui seul a payé, par l'effusion de son sang, le deub que nous avions contracté avec l'Enfer par l'offense de nostre premier père , et pom* quoy le Père Eternel voulut qu'il eust nom Jésus, pour ce qu'il desvoit sauver son peuple de ses péchés (2), prérogative qui n'appartenoit qu'à luy seul, comme l'ont bien sceu remarquer S. Chrysostôme et S. Anselme. C'est pourquoy il a voulu, par une dispensation divine, que ce nom de Jésus fust posé sur sa teste au titre de la Croix , affin qu'on sceust qu'il mouroit pour le salut des hommes. C'est ce que veut dire l'Évangéliste S. Matthieu (3) , que les Romains mirent sur son chef la
(1) Stratonicii? et Anton. Posseviniis , lib. X, ch. 27. — (2) Matth., 1. — (3) Matth., 27.
DE CHAUTllES. LIVRE II. 215
cause de sa mort, sçavoii* : Jésus, roy des Juifs y veu que la cause pour laquelle il souffroit l'ignominie de la Croix n*estoit autre sinon qu'il estoit Jésus, c'est-à-dire Sauveur, et qu*il avoit esté ordonné dans le décret divin qu'il mourroit pour satisfaire à Toffense de nostre premier père, et de tous ses descendans qui avoient péché en luy.
Virgile , à la vérité , entendoit dire ( dit Servius ) , par ces vers, que soubz le Consulat d'Asinius Pollio , la paix seroit universelle et les guerres prendroient tin; ce que n'estant arrivé ni devant ni après, ce Consulat, estant tombé soubz le triumvirat d'Auguste, Marc Antoine et Lépide, Tan IV de l'Empire d'Auguste, auquel toutes choses estoient dans une extresme confusion , il est vray de dire que ce n'a point esté d'Asinius Pollio que ces prédictions de la Sybile ont esté faites, mais de Jésus-Christ, lequel, pour montrer qu'il venoit pour faire nostre paix avec son Père, voulut naistre en im tems où la paix estoit universelle par tout l'Empire Romain.
Je ne veux m'amuser à descripre sa naissance ni les actions de sa vie, estant contenues dans les Codes sacrés, mais seulement à déterminer Vannée dans laquelle il a prins chair au ventre de la Vierge (1 ), qu'il est nay et est mort, pour ce que de ceste congnoissance dépend la vérité de nostre chronologie, en laquelle, si on vient à manquer, ce n'est plus une véritable histoire, mais un conte de vieille. Pour éviter donc de tomber en ceste faute, il est besoin de remarquer que les années ont esté comptées diversement par les nations; les uns réduisant Tannée à quatre moys, qui correspondoient aux quatre saisons, comme les Égyptiens, au dire de Solin; les autres à trois, comme les Arcadiens; les autres à six mois. Les Juifs les comptoient par lunes; les Romains, auparavant Numa, la faisoient de treize mois , jusqu'à ce que ce roy Romain les eust remis à dix (2) , composant son an de 354 jours, qui fait l'an lunaire, qu'il commençoit en mars : recongnoissant toutefois une grande inesgalité dans le cours de la lune, il le corrigea et y adjouta deux mois, janvier et febvrier. Mais tous, tant qu'ils ont esté, ne sachans au certain les mouvemens du soleil et de la lune, et à quels
(i) Hugo Floviacensis, in Chronic. ad IvoneinCamol. episc. — (î) Beda, de Ralione temporwn.
instants se faisoient leurs conjonctions et sépai^ations, ils n*ont peu réduire l'an à un nombre de jours asseuré; au contraire, rignorance qu'ils avoient des choses célestes, et des minutes et secondes qu'il faut adjouler ou diminuer pour les réduire à leur point, leur an civil estoit tellement déréglé que, par une succession d'années, Thiver se pouvoit trouver en esté, et l'esté en hiver. Pour à quoy donner quelque remède, Jules César fit venir d'Egypte Sosigènes Alexandrin, très-expert mathématicien de son tems, avec lequel, par Tintercalation de quelques jours et heures, il réduisit Tan à 365 jours et un quart de jour, qui font six heures, augmentant l'année de Numa de onze jours, desquels on a composé l'Epacte, qui n'est que ceste excrescence d'onze jours de l'aimée du soleil par dessus celle de la lune, el par ce moyen conforma l'année au cours du soleil, ainsy que le faisoient les Egyptiens; et ordonna que ces quatre quarts de jour, qui revenoient à vingt-quatre heures, se fist au bout de chaque quatriesme année, en im jour naturel, qu'on intercaleroit sur la fin de juillet, et depuis au déclin du mois de febvrier, sçavoir le VI des calendes de mai*s, auquel jour, pour ce qu'on répétoit le VI des calendes, qui estoit passé dès le jour précédent, ceste année s'appeloit Bissextile ou de Bisseœte, Depuis, ayant esté recongneu qu'il y avoit à redire, et que l'année contenoit seulement 365 jours 5 heures 49 minutes 16 secondes, ou bien, selon Ptolomée, 45 minutes deux cinquiesmes de minute, ou bien encore un centiesme de jour, de manière que, laissant l'année au point où elle estoit, il se trouvoit, par les tables d'Alphonse, roy d'Espagne, 10 minutes d'erreur et 44 secondes, lesquelles, jointes ensemble en 400 ans, faisoient changer les solstices et équinoxes de place et avancer de trois jours, ce qui donna sujet au pape Grégoire XIII , de corriger le calendrier Romain en 1582 et oster dix jours du mois d'octobre, combien qu'il deust en avoir levé plustost quinze, pour y trouver mieux son calcul.
Cest an, ainsy réduit, fut appelle Julian, à cause que Jules César en avoit esté autheur; mais tous les escrivains ne demeurans d'accord de l'an, ni de son institution, il sera à propos de pous en éclaircir, auparavant que passer plus outre, d'autant qu'en aiant prins le nostre, il nous doit ser\ir de règle, pour ce que nous en dirons cy-après.
Censoriii escrit (1) que la correction du calendrier Romain, faite par Jules César, arriva Tan de son troisiesme Consulat, avec M. Emile Lepide, qui fut Tan de la ville de Rome bastie 708, et le 4^ de la CLXXXIIP olympiade, par lesquels on comptoit au précédent; selon Joseph de l'Escale (2), le 3° de ladite olympiade, mais que le premier an Julian ne fut publié qu es calendes de janvier de Tan suivant, 709 de la ville bastie, soubz le 4* consulat dudit César, et le premier bissexte fut seulement en 710, ou comme le veut Baronius, 711 (3), laquelle opinion a plus d'apparence que Tautre , d'autant que le bissexte se faisant seulement de quatre ans en quatre ans , le premier de Tan Julian n'a pu estre plus tost qu'en 711 de la ville bastie, voire en 712. De TEscale l'avance plus tost, et dit qu'il n'y eut point de bissexte, six ans devant et cinq ans après la naissance du fils de Dieu, qu'il dénie, quand et quand, qu'il soit nay en Tannée de bissexte, voulant que ce ne fust qu'en la suivante. Je demeure d'accord qu'Auguste César ayant recongneu que les pontifes de son-tems, qui estoient chargés de soigner à ceste intercalation, en avoient mal fait leur .devoir, faisant leur bissexte seulement de trois ans à la façon des Grecs, et qu'ils avoient intercalé douze ans au lieu de neuf, estant parvenu à la dignité de pontife, pour esviter semblables fautes, ordonna, l'an 39 de son empire, environ trois ans devant la naissance de Jésus- Christ, affin de remettre les choses en estât, qu'on laisseroit escouler douze ans sans aucune intercalation , pour oster trois jours qui se trouvoient de trop, lesquels estant passés , il remit cette intercalation ou bissexte, l'an 8 après la nativité de Nostre-Seigneur, ce qui a esté toujours observé du depuis.
Il est vray qu'encores que les bissextes aient esté gardés , on ne comptoit pas nos années de l'incarnation , nativité ou passion de Jésus-Christ , mais par les consuls et olympiades , ou bien encores par les années de la ville de Rome bastie. Poiu* la première façon de supputer, elle print son commencement avec les Consuls, lesquels ayant esté esleus au lieu des Roy s, qui conunandoient à Rome, et a duré jusques au temps de l'empereur Dioclétian , qui voulust qu'on comptast les années par celles du règne des Empereurs; la seconde manière commença avec
(i) De die Natali, ch. ÎO. - (*?) Joseph Scaliger. — (3) In apparalu.
218 HISTOIRE Dtl DIOCÈSE
certains jeux qu*on faisoit en l'Elide, province du Péloponèse , au solstice d'esté, en l'honneur de Jupiter Olympien, premièrement de cinq en cinq ans, et depuis dé quatre en quatre ans, ausquels ils furent réduits par Iphitus, en Fan du monde 3227 ou 3228 ; la dernière commença aux Palilies , qui estoit la feste de Paies qu'ils disoient estre la mère des Dieux , que les Romains célébroient l'onze des calendes de may, revenant au 21 d'apvril, auquel joiu* Romulus avoit fondé la ville de Rome, Tan 24 ou 25 d'Iphitus, et le premier de la VIP olympiade. Ces manières de compter fm'ent abolies par Denys Petit, qu'on dict Dyonisiu^ exiguus, Scythe de nation, mais abbé à Rome, en l'an 532, qu'il conunença son époche de la Nativité de Nostre-Seigneur.
Tous les autheurs ne demeurent néamoins d'accord d'icelle, et la mettent ou plus tost ou plus tard. F. Antoine Gapel, cordelier, a escrit que le fils de Dieu estoit nay Tan Julian 39; Kepler, l'an Juhan 40; Dekerius, jésuite. Tan Julian 41, soubz le consulat d'Auguste, pour la XIP fois, et Corneille Sulla. Pontac demeure d'accord qu'il est nay l'an 41 d'Auguste, presqu achevé, et le 42® commençant, Tan de Rome bastie 752, mais ne demeure d'accord de ces consuls, qu'il nonmie Auguste pour la XIIP fois avec Plantius Silvanus, indiction IV et l'an 4 de la GXCIV* olympiade. Tertulian dit simplement que ce fut l'an 41 de l'empire d'Auguste, qui revient au 42® de Julian. Severus Sulpitius veut que ç'aye esté l'année d'après, soubz le consulat de L. Passienus et G. Calvisius. Gourdon met ceste naissance plus bas, soubz le consulat de Gn. Lentulus et M. Valerius Messala ou Messalin, l'an 41, commencé par Auguste, et penchant sur son déclin, l'an de Rome bastie 750, et le 3® de la GXGIV* olympiade. De l'Escale escrit que c'a esté l'an 44 de Julian, le 3* de la GXGIV olympiade, le cycle 19 de la lune, le 8 de celuy du soleil , le T de la correction intercalaire du Bissexte , et le 27 de la victoire d'Auguste au promontoire Actique, dit à présent capo Figalo, contre Marc Antoine et Gléopastre, royne d'Egypte. Paul Petau demeure d'accord que Jésus-Ghrist est nay soubz le consulat d'Auguste et de Plantius Silvanus, mais il prétend que c'a esté en l'an 751 de la ville bastie. Bibliander est de mesme opinion que c'estoient les mesmes consuls, et néamoins tient avec Eusèbe et Eutrope que ce fut l'an 42 d'Auguste.
Geste diversité d'opinions se peut concilier, si l'on rejette les
trois premières de Capel , Kepler et Deker, avec celle de TEscale, comme troublant Tordre receu en TEglise. J'estime pom* moy que la vraye année de la nativité du fils de Dieu, fut Tan 43 de Julian, Tan 2" de la CXCIV* olympiade, le 750* de Rome bastie, le 9® du cycle solaire, le 1*^ du lunaire, l'an 41 d'Auguste sur la fin, huit jours devant les calendes de janvier de Tan suivant, auquel Jules César avoit mis le commencement de Tannée Romaine, au lieu du premier jour de mars.
Je prouve mon assertion parce qu'il est certain, ainsy que Gourdon Tasseure, que Jésus-Christ nasquit Tan 750 de Rome bastie, et Tan Julian ayant commencé 708 d'icelle, il est constant que Tan 750 de Rome estoit le 43 de Julian, et partant que Jésus-Christ estant nay Tan 750 de la ville bastie, il est nay Tan 43 de Julian. 11 en est de mesme de Tan 2 de la CXCIV® olympiade, lequel, concourant avec Tan 750 de Rome bastie, et Tan 43 de Julian et le 41® d'Auguste, on ne peut nier qu'il ne soit nay en ceste année-là.
Quand est du 9** cycle solaire, et du 1" du cycle lunaire, il ne s'en peut douter, veu que le cycle solaire ordinaire estant de 28 ans, et le grand de 28 fois 28 ans, qui font 784 ans, en remontant jusqu'à 750 de Rome bastie, depuis Tan 776 de Jésus- Christ auquel le 2* a commencé, il se trouvera que Tannée en laquelle le Verbe éternel print chair en la Vierge, estoit le 9* du premier cycle solaire de la grande année du soleil.
Pareillement pour le cycle de la lune, il se trouvera que c'estoitle l"du cycle décennovenaire. Car si Ton remonte de Tan 532 de Nostre-Seigneur, qui est le dernier du grand cycle Paschal de 532 ans, qui consiste en 28 cycles de chacun 19 ans, il se trouvera certainement que Tan de l'Incarnation et Nativité du fils de Dieu, est le 1" du premier cycle décennovenaire desdits 532 ans.
Je sçay bien que l'abbé Denys, qui a di^essé ledit cycle Paschal, le conunence à la Nativité de Nostre-Seigneur, mettant Tan 2 de ce premier cycle, pour Tan 1*^ de Jésus-Christ, qui pourroit, ce semble, arrester quelqu'un, et luy faire dire que si son opinion estoit véritable, nous nous mescompterions d'un an; mais qui prendi^a garde que Jésus-Christ estoit desjà nay huit jours devant le commencement de Tan subséquent, il demeurera d'accord de ce que je dis.
Quand est des consuls soubz lesquels nasquit le Verbe incamé, la plus probable opinion est de ceux qui disent que ça esté sur la fin du consulat de Cn. Cornélius Lentulus et Messala ou Messalinus Cotta, veu que, comme nous l'avons rapporté cy-dessus, Jésus-Christ estant nay Tan 2 de la CXCIV* olympiade, et Tan 750 de Rome, auquel ces deux estoient consuls, ainsy que la remarqué Gourdon en sa Chronologie, période IX, Tan du monde 4001, il s'ensuit que c'a esté soubz leinr consulat qu'il est nay. Je veux bien que l'an I de Nostre-Seigneui- aie couru tout le tems du IS*' consulat d'Auguste et de Marc Plantius, à la réserve de huit jours sur la fin, sravoir jusques au 25 décembre, auquel jour commença l'an second, de manière que, comme Ton compte les années des Roys du jour de leur avènement à la Couronne, et celles des Papes de leur couronnement, si bien qu'encores qu'il n'y aie qu'un jour, on ne laisse de dire l'an P' du règne d'un tel roy, ou du pontificat d'un tel pape, jusques à l'an révolu, ou a deu commencer le premier an de la Natiiité de Nostre-Seigneur, dès l'instant qu'il nasquit, soubz le consulat de Lentulus et Messala, et le second seulement soubz celuy d'Auguste et de Plantius.
Il y a une difficulté pour le moys et le jour. Un ceiiain Sethus Allemand et Matthieu ou Macé Beroald tiennent que le fils de Dieu est nay au milieu du mois de septembre, au mesme temps de l'équinoxe d'automne ; en quoy ils se contredisent manifestement, d'autant que l'équinoxe revenoit auparavant la correction du calendrier, au 25 du mois, voire le dernier jour d'iceluy, et ainsy ne pouvoit estre au milieu. Toutes les raisons qu'ils allèguent pour fonder leur opinion ne leur peuvent servir, pour estre contre l'Escripture, et la commune croyance de l'Eglise, qui mettent la Natinté du Sauveur du monde, au solstice brumal et le 25 de décembre. S. Epiphane, Paul Orose, Philastrius la reculent de treize jours (1), et disent qu'il nasquit le 6 de janvier, jour de l'Epiphanie, que les Grecs expUquent de l'apparition du fils de Dieu en chair, comme de fait ce dernier commence son année à la présence, c'est-à-dire, à la venue de Jésus- Christ au monde, comptant depuis la captivité de Babilone jus-
(I) Epiphan., Lih, conlra fieres. Orosius, lib. VI, ch. 18. Philastrius, de Heredih.
ques à la présence de Nostre-Seigneur, 430 ans ; à quoy il semble que l'Eglise donne son suffrage, ajoustant à Thymnede Sedulius qu'elle chante ce jour : Gloria tibi, Domine, qui apparuisti hodie, etc. Il ne faut pourtant entendre ceste apparition de la première que Jésus-Christ fit en sa naissance, ainsy qu'il se peut receuillir du pape Pélasge II, lequel, en sa 9** épistre, distingue l'apparition du fils de Dieu au jour de sa Nativité, d'avec la démonstration qu'il fit de son pouvoir et divinité au jour de l'Epiphanie, es trois miracles qu'il opéra à trois diverses fois, le premier faisant paroistre un comète dans l'aër aux trois Mages ou Roy s, pour les conduire jusques dans la crèche de Bethléem, où ils le recongneurent pour Dieu, luy offrant de l'encens, comme remarquent les Pères; le second quand, par l'attouchement de sa chair, il sanctifia les eaux du Jourdain, et institua le sacrement de baptesme, eslevant l'élément de l'eau par dessus sa natiu-e, en le rendant capable de produire un effet surnaturel, qui est la grâce, laquelle netoye nostre âme, comme l'eau fait le corps, ce qu'il n'eust peu faire, s'il n'eust esté Dieu, auquel seul l'institution des sacrements appartient; le troisiesme et dernier, quand il convertit l'eau en vin, aux noces de Cana en Galilée, de façon que ceste apparition estant autre que celle de sa nativité, et l'Eglise croyant que ça esté le 25 décembre qu'il se fit veoir au monde, en sa naissance, nous pouvons croire asseurément avec l'Eglise qu'il est nay le 25 décembre (1).
Je ne m'amuseray point à réfuter l'opinion de ces hérétiques, desquels parle S. Clément Alexandrin (2), qui disoient que le fils de Dieu estoit nay le 25 du moys Pacon, qui est le 15 de may, ni de ceux qui dogmatizoient qu'il estoit sorty du ventre de sa mère le 24 ou 25 du mois de Pharmuth qui est le 20 ou 2 1 d'avril , après ce que je viens de dire.
Reste à sçavoir le jour et l'heure que ce bonheur arriva au monde de le veoir convei^ser en chair avec les hommes et se montrer en tout semblable à eux.
Ouelques Pères ont esté d'avis, par une certaine convenance et rapport avec Adam, que, comme ce propagateur du genre humain avoit esté créé le premier vendredy du monde, sur les
(1) Isid., de Divinis officiis, ch. 2G. Eusèbo, Emis. ser. de Epiphan. — (2) Stromat. 1.
neuf heures du matin, que, tout de mesme, le second Adam, qui devoit estre le réparateur des honmies, avoit esté enfanté par la Vierge, sa mère, en mesme jour et heure. Ce qui ne se peut soutenir au regard de l'heure, après ce qu'en escrit S. Luc, que ce fut sur la minuit, et la coutume que l'église a conservée jusques A présent d'en faire la mémoire à minuit. Pour le jour, le sixiesme concile de Constantinople (1) Tarreste le dimanche, que je suis d'autant plus volontiers, que je trouve au droit du 25 décembre, dans nos kalendriers, la lettre B, qui estoit la dominicale de l'an l*'" du premier cycle lunaire, auquel Nostre- Sauveur nasquit. Car bien que, selon Baronius ^t autres. Tannée auquel le Verbe incarné vint au monde deust estre bissextile, elle ne le fut toutefois, mais simple, et eut la lettre B pour dominicale, suivant ce que nous avons dit cy-dessus, de Y avis mesme de Baronius, qui escrit que douze ans se passèrent sans bissexte, et n'y en eut qu'en Tan 8 de Nostre-Seigneur, selon la supputation de Denys Petit, auquel A. G. furent la marque du bissexte, et ainsy en remontant jusques au dernier bissexte précédent, il se trouvera qu'en l'an I du premier cycle décennovenaire, B estoit la lettre dominicale, et que ce fut en cest an que nasquit Jésus-Christ. Ce qui se peut aussy prouver par le tems ou amiée de sa passion, qui fut l'an 34 de son aage, commencé de trois mois dès le 25 décembre de l'an précédent, pour ce qu'en remontant jusques au jour de sa nativité pour y trouver les 33 ans et 3 mois parfaits et accomplis au jour de ses douleurs, en comptant les mois solaires, il faut nécessairement qu'il aye esté incarné au ventre de sa mère, et soit issu d'iceluy l'an et jour que nous avons assignés cy-dessus.
Les Gaulois célébroient, selon Bède(2), leurs Pasques tous les ans, le VIII des calendes d'avril, en quel jour qu'elle peust arriver. Ce qu'ils changèrent puis après, et prindrent la coutume de marquer la passion de Nostre-Seigneur le 25 mars, et la résurrection, le 27 suivant. Cela se veoid encores dans les calendriers des anciens bréviaires et messels à l'usage de Chartres, esquels il se lit : le 25 mars, Jésus Christus crucifixus est; et le 27 du mesme mois, Besurrectio Jesii Christi. Quoyque cesteopi-
(I) Coiicil. cDllecl. nf., t. \\. Petro Crabes., ch. 8. — (2) De Natxira rerwn f ch. 47.
nion approche fort près de la véritable, elle n'est pas néamoins la vraye, d'autant qu'en tout le deuxiesme cycle décennovenatre, Pasques n'ont peu estre le 27 mars, mais seulement le 28; ce qui peut se prouver par l'épacte courante en l'an 34, en laquelle Nostre-Sauveur souffrit, laquelle portoit XV, ausquels adjoutant 25, faisoient 40 et trois mois à commencer en janvier, comme il se doit faire, suivant les règles du Calendrier réformé, faisoient 43, desquels ostant 30, reste 13, qui est justement la veille de la plaine lune, auquel jour les Juifs mangeoient Taigneau Paschal, sur le vespre où ils en conunençoientla cérémonie. D'où je conclus que Nostre Seigneur fit la Cène ce jour-là avec ses Apostres, après laquelle estant allé au jardin des Olives, y fut prins et crucifié le lendemain, qui estoit le 26 mars; le 27 tout entier, il se reposa au tombeau, et résuscita le 28, auquel jour Pasques se rencontrent en l'an 34 , et la lettre dominicale G. Je le prouve davantage par le nombre d'or qui estoit aussy XVI en la mesme année, après lequel la troisiesme lettre dominicale suivante montroit le jour de Pasques, de manière que la troisiesme lettre dominicale, après ledit nombre d'or XVI, se trouvant en 34, le 28 mars, il n'y a point de doute que Pasques ne fussent ledit 28 mars, et ainsy que Jésus-Christ souffrit le 26 mars et non le 25. Ce qui ne se peut nier après ce qu'en dit Vévangéliste S. Jean, qui met la passion du fils de Dieu un vendredy, et l'approbation qu'en fait l'Eghse, veu que la lettre A se trouvant le 26 de mars en un vendredy, on ne peut dire que Jésus-Christ aye souffert le 25 mars, mais le 26.
C'est pourquoy je ne sçaurois estre de l'opinion de Petau (1), lequel escrit, en son Rational des Temps, que Nostre-Seigneur souffrit soubz le consulat de Venicius et Longiii Cassius , l'an 76 de Julian, de l'ère commune le 31 , l'an de Rome 784, et le 2® de la CCIP olympiade, veu que ce fut, selon Cassiodore, soubz le consulat de Tibère, pour la cinqùiesme fois, l'an de JuUan 77, de l'ère commune 34, de la ville bastie 784, et l'an 4 de la CCIP olympiade. Ce qui se peut vérifier davantage par ce qu'escrivent François Lucas et ComeiDe de la Pierre, en leurs Commentaires sur les Évangélistes , que Nostre-Seigneur veid quatre Pasques depuis son baptesme, voire cinq selon de l'Es-
(l) Parte 2, sui Mlionalis, et lib. IV, t. 4.
cale (1), de sorte qu aiant esté baptisé sur le commencement de sa trentiesme année, il veid la première Pasques dès icelle, et la quatriesme en Tan 34, qui est sa dernière, en laquelle il souffrit. Tout ce qu'il allègue pour appuyer son opinion neluy peut servir, pour ce que son fondement estant faux, tout le reste l'est de mesme. Il se fonde sur ce que S. Paul vint à Rome , l'an 25 après la Passion de Nostre-Seigneur, l'an 2 de Néron , qui estoit, à ce qu'il dit, l'an centiesme de Julian, et le cinquante-cinquiesme depuis la Nativité de Jésus-Christ, voulant conclure de là, qu'ostant 25 ans desdits 55, il ne reste que 30, qui est Tan auquel mourut Nostre-Seigneur, ou sur le commencement du suivant, qui estoit 31 ; mais à cela on respond que le vingt-cinquiesme an d'après la Passion de Nostre-Seigneur, et le deuxiesme de l'empire de Néron, ne se rencontrèrent l'an 100 de Julian, ni le cinquante-cinquiesme de sa Nativité, comme Q le dit, mais l'an de Julian 101 et le cinquantehuitiesme de la Nativité, desquels ostant 25, restera 33, qui, avec les trois mois courans du depuis jusques à la Passion du fils de Dieu, font la véritable année en laquelle il mourut, sçavoir 34 , comme de deux mois vingt-cinq jours.
La preuve qu'il prétend faire de son assertion par la mort de S. Pierre et S. Paul, ne conclud davantage, veu qu'estant véritable que ces deux apostres souffrirent l'an 14 de l'empire de Néron , et le 35* depuis la Passion de Nostre-Seigneur, ces deux années ne concourent, comme il l'entend, avec l'an de Julian 112, ni 67 de Jésus-Christ, d'autant que ce dernier se rencontre avec Tan de Julian 110; mais- avec l'an de Julian 112 et le 69* de Jésus-Christ, desquels ostant 35, reste 34, qui est le temps de la Passion de Nostre-Sauveur, et de mesme des autres preuves qu'il allègue.
Ce qu'il escrit que le fils de Dieu mourut un vendredy 23 mars, qui estoit le 15 de la lune, en l'année 31 , qui avoit pour lettre dominicale G, ne fait rien contre nostre opinion; car, outre la response cy-dessus, on peut dire qu'en ceste année-là, la nouvelle lune fut dès l'onziesme et non le douziesme de mars; et ainsy que le quinziesme de la lune n'arriva le 23 dudit mois, mais le 25. Ce qui se justifie par le nombre d'or courant, en
(\) De emendat. temponim.
ladite année, qui estoit XIIÏ, lequel, se rencontrant avec la lettre dominicale G, Tonziesme de mars, montre que la nouvelle lune arrivoit ce jour-là, et que le quinziesme d'icelle tomboit le 25 du mesme mois, qui fut le jour de Pasques.
La vérité de nostre assertion se veoid clairement parce qu'escrit Bède, que Tan de Tlncaniation de Nostre-Seigneur 701, indiction 14, quelques-uns de ses confrères estant allés à Rome, virent, en l'église Sainte- Marie , im jour de Noël, auquel commençoit Tan 702, escrit sur tous les cierges, A Passione Domini nostî'i Jcsus-Christi anni simt DCLXVIII^ ausquels, si on adjoute seulement 31, selon l'opinion de Petau, il se trouvera 69& ans , ou suivant la nostre , en adjoutant 34 , on trouvera nectement 702 ans. J'adjouteray pour dernière preuve, que le grand cycle Paschal de 28 fois 19 ans, contenant 532 ans^ estant achevé à pareil an de Nostre-Seigneur, que le 34 suivant, qui est 566 , se trouve pareil au 34 de Nostre-Seigneur, soit en la 14® indiction, soit en la 15* épacte, nombre d'or 16, lettre dominicale G, Pasques le 28 mars, cycle solaii*e 15 et autres conditions qui montrent certainement la vérité de mon dire, et que l'an 34 de Nostre-Seigneur est le véritable, auquel il souffrit pour nous en croix.
Devant que finir ce chapitre, je diray encoiies, pour l'éclaircissement de ce que je traitte en iceluy, que l'année de l'Incarnation commençoit autrefois le jour de l'Annonciation ; celle de la Nativité, le jour de Noël (1), quoyque Bède escrive en son livre des Arguments de la Lune, que Anni ah Incarnatione Domini mutaritur 8 Kalend. jamiarii. Celle de la Passion, le Vendredy aoré (Vendredi-Saint). La première s'appelle l'an de Grâce, à cause de l'union du Verbe avec la nature hmnaine, qui est la plus grande grâce que Dieu aye peu faire à l'homme. La seconde s'appelle l'an de Nostre-Seigneur, pour ce qu'il est nay en iceluy. La troisiesme s'appelle l'an de Salut, ou Restitutœ vel reparatœ salutis , pour ce que le fils de Dieu, en sa passion, a opéré nostre salut, ainsy que le dit le Prophète (2). Ce que j'escris, pour ce que beaucoup, les confondans, ont causé plusieurs erreurs en l'histoire. L'an de l'Incarnation n'a sitost esté receu en l'EgUse Romaine, qui le confondoit avec celuy de la
(1) Bibliand., Lib. de supput. temporum, p. 27. — (2) Psalm. f. 15
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'iW HISTOIRE DU DIOCESE
Nativité, ainsi que fait Bède cy-dessus allégué, et n'a commencé à en user qu'au tems du pape Eugène IV, que quelques dataires s'advisèrent aux bulles papales, vei*s l'an 1416 ; ne laissant d'user en autres choses, de l'ancienne supputation de la Nativité de Nostre-Seigneur, où commençoit l'année Romaine, ainsy qu'il se void par tous les anciens Martyrologes , et se prattique encores à la datterie, et se dit d'ordinaire Aiinns Domini (1).
En France, on conunençoit l'année à Pasques, ce qui s'y est gardé jusqu'en 1567, que, par déclaration du roy Charles IX, il fut ordonné qu'on n'y compteroit plus , et qu'on commenceroit Tannée le 1®' janvier.
L'on adjoutoit à ces supputations les années du pontificat des Papes, qui commença à se pratiquer du tems de Paschal II, qu'on remarque avoir esté le premier qui en a usé en ses bulles, quoyque je trouve ceste prattique plus ancienne dans les Epistres décrétales de ses prédécesseurs. Il en est de mesme des indictions, qu'on y adjoutoit encores pour la vérité et certitude des actes ausquels ils estoient apposés, avec les années du règne des Roys et Empereurs , pontificat des Papes et des Consuls qui estoient lors.
La Nouvelle XLYII de Justinian en fait mention, cest Empereur ordonnant par icelle qu'à l'advenir l'on apposeroit aux contrats le nom de l'Empereur et Consuls, avec l'indiction; qui a donné sujet à quelques-ims de penser que ç'avoit esté Justinian qui avoit institué lesdites indictions, quoyqu' elles soient plus anciennes. De l'Escale veut qu'elles ayent commencé en Antioche, l'an d'Eusèbe 1194 et 1969, environ la guerre de Pharsale, en laquelle Jules César surmonta Pompée, six ans du consulat de Plancus et Lepidus. D'autres disent que telles indictions n'ont conunencé qu'en 1312, soubz l'empire de Constantin. Bède escrit que les Romains ayant surmonté tout l'univers, ou partie d'iceluy, ils obligèrent chacun de leurs sujets à leur paier certain tribut de cinq en cinq ans ; les premiers cinq ans en monnoie de cuivre, les cinq suivans en monnoie d'argent, et les cinq derniers en monnoie d'or, ce qu'ils re-
(1) Joann. Lucidus., De emenâaiione tcmpor. opitsc. de vera Passi. Chfisti die, ch. 13.
commenroient après que le dernier estoit expiré, et ordonnèrent qu'aucun livre , ordonnance ou édit n'eût lieu , si l'année de l'indiction n'y estoit apposée. En quelque façon qu'elles aient esté ordonnées, c'a esté avec raison, veu que ceste manière de supputer les années a servi pour remédier aux faussetés qui pouvoient arriver aux actes publics et particuliers. Il faut néamoins prendre garde, pour éviter confusion, qu'il y en a de trois sortes : la Papale, qui commence à Noël, avec l'année Romaine; la Gonunmie, qui commence en janvier; et l'Impériale, en septembre.
J'ay traitté à dessain de ces manières de supputation , par forme d'advertissement au lecteur, aflin qu'en estant fait mention en beaucoup d'endi'oits de ceste (ruvre, il puisse éviter les achronologismes, et ne se tromper.