‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 29 sur 71 · IIST0IRE DU DIOCÈSE · texte numérisé non relu

IIST0IRE DU DIOCÈSE

pour servir de règle et de loy, ainsy qu'il se veoid dans les Décrets dlves, Burcliardet Gratian. D'ailleurs la demande qu'ils font qu'on leur fournisse le tesmoignage des cscri vains du tems est du tout incivile, d'autant qu'ils ne peuvent ignorer, s'ils sont tant soit peu vei*sés en l'histoire ecclésiastique, conune ils en font le semblant, que tous les Actes des Martyrs furent bruslés par édit de Dioclétian et Maximian, son collègue à l'Empire, en 303; desquels si quelques-uns ont évité les flammes, ils ont esté tellement corrompus par les ennemis de nostre religion, ou par des ignorans qui se sont voulu mesler de les remettre et restituer, qu'ils ont perdu toute l'authorité que l'antiquité pouvoit leur donner.

C'est de quoy se plaignoit Aiiiobe (1 ), qui vivoit trois cens ans et plus auparavant Grégoire de Tours, que « ncque omnia conscribi, aut in ciures omnium pervenire potuerunt gesta gentibus in ignotlSy et usum ncscient\bus littcrarum, aut si qua sunt litteris consoriptiombusque mandata, malevolentia Dœmonumj quorum cura et studium est hanc intercipere veritatem et cxmsimilium lus hominum interpolata qupedam et addita, partim mutaiœ, atque detracta verbis^ syllabis^ litteris, ut prudentium tardarcni fidem, et gcstorum corr^iniperent authoritatem. •• Ce n'est pas pourtant à dire que ces actes soient faux absolument, et qu'on n'en puisse tirer la vérité de l'histoire , si on fait quelque réflexion sur iceux, mais que tout ainsy que l'eau est moms piu-e, plus elle s'esloigne de sa source, contractant de la bourbe, ou quelqu' autre vice de la terre, pai* où elle passe, de mesme, ces actes ayant esté restitués par des ignorans , qui estant esloignés des tems ausquels les choses se sont passées, et n'en estant bien informés, les ont produits et mis au jour avec moins de sincérité qu'ils ne debvoient. Croyent-ils que les actes de S. Saturnin soient rapportés fidèlement par ceux desquels Grégoire de Tours les a prins, puisqu'il s'en trouve d'autres au mesme saint qui sont du tout contraires , et de la validité desquels nous parlerons ci-après.

Mais pour leur faire veoir que l'authorité de Grégoire de Tours ne leur peut servir, je rapporteray un autheur plus ancien que luy, qui parle tout autrement en la Vie de S. Genou f^ premier

(t) Aâvers. génies, llb, I,

Evesqtie de Cahors, au chapitre lOd'icelle; parlant des Apostres S. Pierre et S. Paul il escrit que « commisso insistentes stroiuè iiegotio, per optimos qnosque suonim, n'iMlomimis et ipsi Gailiam aggrediuntur , ut eam ccrli terrœquc snbderent imperatori : ex quibus Austremonius atque Martialis fuere, qui a B. Pet^ro direcii sunt, quorum primus Ai^'ernis, postea martyr gloriosns; sequens vero signis et virtutibus coiif essor clarissimus, J^movicis datur. A. beato quoque apostolo Paulo, Narbonensibus antistes ordnmtus est Paulus, et Arelatensibus Trophimus, de cujus p^sedicationis fonte, tota fertur Gallia fidei rivulos suscepisse. Ab iis igitur atque plurimis aliis, qui de vivo delitiaruin Dei fonte, sanetis propinaniibus Apostolis, abundantius hauserant, Gallia jam parlirn^ ut prœdictum est, fidei rivulis irrigata eonstabat. » Où Tautheur-de ceste vie fait veoir nettement que les quatre évesques susnommés, que (irégoii*e de Tours prétend estre venus soubz l'empire de Dèce, avoient esté envoyés es Gaules par S. Pierre et S. Paul pour y annoncer TEvangile. Qu'est-ce que nos adversaii'es peuvent dire contre, si véritablement cette vie a esté mise en lumière par Sébastus , ainsy qu'il Tescrit lui-mesme soixante ans après la moit de Decius, veu qu'elle a esté composée trois cens ans ou environ plus tost que Grégoire eust paru au monde, et eust couché quelque chose par escrit. Je ne veux pas néamoins faire bouclier de ce passage contre eux , pour ce que je remarque dans cette vie quelques points qui semblent répugner au tems qu'on dit que ce qui est contenu en icelle est arrivé, mais je peux m'en servû' pour justifier contre eux et leur autheur Grégoire , que p'a esté de tout tems que l'Eglise a receu ceste croyance que ces quatre prélats avoient esté envoies par les Apostres, ce qui diminue de beaucoup de l'authorité dudit Grégoire, de laquelle ils veulent se servir pour faire passer la Vie de S. Saturnin pour authentique.

Mais pour faire veoir davantage la fausseté de ce qu'escrit Grégoire de Tours, sans m'occuper à faire veoir que S. Gratian est venu plus tost qu'il ne le met, je m'an-esteray à ce qu'il dit de S. Trophime, pour justifier contre luy le contraire. Pour un premier, il ne se peut nier que ce saint fût disciple de S. Paul, puisque cet apostre des Gentils l'asseure luy-mesme, en sa deuxiesme épistre à Thimotée, chap. 4, disant qu'il avoit laissé

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Trophirae malade à Milet, ou comme d'autres lisent à Malte. Cela est confirmé par une Chronique manuscrite avec un Catalogue des Evesques de Narbonne, qui porte que S. Trophime arriva à Arles en Tan 61 de Nostre-Seigneur, avec S. Paul, qui Ten ordonna évesque, lorsqu'il en partit pour T Espagne, et que, passant par Narbonne, il envoya Torquatus avec six autres de sa suitte, en la province de Galice pour y prescher l'Evangile, tandis qu'il se reposeroit avec Serge Paul, qu'on tient avoir esté ce proconsul de Cypre, dont il est fait mention aux Actes des Apostres, et s'occuperoit cependant à la conversion des habitans d'icelle ville; en laquelle après qu'il eut fait quelque séjour, il donna jusques en Espagne, d'où , s'en retouirnant à Rome, il laissa ce Serge Paul pour évesque à Narbonne, et prenant son chemin par Vienne, il reprint avec luy S. Crescent, qu'il y avoit laissé, il y avoit environ deux ans, et Tenmiena en Asie, laissant S. Zacharie en sa place, pour y prescher l'Evangile. Le Martyrologe de Bède en parle ainsy, le 4 des calendes de janvier: « Apud Arelatem natale S. Trophimi episcopi, et eonfessoris, discipuli apostolorum Pétri et Pauli. Eodem die 5. Crescentiiapostoli, Pauli discipuli, Vienriensis ecclesi^ primi doctaris. » Le Romain en parle presqu'en mesmes termes, que la Vie de S. Genoulf, au mesme jour « Natalis, porte-il, 5. Trophimi, de quo scribit Apostolat ad Timotheum, Trophimum reliqui infirmum Mileti. Hic ah apostolis Rom^ ordinalus e^t episcopus et ad Arelatem, urbem Gallix, ob Evangelium pr.rdicandum directus, ex cujus fonte, ut B. Papa Zozimus scribit, tota Gallia fidei rivulos accepit, qui apud eamdem vrbem in pace qûievit. « Ce qui prouve l'ancienneté de la Vie de S. Genoulf, de laquelle ce pape Zozime qui vivoit en 417 et 418 a prins ces dernières paroles, desquelles Baronius conclut que Grégoire de Tours erre manifestement, quand il asseure que S. Trophime a esté envoie es Gaules, du temps de l'empereur Dèce. Ce qui est si certain que personne n'en peut douter, d'autant que ce n'estoit point S. Trophime qui occupoit la chaire d'Arles en ce tems-là, mais un certain Martian, contre lequel S. Cyprian escrivit au pape S. Etienne, en l'an 258, six ans après la prétendue mission de S. Trophime , le priant de le déposer et le priver de sa prélature, pour ce qu'il estoit tombé dans Terreur de No valus, ainsy qu'il se peut veoir par la 67^ épistre de ce

Père. Dire que ce Martian avoit succédé à S. Trophime, il n*y a aucune apparence, d'autant que les tables de Téglise d'Arles y répugnent, substituant à ce dernier S. Rieul qui y avoit esté laissé par S. Denys, venant en France, d'où l'ayant retiré, pour venir fonder l'église de Senlis, S. Felicissime fut subrogé en son lieu, auquel S. Cresantin et Irate succédèrent, et après eux vint ce Martian, en\ii*on le tems de Dèce, tellement qu'il ne se peut dire que S. Trophime eust esté envoyé es Gaules, soubz le règne de cest Empereur, sinon qu'on vueille dire qu'il y aye eu six évesques à Arles en moins de six ans, ce qui n'est pas probable. J'adjouterai à tout ce que dessus la remontrance que les Evesques de la province d'Arles font à S. Léon I, qui vivoit en 450, environ 289 ans après Dèce, que « Omnibus rcgiombus Gallicanis notum est, sed iicc sacrosanctœ Romanœ ecclesix habetur incognitiwi, quod prima inicr Gallias Arelatensis civitas missitm a bcatissimo Petro apostolo S. Trophimum îmberc meruit sacerdotemj et ecrinde aliis paulatim regionibus Galliarum donum fidei, et religionis infusum, priusquam alia loca ab hoc rivo fidei, quem ad nos apostolicv institutionis fluenta miserunt^ meruisse manifestum est sacerdotem, » Ce que ces Evesques n'eussent osé représenter à ce Pape, s'il n'eust esté véritable, de manière qu'il ne se peut dire que S. Trophime aïe esté envoyé es Gaules soubz l'Empire de Dèce, mais du tems de S. Pierre et S. Paul.

On peut tirer la mesme conclusion de ce qui se lit dans un vieil Martyrologe manuscrit, qui est en ma possession, touchant la mission de S. Paul à Narbonne, veu qu'il est porté par iceluy, les ides de décembre: « Apud Narbonam Natale S. Pauli confessœis, quem B. Apostohis ordirwtum eidem urbi destinavit antistitem, quique cum eodem Apostolo ad Ilispanias prœdicandi gratia pergens, ibidem reliclus est, urbi prœdicaiionis officia non segniter impleto, clams miraculis coronatiis quievit, n qui sont presque les mesmes mots, desquels usent Usuard et Bède en leurs Martyrologes, l'onziesme des calendes d'apvril, d'autant qu'il paroist par là que va eUé, non soubz Dèce, mais par S. Paul qu'il a esté envoyé.

Quand à S. Saturnin, j'y trouve plus de difficulté, considéré qu'il semble que Baronius vueille donner les mains à Grégoire de Tours , demeurant d'accord que S. Saturnin n'est venu es I. 16

Gaules que du tems de Dèce. Le motif de sa croyance a esté que dans les actes de ce saint il se trouve qu'il a souffert soubz Dèce et Grains, de sorte que sans considérer si ces actes estoient authentiques ou non , il s'en est contenté sans y faire autre réflexion ; que s'ils les eust examinés de près, il eut trouvé qu'ils ne sont nullement recevables, estant absqne die et Consule et sans nom d'autheui-, qui diminue beaucoup de la croyance qu'on pourroit y ajouter, joint ce qu'escrit ce docte Cardinal, si bien inspiré de l'histoire ecclésiastique, que la foy du Tourangeau est suspecte et combat la vérité. C'est pourquoy je m'estonne que ce sçavant personnage n'a tiré la mesme conclusion poui* S. Saturnin que pour les autres ci-devant, ne devant les séparer, puisqu'ils estoient comprins ensemble , car disant que S. Trophime, S. Austremoine, S. Martial et les autres estoient venus ensemble avec S. Saturnin, c'estoit une conséquence nécessaire que si les dessus nommés estoient venus du tems des Apostres, et non de celuy de Dèce, qu'il falloit tout de mesme que S. Saturnin fût venu du tems des Apostres uon de celuy de Dèce. Ce raisonnement est si convainquant que Grégoire de Tours n*a osé s'en reculer en son premier livre des Miracles, demeurant d'accord que Topinion vulgaire estoit qu'il avoit esté ordomié par les disciples des Apostres, qui l'avoient envoie à Tolose.

On pourroit m'objecter que celuy qui a escrit la Vie de S. Genoulf, dont il est faict mention cy-dessus, dit la mesme chose que Grégoire de Tours, escrivant auchap. IX du P^ livre d'icelle que a Dccii tcmporibus, alii eiiam a sede Apostolica scquè Gailias dirccti tradiinhir, ex quihus prœstantissimus atque sanctissimus Saturninus , urbis Tolosanœ prunus episcopus fuit ^ qui post aiiquod tempus sjii adventuSy ibidem martyr emicuit gloriosus, j> Il faut que je confesse que, lisant ce passage, il m'a donné d'abord dans la veue, et m'a fait incliner ducostéde Grégoire, mais ayant examiné ce qui est porté dans cette vie, j'ay esté désabusé, y ayant en icelle des erreurs insupportables, la première quand il escrit : « Igitur Incarnationxs Dominiez anno ducentesimo quadragesimo septimo, millesirniis aburbe lioma condita compleins est annus (1). » Où je remarque deux fautes, l'une en ce qu'il compte par l'an de Tincarnation de

(1) Bibliander, de Temporwiif partilione 27.

Nostre-Seigiieur, laquelle forme de supputation n'estoit encores en usage, et ne Ta esté qu'en Tan 531 , que Denys Petit ordonna et régla ses cycles décennovenaires par ceste époche, pour faire perdre la mémoire de la supputation qu'on faisoit par les ans de Tempire de Dioclétian, qui avoit enjoint par son édict à tous les sujets de Tempire Romain, de nombrer leurs années de la première de son administration, et celle des Cophtes Chrestiens d'Egypte, qui comptoient leurs aimées de la 19** de ce prince, qu'ils appeloient Aeram martyrum , pour ce que ç'avoit esté en ceste année là, qui tomboit en la 303® de Jésus-Christ, que ce tyran avoit eiveu mie très griefve pei^écution en Téglise ; l'autre , c*est qu'il met l'an millénaire de la ville de Rome bastie en 247, lequel tombe précisément en 250. Secondement il dit que S. Sixte II a esté onze ans Pape, qui est contre la vérité de l'histoire , ce souverain Pontife n'aiant rempli la Chaire de S. Pierre qu'onze mois douze jours, depuis le 26 d'aoust 360 jusqu'au 6 du mesme mois 361. Tiercement, que les parens de S. Genoulf mirent leur fils, qui n'avoit que cinq ans, soubz la discipline de S. SLxle, lequel le recongiioissant bien morigéné, et qu'il ne beuvoit point de vin , le promeut aux ordres sacrés et le fit prestre, et tout d'une suitte l'ordonna Evesque, et l'envoia aux Gaules pour y semer la paroUe de Dieu ; en quoy on peut remarquer une ignorance ou simplicité insupportable , veu que si l'on examine ce narré, il se trouvera que S. Genoulf a esté ordonné prestre et évesque à Taage de quinze ans, voire, suivant la véritable scéance de S. Sixte, à cinq ans, qui est un aage trop infime pour avoir de la science, pour paître et régir un troupeau d'hommes , qui requiert une haute doctrine et prudence, les saints canons et constitutions ecclésiastiques requérant mi aage plus mur et avancé, qui est celuy de trente ans, pour estre emploie en une telle fonction. Quatriesmement il assigne le martyre de S. Sixte soubz Dèce, combien qu'il aie esté soubz l'empereur Valérian , neuf ans après le trespas de Dèce, qui mourut en 252 et S. Sixto en 361. Il y a beaucoup d'autres choses à contredire en ceste vie, de laquelle on peut juger par cest eschantillon, si on peut s'en servir, pour appuier l'opinion de Grégoire de Tours, touchant la venue de S. Saturnin es Gaules; c'est pom-quoy ayant recongneu ces fautes, j'ay dit cy-dessus, parlant de la mission de S. Austremoine, S. Martial,

S. Paul Serge, et S. Trophime, que je ne voulois en faire bouclier ; sinon pour faire veoir que ces deux autheui*s se contredisans Tun l'autre, Tun disant que ces quatre prélats avoient esté envoyés par S. Pierre et S. Paul , et l'autre soubz l'empire de Dèçe, on ne peut tirer rien d'assuré de leur dire, et dans ce doute j'ai mieux aimé me ranger à l'opinion commune, qui est que tous les Evesques dont parle Grégoire de Tours ont été envoyés es Gaules par les Apostres, ou leurs disciples, quesoubzcrire à celle dudit Grégoire.

Si l'on dit queBaronius, dans son Martyrologe Romain, a mis que S. Satui-nin avoit souffert soubz Dèce, je l'accorde, mais je responds que ça esté une grande hardiesse à ce docte escrivain de le mectre de son propre mouvement ; le nom de celuy soubz lequel ce saint a souffert ne se trouvant point dans les Martyrologes de S. Hiérosme, d'Eusèbe, de Bède, Florus et Usuard, ni dans l'ancien Romain, s'i lisant simplement le 29 novembre: « Eodenx die apvd Tolosam, beati Sattimini episcojn, qui in CapUolio ejusdem urbis, a paganis tentus, atqne a summa Capitolii arec, per omnes gradxis prweipitatus , capite coflisOy exeussoque cerebro, omni cor pore dilaniato, dignani Christo cmimam exhala vit, » n'estant probable que tous ces autheurs eussent passé soubz silence que S. Saturnin eust souffert le martyre soubz Dèce, si cela fût arrivé.

Aussy ce qui me porte à croire tout le contraire, est une autre Vie de Saint, que celle que produisent nos asserteurs de l'opinion du Tourangeau, qui dit expressément que S. Saturnin a esté premièrement disciple de S. Jean-Baptiste, puis de Jésus- Christ, et qu'il a esté envoyé à Tolose par S. Pierre : « Anm quinio decimo impei^ii Tyberii Cœsaris (dit ceste vie), fiova virtus prxcursoris eremi, nova conversatio turbas confluenias ad vocem clamantis in deserto compulerat, Cujus vitam admirabilem, génère insignis et inoribxts, Saturnimis cognoscens et approbans constanti animo discipulum se futw^ni disposuit (i), » et quelques pages après : « Christo namque conjiinctior et Evangelii obscrvator domesticus, numquam ab ipsius abscdebat prœsentia, ita qxiod nullius celebritatis iniraculoinnn de fuisse legatur. Nam et in curarulis langoribus etsuscitandis mortnisJe-

(1) Lectione I.

sum semper videre promeruit, et turbis ex qtiinque panibus refeclis^ fragynentorum cophinos cum reliquis collegit discipuliSy etc. (1); et encores plus bas : « Tandem vero Spiritu-Sancto ad plénum refertù discipulis, sua quemquereccpitregioinomnem terrain gentibus prœdicandis. Petro autem AntiocMx résidente, nu tu ejus et apostolici Senatus decreto dilectus, electus a Deo mittitur Saturninus^ talentum sibicreditum^ creditoris ad glo- HamrelaturuSy etc. (2). » Dans l*hymiie des premières vespres de Toffice de ce saint, qui se fait en TEglise qui est consacrée soubz son nom, en la ville de Chartres , l'on chante : « Tibi^ Christe, rex cœlorum, suppUcando psallimus, qui beatum Saturninum décorando martyrem innovasti, baptizando illum manu propria; » et en la Prose qui se chantoit anciennement en ladite église, en la Messe du jour de la feste , ces mots y sont exprès notés : « Stirps regalis, quani Joanni^ decet eruditio , baptismatis lavât amnis Chris ti ministerio, oui dédit Pétri manus, fwngi Pontificio, » Pourquoy ne peust-on pas dire que ceste vie, qui a esté récitée depuis tant de siècles, dans ime église bastie en l'honneur de ce Saint, ne soit aussy authentique que celle qu'on nous veut faire recevoir soubz la seule authorité de Grégoire de Tours, qui, après ce que nous avons dit cy-dessus, demeure sans authorité? La Vie qu'ont ceux de Tolose, qui doivent avoir des actes plus certains que les autres, puisque ça esté en leur ville que ce saint a souffert le martyre, la mémoire duquel y peut avoir esté mieux conservée qu'ailleurs, porte que S. Saturnin leur fut envoyé par S. Pierre avec S. Papoul, et qu estans arrivés en ceste capitale de la Septimanie, pour y prescher l'évangile, S. Saturnin se confiant de la capacité de son collègue, il le laissa à Tolose, pour y faire les mesmes fonctions qu'il y eust faites, et s'en alla par la Novempopulanie, (qui est la vraie Gascongne), où il s'arrêta à Eaulse , lors grande cité et des principales du pais, où il convertit grand nombre d'habitans, ausquels pour les confirmer en la reUgion qu'ils avoient embrassée, il ordonna le nommé Paterne pour évesque , et dressa \xn oratoire ou chapelle en l'honneur de la Vierge glorieuse, en laquelle ces nouveaux Chrestiens s'assembloient pour faire leurs dévotions ; de là il s'en alla à Vauclere, où aiant fait quelque séjour, sur Ta vis

(I) Lectione Vlll. — (2) Lect. IX.

qu'il receut du déceds de S. Pierre, il bastit une petite église soubz le nom de ce prince des Apostres, non loin de la ville d'Auch qui a succédé à Eaulse, en sa dignité de Métropole, a peu avoir esté ruinée par les barbares. Paterne le pressoit de donner jusqu'au paîs des Sebrarbat, qui est la Navarre; il luy laissa donc la direction des âmes acquises de nouveau à Jésus- Christ et s'achemina à Pampehme, où il avoit déjà envoie S. Honeste, Tun de ses disciples, qui Tavoit mis si bien dans l'esprit des habitans, qu'ils n'avoient plus grande passion que de le veoir. Le fruit qu'ils en receurent surpassa Tespérance qu'ils en avoient, aiant converti en sept jours quarante mille âmes à Dieu. Tous les escrivains Espagnols luy rendent cest honorable tesmoignage. Vaseus entre autres rapporte de Beuter, que S. Pierre envoia de Rome en Espagne S. Saturnin, qu'on ne peut dire avoir esté autre que celuy duquel nous parlons, pour ce qu'il adjoute « postea Tolosanum episcopwn » pour y prescher Vévangile. « Venit crgo Pompclonem , et septem dierum spatiOy guadraginta homimim millia ad Cfiristum convertit, ut Pompelonensis legit ccclesia^ et intus Firminum civem Pon^pelonenscmy cpiscopum et martyremy » qui est S. Firmin qu'il envoia à Agen poui* y estre le premier évesque, d'où il passa à Angers et de là à Amiens, où il souffrit le mai'tyre. Je sçay bien qu'il y en a qui rejeclent ceste mission ou envoy de S. Firmin, plus de 234 ans après, et mettent sa mort soubz Dioclétian; ce qui ne peut estre quand bien on demeureroit d'accoitl de la mission et passion de S. Saturnin soubz l'empire de Dèce. Mais comme cela n'est point de mon sujet, j'en laisse la discussion à ceux qui y ont le principal intérest. Je dirai seulement qu'après ceste si merveilleuse conversion des Navarrois à la foi, S. Saturnin alla jusqu'à Tolède, où aiant emploie deux ans à prescher l'Evangile, sur la nouvelle qu'il eut que S. Papoul, visitant le diocèse de Tolose, où il l'avoit laissé, pour cultiver ceste jemie plante de fidèles, avoit esté cruellement massaci'é dans le Lauragais , près du lieu qui depuis fut appelé du nom de ce saint, il reprint la route de Tolose, pour y secourir les fidèles, qui estoient les premiers de ses travaux. Son arrivée ne peust estre si secrette dans ceste grande ville qu'elle ne fust bientosl divulguée par les mahns esprits, qui rendoient les responsos de ce (lu'un leur domandoit, lesquels estant demeurés

muets à la présence de ce saiiit, pressés enfin par les i>restres (les idoles dans lesquelles ils estoient, respondirent que Saturnin leur ostoit la parolle, et qu'ils n'espérassent rien d'eux tandis qu'il subsisteroit dans lem* ville. Ayant ainsi recongneu d'où leur venoit ceste disgn\ce, firent appréhender S. Saturnin, lequel aiant conduit au Capitolc, qui estoit le lieu où ils faisoient leui-s sacrifices aux démons, et aiant trouvé un taureau sur le lieu, préparé pour immoler, lièrent le saint par les pieds et par les mains, et l'attachèrent à la queue de cest animal furieux, lequel irrité par les coups d'aiguillons, dont ces peuples idolastres le pressoient, l'emporta le long des degrés de ceste maison commune, et le traisna jusqu'au lieu où est à présent l'église de Taur, érigée en mémoire de ce que le taureau s'y arresta et s'y coucha ; pourquoy se veoid la représentation de cest animal couché, en plusie\u*s endroits de l'Eglise, que S. Silve, successeur de S. Saturnin , fit bastir , et que S. Exupère , qui vivoit vers le tems de S. Iliérosme, dédia en l'honneur de ce saint. Forlmiat, évesque de Poitiei-s, parle d'une, qu'il dit avoir esté édifiée par un certain Launebodie et Befetrude, son espouse. Ce n'est pas de celle-ci qu'il entend parler, mais de l'autre, en laquelle les reliques de ce saint furent cachées par deux femmes chrestiennes, lesquelles, nonobstant le danger où elles s'exposoient d'estre mises à mort par un peuple furieux , ramassèrent le corjis, et l'ensevelirent et cachèrent dans un marais ou lac, non guères esloigné de ki, où du depuis ceste église fut construite. L'on tient que ce fut dans ce lac que les Teclosages, qui habitoient Tolose, jectèrent durant une x>este tous les thrésors et dépouilles, qu'ils avoient butiné sm* les estrangers, lesquels Q. Cepio s'estant mis en devoir de faire pescher , tous ceux qui en prh'ent quelque chose moururent misérablement. Ce qui a donné Ueu au i^voyevhey Aurum Tolosanum, pour une chose qui tant s'en faut qu'elle profite à celuy qui la possède, qu'elle lui porte plutost malheur.

Mais pour faii*e veoir davantage que les Tolosains ont toujom's creu que S. Saturnin leur avoit esté envoyé par S. Pierre, j'ay veu autrefois dans le cloistre de l'Eglise Saint-Estienne, Cathédrale de Tolose, sur le pilier, qui fait un angle d'iceluy devant la porte de l'église, pour entrer audit cloistre et aller à la chapelle de Saint- Jacques, la représentation d'un S. Pierre assis, tenant ses clefs, à l'cntour de laquelle est oscrit :

Petrus ponti/îccm benedicens mittit ad iirbcm ; Pro populi cura concessit ei sua jura.

Et sur Tautre costé, se veoid Timage de S. Saturnin, sur lequel ces mots Sanctus Saturninus , sont gravés, lequel tient une crosse épiscopale, conrnie V^tiant receue de la main de S. Pierre, avec ces te inscription qui descrit ce que signifie ceste crosse, en ces mots :

Curva trahit, quos recta régit, pars ultima pun^it.

D'aillem^, sur le frontispice de l'église de Saint-Saturnin cidessus qui regarde l'occident, y a plusieurs figures, l'antiquité desquelles tesmoigne qu'elles y ont esté mises dès le bastiment et édification d'icelle, entre lesquelles ily en a àexix de marbre, dont l'une représente un Roy assis sur son throsne, à Tentour du diadesme duquel est escrit en lettres gothiques :

Judicat Antonius reœ servmn régis alius.

Tout joignant ceste figure, est celle de S. Saturnin, à costé de laquelle le vers suivant se lit :

Cum docet Àntonium, non timet exitium.

et sm* l'autre costé, le long de ladite figure, se veoid cest autre vers :

Ecce Saturninus, quem miserat ordo Latiniis.

De l'autre costé, à mesme hauteur que les deux figures précédentes, se voient les images de S. Saturnin et de S. Martial, cizelés sur le marbre, dont le premier est en posture d'un baptizant une fille plongée dans une cuve, à la façon de nos fonts baptismaux, jusques au nombril, à costé duquel est escrit en semblables lettres :

Jure novœ logis sanaiur fîlia régis;

et au pied de ladite image de S. Saturnin se lit :

Cum bapiizatur, mox mordax Icpra fugatur;

et tout vis-à-vis est la représentation de S. Martial, tenant mie crosse épiscopale, comme assistant S. Satm^nm en ceste cérémonie , à costé de laquelle est ce vers :

liic socius socio subvcnit auxilio.

Oui fait veoir que ropinion commune du tems du bastiment de ceste église estoit que S. Saturnin et S. Martial estoient venus ensemble à Tolose. Ce que Grégoire de Tours ne nie pas, au contraire il Tassure, mais il se trompe en l'assignation du tems qu'ils y furent envoies ; car y a-t-il apparence qu'on eust eu ceste effronterie d'exposer à la veue de tout le monde leurs représentations et images, conune aiant esté envoies par ce prince des Apostres en Languedoc et en Aquitaine , pour y annoncer l'évangile.

Si l'on veut dire que ces sculptures ne sont si anciennes qu'elles puissent persuader que S. Saturnin ait esté envoyé par S. Pierre, veu qu'il n'y a qu'environ six cens ans qu'elles ont esté faictes, qui ne peut avoir esté qu'en 1080, ou après qu'Yves, nostre évesque de Chartres, aiant réformé les chanoines régu- Uers d^S. Augustin, en France, Isarnius, évesque de Tolose, les introduit en son égUse, à la persuasion de Guillaume, comte dudit Tolose, et de Raymond son frère, comte de Rhodes, et pour leur commodité leur fit bastir des lieux réguliers avec un cloistre, aux coings duquel il fit entailler ces représentations; jerespons qu il faut qu'il y aïe plus de onze cens ans au regard de ceUes qui sont dans l'église de Saint-Satm-nin , que ces figures y aient esté posées, si elles y ont esté mises avec le bastiment de l'église; mais pour celles qui se trouvent au cloistre de Saint- Estienne, quoique plus récentes de cinq cens ans, eUes n'y eussent esté taillées, si ceux qui les firent faire n'eussent désiré transmettre aux siècles suivants la mémoù*e de ceux par le soin desquels ils avoient receu la foy de Jésus-Christ, qui estoient S. Saturnin et S. Martial, duquel nous parlerons cy-après, mais pour suivre l'ordi*e qu'a tenu Grégoire de Tours, nous dirons plutost de S. Denys évesque de Paris, et ensuitte des autres, desquels pour ne rebuter le lecteur, par la longueur d'un chapitre nous ferons le suivant.

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