TABLEAU. GÉNÉALOGIQUE DE LA FAMILLE SOUCHET
Guillaume CHARTIER, descendu de la lignée d'Eudes-le-Maire.
Jehan CHARTIER, Taisné, et N. Daguet, sa femme.
Jehan CHARTIER et N. Perrichon, sa femme.
EsTiENNE CHARTIER et Agnès CHARTIER, sa femme.
Catherine CHARTIER, femme de Jehan Dutemple, praticien à Chartres,
dont le père, Guillaume Dutemple, était marchand et laboureur, à Éerchères-FEvôque, vers i5o3.
Jehanne DUTEMPLE, femme de Guillaume Souchet, hôtelier et
bourgeois de Chartres.
Jehan SOUCHET, marchand à Chartres, fils de Guillaume, épousa Anne Heurtaud, fille de ^ficolas, marchand à Chartres, et de Jehanne Haligre. Par son testament, en date du 24 novembre 1543, il élit sa sépulture en relise Saint-André, donne et lègue à sa femme tous ses meuWes, à la charge d'entretenir leurs enfants selon leur état et condition.
Nicole Souchet, épousa, le 16 juillet i5i6, Nicolas Lemaire, D' en médecine; elle fut mariée, le 2 Juillet i5ii, à Ciuillaume Symon , fils de Jehan et de Philippe Lemaire, avec une dot de 200 écus d'or.
Anne Souchet, épousa , le 29 juin 1 5 17, Jehan Audry.
Jehan SOUCHET, gouverneur des pages des rois Charles IX et Henri ul , épousa Marie Hersant, fille de Martin et de Marion Guenée; par son testament du 8 août 1 578, il élit sa sépulture dans l'église Saint-Michel; pour les services et luipinaires, il s'en rapporte à son épousa; il serait décédé en' 1624.
Milles Lemaire, avocat au Conseil du Roi, épousa Anne Du Marchais.
Jehanne, née le 3
février 1 578. (St- Saturnin]
Milles, né le 26
juillet 1 583. (St.
Michel.)
Isabel, née le 18
janvier 1 588. (St- Michel.)
Martine Souchet, mariée à Martin Lemaire , laboureur*
Eudes Lemaire.
Pierre Lemaire, marchand à Chartres, épouse Claude Latroyne, par contrat devant Guillaume Lebreton, notaire, le 19 avril i552.
Jehan , Le samedi quatriesme février i58q, fut baptisé Jehan, fils de Jehan SOUCHET (omission du nom de la mère), lej)remier
f)arin Jehan Édeline, e second Daniel Le Maire, la marrine Anne Hardouelle. » (S<- Michel.)
Marie, née le 2
février 1 594. (St- Michel.)
Marie, née le 18
avril 1595. (St- Michel.)
Marin, né le 25
mars 1 597. (S«- Michel.)
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Ainsi , d'après Tacte de naissance assez laconique et trèsincomplet de notre historien Chartrain dont, avant ce jour, on ignorait la généalogie exacte , ainsi que le lieu et la date de sa naissance (i), nous prouvons que Jehan Souchet, qui s'appela ensuite Jean-Baptiste (2) , fut baptisé, le 4 février 1589. Son père habitait, alors, une maison sise rue delà Fromagerie (actuellement rue de la Mairie); cette maison fut acquise par Claude de Montescot , pour la construction de son hôtel (actuellement l'Hôtel- de -Ville); elle était située à l'extrémité de l'aile gauche de ce vaste logis (3).
Nous ignorojis les motifs qui engagèrent le père du célèbre écrivain à lui faire commencer, à Agen, ses études classiques qu'il compléta ensuite à Toulouse, attendu qu'il se destinait à l'état ecclésiastique. Ce fut dans l'Université de cette ville qu'il se fit, plus tard, recevoir Docteur en Théologie. Le choix de la ville d'Agen fait par le père pour y conduire son fils, paraît d'autant plus étonnant, que notre auteur se déclare , dans son Histoire du Diocèse et ae la Ville de Chartres, parent des Chartier, fondateurs du Collège de Boissy, à Paris (4),
( I ) Nos anciens historiens locaux déclaraient ignorer ces détails. M. de Lépinois, dans son Histoire de Chartres y t. II, p. 264, le feit naître à Chartres, le 3 janvier i588, ce qui est inadmissible, puisque , le 1 8 janvier 1 588 , on remarque sur le Registre de la Paroisse Saint-Michel, la naissance d*une fille nommée Isabel,
{2) Ce prénom de Jehan y si fréquent au XVI« siècle, était dans la suite, souvent complété par les dénommés, attendu que les Vies des Saints ne comptent pas moins de quarante-deux personnages canonisés portant le nom de Jean t
(3) Acte de ventilation du Monastère des Ursulines de Chartres, du 21 juillet i633. (Mém. de la Société Archéologique, t. V, p. iSg.)
(4) Voyez la Généalogie de cette famille extraite des Mém. du Prieur de Mondonville, dans le t. III, p.2i6à2i8 des Mém, de la Société Archéologique; le dernier extrait est de récriture de Souchet; voir encore Hist, du Diocèse, etc., t. III, p. 2o3.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Nous avons découvert, à la Bibliothèque de Chartres, un Manuscrit in-folio provenant de Tabbaye de Josaphat, près Chartres, à laquelle Souchet avait légué une partie de sa bibliothèque; ce volume coté 7/0, n® 1040, contient i5o pages de la main de notre auteur; récriture en est jolie, petite, microscopique, nette et de forme accentuée. Ce petit chefd'œuvre calligraphique (i), qui demeura jusqu'alors inconnu, no«is semblerait offrir les premiers essais littéraires de rhistorien, essais de sa jeunesse, puisqu'il n'avait alors que vingt -deux ans; il venait de terminer ses études ecclésiastiques à Toulouse. Ce manuscrit renferme, d'abord, une Oraison funèbre sur le trespas defrès-haulte, très-illustre et très-religieuse Princesse, Madame Iléonor de Bourbon , abbesse et chef de tout V ordre de Fond-Evraud , prononcée à Longages(2), monastère et membre dépendant dudit ordre , au Diocèse de Rieux, le 2** juin mil six cent on^e : ladite Dame décéda le 2b mars audit an (3). Cette abbesse était tant^ des rois Henry IV et Louis XIII. On trouve, dans cette oraison funèbre, renfermée en quatre pages, de nombreuses citations en latin, en grec et en hébreu, ainsi qu'un grand nombre de notes. Nous serions porté à croire que ce discours dut être composé et prononcé en chaire par Souchet, alors débutant dans la carrière ecclésiastique.
A la suite, nous trouvons, écrit en huit pages, delà main du même auteur : Lectio in antiludio disputationum Tholosœ publiée habita, 21 mensis decembris, in Communi
(1) Dont chaque page contient cent lignes, et chacune délies quatre^-vingt lettres.
(2) Arrondissement de Muret, département de la Haute-Garonne.
(3) De la famille des Bourbons (branche de Vendôme). Eléonore de Bourbon était fille de Charles de Bourbon , qui épousa Françoise d'Alençon. Ils eurent quatorze enfants; Eléonore venait en treizième lieu , elle était sœur d'Antoine de Bourbon , père de Henri IV. Elle eut la vocation à la vie religieuse, dès l'âge de 17 ans, et demeura au monastère pendant 62 ans.
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universitatis auditorio, anno domini millesimo sexcentesimo undecimo.
Puis encore : Lectio recitata in Cancellaria Tholosariœ Universitatis , 4® jannuari anni domini millesimi sexcentesimi duodecimi; puis encore : Brevis in Laudem Theologiœ oratio, loco et die quo suprà, habita.
A la suite de l'Oraison funèbre , de diverses discussions , thèses et lectures, produites en TUniversité de Toulouse, se trouve une Chronologie historique comprenant la nomenclature des Empereurs et Consuls romains, avec les dates qui remontent à la naissance de Jésus-Christ , plus la liste des Rois et Empereurs d'Allemagne, d'Ethiopie, d'Espagne, d'Angleterre, de France, etc., etc., le tout formant vingt-trois pages de l'écriture microscopique qui est propre à notre auteur et se terminant à l'année 1622, époque où dut être faite cette compilation. On trouve encore quelques dissertations et sermons, sur VAbus et V Ambition. De la prérogative de Jésus-Christ d*estre le premier prédestiné, etc, et enfin un Sermon sur la Naissance de Jésus- Christ, vray Dieu, vray homme, en Bethléem. Nous estimons que cette partie du volume manuscrit fut composée et écrite alors que Souchet, étant à Toulouse, venait de se faire recevoir Docteur en Théologie. Nous avons trouvé, au milieu des Mémoires du Prieur de Mondonville , Guillaume Laisné, la continuation des dates chronologiques écrites de la main de Souchet, après que Laisné lui eut fait don de ses manuscrits, lors de son décès arrivé en i635 (i).
Il rentra bientôt dans son pays natal, où nous le trouvons, dès 1618, occupant la Cure d'Abondant (2). Il eut
(i) Voici une note écrite de la main de Souchet que nous avons découverte dans le t. III, ch. CCCIV, p. i3o, de ces Mémoires : € Nota. Qu'un certain fripon, à qui j 'a vois preste ces Mémoires, m'en > a desrobé six feuillets contenant la Généalogie de la Maison de » Vendôme, etc. »
(2) Arrondissement de Dreux (Eure-et-Loir).
xij NOTICE BIOGRAPHIQUE
ensuite, en raison de son éducation et, peut-être aussi, de remploi que son père avait occupé, comme Gouverneur des Pages des rois Charles IX et Henri III, l'occasion d'obtenir de Madame Anne de Montafié , comtesse de Soissons et engagiste du G)mté de Dreux ( i ) , des Lettres de Conseiller ordinaire du Conlte de Soissons , son fils ; ces lettres sont datées de Paris, du i6 août 1618.
Souchet, par sa nature, son goût d'investigation et son activité, aimait à compulser les vieilles archives; relégué jusqu'alors dans son presbytère d'Abondant, il y vivait forcément, dans un état d'isolement intellectuel. Ce fut à cette époque qu'il sollicita et obtint l'emploi modeste et peu lucratif de Notaire et Secrétaire du Chapitre de Notre- Dame de Chartres (2). Il entrait en fonction le 22 décembre 16 18, au sortir de sa cure d'Abondant-, il était, en même temps, pourvu, dans l'église Collégiale de Saint- André de Chartres, d'un Canonicat (3) qui lui procurait ainsi* un petit supplément d^aisance. Le 10 juillet 1626, ayant été nommé au Prieuré-Cure de Morancez, près Chartres, il en prit possession le même jour. Son intime ami , Guillaume Laisné (4), en avait^ précédemment, été titulaire; ce
(i) Hîst. du Diocèse, etc., t. I, p. 11 3.
(2) Le Chapitre avait toujours, à ses ordres, à Chartres, deux prêtres qualifiés du titre de Notaire et Secrétaire du Chapitre , et dont remploi consistait à enregistrer les délibérations Capitulaires et à formuler les actes du Tabellionné de cette corporation. On trouve encore aux Archives d'Eure-et-Loir, cent vingt volumes de protocoles. Dans la période de 1618 à 16 32, période pendant laquelle Souchet exerça l'emploi de Notaire , on remarque iftie série d'actes autographes émanés de notre auteur.
(3) Hist. du Diocèse, etc., t. I , p. 357.
(4) Le Chartrain, Guillaume Laisné, était fils de Hector Laisné, M<* drapier à Chartres , et de Verdune Jouet. Nicolas Lefèvre , dans le Prœdicator Carnuteus, p. 283, fournit les renseignements suivants sur ce laborieux érudit : Guillelmus Laisné, in utroque jure licentiatus, Prior Sancti-Johannis de Braioto et de Mondonvilla,
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fut à sa recommandation que Souchet obtint ce bénéfice ecclésiastique qu'il cumula avec celui de Secrétaire du Chapitre; il fut reçu membre de cette Compagnie, le 20 septembre i632. Nous lisons sur un Registre de réception des Chanoines de Chartres : « 20 septembre i632^ Jean-Bap- » tiste Souchet, Prebstre Chartrain, Docteur en Théoy> logie. Prieur de la Maliviere et de Morance^, au lieu » de Edmond Rivière, par collation. »
Dès cette époque, Souchet, tout en remplissant son emploi de Secrétaire , avait pris à tâche et se proposait d'écrire une Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres. A la fin du manuscrit déposé à la Bibliothèque de Chartres , et coté 7/D , n^ 1 040 , nous trouvons condensés , et toujours de la même très- jolie et très -fine écriture de notre auteur, les documents suivants : d'abord , en soixantetrois pages , une nomenclature de tous les anciens Archevêchés et Evêchés de France, avec la liste chronologique de tous les Prélats qui avaient occupé ces nombreux sièges Métropolitains, ainsi que des notes historiques sur ces hauts dignitaires du Clergé. Les dernières indications s'arrêtent à Tannée i63o. Ce travail paraîtra colossal, sérieux et très-difficultueux , si Ton songe que la première édition de la Gallia Christiana des frères de Sainte-Marthe ne fut publiée qu'en i656, c'est-à-dire, deux ans après le décès de notre écrivain Chartrain. Viennent ensuite une multitude d'Extraits de VApothicarius Moralis de l'abbaye de Saint-Père-en- Vallée, concernant les Evêques de Chartres, des Extraits du Cartulaire des Prieurés du Grand- Beaulieu-lès-Chartres et de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou; des Légendaires des Saints Chartrains, saint Laumer, saint Lubin , saint Eman , saint Avit et surtout saint Piat ; Histoire de l'Institution des Chanoines de la Chapelle de ce nom; puis encore des Extraits du Domaine de Chartres;
qui codices contuîit , obiit 28 october i635 , jacet que in prcefata cède Sancti'Martini.
xiv NOTICE BIOGRAPHIQUE
le Nécrologe entier de Tabbaye de Josaphat, etc., etc. La fin de cette seconde partie du manuscrit est entièrement composée de documents intéressant notre localité. Ces pièces nombreuses , en tout genre , sont les précurseurs de l'histoire du Pays-Chartrain.
Souchet, qui avait beaucoup lu, possédait une vaste érudition; il éprouvait, surtout, un goût particulier pour les recherches généalogiques. A l'époque où il habitait Agen et Toulouse, il s'ocupait déjà des filiations des familles princières, ou féodales de la contrée où il résidait; c'est son vif attrait pour ce genre de recherches qui le mit en rapport avec Guillaume Laisné, lequel nous a laissé sa collection si précieuse et si curieuse, contenant des actes et des filiations intéressant les Provinces de l'Orléanais , du Biaisons, du Pays-Chartrain, etc., etc. et formant douze volumes manuscrits, que Souchet contribua à grossir encore, après que l'auteur primitif lui eut légué ce précieux dépôt (i) dont notre érudit et regretté collègue, M. E. de Lépinois , a donné de nombreux fragments , dans les Mémoires de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir {2). Ce dernier dit bien qu'une main étrangère avait travaillé après Laisné, mais nous avons, le premier, indiqué que ces nombreuses additions étaient l'œuvre autographe de notre historien Souchet.
Lorsque cet écrivain fut installé dans son Canonicat de Notre-Dame, il y avait déjà quatorze années qu'en qualité de Secrétaire du Chapitre , il s'était initié à la connaissance de tous les titres anciens et originaux , des Chartes , Privilèges, Aveux, Censiers, Registres Capitulaires, Justices Seigneuriales de cette illustre compagnie , dont les archives
( I ) Ces manuscrits, formant douze volumes petit in-fo et un composé de tables, sont conservés à la Bibliothèque Nationale, sous le titre : Mémoires du Prieur de Mondonville. fond de Gaignières, n*» 917.
(2) T. 1, p. 99, 258; t. II, p. 99, 200; t. IIl^ p. 196; t. IV,. p. i3i ; t. VI, p. 89.
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n'étaient ouvertes à personne, à moins d'une délibération spéciale et nécessaire, pour obtenir communication d'un titre quelconque (i). Ce fut dans l'exercice de cette charge que Souchet, tout en compulsant les documents divers, utiles pour ses généalogies , conçut la première idée de composer son Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres. Il voulait créer quelque chose de neuf et de grandiose; c'est peut-être la raison pourquoi, songeant à nous retracer les moeurs et les usages des Gaulois et des Druides, notre historien, après avoir consulté tous les auteurs anciens et modernes , y compris ceux de son époque , dans le but de faire revivre les temps que nous appellerons préhistoriques, nous a transmis quelques descriptions un peu dif^ fuses dans l'exposé desquelles n'a pas toujours présidé une critique assez sérieuse , et capable de garantir la vérité de Certains faits consignés dans ses écrits, touchant les premiers âges de notre histoire. Dans nos auteurs contemporains se rencontre souvent le même défaut.
A l'exemple de ces hommes laborieux et infatigables du XVII* siècle, et, en digne émule de Guillaume Laisné, il entreprit, avec ardeur et amour, de défricher le sol épineux de nos annales Chartraines. Ce fut dans les vieux chartriers des Monastères, dans les archives de quelques Châteaux disparus et dans les minutes d'obscurs Tabellions , vastes et précieux dépôts jusqu'alors inconnus et incompris et dont il se mit à remuer la poussière séculaire , ce fut , dis- je, à ces sources abondantes mais diffuses, qu'il puisa les matériaux qui devaient lui servir à édifier son œuvre originale et de prédilection. A cette même époque, nous voyons le goût littéraire s'épurer, la critique de l'histoire commencer à poindre, et beaucoup de Chroniques et d'Annales du Moyen-Age, la plupart fabuleuses, par suite de compilations inintelligentes, tendre à disparaître de
(i) Délibérations Capitulaires des i8 août 1729, 28 janvier lySo, et 16 février 1784.
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notre histoire nationale, pour laquelle il fallut encore attendre plus d'un siècle, avant d'y voir apparaître, revêtue d'une forme méthodique, la vérité dont la lumière doit ressortir de l'enchaînement des faits. Le fatras des citations grecques ou latines, ainsi que ces futiles et ennuyeuses dissertations scolastiques s'évanouirent avec le XVI IP siècle.
Le reproche que nous pourrions adresser à Jean-Baptiste Souchet, ce serait d'avoir, dans son Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres, qui n'aurait du être qu'une histoire particulière, mais suffisamment développée de l'ancien et grand diocèse du pays des Carnutes, voulu encadrer l'histoire générale de la France. Ses documents sont abondants et les sources assez exactes et judicieuses, pour l'époque où il écrivait \ on y rencontre peu de ces réflexions futiles qui, à cette date, empêchaient nos annalistes d'exposer les faits avec noblesse et vigueur.
Frère François de Loménie, dominicain, était nommé par le roi Louis XIII, abbé de Notre-Dame de Josaphatlès-Chartres, le 22 avril 1622 , et, par une nouvelle faveur, il succédait, le 23 avril 1623, à M. CoëfFeteau, comme évêque de Marseille. Le 28 août i638, il venait à Chartres, pour satisfaire à la transaction passée entre les Religieux de son abbaye et Philippes Desportes, abbé de Thiron et de Josaphat, transaction qui avait été consentie, dès le i3 août 1694, au sujet de la Mense abbatiale, dans le but d'établir l'ordre des Bénédictins réformés de la Congrégation de S. Maur. M. de Loménie, connaissant les hautes capacités de Souchet, le nomma, dans cette occasion, son Vicairegénéral, afin qu'il le représentât dans l'exécution de cette réforme que le prélat ne vit pas s'accomplir, puisque, se rendant à Marseille, il décéda, au Faye, près Limoges, le 26 février 1639. '-^ réforme et la prise de possession de l'abbaye de Josaphat, par les religieux de la congrégation de S. Maur, n'eut lieu, en présence de notre évêque Léonor d'Estampes, que le 8 juin 1640. Souchet exerça les mêmes
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fonctions de délégué , sous le nouvel abbé Henry d'Orléans de Rothelin(i).
En Tannée 1 645 , nous voyons notre écrivain commis , par les Chanoines, à la surintendance de l'Œuvre et Fabrique du Chapitre de Chartres : en cette qualité, il fait marché avec Pierre de la Ronce et Pierre Pauvert , peintres Chartrains , pour l'exécution de la riche décoration picturale de la chapelle de Notre-Dame de Soubz-Terre, laquelle fait partie de la Cathédrale de Chartres. Sur la paroi de la voûte se remarquent encore, de nos jours, de beaux fragments de cette splendide ornementation (2). Le Chapitre, pour reconnaître son zèle, l'éleva ensuite à la dignité d'Official de cette nombreuse réunion canoniale.
Tout en remplissant, successivement et simultanément, diverses fonctions des plus honorables, Souchet n'avait cessé, depuis plus de quinze années, de travailler activement à composer plusieurs ouvrages d'intérêt local dont il voulait enrichir son pays natal.
Il débute, d'abord, parles Œuvres de saint Ives, évêque de Chartres (1090-1 1 15), dont notre auteur s'était appliqué , depuis longues années , à rechercher, en tous lieux , les manuscrits nombreux épars et, dans l'intention d'annoter les Epîtres de ce grand prélat Chartrain (3) , afin de compléter aussi les éditions publiées, en i585 et 161 o, par
(i) Voyfcz le manusc. de la Biblioth. de Chartres, côté 7/0, no 1040, fol. I à XI, erV Histoire du Diocèse y etc. y t. IV, p. 372.
(2) Baux et Contrats du Chapitre de Chartres, t. 120 (1634i652), n° 1376 et 1378, de mon Tabellionné. Marchés du i^mars et 16 octobre 1645.
(3) Souchet avait un si grand zèle pour tout ce qui se rattachait à la glorification de saint Ives, que, par l'entremise du P. Noël,. Chartrain, de Tordre des Minimes, il obtint im bref du Pape, daté du 1 1 novembre 1 648 , qui permet aux Chanoines de Chartres de célébrer TOfiice double de ce prélat, lequel Office fut, depuis , réduit par le Chapitre au semi-double , comme pour un saint Confesseur Pontife. Voyez Hist. du Diocèse; etc. y t. II , p. 382.
xviij NOTICE BIOGRAPHIQUE
Fr. Juret, chanoine de Langres(i), lequel ne possédait pas toutes les connaissances nécessaires au sujet de Tétat du Diocèse de Chartres. Souchet , aidé des conseils de ses amis , et surtout grâce aux recherches des érudits tels que Guillaume Laisné qui lui avait légué ses manuscrits, encouragé en outre par le chanoine Thoret et quelques autres de ses collègues , se mit à Toeuvre pour produire une édition des Œuvres de saint Ives meilleure et plus complète que les précédentes. Voici comment à ce sujet il s'exprime : « Voiant que ses œuvres ne se trouvoient que rarement » et que j'avois quelques manuscripts d'icelles, je fus » porté, tant par inclination que pour complaire à mes » amis , à les ramasser, les compiler en un , et de les faire » réimprimer, avec quelques observations que j'avois faites » sur les Epistres, pour servir d'éclaircissements à celles » du feu sieur Juret et les envolai à Paris, à Laurent » Cottereau, pour les imprimer, en 1646 (2). »
A cette époque (1646), Souchet avait acquis le renom de savant, mais cette renonunée ne s'étendait guère au delà du Diocèse de Chartres. Cette ville ne possédait pas, alors, d'imprimeurs assez riches et assez aventureux ( il n'existait que de modestes typographes de province), pour oser publier un gros volume in-folio. Michel Georges, le plus célèbre d'entre eux , venait , en 1 646 , d'imprimer Les trois Covstvmes voisines de Chasteav-nevfy Chartres et Drevx, de format in - 4**, mais il se refusa d'entreprendre , à ses
(i) Voy. Hist, du Diocèse y etc. y t. II, p. 382.
(2) On serait porté à croire que Tédition de Souchet n'était pas parfaite, puisque nous lisons, dans les Registres Capitulaires de Notre-Dame de Chartres, au 10 septembre 171 1. « M. Brillon dit » que les Religieux Bénédictins de Saint-Père qui travaillent à une » nouvelle édition d'Ives de Chartres, prient la Compagnie de leur 9 prêter communication des Manuscrits d'Ives de Chartres, qui » sont dans la Bibliothèque ; — Autorisé. » Cette édition n'a jamais été publiée.
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risques et périls, de mettre sous presse une œuvre aussi considérable que le manuscrit de Souchet. Soit par jalousie, soit par indifférence, le Clergé lui-même ne voulut pas venir en aide à cette publication; le même fait se trouve consigné dans une lettre écrite, le g février 1722, au chanoine Brillon , par notre savant concitoyen Dom Liron , par rapport à la publication de son manuscrit intitulé : Histoire des Evesques et des Abbayes du Diocèse de Chartres.
« Les Chartrains ne songent qu'à amasser des écus et » des pistoles ; s'ils avoient un peu de cœur et qu'ils ai- » massent leur patrie et la gloire de leurs ancestres, ils » auroient répondu au cousin Hervé, qui leur a proposé, » autrefois , de procurer l'impression de l'histoire que j'ay » composée, des Evesques et des Abbayes du Diocèse; il » adressa sa lettre aux Maire et Echevins , mais ils ne luy » répondirent rien. Il ne s'agissait, pourtant, que de » prendre deux cens exemplaires de l'ouvrage, qu'ils au- » roient bien revendus , en sorte que non-seulement ils n'y » auroient pas perdu un sol, mais mesme auroient pu y » gagner, s'ils avoient voulu (i). » Le manuscrit de Dom Liron est resté inédit , Les Œuvres de S. Ives, annotées par Souchet, auraient éprouvé le même sort. Dans cette alternative , se présenta une occasion favorable ; Denis Challine , avocat à Paris , chartrain de naissance , cédant à l'invitation favorable de son cousin Charles Challine, avocat du Roi au bailliage de Chartres, voulut bien, aidé de l'abbé Thoret, chanoine à Chartres, se charger de négocier avec un libraire-imprimeur de la Capitale, au sujet de l'impres-
(i) Manuscrit de la Biblioth. de Chartres, côté 7/c, n*» 102 1, p. 209. Pour l'impression de ce même ouvrage de D, Liron, nous lisons dans une lettre datée du i" mars 1722 : a Si M. Sarraulc > (savant chanoine de Chartres) veux faire imprimera Paris, il » trouvera les libraires extrêmement prévenus contre les histoires » particulières; et quoiqu'il en soit d'un goust singulier, comme ils » sont ignorans, ils ne voudront peut-être pas s'en charger, etc. »
XX NOTICE BIOGRAPHIQUE
sion des Œuvres de S. Ives. Voici la lettre que Laurent G)ttereau, imprimeur à Paris, écrivit, à cet effet, à Souchet, le 2 août 1646.
a Monsieur, Comme Monsieur Challine estoit en ceste » ville , il me proposa d'imprimer les Œuvres d^Ivo Car- » notensis, lesquelles, à cause du long débit desdites » œuvres que J'appréhende, j'ay eu un peu de répugnance » d'imprimer : mais, enfin, insensiblement je m'y suis » engagé de paroUe, et me suis résolu d'employer mil » escus en ladite impression , espérant que les scavants de » vostre ville et mesme du Diocèse contribueront, de leur » pouvoir, à la distribution des Œuvres, estant curieux » de les avoir : et, comme j'ay apprins. Monsieur, que » vous aviez grand désir que quelque Libraire se disposast » d'imprimer lesdites Œuvres d'Ivo, et mesme que vous » aviés beaucoup travaillé à l'ornement de cest ouvrage, » je vous escris ces lignes, afin d'apprendre de vous s'il » est ainsi, et si vous me pouvés servir de quelque chose, » en ladite impression. Si cela est, je vous prie me le » mander, aflSn que je vous puisse escrire plus amplement , » sur ce sujet. Attendant la faveur d'un mot de response , » Je suis vostre très -humble et affectionné serviteur, » Cottereau (i). »
Dans cette lettre, on voit que l'éditeur craint beaucoup de faire des avances de fonds pour une publication qu'il présume devoir être d'un faible débit; enfin Souchet, dans une réponse favorable , accepte les offres de Laurent Cottereau qui , dès le 1 8 août suivant , envoie à notre historien une lettre signée : Pierre de Goussainville , piètre du Diocèse de Chartres , résidant à Paris , lettre dans laquelle celui-ci propose à notre auteur de surveiller l'impression des
(i) Extrait du Veritatis defensioy publié par J.-B. Souchet, contre le Père Jean Fronteau (Carnuti Symph. Cottereau. M. DC, LI.)y p. 86.
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Œuvres de S. Ives (i). Dans deux autres missives, il expose le plan de Touvrage, et il engage Souchet à mettre son œuvre sous la protection de son évêque, Jacques Lescot , en le chargeant aussi d'en écrire la dédicace (2) , ce qui fut accepté par notre auteur , tant il désirait voir s'accomplir cette publication des Œuvres du saint Evêque, œuvres qui manquaient dans la plupart des bibliothèques, et surtout les voir réunies en un seul corps d'ouvrage. Mais Souchet aurait préféré que l'impression eût eu lieu à Chartres, attendu qu'il lui aurait été plus facile de coordonner divers passages du texte et des notes (3), et de tempérer un peu l'ardeur avec laquelle l'imprimeur, ainsi que le correcteur poussaient cette publication qu'ils tenaient à voir terminée à Pâques suivant (4).
Les documents manuscrits ne faisaient pas défaut , car, de tous côtés, diverses abbayes avaient promis des pièces inédites ou plus complètes , concernant certaines compositions littéraires de S. Ives (5). Goussainville , par une lettre du 1 1 mai 1 647 , engage beaucoup Souchet à composer l'Epître dédicatoire, quoique notre écrivain eût engagé luimême Goussainville à l'écrire (6). Enfin, le 12 juillet suivant, ce dernier écrit, de nouveau, à notre auteur, pour le prévenir que rhnpression de l'ouvrage est achevée , à l'exception des tables, et qu'il aurait bien désiré que l'on insérât, dans ce volume, la Vie de S. Ives, composée par Souchet : « Mais d'autant, dit-il, que Von a envoyé plusieurs Mé- » moires nouveaux de Saint -Quentin, un Religieux de
(i) Veritatis de/ensio, etc. y p. 87. Goussainville fut éditeur des Œuvres de Pierre de Blois et de celles de saint Grégoire le Grand.
(2) VeritatiSj etc., p. 90 et 98.
(3) Veritatis, etc., p. 97.
(4) VeritatiSy etc., p. 93, 96 et 99.
(5) VeritatiSj etc., p. 93 et 95.
(6) Veritatis, etc., p. 98 et 100.
xxij NOTICE BIOGRAPHIQUE
» Saincte-Geneviefve en a fait une toute nouvelle et fort » ample de la vostre et desdits Mémoires. » Puis, enfin, il lui déclare qu'il est obligé de s'absenter de Paris, et qu'alors il remet à Laurent Cottereau , l'éditeur, le soin de poursuivre et de terminer l'ouvrage (i).
Souchet, indigné de la mauvaise foi de son imprimeur, lui écrivit, à ce sujet, le 3o septembre, une lettre de reproches, avec menaces de poursuites, mais Cottereau, dans une missive datée du 12 octobre 1647, fait à notre écrivain Chartrain une amende honorable, dans laquelle il reconnaît que les plaintes et les reproches à lui adressés sont justement mérités. « De ce que j'ay, dit-il, laissé » aller la Dédicace à des personnes qui n'y ont eu que » fort peu, ou rien du tout apporté du leur, je n'ay » aucune excuse à vous faire de cela, que ce qui suit. Le » sujet pourquoy je me suis laisser emporter que ces Mes- » sieurs feissent l'Epistre, est qu'ils m'avoyent promis de » m'en faire vendre un grand nombre, et que, leur Cha- » pitre tenant à Paris, au dernier mois passé, ils en feroient » prendre à tous leurs religieux, mais j'ay congneu le » contraire. Car ils eussent bien voulu en prendre, mais » sans argent et en pur don , leur en ayant fourny quelques- » uns qu'ils m'avoient promis me payer, de quoy je ne » puis estre payé, non plus que de la somme de mil ou » douze cens livres que leurs maisons me doibvent, etc. » J'attendray, sur ce, vostre volonté, et tout ce que vous » jugerés àpropos de faire , vous asseurant que tout le regret » qui me restera, c'est de vous avoir mécontenté, etc. »
Pour élucider cette querelle littéraire, en la résumant, je dois dire qu'il semblerait résulter de la correspondance, insérée à la fin du Veritatis defensio, etc. , que Souchet avait eu seul l'idée de publier les Œuvres complètes de S. Ives, et qu'il comptait, pour les mettre au jour, puis
(i) Veritatis y etc. y p. 98.
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aussi, pour les recherches à faire de divers manuscrits, ainsi que pour les corrections et les soins à donner à l'impression , sur l'assistance de Pierre de Goussainville , prêtre du Pays Chartrain, lequel habitait Paris, où il desservait l'Hospice des Incurables. Souchet qui écrivit une Vie de S. Ives, inédite et que nous avons découverte en manuscrit, à la bibliothèque de Chartres (i), aurait été sollicité par de Goussainville, pour écrire également la dédicace de cette publication qu'il devait adresser à M*^ Lescot, evêque de Chartres, le tout devant être placé en tête du volume; Souchet, se réservant seulement d'écrire la vie du saint évêque, autorisait de Goussainville à écrire, lui personnellement, la Dédicace. Mais ce dernier, abusant de sa position et de la confiance de notre historien , porta l'imprimeur Cottereau à s'adresser, à l'insu et au détriment de Souchet, aux religieux de l'abbaye de Sainte-Geneviève , et , dans ce monastère, furent composées une Vie anonyme de S. Ives, ainsi qu'une dédicace que signa le Père Jean Fronteau, membre de ce monastère: le fait est, du reste, avéré dans cette correspondance (2).
A la fin du mois d'août 1647, on voyait exposé en vente, sur la devanture de la boutique de Laurent Cottereau, imprimeur -libraire, à Paris, un gros et magnifique infolio, sur lequel se lisait : D. Ivonis Carnotensis épiscopi opéra omnia in dvas partes distribvta : prior continet... Posterior complectitvr epistolas cvm notis doctissimorum virorum Jureti canonici Carnotensis, et, au
(i) Elle est contenue dans un Recueil de pièces diverses d'un manuscrit côté 7/c, n® 1 01 6, fol. i3; elle porte pour titre Vita Yvonis episcopi Carnotensis y authore Soucheto, (Cinq pages et demie in-folio. )
(2) Veritatis de/ensiOy etc., pages 100 à 102. Dans une lettre datée du 10 kalendas decembris 1647 (23 novembre), écrite à Souchet par le Père Fronteau , ce religieux inculpé cherche à se défendre en rejetant la faute sur Cottereau et de Goussainville.
xxiv NOTICE BIOGRAPHIQUE
titre de la seconde partie, on lit : Pars altéra,,, cum notis doctissimorum virorum Jureti canonici Lingonensis et SoucHETi canonici Carnotensis Cest en tête de ce volume que paraît TEpître du Père Fronteau dédiée à M . Lescot , évesque de Chartres , au nom de ses confrères des abbayes de Saint-Jean-en-Vallée(i), de Saint-Cheron de Chartres et de ceux de la Magdeleine de Châteaudun(2). L'intention dudit Fronteau était d'attribuer toute la gloire de cette œuvre, celle de nombreuses recherches et des précieux documents dont elle était enrichie, aux Chanoines réguliers de Sainte - Geneviève ; suivait une Vie de S. Ives, composée collectivement, et sans nom d'auteur, par plusieurs religieux de cet ordre.
En raison des plaintes amères adressées par Souchet à l'imprimeur L. Cottereau , ce dernier s'empressa d'insérer une nouvelle Epître dédicatoire au même Evêque Jacques Lescot , renfermée en deux pages et signée J . B. Souchetus , canon. Carnut.. Dans cette nouvelle Epître, notre historien accuse formellement d'indélicatesse le père Fronteau; ce qui obligea ce dernier à écrire à Souchet (3) une longue lettre, dans laquelle il lui explique que, pressé par les
( I ) Souchet était fâché, en particulier, contre les religieux de cette Abbaye , à la reconnaissance desquels il devait d'avoir été nommé Prieur- Curé à Morancez , pour avoir sauvé de la destruction une partie de leurs titres qui avaient été relégués aux vieux papiers, et vendus à la suite du siège de iSgi , lorsqu'ils vinrent habiter et construire leur maison au Prieuré de Saint- Etienne. Souchet rechercha ces titres, les acheta à ses frais, et en fit le classement dans leurs archives. C'est à ce sujet qu'il dit , page 1 2 du Veritatis defensio: Illud enim pensando butyro, aut adipe, aut si quid est id generis involvendo, butyrariœ mulieri contulerunt, quod, meo sumptu, vindicatum et in alias manus, postea, delapsum et distractunif in ipsius domus tablinum, seu cartophilacium référendum curavi et ipse reduxi, etc,
(2) Voy. Hist. du Diocèse, etc. y p. 382.
(3) Veritatis y etc., p. 102.
SUR J.-B. SOUCHET. xxv
instances réitérées de Goussainville et de T Imprimeur, il avait consenti , alors seulement , à mettre la main à cette édition d'Ives-, voici, du reste, conunent il s'exprime: « Quant Ivonis nostri operibîis prœjixi vitam , nonedidi, » nisi importunis et Typographi , et ejus qui editioni » prœerat, D. de Goussainville, precibus fatigatus. » Quelques exemplaires, en grand papier, contenaient les deux Epîtres, et, sur le titre, à la suite ces mots : Doctissim. Virorum Jureti canon. Camutensis (c'était une grosse bévue d'employer le Virorum lorsqu'il s'agissait de Juret seulement); autre bévue, Juret était chanoine de Langres et non pas de Chartres. Sur l'exemplaire en grand papier que possède la Bibliothèque de notre ville (i), on voit sur le titre, collé, à la suite du mot Jureti^ et Sou- CHETi CANONic. afin de masquer les mots : canonici Carnutensis qui suivaient celui de Jureti,
Bientôt la guerre fut allumée et il se forma deux camps. Quelques savants, par système ou par intérêt dans la question, prirent parti pour le père Fronteau(2), mais le plus grand nombre, et les plus indépendants, se firent les défenseurs officieux de Souchet (3) qu'ils regardaient comme la victime d'une cabale provoquée par Goussainville et par l'imprimeur Cottereau qui devint, par sa faute et son manque de loyauté, le jouet du Père Fronteau et fut pécuniairement puni, en se condanmant lui-même à publier, à ses frais, et dans une semblable condition les Œuvres de saint Ives.
(2) Le Père Nicéron, dans ses Mémoires y t. XXI, article Fronteau, p. 85 et 86, le défend, ainsi que le Père Lallemand qui, dans son Eloge du Père Fronteau ^ lui fait également honneur des Œuvres de saint Ives y ainsi que MM. Dupuis et Dupin.
(3) Dom Liron, dans sa Bibliothèque Chartraine, p. 262; Cere et Oudin, D. Luc d'Achery, etc., se font ses défenseurs. Voirie Dict, de Morériy édit. de 1759, t. V, p. Sgo, Verbo Fronteau.
xxvj NOTICE BIOGRAPHIQUE
Comme Souchet était un infatigable travailleur, en dépit des désagréments qu'il venait d'éprouver, dans l'impression de son dernier ouvrage , il entreprit encore de publier une autre œuvre locale , c'était la Vie du bienheureux Bernard , premier abbé de Thiron, au diocèse de Chartres. Cette abbaye, chef d'ordre, comptait comme étant soumis à sa dépendance, un grand nombre de monastères, soit en France, soit en Angleterre. Cette œuvre nouvelle parut sous ce titre : Beati Bernardi fvndatoris, et L abbatis SS. Trinitatis de Tironio, ordinis S\ Benedicti, vita, auctore coœtano, Gavfrido Grosso, Nunc primîim prodit in lucetn, opéra et stvdio Joan. Bap. Sovcheti. S. T. Doctoris, et Camotensis canonici {\).
Il semblerait que Souchet eût gardé rancune à Laurent Cottereau, puisque, lorsqu'il s'agit de l'impression de ce nouvel ouvrage, nous voyons le savant Dom Luc d'Achery, membre le plus érudit de la Congrégation de S. Maur, se charger d'éditer le volume récemment composé par notre auteur; c'est un fait qui nous est attesté par le libellé du privilège. Cette œuvre nous relate la vie du bienheureux Bernard, écrite par un religieux, son contemporain, nommé Geoffroi le Gros ; elle renferme encore l'historique de la célèbre abbaye de Thiron au Perche, de l'ordre de S. Benoît, fondée en l'an 1 109, et dont la charte de fondation fut accordée et signée par notre évêque, S. Ives, en 1 1 14 (2). Souchet, en raison de sa vaste érudition et de sa connaissance profonde de la localité, l'enrichit de savantes et nombreuses notes qui composent deux cent dix pages et sont suivies d'un catalogue historique des Abbés de Thiron, ainsi que de la liste des Monastères, Prieurés et Paroisses dépendant de cette célèbre abbaye. Dans la préface de cet
(i) {Lvtetiœ Parisiorvm Joannis Billaine. M. DC XUX.)
(2) Voy. La France 'Pontificale ( Diocèse de Chartres) , par H. Fisquet, p. 4o3.
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ouvrage, il fait Téloge de son ancien ami, Guillaume Laisné(i).
Les notes révèlent bien le même mode d'écrire employé par Souchet pour les Œuvres de saint Ives. Ce dernier volume est dédié à Henri II de Bourbon, duc de Verneuil, évêque de Metz, abbé de Saint-Germain-des-Prés, de Thiron , etc.
Souchet, quoique ayant déjà, dans son Epître dédicatoire adressée à Jacques Lescot, exprimé très-amèrement son mécontentement, au sujet du plagiat du P. Fronteau, saisit encore l'occasion de revenir sur cette célèbre dispute ; aussi, dans la préface de son édition de la Vie de saint Bernard, a-t-il inséré le passage suivant que nous donnons textuellement : Ut enim amicorum voto facerem satis, Ivonis pfœsulis nosiri Carnoiensis opéra ex M. S. membranis in unum corpus collegi , episiolas notulis juvi , vitam descripsi, typographo commisi, irrito conatu. Propudioso quippe plagio prœfixa libro epistola, vitaque ex ea quam composueram non satis rectè édita, suum fecit opus quidam, cui si à me optasset, lubenter detulissem. Cette édition de la Vie du bienheureux Bernard, donnée par notre auteur Chartrain, fut toujours estimée et recherchée par les savants. Ce volume devenu très-rare est, par conséquent, d'un prix élevé.
Cependant une rumeur sourde, mais vivace, circulait sans cesse, parmi les gens lettrés, au sujet du plagiat effronté du Père Fronteau ; ce fut alors que ce dernier, pour expliquer sa conduite, dans cette affaire, et répondre publiquement à Souchet qui, dans son Epître dédicatoire des Œuvres de saint Ives , ainsi que dans la Préface de la Vie de saint Bernard, l'avait dénoncé et représenté comme
(i) a Accessit alter non in/erioris notœ . quem D. Guillelmus » Laisneus prior Mondovillanus, popularis meus amantissimus , et » antiquitatis studiosissimus , pro sua in me benevolentia, commu- » nem fecit, >
xxviij NOTICE BIOGRAPHIQUE
étant de connivence avec Pimprimeur Cottereau, ce fut alors, dis-je, que le Père Fronteau, pour se laver de cette accusation honteuse , dans une Lettre adressée à Tévêque du Puy-en-Velay et imprimée à la suite d'un écrit intitulé ; Refutatio eorum quœ contra Thotnœ Kempensis vtndtcias, scriptore. D. Quatremaire , D. Launoy, etc. (i), essaya de se défendre des graves reproches mis en avant par Souchet qu'il savait disposé à imprimer une accusation formelle contre lui. Il présenta au Chapitre de Chartres, dans la séance Capitulaire du 24 juillet i65 1 , un exemplaire des Œuvres d'Ives de Chartres , dont les Chanoines ne parurent pas être très-satisfaits (2).
Mais Souchet, voulant avoir le dernier mot de cette affaire ténébreuse , publia , à cet effet , un volume intitulé : loannis Baptistœ Sovcheti D. T. necnon Camotensis Ecclesiœ canonici, Veritatis defensio in loannem Frontonem canonicum regularem[2>)^ lequel volume offre une dédicace en vers latins adressée à Mathieu Mole, puis, comme introduction, une autre pièce aux lecteurs, laquelle, sous une forme vive, explique sa mésaventure littéraire causée par le manque de foi de Goussainville , de Laurent Cottereau et du Père Fronteau. Ensuite, commence la Veritatis Defensio, renfermée dans 85 pages et 2 1 pages de correspondance, sur ce sujet intéressant, correspondance à laquelle nous avons fait, comme on Ta vu ci -dessus, quelques emprunts, dans le but d'attester la vérité, et afin de faire comprendre aux lecteurs les moyens que Ton avait employés pour frustrer notre historien de l'honneur d'avoir recherché et annoté les Œuvres de saint Ives.
(i) (Paris, i65o), in-S», iio pages.
(2) Une note autographe de Fabbé Brillon, chancelier du Chapitre, collée sur une des gardes du manuscrit autographe de YHist. du Diocèse, etc, par Souchet, indique ce fait.
(3) (Carnvti, ex officinâ Symphor*. Cottereav, M. DC. LI.), in-8» de 118 pages.
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Quelques auteurs, et, entre autres, le Père Nicéron (i), accusent Souchet d'avoir, au lieu d'une défense, écrit un libelle; il est vrai que, dans certains passages, le Père Fronteau est vilipendé et taxé , en termes peut-être un peu trop virulents, d'avoir aidé à commettre une mauvaise action. Il est facile, en lisant la Vertiatis Defensio, de voir que notre historien, gravement blessé dans son amourpropre d'auteur, était, en quelque sorte, dans son droit, lorsqu'il usait publiquement d'un moyen violent , pour bafouer son audacieux adversaire. Enfin six pièces de poésies latines, envoyées par des amis à l'auteur, viennent encore coopérer à la défense de Souchet et atteindre rudement le Père Fronteau. Quoique ce débat soit ancien, puisqu'il date de plus de deux siècles, il est encore, à notre époque, intéressant à lire.
Il nous reste quelques mots à ajouter, touchant l'œuvre la plus considérable, la plus savante, la plus populaire et la plus estimée qui soit sortie de la plume de Souchet, et dont le manuscrit original est conservé dans la Bibliothèque publique de Chartres , sous la cote i o/a , n** 1 1 74. Elle a pour titre : Histoire de la Ville et de V Eglise de Chartres, oii sont insérés les plus beaux endroits de l'Histoire et des Cours de l'Europe y surtout du Royaume de France, composée par Jean-Baptiste Souchet, chanoine de Chartres, C'est un petit in-folio, papier, relié avec des ais en bois, couvert en veau, avec clous et fragments de fermoir en cuivre. Au bas du couvercle de droite , se trouve un anneau en fer, rivé au couvercle, lequel servait à l'enchaîner au pupitre de la Bibliothèque du Chapitre, attendu que ce précieux manuscrit ayant, sans aucune mention d'emprunt, plusieurs fois disparu des rayons de ce riche dépôt littéraire , le Chapitre fut obligé de publier un Monitoire, afin de parvenir à le recouvrer.
(i) Mémoires, t. XXI, art. Fronteau, n^ 5, p. 88.
XXX NOTICE BIOGRAPHIQUE
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Cest un volume écrit de la main de Fauteur (i) qui le légua à la Bibliothèque capitulaire , lors de son décès arrivé le 8 avril 1654. Ce volume est folioté par pages jusqu'au numéro 522, ensuite du folio 523 à celui numéroté 55 1, il Test par feuillet, ce qui forme un ensemble de 58o pages, composées, chacune, de quatre-vingt-dix lignes d'une petite minuscule semi-gothique renfermant quatre-vingts lettres à la ligne. Cette sorte d'écriture, d'une belle exécution, est compacte, fine et assez difficile à lire, cependant, elle Test beaucoup moins que les notes inscrites sur les marges, lesquelles notes sont en caractères microscopiques, et leur contexte rempli d'abréviations.
Cette œuvre est divisée en sept livres et en cent quatrevingt-quatorze chapitres. Elle comprend l'histoire, à partir de l'origine des Gaulois, jusqu'en l'année 1640. On remarque, dans ce recueil d'annales concernant l'histoire de •la ville de Chartres, deux lacunes; l'une, au folio 542, est une omission volontaire de l'auteur (2) , je veux parler du récit du Sacre du roi Henri IV, qui eut lieu dans la cathédrale de Chartres, le 27 février 1594; l'autre lacune est le résultat d'une lacération, que le premier nous signalons, des pages 544 et 545; ces pages enlevées au chapitre XII du VII* livre, relataient l'assassinat commis par Ravaillac, en 1610, et le dépôt momentané du cœur du roi Henri IV, dans la Cathédrale de Chartres, à l'époque où on le transportait à La Flèche. Personne n'avait non plus remarqué que les folios de ce manuscrit avaient été, par une main
(i) Le titre, ainsi que les neuf feuillets suivants formant la table des sommaires, ne sont pas autographes, mais écrits par trois mains différentes.
(2) Voici la note autographe de Bouvet- Jourdan, inscrite sur le manuscrit fol. 552 : • Ces deux lacunes sont des obmissions par » l'auteur qui n'a pas voulu parler de ces deux faits. Car Tordre des » pages est suivi. > Il n'y a d'omission volontaire que pour le Sacre de Henri IV.
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étrangère, habilement surchargés de chiffres, postérieurement au legs de Souchet , et cela , à partir du folio 646 et suivants (i), sans doute dans le but de donner le change aux lecteurs, mais le sommaire du chapitre XII indique clairement la mention des deux faits historiques dont il s'agit, lesquels furent postérieurement supprimés. Cette suppression a produit une lacune regrettable j puisque, par suite de cette lacération, le récit se trouve interrompu de Tannée i6o3 à celle 1617.
Souchet, ainsi que toute sa famille, avait la réputation de partager les opinions des partisans de la Ligue , et à la considération de ses conviaions religieuses et politiques, pouvait peut-être s'adjoindre encore certain motif d'intérêt personnel, ce qui s'expliquerait par ce passage de l'histoire de notre auteur, où il dit : « J'ai entre les mains » les lettres de feu Guillaume Souchet , mon bisaïeul , qui y> jouissoit desdits privilèges... qui n'ont estes ostés à ceux V de ma famille qu'en 1578, et encores, par arrest du » 24 mai 1596, etc.. » Ce serait peut-être là le point de départ de cette rancune de la famille Souchet, à l'égard des rois Henri III et Henri IV, puisque c'est sous le règne de ces deux Souverains que les beaux et antiques privilèges de la famille de notre auteur se trouvèrent supprimés. Nous remarquerons, en passant, que Souchet, qui omettait sciemment dans les annales de son Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres, le récit du Sacre de Henri IV, lequel eut lieu dans la Cathédrale, dont il fut depuis élu chanoine, imprimait, indirectement, un blâme à la mémoire du Béarnais, qui avait coopéré à l'anéantissement des droits et des privilèges dont jouissait sa nom-
(i) Une note autographe de M. Bouvet-Jourdan, conservateur de la Bibliothèque, laquelle se lit au folio 552 du volume autographe, affirme qu'il n'y a pas de lacune, attendu que la pagination se suit; il faut croire que ce Monsieur n'a pas observé bien sérieusement la surcharge des chiffres des folios qui suivent.
x«rij NOTICE BIOGRAPHIQUE
breuse famille. Il pensait peut-être encore que ce Prince avait abjuré la foi de ses pères, dans le but de s^emparer de la Couronne de France , et qu'ensuite , il avait assiégé la ville de Chartres, désolé ses environs, fait expulser de son enceinte un grand nombre de familles Chartraines attachées à la Ligue, et écrasé toute la contrée de subsides et d'impôts.
Si nous trouvons, plus loin, inscrits sur le sommaire du chapitre XII, livre VII (i), la mention de l'assassinat du Béarnais, consommé par Ravaillac, et la relation du passage, par la dté Chartraine, de son cœur que Ton transportait à La Flèche , nous nous demandons la raison de cette mention particulière. Serait-ce une sorte de satisfaction personnelle qu'aurait voulu se donner notre auteur qui, dans ses annales de l'hbtoire locale, avait volontairement omis de relater le Sacre de ce même Souverain ?
Il n'est pas hors de propos de dire, ici, que la majorité des Chartrains étaient des Ligueurs outrés; il faut, toutefois, excepter de ce nombre , l'évêque Nicolas de Thou , ainsi que les bourgeois les plus notables de la Qté ; cette tradition est confinnée par le récit manuscrit d'un volume inédit; il est intitulé : Journal d'un Bourgeois de Chartres sous la Ligue ( 1679-1 592) (2). Certains passages concernant les Ligueurs du Qergé , passages qu'on voyait insérés dans les Registres capitulaires , etc. , joints à d'autres passages, antérieurement inscrits dans ces mêmes volumes, au sujet de la Réforme, n'ont pas peu contribué à faire disparaître et anéantir certains Registres du Chapitre de Chartres. Le zèle des Ligueurs Chartrains nous est encore attesté par les Registres capitulaires de l'Abbaye de Saint-Père-en- Vallée , où se trouvent biffées certaines lignes malsonnantes
(i) T. IV, p. 320.
(2) Nous possédons une copie de ce curieux manuscrit d*un Chartrain (Le Pelletier); il en existe d autres copies, mais elles sont rares , et Toriginal se trouve à la Bibliothèque de TArsenal, à Paris.
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à regard du Béarnais. Souchet écrivit son Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres, au milieu du XVIP siècle , alors que le calme était revenu dans la cité , et que rincarcération et la pendaison n'y avait plus lieu comme à la fin du XVI* siècle, à l'occasion de paroles ou d'écrits publiés contre le Souverain. Souchet n'avait plus alors à craindre le sort de son collègue, le chanoine Esnault, de Michel Gougeon, curé de Meslay-le-Grenet , du jésuite Jean Guignard , ses compatriotes, qui avaient été pendus en pu* nition de quelques paroles, ou écrits contraires à la politique du moment, ou en raison de la détention d'une arme à feu (i).
Une présomption , touchant la cause et l'époque où s'accomplit cette lacération du manuscrit de Souchet , nous est suggérée et quasi affirmée par la révélation suivante, extraite des Registres du Chapitre de Chartres, et portant la date du ii février i655 (moins d'une année après le décès de l'auteur 1.
Voici cette révélation : « MM. de Germiny et Lemaire ï) disent que M. Rousset, l'un des exécuteurs testamen- » taires de feu M. Souchet, luy a dit, que le sieur Du » Tronchay (Avocat et Bailly de la Justice de l'abbaye de » Josaphat) comme ayant, à ce qu'il dit, charge de » M. le Garde-desr-Sceaux , demandoit la Parthénie que » ledict deffiinct avoit fait.
» MM. De Germiny, Andrieux et Gervais, commis pour la lire et M. le Théologal avec eux. »
Cet ordre impératif et inquisitorial imposé par le Gardedes-Sceaux doit paraître singulier; ne serait-ce pas là une sorte de censure rétrospective et assez significative pour nous expliquer cette fâcheuse et irréparable lacération du manuscrit de l'Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres,
(i) Voyez le Journal d'un Bourgeois de Chartres, manuscrit, p. 206, et Annales j Souvenirs et Traditions historiques du Pays- Chartrain, par Ad. Lecocq, p. 279.
xxxiv NOTICE BIOGRAPHIQUE
léguée au Chapitre ? Il y avait bien un autre exemplaire de cette histoire faisant partie des manuscrits autographes de Souchet, mais, dans cet exemplaire, le récit s'arrêtait à Tannée 1600 (i).
Si Ton examine attentivement tous les documents que renferme le manuscrit de Souchet , on demeure étonné en songeant à la masse de matériaux, tant imprimés que calligraphiés, qui durent être mis en œuvre; on est émerveillé de la vaste érudition de Fauteur et du talent dont il fit preuve en composant cette œuvre magistrale. A l'histoire de la ville de Chartres se trouve jointe celle du Diocèse et du Pays Chartrain. L'un de nos comtes part-il en guerre pour la Terre-Sainte ou , pour quelque autre motif, vers un pays étranger, Souchet nous décrit les lieux et nous raconte des faits qui se rattachent souvent à l'histoire générale. Les généalogies de nos Ducs, de nos Comtes, de nos Evêques de Chartres, occupent, dans ses récits, une large part, de même que celles de nos Vidâmes dont il a, le premier, élucidé les actes, la chronologie et la descendance (2). Toutes ces excursions, qui semblent un peu étrangères à l'histoire de la localité, nous dédommagent bien de leurs longueurs par de curieuses remarques et une fidélité chronologique d'une grande valeur. Quoique ecclésiastique, il n'admet pas entièrement les traditions de l'église de
(j) A la Bibliothèque nationale de PaHs se trouve une Histoire de Chartres y par Souchet, en trois volumes reliés en deux tomes; ces manuscrits viennent du fond Gaignières, n® 665; les annales s'arrêtent à Tannée 160 1.
Si la Bibliothèque de Chartres possède le manuscrit autographe de Souchet sous le n» 1 174, on voit ensuite une suite d'abrégés ou d'extraits de cet ouvrage sous les n*»» 1069, iio3, 1142, 11 58, i5o2, i5o5, i5o7 et i5o8.
{2} Voy. Histoire du Diocèse, etc., t. II, p. 149 à 1 52, qui atteste que, malgré l'assertion des Editeurs du Cartulaire de V église N.-D» de Chartres, dans leur introduction, p. clxv, Souchet est seul auteur de ce travail historique.
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Chartres, contenues dans la Vieille Chronique (i) de cette antique basilique.
Coriime tous les historiens de son époque , Souchet s'appuye, pour les origines, sur des chroniques séculaires, dans lesquelles la critique historique et hagiographique fait le plus souvent défaut. Il s'étend assez longuement sur les temps qu'il est convenu de qualifier, actuellement, du nom de préhistoriques, c'est-à-dire sur les premiers âges des habitants du Pays-Chartrain ; il donne, peut-être, un trop large développement aux origines des Gaulois, ainsi qu'aux lois, mœurs et usages des Druides qui nous sont presque aussi inconnus que ceux des peuplades de la période Mjérovingienne. Notre auteur entre, à cet effet, dans de longs récits appuyés sur les auteurs anciens; mais, à panir du Xh siècle, sa rrtarche bien plus certaine et son exposé bien plus nourri et plus intéressant se poursuivent ainsi jusqu'à la fin de son ouvrage, lequel se termine à l'année- 1640.
Quelques auteurs modernes lui ont reproché de s'être trop appesanti sur l'histoire féodale, et plus particulièrement sur celle du Clergé, tandis qu'il néglige l'histoire Conmiunale de notre contrée, et ne fait jouer aucun rôle au Tiers -État. On devrait, pourtant savoir, que l'école historique d'Augustin Thierry n'existait pas encore. Souchet, vu sa position d'Ex:clésiastique et de Secrétaire du Chapitre de Notre-Dame de Chartres, avait peut-être, mais tacitement (2 , le priyilége de fouiller dans les anti-
(1) Voy. Cart, de l'église N.-D. de Chartres ^ t. I , p. i à 3i.
(2) Les trois Chanoines commis pour la garde des Archives du Chapitre n'avaient pas le droit d'y faire, isolément, des recherches. € Défense à un seul commis du Trésor des Archives de monter où
» sont les titres , et fait défense à tous les Chanoines d'y monter et M d'y feuilleter les Registres et autres papiers, même dans la salle > commune, sans la permission du Chapitre à qui ils déclareront • le sujet pour lequel ils veulent feuilleter les registres. » (Regist. Capitul. 18 août 1729, 28 ïanvier 1760 et 16 février 1784.
xxxvj NOTICE BIOGRAPHIQUE
ques et nombreuses archives de ce corps religieux, si riches en documents locaux, ainsi que dans toutes celles des Abbayes et Couvents qui avaient, en sa faveur, ouvert leurs trésors de titres et de chartes, privilège dont avait joui également son ami Guillaume Laisné , prieur de Mondonville, cet autre infatigable chercheur qui légua à notre historien une mine inépuisable d'indications utiles, concernant principalement le Pays-Chartrain , indications renfermées dans les douze volumes manuscrits conservés actuellement à la Bibliothèque nationale de Paris (i) et qui étaient alors la propriété de Souchet. Ce dernier y avait fait , de sa propre main , de nombreuses additions que nous avons précédemment signalées comme étant Tœuvre de notre historien (2}.
Mais, en ce qui regardait les titres féodaux^ les châteaux de la province Chartraine , le duché de Chartres , les Echevins des villes de cette contrée et autres pièces concernant le Tiers-État ou la féodalité, il lui était presque impossible de pénétrer dans ces précieux dépôts d'archives ; sa position d'ecclésiastique le mettait, à cet égard, en état de suspicion, aussi bien de la part des Seigneurs que de celle des Echevins; chacun était, alors, jaloux de ses droits et privilèges; les trois ordres se portaient mutuellement ombrage et se traitaient en ennemis. Il faut bien reconnaître que l'abolition de ces trois Ordres , en 1 790 , en remettant
( I ) Ces volumes désignés sous le titre : Mémoires du Prieur de Mondonville y sont cotés: Fond de Gaignières, n<» 917. Ce savant collectionneur les avait acquis pour la majeure partie vers 1 700, des religieux de TAbbaye de Josaphat.
(:&) Notre ancien collègue, M. E. de Lépinois, dans ses savants extraits des Mém. de G. Laisné y insérés dans les Mémoires de la Société archéologique y a signalé (t. II, p. 257, 260 et 264), les additions dues à une main étrangère, mais il n'a pas reconnu l'écriture de Souchet; ces additions avaient eu lieu postérieurement à i636, après qu'il l'ut devenu possesseur, par legs, des manuscrits de son ami G. Laisné.
SUR J.-B. SOUCHET. xxxvij
entre les mains de TÉtat toutes les archives féodales et religieuses, contenues dans les chartriers des châteaux et du Clergé, procura, à dater de cette époque, aux générations suivantes , la possibilité d'élucider et de contrôler, avec certitude, beaucoup de points historiques jusqu'alors contestés ou inconnus. Mais dans cette transformation violente de Tantique état de choses en France, opérée à la suite d'une série de tourmentes révolutionnaires, que de titres, de pièces intéressantes et de documents ont disparu et sont , à tout jamais, perdus pour l'histoire; un grand nombre ont été lacérés, brûlés ou vendus à l'encan. Nous croyons donc avoir suffisamment expliqué pourquoi il se trouve quelques lacunes dans le plan d'ensemble, lacunes que quelques historiens locaux ont cru pouvoir reprocher à l'auteur de V Histoire du Diocèse et de la ville de Chartres.
Il faut que chacun de nos lecteurs sache bien que Souchet fut un de ces hommes laborieux qui, au XVII® siècle, commencèrent à défricher avec ardeur et à cultiver sérieusement le champ encore inexploré de nos Annales Chartraines ; il était , à cet égard , le digne émule de son ami Guillaume Laisné. A son exemple, il étudia les archives des Monastères et celles de quelques châteaux dont l'accès lui fut accordé et même celles de quelques tabellions; il se mit à secouer, sans relâche , la poussière de ces dépôts historiques, jusqu'alors inconnus, pour en extraire les matériaux susceptibles de l'aider à édifier son œuvre de prédilection, laquelle devait nous apprendre à connaître le sol de nos aïeux, puis aussi les illustres Prélats et le Clergé de notre diocèse et à les glorifier. C'est à l'époque où Souchet entreprend son œuvre locale que nous voyons le goût historique commencer à s'épurer et la critique à poindre; aussi beaucoup de Chroniques et d'Annales, résultant de compilations successives et sans contrôle, disparaissent de notre histoire nationale. Cependant il fallut encore plus d'un siècle avant d'y voir apparaître l'exacte vérité, ainsi que l'enchaînement méthodique des faits. Le fatras
xxxviij NOTICE BIOGRAPHIQUE
des citations grecques et latines, ainsi que ces futiles et ennuyeuses dissertations de la scolastique s'évanouirent avec le XYIII® siècle. Le seul repfoche que nous puissions, peut-être, adresser à Jean-Baptiste Souchet , ce serait celui d'avoir fait intervenir dans V Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres, qui n'aurait dû être qu'une histoire distincte et particulière, mais suffisamment développée de cette ancienne et vaste circonscription, et d'y avoir mêlé une sorte d'histoire générale de la France. Les matériaux sont abondants, les sources assez judicieusement choisies et habilement exploitées, eu égard à l'époque où l'auteur écrivait; on y rencontre peu de ces réflexions futiles, alors en usage, et qui empêchaient le vrai d'être mis en lumière dans la série des faits exposés par les annalistes.
Cette histoire, si volumineuse, en raison des longs développements qu'exigeait l'histoire générale, fut assez souvent consultée, par l'autorité administrative, touchant certaines difficultés judiciaires, elle servit encore à plusieurs Chanoines qui en firent des extraits, dans le but d'élucider certains détails intimes, ou de connaître quelques usages particuliers au Diocèse de Chartres.
Le Doyen du Chapitre, Jean-Baptiste Mareschaux, avait usé du manuscrit de Souchet, pour composer un volumineux recueil de documents historiques concernant le Chapitre et l'Eglise de Chartres (i).
A son exemple, le chanoine Claude Estienne produisit un semblable recueil qu'il rendit plus intéressant encore, en y insérant de nombreuses notes et diverses additions. Ce volume curieux et autographe fait partie de la Bibliothèque de notre ville (2). Les chanoines Mareschaux et Estienne, abréviateurs de Souchet , sembleraient n'avoir admis, dans leur plan, que ce qui pouvait intéresser notre Cité.
(i) Voy. Regist. Capitul. du 2 septembre 1710.
(2) 8/a, n" i5o5 du Catalogue des manuscrits. Cet extrait est de
SUR J.-B. SOUCHET. xxxix
Un autre chanoine, François Le Tu^ais, travaillant sur l'extrait de Mareschaux, le compléta, y fit d'utiles corrections et^éclaircit un grand nombre de passages du texte de Souchet, lequel, pour la clarté, laisse parfois- à désirer. Ce* travail n'est pas sans mérite, et le manuscrit autographe se trouve également à la bibliothèque Chartraine ( i ; ; il s'arrête à l'année i5o2. L'auteur, étant décédé le 3 juin 1716, légua son œuvre à la bibliothèque du Chapitre.
Voici ce que LeTunais, dans sa Préface, dit, au sujet de son travail sur le manuscrit de Souchet, abrégé par Mstreschaux : « Je me suis proplosé un dessein pareil au » sien, avec les deux différences, toutefois, que j'abrège, » assez souvent son abrégé, sans omettre néanmoins rien » d'essentiel, et qu'en la place de ce que je retranche, » j'insère, lorsque la matière le requiert, des corrections et » des additions considérables, surtout au commencement y> de cette histoire et dans les Episcopats des V«, VI% » VIP, VIII* et IXe siècles. Peut-être que ces correc- » rions et ces additions ne seront pas inutiles à ceux qui, » dané la suite, voudt-ont écrire l'histoire de l'Eglise de » Chartres, ouvrage tenté par plusieurs, mais assez im-
» parfaitement exécuté jusqu^à présent Le 'mélange
» confus de toutes sortes de matières, dans l'histoire de » M. Souchet, a pu être une raison très-valable au Cha- » pitre, pour ne pas la donner au public, avec d'autres » raisons plus particulières qu'il en a eues et qu'on peut » aisément deviner. » La dernière raison alléguée par Lie Tunais, comme l'une des causes qui auraient empêché le Chapitre de publier le manuscrit de Souchet, serait que cet auteur met certaines restrictions, touchant l'origine de l'Eglise de Chartres et la tradition desÉvêqlies-Comtes de cette province ; puis l'auteur aurait été accusé de professer des principes Gallicans, question, alors brûlante, qui
(i) io/a, no II 58. Quant au manuscrit de Mareschaux , 'il nous est inconnu et nous n*en connaissons aucune copie.
xl NOTICE BIOGRAPHIQUE
a divisé et divise encore, de nos jours, les membres les plus éclairés du Clergé français.
Le manuscrit original et autographe de Souchet, déposé dans la Bibliothèque du Chapitre, était quelquefois emprunté, sans autorisation spéciale et contrairement au règlement adopté pour ce dépôt; aussi Tabsence illégale du volume, étant, par plusieurs fois, signalée, à la suite d'une délibération Capitulaire, il fut prescrit qu'à l'avenir il serait posé et rivé un anneau de fer au couvercle du bois de ce manuscrit, qui serait enchaîné* et cadenassé au pupitre de la bibliothèque Capitulaire, afin d'éviter la perte de cet ouvrage précieux.
Le manuscrit de la Bibliothèque de Chartres, écrit de la main de ce savant homme, fut composé dans les quatre dernières années de sa vie; la mort vint le surprendre, inopinément, le 8 avril 1654, alors qu'il venait de consigner les faits concernant l'année 1640; il était âgé de soixante-cinq ans et deux mois. Voici son acte de décès que nous avons extrait d'un Registre de la paroisse Sainte-Foy de Chartres : « Le jeudy neufieÉtne jour d'apvril 1654, fut inhumé » en Vesglise de Sainte-Foy [le corps] de feu vénérable » et discrète personne Jehan-Baptiste Souchet , vivant » Prebstre et Chanoyne de Nostre-Dame de Chartres. »
Cet homme érudit était, ainsi qu'un certain nombre de nos concitoyens d'alors, amateur passionné de livres et de manuscrits. Voici comment, en 1642, le Père Louis Jacob, religieux Carme, s'exprime à ce sujet : « En ce temps -là, la ville de Chartres étoit digne d'admiration, parce qu'elle avoit plus de bibliothèques qu'aucune autre ville du Royaume. Car, outre celle de M. Lescot, évêque de Chartres, qui étoit fort belle, et celles des Jacobins et des Cordeliers, celles de M. Souchet et de M. Challine, etc. (i). »
(i) Bibîioth. Chartraine, par Dom Liron (Paris, Garnier, 1719), in-40, p. 23o.
SUR J.-B. SOUCHET. xlj
Le testament de notre historien (déposé aux Archives d'Eure-^t-Loir), testament qui n'a pu nous être communiqué, est daté du 21 août i65i; il est olographe, et fut reçu par Contet, notaire et secrétaire du Chapitre. Souchet y institue, pour son légataire universel, l'Hôtel- Dieu de Chartres; les paroisses de la ville, le Chapitre de Saint- André, dont il avait fait partie, ne sont pas oubliés, non plus que les paroisses d'Abondant et de Morancez dont il avait été curé; il fit des dons aux Abbayes de Hautes- Bruyères et de Bellomer, au diocèse de Chartres, ainsi qu'au Monastère du Paradis, diocèse de Condom, en souvenir des bienfaits qu'il en avait reçus, pendant le cours de ses études à Agen et à Toulouse. Il partagea les manuscrits et les livres de sa riche bibliothèque entre le Chapitre de Chartres, l'abbaye de Josaphat et les couvents des Jacobins, des Capucins et des Minimes de Chartres (i). Le chanoine Bonaventure Oudineau et le bourgeois Claude Rousset furent ses exécuteurs testamentaires.
Ce fut sur notre proposition, en date du 5 février i865, que notre Société archéologique, dans l'assemblée générale du 25 janvier 1866, consentit enfin à voter l'impression de V Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres, en huit fascicules formant quatre volumes, qui devaient être publiés dans l'espace de quatre années; mais, pour des causes indépendantes de notre volonté personnelle, l'impression ne fut terminée qu'en iSyS. Une commission chargée de surveiller cette publication fut nommée; elle était composée
(i) Le Chapitre de Chartres était, indûment, resté détenteur des Mémoires de G. Laisné; aussi, voici ce que nous lisons dans une délibération Capitulaire du 16 février i655; M. Sarazin, chanoine, dit : « Que le Prieur de Josaphat Test venu trouver et a dit , que si ï) on ne lui rend les Mémoires de feu M. le Prieur de Mondonville, » que tout leur Couvent sera obligé d'agir contre la Compagnie. » Ces Mémoires furent rendus, mais dans Ja suite, les Religieux les vendirent à M. de Gaignières qui, à son décès, en fit don à la Bibliothèque du Roi.
xlij NOTICE BIOGRAPHIQUE
de MM. P. Bellier de la Chavignerie, P. Durand, Pabbé Germond, Joliet , Laigneau , Lecocq, Merlet et H. Rossard de Mianville. Outre sa mission de surveillance , cette Commission était chargée de fournir la copie du manuscrit et de lire les épreuves en les coUationnant avec roriginal{i). Le manuscrit autographe devait être imprimé intégralement , sans aucunes autres notes que celles de Tauteur. La Société vota ensuite une somme de mille francs pour la confection des tables qui furent composées par M. Merlet.
Pour compléter cette notice, nous croyons devoir reproduire ici, sous forme de Tombeau (2), ou monument littéraire, élevé successivement à la mémoire de Souchet par tous nos historiens Chartrains, le recueil des opinions et sentiments de chacun d'eux, touchant Tœuvre magistrale du savant écrivain, œuvre que vient d^éditer et mettre au jour la Société Archéologique d'Eure-et-Loir.
Voici, en suivant l'ordre chronologique, les jugements divers des auteurs et annalistes Chartrains, sur Jean- Baptiste Souchet, considéré comme historien.
10 Charles Challine, avocat du Roi, au Bailliage de Chartres en 1676 et auteur des Recherches sur T Histoire de Chartres (3), s'exprime en ces termes : « M. Jean-
(i) Nous avons personnellement, corrigé avec soin, les épreuves des tomes I et II , et jusqu'à la page 336, du tome III, d'après le manuscrit autographe de Souchet.
(2) C'est sous ce nom que nous trouvons désignés , du XVI« au XVI II« siècle, quelques opuscules concernant les louanges d'illustres concitoyens : I» Tombeau de Lqys de Vallis^ tué au siège de Chartres , assiégé par les Huguenots et Maheustres ( Tours , 1591 ), in-4«; 2" Tombeau de messire Desportes, abbé de Tiron, par de Montreul (Paris, 1606), in-8°; 3© Le Tombeau de V illustre M, Félibien, par M. de Santeul (Paris, 1695), in-S»; 4* Le Tombeau de Paul Godet des Marais, évêque de Chartres, par Epistalier (Chartres, i7ii),in-40. Ce sont des écrits en vers composés en l'honneur et à la mémoire de ces illustres concitoyens.
(3) 7/e, n« 1074. Biblioth. de Chartres.
SUR J.-B. SOU C H ET. xliij
» Baptiste Souchet, chanoine de T Eglise de Chartres, a
» beaucoup travaillé à notre histoire. En effet, il pou voit
» facilement réussir à ce dessein ; car, outre qu'il avoit tou-
» jours été très-curieux et très-laborieux, ayant succédé à
» M* Guillaume Laisné, prieur de Mondonville, qui avoit
» vu tous les titres des principales maisons de la province,
» les trésors des chartes de toutes les églises du pays , les
» Registres de la Chambre des Comptes et de la Chambre
» du Trésor de Paris, dont il avait tiré d'amples extraits, » Ton peut dire qu'il avoit un très-grand fond de matières,
» et une capacité propre à faire une histoire achevée de la
» ville de Chartres et de tout le pays Chartrain. Devant
» que de mourir, il avoit mis la main à son ouvrage, il
» l'avoit copié lui-même, et il se trouvoit en état d'être
» imprimé , mais , étant mort subitement , la plupart de ses
» papiers ont été dispersés, privant les uns et les autres,
» l'auteur de la gloire que méritoit son travail , et la posté-
» rite du fruit qu'elle en eût pu recueillir. »
2® Alexandre Pintard, échevin de Chartres, et auteur (i) de V Histoire chronologique de la ville de Chartres (i 712), dit : « Souchet ayant été longtemps secrétaire du » Chapitre de Chartres, en ayant exactement extrait et » examiné les titres, doit être regardé comme un historien » fort fidèle. »
3<* François le Tunais, chanoine de Chartres et auteur d'une compilation et d'additions sur l'histoire de Souchet (2) en 17 16, écrit dans un passage, à propos de Souchet : « Où » je vois la Chronologie de M. Souchet moins sûre et moins » exacte, ce qui a lieu plus particulièrement dans l'Ancien » et le Moyen-Age; pour les derniers temps, comme notre » historien, il étoit aidé de titres et d'autres monumens » littéraires, je le suis ordinairement pas à pas. »
(i) 7/c, no 1012. Biblioth. de Chartres. (2) io/a, n® II 58. Biblioth. de Chartres.
xliv NOTICE BIOGRAPHIQUE
4® Guillaume Doyen, avocat et feudiste, auteur d'une Histoire de la ville de Chartres imprimée (i), parlant de Souchet, dit à son tour : « Il a fait Thistoire de Chartres, » en forme d'annales, qui finit en 1620, restée en manus- » crit, dont on a plusieurs copies et extraits. On trouve » dans cet ouvrage des recherches exactes et des réflexions )) d'un homme de mérite. »
5* Vincent Chevard, par la raison que Souchet était chanoine et afin de sacrifier à l'antipathie révolutionnaire pour le Clergé, à l'époque où il publiait son Histoire de Chartres (2) ( 1801), ne crut pas devoir le ranger au nombre des hommes illustres du Pays-Chartrain. Cependant il cite cet auteur à chacune des pages de son ouvrage.
6® BouvET-JouRDAN , dans son Histoire et Recherches sur la Ville de Chartres, manuscrit composé en 1820 (3), s'explique de la sorte à propos de Souchet : « Comme » contemporain , ou très-voisin des événements du siège de » 1 591 , il a été à portée de savoir tous les détails, soit par » lui-même, soit par des témoins occulaires. Il mérite donc » toute confiance sur cette partie de notre histoire. »
70 C.-C.-F. Hérisson, dans l'article consacré à Souchet et inséré dans la Biographie de Michaud, s'exprime ainsi : « L'ouvrage , le plus important que Souchet ait laissé , est
» L'Histoire de la Ville et de l'Eglise de Chartres
» Quoique , par son titre , elle paraisse consacrée spécialew ment à la Ville et à l'Eglise de Chartres, cependant elle » embrasse tout ce qui est relatif au Pays-Chartrain, en » général, Beausse, Dunois, Perche, Drouais, Mantois » et à l'Evêché de Chartres, dans ses anciennes limites. » Souchet y a joint beaucoup de faits appartenant à l'his-
(i) (Chartres, Deshayes, 1786), 2 vol. in-80.
(2) (Chartres, Durand- Letellier, an IX), 2 vol. in-8*>.
(3) 7/e, no 1070. Biblioth. de Chartres.
SUR J.-B. SOUCHET. xlv
» toire générale , mais ses excursions se rattachent , sous
» beaucoup de rapports , à l'histoire de Chartres, à laquelle
» il avait consacré tous ses soins et toutes ses recherches ,
» et elles ne la déparent en rien. C'est dans cet ouvrage
» qu'il a réuni tous les documents et tous les faits que sa
» science et son érudition lui avaient fait découvrir et re-
» cueillir. Plus que tout autre , il pouvait donner une ex-
» cellente histoire générale du pays et de l'Evêché de
» Chartres Il n'en est pas moins un historien exact,
» véridique , et qui mérite la plus grande confiance. Il est
» un guide sûr, on pourrait dire invariable. Ceux qui,
» postérieurement à Souchet, ont écrit sur l'histoire de
» Chartres, ne se sont pas fait scrupule de le copier, sans
» lui rendre la justice qu'il mérite. On regrette que cette
» histoire n'ait pas été publiée. »
8° Jules Doublet , de Boisthibault a dit de Souchet : « Les historiens modernes n'ont rien fait d'aussi bien. »
9** L'abbé Bulteau, dans son Histoire de l'Eglise de Chartres, qualifie en ces termes Roulliard et Souchet : « Le bon Roulliard et le savant Souchet. »
10° Enfin, nous clorons cette série de jugements, si favorables à l'œuvre de Souchet, par l'appréciation qu'en a faite, dans son Histoire de Chartres, notre érudit et défunt collègue, E. de Lépinois, dont chacun peut reconnaître la compétence en pareille matière. Il s'exprime ainsi à l'égard de l'écrivain qui nous occupe : « Il laissa en » manuscrit une Histoire de la Ville et de l'Eglise de » Chartres, qui dénote un immense savoir et un jugement » généralement très-droit. Souchet connaissait à fond les » archives du Chapitre et des Couvents de Chartres ; aussi » l'histoire ecclésiastique est-elle la partie la plus complète » et la plus satigfaisante de son ouvrage; quoique chanoine » très- zélé, il n'accepte pas, sans discussion, toutes les » traditions rapportées dans les anciennes Chroniques de
xlvj NOTICE BIOGRAPHIQUE
» l'Eglise, il aime volontiers à s'appuyer de preuves; on » peut même lui faire, quelquefois, le reproche d'abuser » de son érudition. Ce qui concerne la Ville laisse à désirer. » Souchet a fait usage des documents qu'il a rencontrés » dans les archives ecclésiastiques et, peut-être, dans le » volumineux recueil de Laisné, prieur de Mondonville, » mais il ne paraît pas avoir étudié, avec le même soin, » les registres et papiers de l'Echevinage, véritables sources » de l'histoire communale.
» Souchet a été mis à contribution par les historiens » postérieurs, depuis Pintard jusqu'à Chevard; presque » tout ce qu'ils ont de bon lui appartient en propre. »
Nous nous permettrons de contrôler la légère note de blâme que M. de Lépinois crut devoir consigner dans son résumé si élogieux en faveur de Souchet, à propos de certaines lacunes qu'il lui reproche, touchant les annales Municipales de notre ville; nous répéterons, à ce sujet, qu'il était aussi impossible à Souchet d'avoir communication des titres de notre Mairie, qu'aux Echevins de pénétrer au sein des archives du Chapitre de l'Eglise Notre- Dame de Chartres.
Notre collègue, M. Merlet, a mis lui-même notre auteur à contribution, en insérant, dans sbl Relation des Hurons et des AbnaquiSj un curieux chapitre de l'histoire de notre savant Chanoine ; depuis encore, les éditeurs du Cartulaire de Notre-Dame de Chartres ont également puisé d'utiles indications dans Souchet, pour établir les Prolégomènes de leur ouvrage.
Ce petit exposé rétrospectif, emprunté à tous nos historiens Chartrains, anciens et modernes, suflSt pour éclairer nos concitoyens sur la valeur de Y Histoire du Diocèse et de la Ville de Chartres, éditée par la Société archéologique d'Eure-et-Loir.
C'est sur l'invitation qui nous a été faite par la Commission de publication de l'Œuvre de Souchet, que nous avons
SUR J.-B. SOUCHET. xlvij
entrepris d'écrire, en son nom et sous son patronage, cette Notice biographique qui fournira, peut-être, quelques nouveaux et utiles renseignements inédits sur l'auteur de VHt'stoire du Diocèse et de la Ville de Chartres.
Ad. LEGOCQ.