‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 33 sur 71 · G HISTOIRE DU DIOCESE · texte numérisé non relu

G HISTOIRE DU DIOCESE

que ce qu'en escrit Vincent de Beauvais, qui véritablement fait mention de ceste estoUe, et du miracle arrivé par icelle, au sujet de ce serpent. Ce qu'il doit avoir prins de quelque ancien autheur, disant qu'il a tiré ce qu'il en dit des Actes de ce saint : mais sans nous arrester à rechercher par qui ces Actes ont esté mis en lumière, ny d'où Vincent les a prins, je soutiens que l'estolle estoit un ornement d'évesque et deprebstre, du tems mesme des Apostres. Car bien que les anciens usurpassent le nom d'estolle pour toute sorte de vestement, comme il se veoid dan& Nonius Marcellus (1) du mot grec otoX^, qui signifie vestement, bien leprinsent pour un habillement de femme, si est-ce qu'il estoit aussi commun pour ceux des hommes, ainsi qu'il se veoid dans Plutarque en la Vie de Dion , quand il parie de Denys r Ancien, tyran de Syracuse, en S. Marc, 16, en S. Luc, 15, et en plusieurs autres endroits. Je dis plus que ceste forme de vestement estoit propre du Grand-Prestre des Juifs , ainsy qu'il est porté au Lévitique, 16, où il est dit que le Grand-Prestre inductur stola linea et vestibus sanctis, et au 3* d'Esdras, chap. 4, quand le roi Darius commanda de rebastir le temple de Hiérusalem : Sacram stola m jussit dari (sacerdotibus) in qud de^erxnrent. Et au chap. 5 du mesme Uvre, ce prince ordonna dari stolas sacerdotales centum aux prestres qui serviroient au Temple. Cest habit avoit esté ordonné par la bouche de Dieu à

Moyse, en l'Exode, 28 : icon^dciç erroX^ «^ytav Xàpcov to) a8e><py elç

.ti|aV xal 5<^av. Ce qu'il répète par plusieurs fois dans le mesme chapitre. Josèphe en fait aussi mention au XVJJI* livre de ses Antiquités, ch. 8; et semblablement Eusèbe, livre I de son Histoire, ch. 6, et disent tous deux qu'Hérodes, roi de Judée, s'en estant emparé, il la tenoit dans la tour Antonia, jusqu'à ce que Vitellius la fit rendre au Souverain -Prestre, qui estoit lors, pour s'en servir quand il seroit besom. C'est ce qui a fait dire au pape S. Anaclet, en sa deuxiesme Epistre, d^ Ordinatione Archicjnscoporum , parlant d'Aaron et de ses deux fils que : Hoc fuit inter Aaron, summum sacerdotem , etfiUos ejus, qui sacerdotes crant, quod Aarœi super tunicam accipiebat poderem, stolam sanctam et coronam auream, etc., dont S. Augustin, livre II, surTEiTorfc, quesl. 114, parle semblablement; comme

(l) Balsamon, In VI synod, in TruUo, can. 27. In VII synod., can. 16.

fait aussi S. Hiérosme en son Epistre à Fabiola, que Zonaras, en la Vie de Michel Stratiot, tome I de ses Annales ^ appelle Upap^Mc^ oToXV; que Hiérosme Volfius a tourné Pontificiain stolam. Téodoret, livre II de son Histoire, chap. 27, parle aussi de TestoUe sacrée, tissue de fil d'or, que Vempereur Constantin avoit envoiée à Macaire, évesque de Hiénisalem, pour la décoration de son église , et s'en revestir durant qu'il administreroit le baptesme ; mais pour montrer plus précisément que l'estoUe estoit un ornement épiscopal du tems des Apostres , il se lit dans le 8** Concile de Constantinople , tenu en 869, que S. Jacques le Mineur, premier évesque de Hiérusalem, par l'eslection faite de sa pei^sonne par les autres Apostres, portoit une estoUe, que ce

Concile appelle UpomxV ^roX-^v tou àYtou 'laxwêou tou àZtk^ixAiy

que Nicétas tourne Pontificalem habitum S. Jaoobi, apostoli, fratris Damini, laquelle Théodose, patriarche d'icelle ville, envoia à Ignace, patriarche de Constantinople, ainsy qu'il se peut veoir par l'épistre qu'il lui en escrit, rapportée dans la première action de ce Concile. Les diacres portoient aussy des estolles, ainsi qu'il se ht dans le Pontifical grec, en la deuxiesme partie duquel il est dit que ol Siaxovoi lv8u<^{Xfivoi ràtç tnokhu; «utwv, doibvent dire la mesme oraison que récite le Patriarche en prenant la sienne.

L'Eglise de Besançon se vante d'avoii* chez elle l'estolle de S. Estienne, l'un des premiers diacres de l'Eghse naissante, institué par les Apostres, laquelle luy a esté donnée par l'impératrice S'* Hélène, comme une prétieuse relique de ce saint; et Childebert, roy de France, donna celle de S. Vincent, martyr, à l'église qu'il fit bastir soubz son nom au faubourg de Paris (plus congneue maintenant par l'appellation de Saint- Germain-des-Prés)(l), après son retour de Saragosse en Espagne, où on lui en avoit fait présent, qui fait assés veoir que l'estolle estoit un ornement pontifical, sacerdotal et diaconaldès le t^ms des Apostres. Mais comme toutes choses s'altèrent et sont sujectes aux changements, ces estolles ont esté réduictes au point que nous les voions à présent, depuis qu'on a introduit les Aulbes entre les ornements ecclésiastiques, et ont esté faites en la forme d'im colher (2), pourquoy on les appelle aussi Ora-

(1) Ado Vien et Sigebert, ann. 542. Ainro., lib. 11, ch. 20. — (2) Durand, Ralionah., lib. Jll, ch. 50.

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ria, qu'il ii'estoit permis indifféremment de porter à tous ceux qui estoient initiés aux ordies sacrés, mais seulement aux évesques, prebstres et diacres, encore avec ceste différence que les évesques la portent pendante de costé et d'autre , à cause de la croix qu'ils portent pendue à leur col , et leur descend siu- la poitrine; les prebstres la portent passée à l'entour du col, eu forme de sautoir, c'est-à-dire de croix de S. André, sm* l'estomach, suivant ce qui est porté au Concile III de Bracaie, canon 3, que : Saccrdos Mmani celebraturus , non aliter accédât, quàm Orario utroque humcro cireumscpliis, sieut et quando fuit consec rat lis f ita ut de iino eodemque Orario cervicera ixinter y et utriimque humerum pt^miens, sîgnum in suo pectore pTcPparet Crucis; si quis aliter egerit, excommunicationi subjaceat. Qui fait que Hesichius l'appelle ïlpapiov twv Upiwv, comme propre et appartenant aux prebstres et à leur ordre. Néamoins le Concile de Laodicée , et Zonaras veulent qu'il ne soit permis aux ministres inférieurs de porter ceste estolle, non pas mesme aux soubz-diacres : touto yàp tGv S((x)cova>v I<jt(v , cela estant propre aux diacres , ou comme le dit Balsamon 'ûpapiov <p^p6iv jxovwv lorl Twv Staxovwv, lesquels le doibvent porter en forme d'escharpe de dessus l'espaule gauche par dessoubz la droite, conformément à ce qui est dit au IV*" Concile de Tolède, canon 39, rapporté au canon Unum orarium , dist. 25. Or, quel inconvénient y a-t-il que S. Clément, évesque de Metz, aie porté ceste estolle, puisqu'elle estoit un habit pontifical , et qu'il en aie lié un dragon , tout ainsi que le fit S. Nicaise au village de Vaux dans le païs Vexin, et S. Romain, son successeur en l'évesché de Rouen, et S. Arnould, archevesque de Tours, en Espagne.

Nos adversaires auront bien de la peine à nier le miracle de S. Romain, veu que c'est d'où est venu le privilège de la fierté de ce saint, qu'un criminel lève tous les ans, avec cérémonie, en ladite ville de Roueu, la veille de l'Ascension de Nostre-Seigneur, en mémoire du miracle qui se fit à tel jour par ce saint ; lequel , aiant baillé son estolle à un condamné à la mort pour lier un serpent grandement nuisible aux habitans, l'amena devant tout le peuple quiimpétra son pardon. Ce qu'estant venu à la congnoissance des rois de France, ils auroient donné ce privilège au Chapitre de la métropole de Rouen, de pouvoir délivrer tous les ans , à pareil jour, un criminel en levant et por-

tant la fierté, c est-à-dire la châsse de S. Romain. Pourrait-on nier une chose si congneue, confii-mée par tant d'arrêts des Cours souveraines de Paris et Rouen, sans faire un effort cà la vérité, qui se fera toujours recongnoistre telle quelle est, au travers des plus espoisses ténèbres! Que si ces saints ont peu faire ce miracle, et S*** Marthe un pareil avec sa ceinture, pourquoi S. Clément de Metz n en aurait-il peu faire autant?

Au dernier, concernant la formule : In 7wminœ sanctx et indiv'iduœ Trinitatis, soit qu'elle fust en usage ou non pour lors, jene trouve point qu'elle soit insérée dans les Actes de S. Clément , rappoités par Vincent do Beauvais au livre préallégué, ni dans Pierre des Noëls; seulement je lis dans le premier que S. Clément dit à ce dragon ou serpent : In nomine Jesu Chrisli crucifixi, pi\rcvin() tibi, Draco fuïwstissime , etc., où il n'est parlé un seul mot de Trinité. Aussi semble-t-il que la formule rapportée par Vincent fust celle qui estoit usitée par les Apostres et leurs disciples, Taiant retenu de leur maistre, qui, les envolant prèscher par l'univers, comme il paroist en S. Marc, 16, dit « Qu'ils" » chasseroient les démons en son nom , parleroient toutes sortes » de langues nouvelles, osteroient les serpens, etc. » Qui fait que S. Luc , au chap. 3 des Actes des Apostres, a remarqué que S. Pierre et S. Jean, allant au temple à l'heure de none, ils rencontrèrent un boiteux à la porte, (jui leiu- demanda l'aumosne, auquel S. Pierre.aiant dit qu'il n'avoit ni or, ni argent, mais qu'il lui donnoit ce qu'il avoii; et, le prenant par la main, lui dit : In nomine Jesu Chruli Nazareni, surge et amhula, et lui restitua sa santé. Qui auroit donné sujet aux premiers Chi^estiens de se servir de ceste formule , de laquelle on use encores en l'Eglise. Il n'y a rien pourtant qui empesche que S. Clément n'aie peu se semr delà première formule, considéré que le Fils de Dieu, donnant la mission à ses Apostres, leur enjoignit de baptizer au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui font la Trinité de personnes, en une unité d'essence, de laquelle il estoit besoin d'instruire le peuple, qui a de la peine à concevoir et comprendre ce mystère, qui n'est mi sujet valable poui* rejecter et débattre de faux les Actes de S. Clément ou les arguer de supposition; nos censeurs estant obligés, après le déni qu'ils ont fait que S. Clément eut esté envoie à Metz, de prouver qu'il n'y a point esté, ce qu'ils ne peuvent faire, en disant que ceste formule n' estoit en usage.

Ce point estant vuidé, voyons les autres raisons qu ils ont à dire contre nous, desquelles et de nos responses nous ferons le chapitre suivant, pour donner tems au lecteiu» de reprendre son haleine.

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