‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 34 sur 71 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Continuation desdites Responses,

SUR ce que nous avons dit ci-dessus que S. Zacharie, évesque de Vienne, avoit esté le premier martyr des Gaules, et S. Savinian et S. Potentian ensuitte, qui auroient souffert des premiers en la ville de Sens ; ceux de la contraire opinion l'ont nié hardiement, et, poui^ appuier et deffendre cesle négation, apportent plusieurs raisons, lesquelles comme elles sont conununes, aussi les responses que nous y ferons pourront servir pour toutes les autres qu'ils pourroient apporter au mesme sujet. La première raison qu'ils produisent est, que si S. Zacharie eust esté évesque de Vienne et y eust souffert le martyre pour le soutien de la foi , il eust deu estre houoré et vénéré, comme celui qui leur auroit annoncé l'évangile et les auroit engendrés en Jésus-Christ, où au contraire il seroit demeuré enseveh dans ToubUance plus de huit cens ans, sans qu'il fust fait mention de lui ni de son martyre. A quoi je respons qu'Adon, son successeur, qui vivoit en l'an de Nostre-Seigneur [708], qui sç^ivoit ou devoit sravoir les antiquités de son église et le nom de ceux qui l'avoient précédé en sa dignité, le mei pour premier évesque de Vienne , comme font tous ceux qui en ont parlé. 2° Jean le Lièvre, chanoine de Vienne, en l'Histoire qu'il a composée de cette Métropole, chapitre 7, escrit que S. Zacharie estoit du nombre des disciples de Jésus-Christ, qui avoit esté envoie à Vienne par S. Pierre, premier pasteur, auquel pour témoignage de bienveillance, il donna la nappe, sur laquelle le fils de Dieu institua , en la dernière Cène qu'il fit à ses Apostres, le Sacrement de son corps et de son sang en TEu-

charistie, laquelle après XVI siècles, s'est conservée en son entier et est encore vénérée en ladite église de Vienne. 3** Que S. Paul aiant laissé audit lieu S. Crescent, lorsqu'il fut en Espagne, et S. Pierre y aiant envoie S. Zacharie, cet apostre des Gentils reprint à son retour ledit S. Crescent, qu'il emmena avec lui. 4° Que S. Zacharie, vacant à sa charge et faisant tout devoir d'mi bon pasteur, auroit esté lapidé à Vienne par la * populasse , émeue contre lui par les prestres des faux Dieux, hors la porte Triiunphale, autrement Gratienne, et son corps jecté à la voirie, lequel aiant esté secrettement inhumé par les Ghrestiens en un lieu congneu de peu de personnes, près des murailles de la ville, il y demeura longtems sans honneur, d'autant qu'on n'osoit le descouvrir durant les persécutions, qui survindrent enTégUse, de crainte qu'on ne lui fît souffrir un second martyre. 5° Qu'aiant souffert soubz Trajan , il est appelé Protomartyr Galliurumy à raison de la Gaule Narbonnoise , et de Tune et l'autre Aquitaine , desquelles Vienne a prétendu obtenir la Primatie. 6° Que la paix aiant esté rendue à l'Eglise, ce saint se manifesta par quantité de miracles, qui se firent à son tombeau, qu'on avoit enfermé dans une petite chapelle, où les fidèles alloient faire leui*s dévotions, jusques à ce que le pape Imiocent IV, estant à Lion en 1249, envoia, à la prière des Viennois, fi'ère Hugues de Saint-Cler , cardinal de Sabine , autrefois religieux profès de l'ordre des frères Prescheurs, au couvent de Vienne , avec Jean Cajetan, aussi cardinal, du titre de Saint-Nicolas in Carcere Tulliano, pour lever les ossements de ce saint prélat, les enclorre dans une châsse et les transporter en l'église de Saint- Pierre, en ladite ville ; et pour augmenter le culte de ces saintes reliques, ce Pape donna cent jours de vrai pardon à ceux qui, estant confessés et commimiés, visiteroient ladite église de Saint-Pierre de Vienne, le 26 mai; auquel se fit la translation de son coi^ps, et qu'on voit aussi avoir esté celui de son déceds en Tan 101, ainsi qu'il est exposé dans la bulle du mesme Innocent, de ladite année 1249; de toutes lesquelles responses, il se peut veoir que S. Zachaiie a esté envoie à Vienne par S. Pierre, qu'il en a esté le premier évesque, et qu'il esloil desjà, auparavant le pape Innocent, en honneur et respect chez les Viennois, puis({u'ils lui demandèrent permission de faire la translation de ses reliques.

Leur seconde raison est que S. Zacharie, n'aiant esté inscrit dans le Martyrologe Romain, ny en celuy d'Usuard, il y a grande apparence (juil n'a esté évesque de Vienne, d'autant que s'il eust présidé en Téglise dudit lieu, ce dernier autheui', qui a fait une exacte recherche par toutes les églises de France du temps de Charlemagne, des saints qui esloient vénérés en icelles, n'eust obmis d'en faire mention dans le sien. Response: Que la consé(iuence est très-impertinente, pour ce que c'est autant que qui diroit : S. Aventin ne se trouve dans le Martyrologe Romani, ni S. Malard, ni S. Papoul; donc, ils n'ont esté évesques de Chartres, lesquels uéamoins sont honorés comme saints dans leur diocèse. Tous les saints ue peuvent estre mscrits dans le Martyrologe, auquel il y en a plus d' obmis que d'escrits : mais c'est très-mal conclud : ce saint n'est pomt dans les Martyrologes , donc il n'a pas esté évesque d'un tel endi'oit, poui- ce qu'il y a, dans le Martyrologe, beaucoup de Saints et de Sahites qui n'ont esté évesques, et que tous ceux qui ont esté évesques n'y sont insérés.

Leur troisiesme raison est que Grégoire de Tours n'en parle aucunement, combien qu'il aie fait mention de plusieurs, tant martyi-s que confesseurs, es livres qu'il a escrit de leurs miracles, de leur gloire, des vies des Pères et de son Histoire. Response : (Jne Grégoire de Tours n'avoit entreprhis d'escrire tous les Saints, mais seulement ceux desquels il avoit pailiculière congnoissance , y en aiant eu beaucoup, qui estoient venus à sa notice, desquels il n'a rien couché par escrit, combien qu'ils eussent assés de reconunandation pour cela. Il a parlé de S** Monegunde, damoiselle chartraine, aux chapitres 19 de la Vie des Pères, et 24 de la Gloire des Confesseurs, et n'a rien dit de S. Calétric, évesque de Chartres, son frère, haut loué par Fortunat , et par les Actes de sa vie , qui sont gardés en l'église dudit Chartres. Est-ce-à-dire pour cela qu'il n'a pas esté évesque de Chartres? D'ailleurs Grégoire, voulant montrer que son intention n'a esté d'escrh'e de tous les évesques qu'il congnoissoit, ila esciitau VHP livre de son //îA/oir^, chapitre 39, que Multi eo anno sacerdotum ex hoc mundo migraverunij quod prcpterirc volui , eo quod imnsqimrjue urbe sua reliquerU inonumenki, (Jui fait entièrement contre nos adversaires, veu que par là il tesmoigne assés qu'il faut s'en rapporter à la tm-

ditive, ou actes des Eglises, ([ue ces prélats ont administrées. De plus Grégoii'e de Tours ne recongnoist aucuns martyrs plus anciens aux Gaules que ceux de Lion, qui soutfrirent souLz Marc-Aurèle; comment donc aurait-il peu parler de S. Zacharie, qui estoit mort quatre-vingt ans au précédent?

Leur quatriesme raison est que celui qui a compilé le Martyrologe Romain s'est trompé, aiant prins un Zacharie de Lion, pour Tévesque de Vienne, déceu par la communication qu'avoient ces deux villes pour leur proximité. Response : (jue ces Messieurs se sont trompés eux-mesmes, veu ([ue le Martyrologe Romain distingue ces deux saints Zacharies, l'un de l'autre, faisant la feste de l'évesque de Vienne, le 26 mai, et celle de celui de Lion , qu'il qualifie prebstre et non diacre, le second de juin; et ainsi ne peuvent estre un mesme et ne sont confondus : voire Bède, pour plus grande distinction, remarque dans le sien, que ce fut ce dernier, (|ui rendit les derniers debvoirs à S. I rénée, évéque de Lion, et qui l'inhuma après le martyre qu'il endm'a soubz l'empereur Sévère, vers Tan 180.

Pour cmquiesme raison, ils allèguent qu'Adon n'a point inséré S. Zacharie dans son Martyrologe , (jui estoit un lieu plus propre à le mettre, ({u en son Histoii-e, dans laquelle il faut qu'il aie esté adjousté par un autre. Response : Que ces Messieurs supposent faux que Adon, qui a escrit l'Histoire, soit le mesme que celui qui a compilé le Martyrologe, y aiant bien de la différence entre eux, l'un estant évesque de Vienne, l'autre de Trêves (1). Ils ont, disent-ils, des autheui's qui soutiennent qu'ils ne sont qu'mi mesme; et nous en avons aussi qui maintiennent qu'ils sont deux, et qui ont bien autant d'authorité que ceux qu'ils pourroient alléguer. Davantage, quand bien ce Martyrologe, pubUé sous le nom d'Adon, seroit véritablement de celui de Vienne, quelle obUgation auroit-il eue de mectre et répéter en icelui ce qu'il avoit si nettement escrit dans son Histoire, que Sub Trajano imperalore^ gloriosissUaus scnex Zacharias, Viennensis ecclesur cpucopus, marti/rio coronatar. Veu que le Martyrologe n'estant qu'une histoire racourcie et épitomée d'une plus grande de la vie du saint, duquel on doit célébrer le lendemain la feste, c'est assés de l'avoir exposée dans

(1) Voy. Severt., in Archicp. Vicnn.

rhistoire générale, sans la répéter en une particulière. Mais posé qu'il n'y aie qu'un seul Adon, archevesque de Vienne, disant que S. Zacharie a esté évesque de Vienne; pourquoi nos censeurs ne lui croiront-ils pas, et se mettent-ils tant en peine de le contredire, et soutenir que S. Zacharie n'a point esté évesque de ceste métropole? Car, selon le dire de Grégoire, leur coryphée, chacun descrivant les Actes de leurs prélats, ceux de Vienne avoient escrit ceux des leurs, aussi bien que les autres, lesquels Adon avoit peu avoir leus , et ainsi en avoir une particulière congnoissance. Que s'il y a deux Adons, dont l'un a escrit l'Histoire, l'autre le Martyrologe*, Adon de Trêves, quiestoit fort esloigné, et n'avoit jamais eu communication des Actes de l'église de Vienne , pour pouvoir parler ou escrire de ce qui s'y estoit passé, et partant, il ne faut s'estonner s'il n'eu a rien dit dans son Martyrologe. De plus, Adon, quel qu'il soit, disant au prologue sur son Martyrologe, que son intention n'avoit esté que d'estendre un peu plus long ce que ceux qui l'avoient précédé au mesme genre d' escrire avoient rédigés en peu de parolles, et n'aiant rien trouvé dans les autres de S. Zacharie, il ne se seroit pas mis en peine de l'insérer dans son Uvre.

Leur sixiesme raison est que l'on ne trouve aucuns Actes de la vie dudit S. Zacharie, ni son tombeau, ni aucun ancien escrivain qui fasse mention de lui , ni qui die qu'il a esté congneu à l'Eglise Romaine et Gallicane auparavant Adon, ny qu'il aie souffert le martyre soubz Trajan. Response : Qu'il se peut fort bien faire qu'il ne se trouve aucuns actes de lui, mais on ne sçauroit conclm'e de là qu'il n'a pas esté évesque de Vienne. Car, bien qu'il ne se rencontre aucuns Actes de S. Aventin, premier évesque de [Chartres, ce seroit mal conclu qu'il n'auroit esté évesque dudit heu, puisque les vieux Légendaires de l'église le portent. Combien se trouvent-ils d'évesques dans les Catalogues qu'on a dressé de leurs devanciers et successeurs, ausquels il n'y a que le seul nom, sans autre chose de leur vie; et néamoins, par une constante tradition, on les honore et révère, comme aiant présidé aux églises ausquelles on en fait la mémoire. D'ailleurs, leurs Actes peuvent-ils pas avoir esté bruslés dans le général incendie des livres et commentaires, ausquels estoient descrits les Actes des Martyi^s en suitte du commandement de Dioclétian, qui les ût dévorer aux flammes, et réduire en

cendres; et ainsi, tous les Actes de ce saint auroient esté bruslés, sans qu'aucun se soit mis en peine de les renouveler; ou bien ils auroient esté bruslés par les Goths, durant qu'ils possédèrent Vienne, lesquels estant Ariens faisoient autant de mal ou plus aux Catholiques que les Gentils; ou bien encores par les hérétiques de nostre tems, qui s'emparèrent d'icelle ville, la ruinèrent et pillèrent en 1567, et y bruslèrent tous les papiers de l'égUse métropoUtaine et autres, soubz la scéance de Vespasian Gribaldi , archevesque du lieu. Mais s'il n'y eust point eu d'Actes de la vie de S. Zacharie , d'où est-ce que Lelièvre , chanoine de la métropole, et l'abbé Dubois, célestin de Lion, eussent prins ce qu'ils en ont laissé par escrit. Quand au sépulchre, il a esté longtems dans ime chapelle près les murailles de la ville , et à présent les reUques de ce samt sont dans une châsse en l'éghse Sain t- Pierre , où elles ont esté transportées à la diUgence des Viennois, qui dévoient en avoir quelque congnoissance, puisqu'ils en soUicitèrent la translation. A ce qu'ils disent que c'a esté Adon, qui en a parlé le premier dans son Histoire, et qu'auparavant lui , on n'en avoit point ouï parler, s'ils eussent leu Bède, qui venoit plus de deux cens trente ans plus tost qu'Adon, Tun estant en vie en l'an 702, conune nous Tavons montré au premier chapitre de ce IV livre, et l'autre en l'an 929, comme il se peust recueillir de ce qu' escrit ledit Adon , sur la fin de son Histoire , en laquelle il fait mention de Louis d'Outremer, fils de Charles le Simple, et d'Ogine, sa femme, qui décéda en 954 , ils eussent trouvé qu'on en avoit parlé plus tost qu'ils ne le cottent, et que, puisqu'il estoit congneu à un Anglois, qu'il devoit l'avoir esté auparavant aux Gaulois et à l'EgUse Gallicane. Pour le temps que S. Zacharie a souffert le martyre, il faut que ç'aie esté avant l'empire de Trajan, si ce que l'abbé Dubois a escrit, en son Traicié de la Ville et Evesqiies de Vienne, qui est après la Bibliothèque de Fleuri, est véritable, que les Apostres, c'est à sçavoir S. Pierre et S. Paul, envolèrent S. Martin à Vienne, au lieu de S. Zacharie, qui devoit, suivant ceste supputation, estre mort soubz Néron, soubz lequel ces Apostres avoient signé leur foi par l'effusion de leur sang; et par ceste raison, S. Zacharie pourroit véritablement estre appelé le premier martyr des Gaules. Que si ceux qui en ont parlé ont mis son martyre soubz Trajan , ils se sont certainement trompés. Mais pour une

bévue telle que celle-là, on ne doit nier que S. Zacharie n'a pas esté évesque de Vienne, non plus que S. Trophime d'Arles, S. Paul Serge, de Narbonne, S. Denys, de Paris; pour avoir esté posés par Grégoire de Tours, soubz le règne de Dèce, combien qu'ils fussent du tems des Apostres, puisqu'ils estoient leurs disciples.

Leur septiesme raison est qu'aiant conféré le Martyrologe d*Adon avec son Histoire, il s'y trouve de la contradiction; disant au premier, que S. Crescent estoit disciple de S. Paul, et au second, qu'il estoit Discipulus Apostolorum, Response : Il n'y a point de contradiction entre Adon de Vienne et celuy de Trêves , que ces Messieurs confondent en un , encores que véritablement ils soient deux d'un mesme nom, voire, quand bien il n'y en auroit qu'un; d'autant que combien que S. Crescent fusl compagnon de S. Paul et son disciple (1); si est-ce qu'on peut dire que cest apostre des Gentils , aiant amené S. Crescent avec lui à Rome, où il estoit coadjuteur de S. Pierre en la doctrine, qu'ils communiquoient également à leurs disciples, S. Crescent peut estre appelé valablement disciple des apostres S. PieiTe et S. Paul, qui sont toujours entendus par ce mot d' Apostres, quand il est proféré absolument sans autre addition; car, tout ainsy qu'un escholier prenant deux leçons de deux divers professeurs, l'une le malin, l'autre de relevée, peut estre réputé disciple de tous les deux professeurs , rien n'empesche qu'il ne puisse séparément estre censé et appelé disciple de celui qui enseigne le matin et de celui qui lit l'après-dinée; de mesme, S. Crescent estant avec les apostres S. Pierre et S. Paul, a peu absolument, estre appelé disciple des Apostres, et en particulier disciple, tantost de l'un , tantost de l'autre. C'estoit une practique receue d'en user de la sorte, ainsi qu'il se peut recongnoistre par l'Epistre cy-dessus cottée, que les Evesques de la province d'Arles escrivirent à S. Léon I, par laquelle ils énoncent, tantost que S. Trophime avoit esté envoie à Arles par S. Pierre , tantost par les Apostres, à cause qu'il estoit aussy disciple de S. Paul.

A la vérité, nos censeurs prennent bien de la peine pom* prouver que S. Crescent n'a point esté à Vienne , et n'est jamais venu es Gaules. Jaçoit que d'autres plus doctes que moi aient

(1) Ireneus, lib. IIJ.

assrs respondu à cesle objection , si est-ce que je ne peux m'empescher que je ne die, que c'est avoir trop de bonne opinion de sa personne de préférer son caprice à la croiance commune de l'Eglise, qui est la colonne et firmament de la-vérité , et laquelle estant régie et gouvernée par l'esprit de Dieu, ne peut errer; laquelle tient pour certain que S. (Irescent est venu aux Gaules, et approuve ce qui se lit dans le Marl^Tologe Romain, le 27 juin, qui porte les paroles suivantes {\) : fn Galatia sayicti Crescentxs^ (Usciptfli B. Pauli aposloli, qui in Gallias transitum faciens, rerho prcrdicationis multos ad fidem C/iristî convertit : rediens vero ad gentem , mi specialiter datuserat episcapus, cùm Galatas ipsos nsqup ad finon vit;c sv<r in opère Domini confirmasset demùm sid) Trajano martyriiun consnmmavit, etc., et le 29 décembre, il dit : Viennre m GalUa sancti Crescentii, discipnli n. Pauli apostoïi, et primi ejusdem eivifatis episcopi.

Nos advei-saires voiant que ceste authorité a plus de poids que celle de quantité de Martyrologes qu'ils opposent, desquels ils ne sçauroient tirer ce qu'ils avancent , que S. Crescent n'est jamais venu es Gaules ; ils disent , pour la ruiner, que ces dernières paroUes du Martyrologe Romain y ont esté adjoustées de quelques livres apocryphes, dont ils ne rapportent une seule preuve; et bien qu'ils concluent (jue ce saint a esté en Galatie , puisqu'il y est mort, ils ne peuvent pourtant nier qu'il ne soit venu aux Gaules, s'il n'a esté premier évesque de Vienne, qui est mie ville située aux Gaules, n'y aiant aucune contradiction à maintenii* l'mi et l'autre qui a peu s'estre fait en divei's tems. Eusèbe, en son Histoire, le dit expressément : Memoratur , dit-il, ex comitibus Pauli Crescens quidam ad Gallias esse profectus.

Pour ce que ce tesmoignage importune ces Messieurs, ils disent que Christoforson a tom*né Galatiam , non GolUani, mais j'en appelle à tesmoin tous les lecteurs , ([ui peuvent juger de la vérité en lisant que ce docte personnage a cotté à la marge cK FaXXiav, et non raXocriav; et à l'autre marge, il y a Crescens cornes Pauli in Galliam inissns. Beat Renan tourne simplement in Galliam, conformément au texte d'Eusèbe, combien que nos correcteurs veuillent sans raison et sans preuve que Christoforson a corrigé ce lieu d'Eusèbe d'un certain manuscrit, à

(1) Voy. Severt., in Archiep. Vienn.

l'aide duquel il a restitué raXaxiav , qui est autant que s'ils ne disoient rien , d'autant qu'ils devroient dire d'où est ce manuscrit. Dire que S. Epiphane lit Galliam , ils respondent qu'il s'est trompé (1); si Théodoret, ils disent qu'il a mal entendu ce passage; si Adon de Trêves, en son Martyrologe, ils opposent que c'a esté lui qui l'a le premier fait évesque de Vienne. Si Adon de Vienne, en son Histoire, où il escrit que ce passage ou voyage de S. Crescent à Vienne arriva la seconde année de l'empire de Néron, que S. Paul, allant aux Espagnes, laissa S. Trophime à Arles et S. Crescent à Vienne, ils taschent d'éluder ceste authorité, disant qu'il n'est pas certain que S. Paul aie esté en Espagne (2) , contre ce qu'en escrivent les Pères et les historiens Espagnols, qui en parlent affirmativement, et disent que cest apostre aiant descouvert son dessein aux Romains parcesparoUes, qu'il escrit au 15" chapitre de TEpistre qu'il leur adresse : Ciim in Hhpaniam proficisci cœperOy spero, quoi prœteriens videbo t'05(3), il Tauroit effectué, après avoir esté déUvré de sa première prison, en Tan -61 de Nostre-Seigneur, qu'il se seroit transporté en ces provinces pour y annoncer l'Evangile. C'est pourquoi Sophronius, patriarche de Hiérusalem, a laissé par escrit que l'Italie, les Gaules et les Espagnes avoient esté illustrées par le passage de S. Paul; ce qu'il n'auroit escrit , si cest apostre n'eust esté en Espagne et es Gaules. Nos censeurs opposent qu'il pourroit y avoir esté aussi bien par mer que par terre; on leur accorde, veu que S. Hiérosme, en ses Commentaires sur Isaïe, escrit, parlant de S. Paul, que/?er Pamphiliam et Asiam, et Macedoniam et Achaiam et dwersas insulas atque provincias, ad Italiam quoqiie (ut ipse scribU), ad Hispanias alienigenarum portatus est navibus. Mais cela n'empesche pas que cest apostre n'y aie aussi esté par terre, aiant peu faire l'un et l'autre en divers tems.

Leiu* huictiesme raison est qu'il ne se trouve aucune église dédiée sous le nom de S. Zacharie,^ contre la practiqued.es anciens Chrestiens, qui bastissoient des églises et oratoires et les dé-

(l) /n Episl. II y ad Timoih., nomb. 4. — (2) Hierosnim., m Isa\, c. lU S. Epiph. — (3) Cornel. a Lapide, in EpiU. ad Ronianos, Carafa Vasenain. Chron. Hisp. Chrysomes , de Laudibus Ilispanis. Jacob Fabert , ExpUc<itio in Epi st. ad Rom.

dioienl et consacroient à leurs évesques , qui avoient enduré le martyre. Response : (Jue comme ces Messieurs ne veulent rien croire sans pleige, nous leur demandons qu'ils aient à faire apparoir de ceste pratique , qu'ils disent avoir esté parmi les premiers Chrestiens , de dresser des églises et oratoires à la mémoire de leurs prélats qui avoient signé leur doctrine de leur sang, et ce, par autheurs qui aient esté de leiu* tems, en quoy ils seront bien empeschés. Je ne veux pas nier qu'on en aie dressé à quelques martyrs pour honorer leur mémoire, que les Grecs appeloient fxaprupia, ainsi qu'il se peut veoir dans les Conciles de Gangres et de Calcédoine (1), aux Actes desquels il est fait mention du Martyre, c'est-à-dire de l'Eglise de sainte Euphémie : et les Latins les nomment Confessions ou Mémoires , comme le fait S. Augustin en ses livres de la Cité de Dieu; mais la liberté d'ériger ces Eglises, Oratoires ou Mémoires, n'aiant esté donnée aux Chrestiens qu'après que la paix leur fust enVoiée du Ciel sous Constantin le Grand, qui permit de restablir les anciennes églises qui «avoient esté renversées par édit de Dioclétian. Conmient peuvent-ils sçavoir qu'on n'y en avoit point basty en l'honneur de S. Zacharie , sinon qu'ils demeurent d'accord que Ton n'en dressoit point pour les autres, n'estant de pire condition qu'eux ? Car, si les autres Chrestiens dressoient des oratoires ou chapelles sur les tombeaux des Evesques et Martyrs, ceux de Vienne eussent-ils eu si peu d'amour pour leur pasteur, qu'ils n'en eussent faict autant? N'estant pas imaginable qu'estant les premiei*s convertis à la foi, ils feussent demeurés seuls à ne pas rendre ce respectueux devoir à celui qui avoit respandu son sang pour les y confii'mer. Mais que pensent- ils que fussent ces anciennes églises, qui estoient, disoient-ils, sur les sépulchres des Martyrs? Ce n'estoient pas des édifices élevés, comme on les veoid à présent, mais certains caveaux et lieux sousterrains et secrets , dans ces cimetières où l'on portoit les corps des Chrestiens, et dans lesquels leurs amis et parens alloient faire leurs prières en cachette, de crainte d'estre descouvers; sur lesquels, la persécution estant passée, tes fidèles dressèrent des églises, autrement les lieux où ils s'as-

(l) Can. 9. Conc. African., can. 50, S. August., in lib. XXII. Civii, Deiy 8 et 10. Theodorat, lib. IX et XV, etc., etc.

sembloieiit, qu'ils appelloient à raison de cela Eglise ou Congrégation, par une métoiiimie, prenant la chose qui contenoit, pour celle qui estoit contenue; mais estoient ceiiaines salles «l lieux escartés et secrets, auxquels les Chrestiens s'assembloient pour prier durant la persécution. C'est pourquoy Cecilius objecloit aux Chrestiens dans Minutius Félix, qulls n'avoient nuls autels, nuls temples, nuls simulacres congneus, qu'ils ne parloient jamais en public, qu'ils ne s'assembloient jamais librement. Ce qu'estant ainsi, comment eust-on peu dresser des églises aux premiers Evesques martyrs, les reUques desquels estoient comoies par les Gentils, pour les perdre et dissiper, et empescher qu'elles fussent en quelque honneur et vénération parmi les fidèles (1). Ce qui auroit donné sujet aux premiers Chrestiens de les cacher aux Ueux les plus secrets et moins congneus, où beaucoup sont demeurés ensevelis dans ToubU, sans qu'on aie peu sçavoir où leurs corps reposent. Que si l'on en a descouvert quelques-uns, après longues années, c'a esté plustost par miracle que par l'exacte recherche qu'on en aie faite. Ils en croiront peut-estre à Grégoire de Toui*s, de Tauthori té duquel ils font si grand estât, lequel, en son premier Livre des Miracles, chapitre 26, rapporte que S. Eutrope, évesque de Saintes : Quia, eo tempore, instante persccutione , neque digno loco septiltus, neque a Christianis débita honore veneratus est, valdè datum est ohUviùni evm Martyrcm fore. Ce qui ne fut recongneu qu'après plusieui-s années , que Palais ou Palladius aiant basty une égUse soubz le nom de ce saint , il y fit mettre ses reliques; lesquelles aiant esté descouvertes, on recongneut par la cicatrice qu'il avoit à la teste, qu'il avoit souffert le martyre. Il escrit tout de mesme au chapitre 47 précédent, que les corps de S. Gervais et S. Protais furent longtems cachés et ne furent trouvés que par la révélation qui en fut faite à S. Ambroise. J'adjouterai encores, pour justifier que ce n' estoit point une practique ancienne de bastir des oratoires sur les reliques des Evesques, ce que cest autheur escrit en son Livre de la Gloire des Confesseurs , de S. Ursin, évesque de Bourges (2), que In ca/mpo inter reliqua sepulchra populorum sepulturœ lacatus est. Non enim popuhis ille intelligchat sacerdotes (par

(l) Eusèbe, lib. V, chap. 1. — (2) De glor. conf., ch. 8.

quel mot il entend les Evesques, ainsi qu'en plusieurs endroits de ses œuvres) Doinini venerari eisque reverentiam d^-bitam exhibere.

Pour ce qu'il appeil. par ce passage, que ce ii'estoit une praclique parmi les aucieiis Chrestiens de dresser des oratoires à leurs premiers Evesques, puisque ceux de Bourges n'en dressèrent à S. Ursin, leur premier évesque. Voire, mais conmient les eussent-ils dressés si, comme le dit cest autheur, ce peuple ne sçavoit encore l'honneur qu'il devoit rendre à la mémoire de son évesque, laquelle avoit demeuré incongneue jusqu'au temps de Probianus, qui lui succéda, selon Chenu et Robert, en Tan 557, que ce saint s'eslant apparu à Auguste, de la maison de l'évesque de Bourges, Désiré ou Didier, lui déclara le lieu où gisoit son corps, lequel il lui commanda de transférer en la basilique de Saint-Symphorian. Appelle-t-on une practique des anciens Chrestieus de lever les corps de leurs premiers Evesques, de quatre à cinq cens ans après leur mort ? Il est vrai que la persécution estant cessée, l'on érigea des temples aux martyrs, beaucoup plus beaux et amples que n'estoient les premiers, ainsi que Fescrit Eusèbe (1); et les Papes qui sont venus du depuis, et les Conciles ont ordonné qu'on ne dédieroit des églises, s'il n*y avoit un corps ou reliques des Martyrs enicelles, «uivant ce que S. Jean dit en son Apocalypse, qu'il avoit veu soubz l'autel, les âmes de ceux qui avoient esté massacrés pour la parolle de Dieu, comme l'ont remarqué Duranti et Viegas; mais ce n'est pas à dii*e pour cela que les peuples fussent obligés de dresser des Oratoires , Chapelles ou Eglises à leurs premiers Evesques, et partant, Targiunent que nos adversaires veulent tirer contre l'épiscopat et martyre de S. Zacharie, est trop foible pour faire brèche à l'opinion receue de lui en toute TEglise, et la faire perdre après tant de siècles qu'elle y dure.

Leur neufiesme raison est que le nom de S. Zacharie ne se trouve point dans les litanies de l'Eglise de Vienne, et, s'il y a esté mis, ce ne peut avoir esté que depuis 1577; et partant que S. Zacharie n'a point esté évesque de Vienne. Response : Voilà une estrange façon d'argumenter; S. Zacharie n*est point dans les litanies de l'Eglise de Vienne , donc il n'en a pas esté évesque.

(I) Duranti, de Bitib., lib. I, eh. 25, nomb. 4. Viergas, in Àpocalip.

Je ne sçais s'ils trouveroient bon qu'on dit : S. Ereptiol et S. Exubérance ne sont point dans les litanies de l'Eglise de Constance en Normandie , donc , ils n'en ont pas esté évesques , quoiqu'ils soient recongneus, l'un pour le premier prélat, l'autre pour le second de ce diocèse. Combien y a-t-il de litanies es églises , où il ne se trouve pas un des évesques d'icelles ? A la vérité, leurs noms se pourroient trouver insérés dans les anciennes litanies, lorsque chaque diocèse avoit ses usages, offices et bréviaires particuliers et séparés ; mais , depuis qu'on a receu en beaucoup d'églises le Bréviaire Romain, on s*est contenté des litanies que l'on y a trouvées , sans se mectre en peine d'y ajouter les Saints du diocèse, ce que néamoins on ne devoit omettre; et ceux qui ont conservé leurs anciens usages, et les ont réduits en tant qu'ils ont peu, à l'office Romain, y ont laissé ceux qu'il leur a pieu, ou y ont inscript ceux qu'ils oui voulu. Ainsi, à Constance, S. Ereptiol et S. Exupérance ne sont point dans les litanies ésquelles se lisent les noms de S. Land et Romphaire, quoiqu'ils n'aient succédé aux précédents que fort longtenis après. C'est donc un mauvais argument de vouloir conclure qu'un n'a esté évesque d'une église, pour n'estre inséré dans les litanies d'icelle; ce qui, néamoins, quand la conséquence seroit bonne , ne pourroit leur servir contre S. Zacharie, lequel a une litanie particulière, ainsi que Tescrit Jean Le Lièvre, chanoine de Vienne (1), laquelle la procession de ceste métropole chante un des jours des Rogations, en passant par devant une maison de la ville, assés proche de l'égUse des Carmes, où se veoid une pierre, ou gros caillou coloré et teint comme du sang, qu'on tient estre de celui de S. Zacharie, devant lequel on s'arreste pour y dire ladite litanie avec autres prières, composées expressément en l'honneur de ce saint. Ce qui lui est beaucoup plus honorable et glorieux à sa mémoire que d'estre envelopé avec d'autres, en mie litanie générale.

Leur dixiesme raison est que S. Zacharie a esté incongneu , disent-ils , à Bède , puisqu'il n'en a fait aucune mention dans son Martyrologe; et partant, que si ce saint a esté, qu'il faut reculer son martyre au temps de la cinquiesme persécution , qui fut soubz l'empire de Marc-Aurèle., Voilà une forme d'argu-

(l) Cil. 8.

meiiter toute nouvelle, où la conclusion est vitieuse, pour ce que ex purù negativis nihil conficitur. Or, dire que S. Zacharie n'a point esté, pour ce que Bède n'en fait point de mention dans son Martyrologe, revient à cet argument : Tout ce qui n'est point dans le Martyrologe de Bède n'a point esté; or, S. Zacliane n'est point dans le Martyrologe de Bède, donc, S. Zacharie n'a point esté. Ou bien à celui qui suit : Tout ce qui n'est point dans le Martyrologe de Bède, doit estre reculé jusqu'à la cinquiesme persécution; S. Zacharie n'est point dans le Martyrologe de Bède, donc S. Zacharie doit estre reculé jusqu'à la cinquiesme persécution! Lesquels arguments peuvent facilement s'éluder, pour n'estre en forme, et contenii' ime fallace, que les logiciens appellent Non causa ut causœ, en niant la majeure et mineure qui sont faulses en diverses sens. S. Zacharie se trouvant dans le Martyrologe de Bède, le VII des Calendes de Juin, en ces termes : Viennœ Passio S. Zachariœ, secundiejusdem urhis Episcopi. Ce que nos correcteurs pourront lire, s'ils en veulent prendre la peine, dans ledit Martyrologe, imprimé avec les autres œuvres dudit Bède (à Basle, l'an 1563, chez Jean Heduage; tome III, colomne 419, ligne 40). Et qui plus est, ils le recongnoissent eux-mesmes puisqu'ils le rapportent en mesmes termes (1), de manière qu'ils ne peuvent asseui-er que S. Zacharie a esté incongneu à Bède, pour ne Tavoir mis dans son Martyrologe, puisque par leur confession mesme il s'y trouve.

Nous ferons ici une pause pour reprendre haleine, affîn de leur respondre à ce qu'ils objectent contre la mission des SS. Savinian et Potentian, qu'ils ne traictent avec plus de civilité.

(l) § XV. Disserlaiione 2, p. 70.

29i HISTOIRE DU DIOCESE

Page 1