‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 40 sur 71 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

De S. Àignan ou Ànian, Vévesque de Chartres, et de ses scBurs : Monde , Donde et Ermenonde ; ensemble de Sévère, évesque dudit Chartres.

-m y os Légendaires et la Vie de S. Aignan, nous apprennent An. 200.

\ que ce prélat succéda à S. Martin-le-Blanc; l'autheur du ■^ ^ Catalogue de nos Evesques dit que ce fut l'an 200 de Nostre-Seigneur ou environ, et qu'il occupa la chaire deT Eglise Chartraine quarante-cinq ans. Severt, en celui qu'il a dressé

An. 215. des mesmes Prélats, dit qu*il commença à gouverner en l'an 215 seulement, et tint sa crosse jusqu'en Tan 260, qui font précisément les quarante-cinq ans qu'on attribue à sa séance. Mais, conune ceste conjecture n*est appuiée d'aucune authorité, elle ne peut passer pour certaine, s'il n'y alloit que de deux ou trois ans, je les passerois fort volontiers à cause du mot environ, qui dit quelque chose de plus ou de moins devant ou après ; mais quinze ans passent trop avant, pour lui assigner le tems de son élection, comme celui de quarante-cinq, pour son administration.

Ce saint personnage nasquit d'une noble famille (près de Chartres), que ses vertus rendirent plus reconuuandable. Car, bien que, selon Aristote, en ses Politiques, l'extraction ser\'e pom* retenir la qualité de noble, si est-ce que, selon le mesme et Platon, la vertu qui la suit lui donna sa perfection. Ainsi donc, les vertus qui esclatoient en sa conduitte portèrent le clergé et le peuple à le désirer pour pasteur, après le déceds de S. Martin : au tombeau duquel aiant esté trouvé, il fut prins et enlevé jusques en l'église, où l'on estoit assemblé pour l'élection d'un nouvel évesque ; c'est d'où peut estre venu la coutiune de porter les nouveaux prélats depuis Saint-Martin-au-Val jusques en la Cathédrale, et que dès la veille de leur entrée en leur église, ils passoient la nuit en celle de Saint-Martin, à cause qu'on y auroit trouvé S. Aignan en prière.

L'Eglise estoit encores pauvre pour lors, et ses ministres ne vivoient que du travail de leurs mains, ou des aulmosnes des fidèles. Nostre Chroniqueur veust qu'il dotast celle de Chartres de son patrimoine, qui estoit fort ample, et persuada à ses sœurs de faire le mesme, les consacrant à Dieu et leur imposant le voile virginal; mais je doute autant de ceste donation que de celle qu'on dit que les Druides firent à ladite égUse après leur conversion à la foi, la saisissant de tous les biens qu'ils possédoient; veu que, comme l'a remai'qué Anastase le Bibhothécaire, en la Vie de S. Corneille, pape, l'EgUse n'avoit en ce tems-là que des meubles, ce qui se peust prouver de ce qu'il escrit que ce Souverain Pontife bailla devant sa mort, qui arriva en l'an 255, tous les biens de l'Eglise Romaine à Estienne, son archidiacre; et de ce qui est porté en la Vie de S. Sixte II, que S. Laurent distribua aux pauvres tous les thrésors del'Eghse, ce

qu'ils n'eussent peu faire, s'ils eussent consisté en immeubles. An. 215»

Aussi ai-je de la peine à croire que ces trois sœurs , que nos anciens manuscrips nomment Monde, Donde et Ermenonde, aient donné à l'Eglise de Chartres ces trois villages , qu'on dit avoir prins leur nom d'elles, sçavoir : Mondônville, Dondainville et Ermenonville. Considéré, qu'Albert, doien, et le Chapitre de Chartres escrivant à Hugues , archevesque de Tours , autrefois prévost de leur église, pour l'absence de Fulbert, leur évesque , qui estoit à Rome, pour leur faire faire raison de certaines injures qu'on leur avoit faites, restitution de ce qu'on avoit prins sur eux, et faire réparer la maison qu'on leiu* avoit ruinée etabbatue audit Ermenonville, ils appellent ce village Ermenulphi villam , qui porte le nom d'un homme et non d'une fille; de plus, dans le Livre de l'Evesché de Chartres, appelé le Parchemin y ceste Eraienonde est nonunée Emnenildis , comme pareillement en la Légende de S. Aignan , leçon VII , où il est dit que ces trois sœurs vivoient avec leur frère, non loing du tems des Apostres et Martyrs; ce qui se peust entendre de la persécution qui fut soubz Sévère, empereur, durant laquelle S. Aignan et ses sœurs vivoient, laquelle ils évadèrent. Dieu voulant conserver nostre Prélat pour le bien de son Eghse, et ces filles, pour l'édification des fidèles.

La mort de cest Empereur, aussi sévère d'effet que de nom, donna moien aux Chrestiens de respirer et de se rasseurer de l'appréhension qu'ils avoient eue des tourmens avec lesquels on exerçoit leur constance. Les défiances qui furent entre Marc- Aurèle, Antonin Bassianus, surnommé Caracale, à cause qu'il portoit une cazaque ou caraque à la Gauloise, et son frère Septimius Geta, enfans de Sévère, qui s'estoient emparés de l'Empire, leur donnèrent ce repos (1). Ce morceau, quoique grand, estoit trop petit pour deux; n' estoit assés pour rassasier leur appétit, chacun l'envioit pour soi et ne vouloit de compagnon , on sait par trop que

No7i capit una duos Majestas regia fratreSy Fraterno rubuit sanguine Roma recens (2).

(1) Spartianus. Scaliger. Tertulian, ad siv. Herodianus , liv. IV. — (2) Michael Vérin , in distichia.

An. 215. Antonin, s estant rendu le plus fort, pour y par^^enir, fit poignarder Geta, son frère, dans le giron de Julia, leur mère, empourprant son sein du sang de son cadet pour se revestir de la pourpre de l'Empire. Cas estrange I L'ambition est aveugle et ne congnoist personne , elle ne pardonne pas mesme à son sang. Caracala , se voiant sans compétiteur, deschargea sa mauvaise humeur sur les partisans de son frère ; il en fit mourir plus de vingt mille, sans les Sénateurs et amis de son père, qu'il ne traita avec plus de civilité. Les fidèles, durant ces troubles domestiques, jouissoient d'une profonde paix, que la mort eust peu leur ravir, ostant la vie à cest honmae qui ne respiroit que sang et cruauté, si Opilius Macrinus, préfet du Prétoire, qui s'estoit fait saluer Empereur par l'armée, eust eu loisir de se recongnoistre; mais aiant esté tué avec Diadumène, son fils, qu'il avoit associé à l'Empire, en une émeute de soldats, qui, dès leur vivant avoient déféré les marques de ceste première dignité à Marc- Aurèle Antonin , fils de Caracala et de Semiamire, fille de Mesa, sœur de l'impératrice Julia et de Mammée, ils demeurèrent à couvert de la crainte qu'ils pouvoient attendre d'une nouvelle persécution. Marc- Aurèle, dit autrement HeliogabalSy estoit lors trop jeune, pour l'émouvoir, et vivant soubz la tutelle de sa mère, femme lascive et addonnée à son plaisir, lui laissoit prendre le sien.

Ce prince, n*aiant personne qui réprimast les fougues de son asge et donnast un frein à ses passions, se laissa emporter au vice, de manière que, par la saleté de ses actions, s'estant acquis la haine de ses peuples, ils l'enlevèrent du nombre des \ivans avec sa mère qui, ce faisant, porta la peine de sa mauvaise conduitte en son éducation. Alexandre, cousin - germain du défunt, de par sa mère Mammée, print, du consentement du Sénat, des soldats et du peuple, le gouvernement de l'Estat, le 6 mars 224 (1). Ce Prince donna aux Chrestiens de grands tesmoignages de son affection , à cause de sa mère , qui estoit de leur religion. Encores qu'il ne se fust déclaré de leur costé, il en avoit de grands senlimens , et tenoit dans son cabinet les images d'Abraham et de Jésus-Christ crucifié; il donna aux fidèles la place delà le Tybre, sur laquelle ils firent bastir une

(l) Dio. Herodian. Lamprid, in Heliogabalo et aîiis.

église en l'honneur de la Vierge, qui fut la première qui se veid An. 224» dans Rome. Il leur eust fait plus de bien , sans Tempeschement que Paul et Ulpian, fameux jurisconsultes, ses principaux conseillers et grands ennemis de la religion Ghrestienne, y apportèrent. Sa mort, arrivée à Maience, le 18 mars 237, par la trahison de Jules Maximin, tribun, qui lui osta la vie et à Mammée, sa mère, cuida renverser tous les projets des fidèles, qu'ils taschoient d^affermir soubz le règne de ce prince (1).

Maximin estoit natif de Thrace, de si vile extraction qu'on le fait fils d'un berger, estant tribun des nouveaux soldats, il fut à l'instant salué Empereur par eux. Comme il haïssoit son prédécesseur, il n'aimait guères ses serviteurs; ce qu'il fit paroistre envers quelques-uns d'iceux , qui faisoient profession du Ghiistianisme, lesquels il attaqua des premiers (2). Maximin, son fils, qu'il avoit associé à l'Empire, ne les traicta avec plus de douceur, poursuivant avec beaucoup d'animosité la sixiesme persécution , que son père avoit entreprinse avec trop de chaleur. Ils en avoient particulièrement aux évesques , pour ce qu'ils découvroient par leurs prédications et escrits la vanité de la religion des Gentils; leur cholère s'attacha enfin jusques aux moindres clercs, et d'eux, au reste des Chrestiens de toute condition, âge ou sexe. Les ofiîciers faisoient plus de mal que ces Princes, qui estoient dans l'Esclavonie, assés empeschés contre les Marcomans qui leur tailloient de la besongne. A Rome, l'insolence de Sabinius, gouverneur de la ville, et de Vitalian, préfect du Prétoire, porta le peuple à se ruer sur eux et sur leurs soldats, desquels ils firent main-basse sans merci de personne. Geste sédition passa jusqu'en Afrique, où Gapellatius, préfect de la Mauritanie, investit Carthage , laprint, avec Gordian le jeune, qui estoit dedans, qu'il fit passer au fil de l'espée, et pilla ceste superbe cité, qui avoit esté contendante de Rome (3). Geste nouvelle aiant esté apportée à Gordian le père, il se pendit de despit, et le Sénat, effraie de ces émotions, choisit vmgt hommes, entre lesquels Cl. Maximus, Papienus et Celius Balbinus, furent proclamés Augustes, qui associèrent Gordian, neveu de ce dernier, avec eux, et le déclarèrent César. Durant ces

(1) Lamprid., /wh". Capilolinus. — (2) Eusèbe, liv. VI. Hist., ch. 21. Lamprid, Capitol. — - (3) Capitol et Herodian.

An. 237. troubles, Maximin et son fils furent déclarés ennemis de TEstat parle Sénat, qui envoia de toutes parts solliciter les provinces à se révolter contre eux. Se voiant de puissans ennemis sur les bras, ils cessèrent la persécution contre les Chi^estiens, pour se conserver la vie qu Ils vouloient leur oster. Ils ne peurent toutefois si bien faire que la mort, qu'ils avoient prociu^ée à tant de Martyrs, ne les attrapast devant Aquilée, qu'ils avoient assiégée en retournant à Rome , où ils s'attendoient de punir les rebelles, ne prenant garde qu'ils en avoient parmi eux , qui les privèrent de la vie, et eslevèrent Gordian le jeime pour empereur, lequel à peine avoit atteint Tâge de seize ans.

Cela se passa en l'an 241 , auquel S. Aignan peust terminer sa course, pour, après tant de tempestes, aller surgii^ au port d'un repos étemel. Les habitans de la principale ville de son diocèse, conduisirent son convoi avec larmes, en l'église qu'il avoit fait bastir soubz le nom de S. Pierre et S. Paul, ou, comme d'autres ont escrit, soubz celui de S. Denys, qui a cédé à son nom, et l'inhunièrent dans la grotte qui estoit dessoubz avec ceste épitaphe sur la couverture de sa tumbe.

CORPUS IN HIS CRYPTIS ANIANI, PR.CSULIS OLIM CARNUTUM, RECUBAT; SPIRITUS ASTRA COUT.

Par succession de tems, s estant fait nombre de miracles au sépulchre de ce Saint , ses ossemens furent levés et mis dans une capse sur le principal autel de son église, où ils sont encores à présent. Quand à ses sœurs, on tient qu'après leur trèspas, elles furent inhumées près leur frère. J'ai eu autrefois la mesme pensée, voiant trois tombeaux en ceste grotte, qu'on disoit estre de ces trois vierges. Je change maintenant d'opinion, que ces sépulchres aiant esté ouvers depuis quelques années , on y auroit trouvé des ossements de plus de personnes que ces trois filles. J'estimerois plustost que ceste église aiant esté rebastie à la moderne telle qu'on la veoid pour le jourd'hui, on trouva quantité d'os espars en divers endroits cà et là, lesquels aiant esté ramassés, et mis dans ces trois tombeaux, pour y attendre leur dernière résurrection, il se pourroit bien faire que ceux de ces filles y eussent esté enclos avec les autres, si tant est qu'elles eussent receu leur dernière demeure en ladite église; mais, comme je ne le nie, aussi ne l'asseurai-je pas.

Je remarquerai néamoins en passant, qu'au tems qu'on as- An. 241. signe à la séance de S. Aignan, la permission d'enterrer les corps dans les villes n'avoit encore esté donnée ; on les portoit dehors, où estoient les cemetières. Il y en avoit trois à Chartres, le grand, qui estoit celui de Saint-Bai-thélemi, celui de Saint- Martin-au-Val, et le troisiesme dit cemetière Haslé, derrière Téglise de Saint-André; dans ce dernier, se veoid encores un caveau enclavé dans la muraille de la \ille, dans laquelle sont trois tmnbes de pierre en forme de cercueils, eslevés de terre, qu'on dit estre de trois Pucelles. Le joui* des Trépassés, la procession du Chapitre et parroisse dudit Saint- André, passant par dedans ce cemetière , s'arreste devant, et y fait quelques prières, commeje l'ai veu faire , estant chanoine de ladite église. Je me suis diligemment enquis de ceux que je croiois pouvoir m'en donner quelque esclaircissement , et n'ai peu en sravoir autre chose, sinon que trois Pucelles avoient eu leur sépulture au mesme endroit ; ce qui m'auroit fait penser, dans des ténèbres si espoisses , que ce pouvoit estre les tombeaux de ces trois sœm^s , lesquelles, pour avoir fait vœu de virginité, estoient appelées les Trois-Pucelles, et que lorsqu'on enferma ce cemetière dans la ville, leurs ossemens aiant esté rencontrés à l'endi'oit où Ton devoit faire les fondemens des murailles, on les transporta dans la grotte de Saint- Aignan, avec autres, laissant ces trois tumbes pour mémoire de leur première sépulture : de quoi chacmi esti^ mera ce qu'il lui plaira, pour n'estre qu'une simple conjecture.

Sévère succéda à S. Aignan, suivant le Catalogue de nos Evesques, sans nous découvrir autre chose de lui que le nom. Le tems que les récens lui donnent estant sans appui d'aucun autheurde marque ne peut estre receu, soit pom* son entrée en la chaire Chart raine, soit pour la séance en icelui. Sévert asseure qu'il ne commença sa prélature qu'en l'an 251. Je ne sçai où il Fa prins, mais je srai bien que son calcul ne peut s'accorder avec la vérité du tems auquel ce prélat a peu avoir vescu; tout ce que j'en peux dire est que je crois qu'il monta sur le siège Chartrain du tems de Gordian , qui print les resnes de l'Empire en l'an 241 , et les quitta en Tan 246 : l'Eglise estoit lors en pleine paix es Gaules , et les Chrestiens jouissoient de la liberté de conscience sans que, durant le gouvernement de ce Prince, on osast procéder contre eux, pour l'exercice de leur reUgion.

An. 241. Ce repos continua soubz les Philippes père et fils, lesquels, quoiqu'ils fussent Ghrestiens, souillèrent toutesfois leurs mains dans le sang de Gordian, qui leur avoit procuré leur advancement. Geste funeste mort causa de sanglantes tragédies; ces deux Philippes aiant esté paies en mesme monnoie, Tun aiant esté tué à Vérone, l'autre à Rome en Tan 252.

Dèce monta incontinent sur le throsne des Césars, à la faveur de l'armée qui estoit en Esclavonie. C'estoit un homme cruel, qui ne respiroit que le sang, lequel, pour le peu qu'il régna, fit, comme un loup ravissant, un tel carnage dans la bergerie du fils de Dieu, que, s'il n'y eust pourveu par sa miséricorde, son trouppeau couroit risque d'estre perdu et ruiné. Les fidèles , épouvantés pai* la cruauté des tom*mens qu'il avoit inventés pour les faire mourir, ne sçavoient à quoi se résoudre, à fuir ou périr. Plusieurs, se défians de leurs forces, sauvèrent leur vie par la fuite , errans par les solitudes et déserts, aimant mieux tomber à la merci des bestes les plus farouches, qu'en celle de ce cruel tyran. Les moins résolus renoncèrent à la foi, les autres, plus courageux, triomphèrent par leurs souffrances, des suppUces qu'on leur fit souffrir. L'horreur se voioit partout, les \'illes baignoient dans le sang des martyrs; et les maisons des fidèles destituées de leurs hosles , servoient de domicilie aux hiboux; c'estoit fait de TEglise, que cest impitoyable avoit réduite aux abois, si Dieu n'eust prins sa cause en main, et ne Teust retiré du monde; ce qui arriva, aiant entreprins la gueri'e contre les Goths, qui courroient la Mœsie et la Thrace, que, voiant son armée en déroutte, pensant se sauver, fut emporté 13ar son cheval dans le profond d'un marais où il fut englouti, comme si l'Enfer eust ouvert ses entrailles pour le recevoir et lui faire souffrir des peines éternelles, pour des passagères qu'il avoit fait endurer aux Martyrs.

Les fidèles trouvèrent le calme après ceste tempeste , et comme l'on dit que l'huile jectée sur les vagues irritées appaise leur courroux, le choix fait de G. Vibius Trebonianus Gallus, personnage d'un naturel doux et paisible , pour tenir le timon de l'Empire, calma cest orage qui agitoit l'Eglise, à laquelle la pluspart de ceux qui s'en estoient fuis, pour Tappréhension des supplices, retournèrent de l'exil qu'ils s' estoient volontairement subi , pour jouir du bénéfice de la paix qu'ils croioient esta-

blie(l). En quoi ils furent abusés, d'autant que Gallus, aiant An. 255. créé Auguste son fils Volusian, ils recommancèrent, dès l'an 255, à persécuter les Chrestiens avec tant de cruauté et d'empressement, que S. Cyprian, qui vivoit de ce t^ms-là, a laissé par escrit qu'il croioit que l'Univers fust desjà aux s^mptosmes de sa fin (2). Dieu, d'un autre costé, pour l'expiation de tant de sang répandu, afiligeoit le monde de ces trois fléaux, peste, guerre et famine; lesquels les Gentils, au lieu de recoiignoistre la main de Dieu, vengeresse sur eux pour leurs crimes, imputoient tous ces malheurs au mesprix que faisoient les Chrestiens de leurs Dieux.

La saignée que G. Julianus Emilianus fit de ces Empereurs , l'an 257, donna quelque soulagement à ce mal, et déUvra les fidèles de leurs appréhensions; mais, tout ainsi que les fréquentes éclypses de soleil ou de lune ne présagent rien de bon, toutes ces soustractions d'Empereurs ne pouvoient présager que du mal. Cest Emilian ne fut sitost revestu de la pourpre, qu'il la lui fallut quitter avec la vie, pour en reparer Valerian et GaUen , son fils (3).

Tandis que ces tyranneaux jouoient au boute-hoi*s, l'Eglise recouvra la paix qu'elle avoit perdue, et sembloit que la cour de ces princes fust l'Eglise mesme ; tous ceux qui faisoient profession de piété et vertu y estant les biens- venus : l'obstination néamoins de quelques évesques, enfarinés de l'hérésie de Novatas, prestre Carthaginois, qui refusoient de recevoir à pénitence ceux qui, durant la chaleur de la persécution, avoient apostasie de la foi, cuida tout gaster (4). Plusieurs Synodes se tinrent pour cest effet es Gaules, où, à la prière des prélats, le pape Estienne, déposa Martian, évesque d'Arles, qui maintenoit ceste doctrine à cor et à cri (5).

S. Cyprian donnoit pareillement de la peine à l'Eglise d'Afrique, soutenant qu'on devoit rebaptizer ceux qui avoient receu le sa-

(1) Jornandès. Zonaras. Zozimus. Eusèbe, Ub. VII, ch. l. — (2) Cyprian, de LaudCy martyr. Trebell. PoUio, in Gallianis. — (3) Aurel. Victor, in Gall. Orosi, lib. VII, ch. 21. Eutrop., Ub. IX. Eusèbo, lib. VIT, ch. 9. Cassiodor, in Chronol. Epiphan., de Mensuris. — (4) Eusèbe, lib. VII, ch. 7. — (5) Eusèbe, lib. VII, ch. 4. Cyprian., Epistol. ad Stephan. papam.

An. 257. cremeiit de baptesme des mains des hérétiques et schismatiques; mais les fidèles receurent leur plus rude secousse, par la malice d'un certain Egyptien, lequel, par ses charmes, porta Valérian à exciter la huitiesme persécution contre eux , pendant laquelle S. Sixte II, pape, S. Laurent, son archidiacre, S. Cyprian, évesque de Carthage, et plusieurs autres souffrirent le martyre, et quantité d'évesques furent chassés de leurs sièges et relégués en divers endroits (1).

Je ne sçai si nostre Sévère participa à leurs combats et couronnes, trouvant de lui que le nom et le rang. Il est constant toutesfois que la persécution ne marcha d'un pas esgal par les Gaules, aiant esté plus grande en certains endroits qu'aux autres. Elle ne passa pourtant ni le Rhosne, ni la Loire, qui pourroit l'avoir mis à couvert de l'orage pendant deux ans et demi qu'elle dura. Geste poursuite contre les Ghrestiens eusl peu continuer plus longtems, si Valérian n'eust esté [défait] par Sapor, roi des Perses , lequel , pour dompter l'orgueil de ce prince, se servoit de son dos comme d'un avantage pour monter à cheval, et le fit enfin escorcher tout vif et saler, pour récompense de ses cruelles actions (2).

Galien demeuré seul, avec beaucoup d'ennemis sur les bras, qui faisoient tous leurs efforts pour avoir, conune Ton dit, cuisse ou aile de l'aigle Romain, fit cesser la persécution, révoquant tous les édits et déclarations que son père avoit faits au préjudice de la religion chrestienne, permettant aux fidèles l'exercice libre d'icelle, et leur rendant les cemetières qu'on leur avoit ostés (3). Ce ne fut qu'avec beaucoup de traverses qu'ils jouirent de ceste grâce, à cause que ce prince, aiant tantost du bon, tantost du pire, ils se ressentoient de sa bonne ou mauvaise fortune, mais ils cuidèrent perdre toutes leurs espérances et les ensevelir avec ce prince, qui fut tué à Milan avec son frère et ses enfans, par Çlodius, pour s'ouvrir le chemin à l'Empire, duquel il s'empara aussitost.

Les Gaules eurent bien à souffrir soubz Galien, d'autant que, se fiant beaucoup en la valeur et probité de Posthume, sage et

(1) Eusèbe, liv. VII, eh. 9. August. Hieros. Sévère Sulpice » Cyprian, Episi. ad Sever. -^ (2) Trebell. PoUio, in Valérian. Eusèbe, lib. VII, ch. 9. Eutrope, Sext. Aurelian. — (3) Eusèbe, lib. VII, ch. 13, 14 et 18.

avisé capitaine, il lui bailla radministralion dlcelles, avec la An. 269. conduite de Salonius, son fils, pour le dresser au maniement de TEstat , duquel il Tavoit désigné successeur. Mais Faversion que les Gaulois avoient de cest Empereur, donnèrent la hardiesse à Posthume de se défaii*e du fils et se révolter contre le père, sur lequel il usurpa les Gaules, desquelles il jouit sept ans.

LoUian lui rendit la pareille, aiant tué cest empereur avec son fils du mesme nom, et usurpé sur eux TEstat Gaulois, qu'il ne garda guères, veu que, pressant par trop les soldats au travail , ils le tuèrent, par la menée de Victorin, qui se fit déclarer Empereur (1); dignité qu'il n'eut que fort peu, aiant esté assassiné par un sien secrétaire dans Cologne, pour avoir souillé sa couche, et attenté à l'honneur de sa femme.

Victorin, son fils, passa le pas avec lui, et furent tous deux mis en un mesme tombeau , hors la ville avec cette inscription : Ci gisent les deux Victorins, Tyrans (2). Marins, fils d'im mareschal, lui succéda, pour trois jours seulement, aiant esté tué par un soldat, qu'il avoit mesprisé. Tetricus fut proclamé Empereur des Gaules et des Espagnes et en print les marques à Bordeaux. L. Domitie Aurelian, qui avoit succédé à Quintile, frère de Clode, voulant estouffer toutes ces séditions, qui travailloient l'Estat, et ranger au devoir ceux qui les avoient excitées, marcha tout aussitost contre Tetricus, lequel, ne se sentant assés fort pour résister à ce compétiteur, remit toutes ses prétentions à AureUan, qui le récent en grâce et le fit correcteur de Sicile, audeçà du Phare, et advança ses enfans. Se voiant sans résistance, il commanda la neuviesme persécution, qu*il fit cruellement exercer tandis qu'il fut es Gaules, où il bastit Orléans, qu'il nomma de son nom. Elle ne cessa que par sa mort, qui arriva en l'an 277. Ce peust estre soubz le règne de ce Prince ou de Probus, que nostre Prélat mourut. Je ne croi pas que ce fust par martyre, d'autant que la persécution ne passa jusques à Chartres, combien qu'elle s'exerçast à Sens, Authun, Auxerre et Troies, où plusieurs souffrirent pour le soutien de la foi, n'aiant veu aucun autheur, qui die qu'elle vint jusques en nos quartiers. Ce qui m'arreste, pour n'en dire davantage.

(1) Trebell. Pollio. ~ (2) Vopiscus. Zonaras.

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