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CHAPITRE XV

D'Africain et Possesseur , evesques de Chartres, et de quelques choses notables qui se passèrent durant le tems de leur scéance.

'autheur du Catalogue de nos Evesques, subroge Africain à Castor, sans nous donner autre instruction de lui, que de son nom et du tems qu'il lui assigne, pour exer-

(1) Acta concilii Nyccd, lib. I, cli. 3. Zonoras. Eusèbe. Sozim. Eutrop, Nazarius, in Panagyr. Aur. Vict. Eutrop., lib. X. Eusèbe, lib. IX, eh. 8. Sigonius, ad. ann. 322, 323, et 324.

370 HISTOIRB DU DIOCÈSE

An. 324. cer sa prélature, il lui donne quarante quatre ans, qu'il veut avoir couru depuis Tan 324 jusques à Tan 368. Severt rapporte de Taveau en son Histoire des Evesques de Sens, qu'il ne gouverna l'Eglise Chartraine, que quarante ans, depuis Tan 339 jusques à Tan 379. Je ne sçai si Taveau a composé deux Histoires des Evesques de Sens, mais je sçai bien qu'en celle que j'ay il n'y en a pas un mot. Cela n'empesche pas que si véritablement Castor est décédé soubz, ou au mesmean que Licinius, Africain ne lui aie succédé en la mesme année ; je n'estime pas pourtant, qu'il aie continué son administration tout le tems qu'ils lui baillent, ne pouvant me persuader que y aiaut eu plusieurs Conciles et Synodes dans les Gaules, il ne s'en trouvasl quelqu'un auquel il eust soubzsigné , s'il avoit tenu sa crosse quarante ans (1). A la vérité le baptesme de Constantin aiant donné la paix à l'Eglise et fermé la porte à la persécution des Mêles, il n'y avoit rien qui peust retarder l'eslection d'un pasteur du diocèse de Chartres, après le trespas de Castor; ce que je croi aussi, mais, que l'aiant régi une si longue suitte d'années, sans faire quelque glorieuse action, qui eust peu perpétuer sa mémoire, c'est ce que je ne peux accorder. Tout ce que je peux présumer de lui est qu'il gouverna son église avec une grande tranquilité, puisqu'il n'y avoit personne qui la penst troubler, ou l'empescher en ses fonctions.

L'Eglise d'Orient ne goutoit ce repos, estant agitée de l'hérésie d'Arius, qui y avoit causé de grands troubles; l'appui qu'il avoit trouvé en Eusèbe, évesque de Nicomédie, en Eusebia, femme de Constantin le jeune, et en un autre Eusèbe, enuche, son grand Chambellan, rendoit son parti plus fort. L'empereur Constantin le Grand estoit fort empesché à recoudre ceste déchireure qu'Arius avoit faite, et réunir tous les evesques qu'il avoit divisés par son hérésie. Il practica le Concile d'Arles, dès l'an 3 14, et celui de Nicée en l'an 327 , de trois cent dix-huit Prélats pour concilier ce Schisme (2). Les Ariens en avoient fort à S. Athanase, évesque d'Alexandrie, la bonne renommée duquel ils deschiroient par leurs calomnies et mensonges ; Constantin recon-

(1) Baronius, in Martyr, ad 22 august. — (2) Eusèbe, de Viia Constant. lib. III, ch. 13 et 14, et lib. IV, ch. 47. Hierosnim., m Chronic. Sozomen, lib. II, ch. 29.

gnoissant qu'il y avoit plus de justice du costé de ce Prélat que An. 3î7. de vérité de celui des Ariens, craignant qu'il ne lui arrivast du mal par les embusches de ses ennemis, le relégua à Trêves, plus pour conserver sa personne que pour leur faire plaisir, affin que, leui* ostant le sujet de leurs plaintes, on les mit en leur tort, s'ils ne vouloient se rendre à la raison; mais leui-s fourberies aiant esté recongneues, S. Athanase fut remis en son église plus glorieusement, qu'ignominieusement il n'en avoit esté osté.

La discorde avoit semblablementjecté son fiel sur les enfans de Constantin, lequel, sur la fin de sa vie, aiant partagé son empire entr'eux, Constantin, le plus jeune, ne voulant se contenter de son lod, tascha de s'emparer de celui de Constans, son frère: la mort défila ses dessains à Aquilée, où il trouva son tombeau, au lieu de throsne qu'il espéroit y estabhr (3). Cons** tans, aiant ceste espine hors du pied, croioit avoir ses coudées franches, et estre en repos, quand il apprint que les François sortis de leurs Palus, le voiant esloigné en Hongrie, entrèrent dans les Gaules , qu'ils ravagèrent sans merci ; Constans, adverty de leur marche, s'avança à grandes journées, pour les en faire retirer (4) : ce qu aiant fait avec un grand bonheur, il ne jouit pas deux ans entiers de ceste félicité, qu'ils ne lui procurassent de nouveaux affaires.

Magnence affectoit l'empire des Gaules : les François aiant eu advis que Constans estoit allé au devant pour rompre ses dessains, se ruèrent sur les pais les plus proches et s'en rendirent les maistres. Magnence , issu de parens Gaulois , se voiant sans compétiteur par la mort de Constans , print le nom d'Auguste à Authun, et créa incontinent Césars, Décence et Didier, ses frères; il laissa l'aisné aux Gaules , pendant qu'il fit un voyage à Rome où , abusant insolemment de son authorité , il fit mourir plusieurs personnes de condition. Veteranius, qui commandoit l'armée de Hongrie, craignant que Magnence, aiant dompté l'Italie, ne portast ses armes contre lui, se fit proclamer Empereur à Sirmisk. Nepotian, fils d'Eutropie, sœur du grand Constantin, s imaginant que c'estoit plustost à lui qu'à des estran-

(I) Aurel. Victor. Sigonius , lib. V. — (2) Zozimus, lib. II. AureK Victor., et alii.

An. 351 . gei^s de sa famille, à qui ce morceau devoit appartenii^ par droit de consanguinité, print le nom d'Auguste, qu'il garda seulement vingt-huit jours, Anicet, qui avoit esté commis par Magnence au gouvernement de Rome , lui aiant fait coupper la teste.

Constance, qui estoit au Levant, aiant sceu ce qui se passoit en l'Occident et que c'estoit lui que la succession de son frère regardoit, n'aiant point d*enfans masles, créa César Flavius Constantius Gallus, son cousin (1), et le maria avec sa sœur Constantine , le laissant en TOrient avec une armée , pour s'opposer aux entreprises de Sapor, roi des Perses. S'estant avancé jusqu'en Hongrie, il congédia tous les soldats qui n'estoient Chrestiens , qui ne servit pas peu pour l'avancement de nostre religion, veu que beaucoup, soit véritablement, soit par faintise, aimèrent mieux recevoir le baptesme que quitter leurs com. pagnies(2), et aiant surmonté Vétéranius, tourna ses armes contre Magnence, qu'il surprint dans Lion, et le contraignit se tuer soi-mesmp, et Décence, son frère, se pendre avec sa jarretière. Il ne restoit plus que Didier, l'autre frère, lequel se rendit â Constance, qui en mesme tems opprima un certain Sylvanus, naturel Gaulois, colonel de son infanterie, qui vouloit se rendre maistre des Gaules (3).

Ces bons succès aiant mis Constance au-dessus du vent, il vint à tel excès de présomption, qu'il croioit que personne n'oseroit l'attaquer; mais cest Empereur, passant son hyver a Airles, congneut tout le contraire, quand il se veid, la campagne suivante, poursuivi par Gondomad et Vadomnire, frères, rois des AUemagnes, avec lesquels il fut obligé de s'accommoder, pour aller à Milan passer son hyver et s'approcher de Pôle en Italie, où estoit Gallus, auquel il fit coupper la teste (4). Julian, frère de Gallus, sur l'advis qu'il eut de son exécution, vint trouver Constance, duquel il eust receu le mesme traictement sans Eusebia, femme de cest Empereur, qui le mena à Cosme pour le tirer du danger; ce prince, l' aiant eschappé si belle, se retira en Grèce, non tant pour se faire instruire aux sciences.

(l) Sozomen, lib. I, cli. 18. — (2) Zozimus. — (3) Zozim. Victor. Eutrop. Hieros. m Chronic. Ammian Marcell., lib. XIV. — (4) Amm. Marcell., Fib. XIV.

que pour consulter des devins et magiciens, sur sa bonne ou An. 355. mauvaise fortune.

Constance, qui brouilloit l'Eglise par les artifices des Ariens, qui Tavoient gaigné, n'osoit toucher aux Gaules, qu'une floue de Barbares inondoit; craignant d'irriter ces provinces, qu'il recongnoissoit lui estre mal affectionnées, à cause du mauvais traitement qu'il faisoit aux ecclésiastiques, et pourquoi les habitans d'icelles avoient prins les armes contre lui, il envoia néamoins contre eux Julian, de naguères retourné de Grèce, qu'il créa César à cest effet, et lui donna Hélène, sa sœur, en mariage; il print sa marche par Thurin et Vienne en Dauphiné, où aiant apprins que les ennemis s'estoient emparés de Colongne et Authmi, il se rendit promptement à Auxerre, où aiant raffraichi ses trouppes, et donné leur rendez- vous à Troies et à Reims, il s'en alla charger les Allemans près Maience, lesquels aiant prins au despourveu les rompit facilement, et les obligea à une honteuse fuitle. De là, s' estant rendu à Colongne, il n'en voulut partir qu'il ne se fut accommodé avec les François, avec lesquels aiant juré la paix il s'en vint passer l'hiver à Sens, pensant y estre en paix : il s'y veid assiégé plus d'im mois par les François, desquels difficilement il pouvoit espérer se libérer, sans l'aide des gentilhonmies Gaulois, lesquels, avec Marcel, son Connétable, furent le dégager. Aiant poursuivi et défait ces François, il se rendit à Paris passer le reste de l'hyver.

Durant ces guerres, les Ariens en faisoientune aussi fascheuse aux Cathohques; quatre cens Evesques, tant del'Esclavonie que de ritaUe, des Gaules, d'Espagne et d'Angleterre, s'opposèrent à leur doctrine, et s' estant assemblés à Rimini, ils y furent défraies fors les Gaulois, Aquitains et Anglois, qui y furent à leurs despens; quatre-vingts Evesques Ariens s'y trouvèrent aussi, entre lesquels les nonunés Ursace et Valens tenoient les premiers rangs. Ceux-ci, se voiant appuies de l'authorité de Constance, donnèrent beaucoup de peine aux Catholiques, parmi lesquels aiant semé la division, S. Hierosme escrit que, tout l'univers gémit et admira de se veoir Arien , non qu'il le fust en effet , mais pour ce que les Evesques Ariens aiant supposé une confession de foi arrestée par eux au conciliabule qu'ils avoient tenu à Nyce de Thrace, au lieu de celle de Nyce de Bythinie, ils l'avoient, par surprinse, fait signer aux prélats Catholiques.

An. 339. Le pape Liberius, pour avoir condamné ceste confession de foi, fut envoie en exil, et plusieurs autres Evesques chassés de leurs églises sur la fin de 359 , on au commencement de Tan 360. Les députés de Rimini et de Selencie, n*aiant peu s accorder, se rendirent à Constantinople, où ils acceptèrent la confession de foi, qui avoit esté arrestée à Rimini , et rejectèrent celle qui avoit esté proposée à Seleucie. S, Hilaire, évesque de Poictiers, qui, à la sortie du conciliabule de Béziers, avoit esté relégué au Levant par les menées de Saturnin, évesque d'Arles, principal fauteur des Ariens, voiant TEmpereur gaigné par les artifices de ces hérétiques , composa trois livres , par lesquels il lui demanda permission de venir à la dispute contre eux. Il avoit assisté au conciliabule de Seleucie et sçavoit les principaux fondemens de leurs dogmes. Les Ariens , qui avoient desjà éprouvé ce qu'il sçavoit faire, refusèrenl d'entrer en lice avec lui, et, pour ne l'avoir plus pour objet de leur honte , persuadèrent à Constance de le renvoier par forme d'honneur en son évesché. Ce que ce prince leur aiant octroie, S. Hilaire, aiant rencontré S. Martin, l'amena avec lui et lui apprint la doctrine et vertu , qui le firent admirer du depuis par les Gaules.

Julian, qui avoit eu deux ans tout de suitte ses quartiers d'hiver cà Paris , fut appelé Auguste par l'armée (2] ; ceste déférence donna l'alarme à Constance , qui n'en peut tirer autre raison, qu'aiant esté esleu Auguste parles soldats, il n' avoit pu honnestement refuser cest honneur; ce fut à Constance à ronger son frain , n'en pouvant donner un à l'ambition de Julian , lequel, jugeant qu'il ne faut jamais se jouer à son seigneur, qui se ressent tost ou tard des frasques que lui font ses sujets , craignant que Constance ne lui gardast celle qu'il lui avoit faite, pensa de le prévenir. Constance, averti de sa marche, voulut aller au devant, mais estant demeuré malade à Mopsuestia, autrement Malmistra , ville de Carmanie, il y décéda le 3 des nones d'octobre 361 (3). Julian , adverti de son trespas, alla de Dace à grandes journées en Constantinople , où il fut recongneu Empe-

(l) Theodoret, lib. H, ch. 16. .Ammian Marcell., lib. XV. Hieros.. in Chronic. Âthanas., ad Solilar. Riifîn,, lib. IV, ch. 20. Sever., lib. II. — Cl) Ammian, lib. XX. — (3) Ammian. Victor. Coilren. Hierosm., Epist. A ad Heliodor.

reur d'Orient. Se voiant eslevé à ceste éminente dignité, et An. 361 n'aiant personne qui pust traverser ses dessains , tourna toutes ses pensées à la ruine des Ghrestiens. Les Gaules ne laissoient de persévérer dans la foi qu ils avoient receue, nonobstant les efforts de Saturnin, évesque d'Arles, et Paterne, de Périgueux, lesquels, unis avec Saluste, gouverneur des Gaules, ennemi juré du Christianisme, taschoient de T opprimer; Dieu y mit la main enlevant Julian du nombre des vivants, le 25 juin, l'an 363(1).

Dès le lendemain, les soldats, sans attendre la volonté du sénat Romain, qui estoit pour Saluste, ni sans avoir esgard à la recommandation du deffunt, qui avoit désigné Procope, sien parent , pour successeur, eslevèrent Jovian , premier de ses domestiques, natif de Smigdone ou Senander, ou bien encores Zendoue, ville de la haute Mœsie, fils du comte Varroman, recommandé tant pour la valeur de son père, que pour la sienne propre (2). Il fit refus d*accepter ceste dignité, disant ne pouvoir conmiander à des soldats d'une autre religion que de la sienne. Ceste dif&culté fut bientost levée, aiant la pluspart protesté qu'ils estoient Chrestiens conune lui. Aiant accepté le gouvernement de TEstat, il envoia ses Ueutenans es Gaules et ailleurs, pour donner advis de son eslection et empescher qu'elles ne se révoltassent. Il permit aux Evesques, qui avoient esté chassés par Julian, de retourner en leurs églises, aux soldais cassés pour la foi Chrestienne, de rentrer en leurs charges et honneurs (3). Il deffendit les sacrifices publics des GentUs, les chassant hors les villes, dans lesquelles il fit fermer leurs temples, d'où vint que depuis, les allant faire per pugos, qui sont les villages , ils furent appelés, comme par dérision, pagam, païens, que nous disons paîsans, entre lesquels l'idolastrie estant demeurée, on a eu bien de la peine de l'arracher, estant demeuré encores parmi eux plusieurs superstitions qu'on ne sçauroit déraciner de leurs cœurs. Son règne ne fut que d'environ huit mois, au bout desquels il fut trouvé mort dans son

(1) Ammian, lib. XXIV, eh. 25. Zozim., lib. HI. Eutrop., in fine hislor. Damas, orat. I, de Tmaginibus. — (2) Theodor., lib. IV, eh. I. Ammian, lib. XXV. Zozim., lib. III. Orosius, lib. VII, ch. 19. Aurai. Victor. Suidas. — (3) ïheodoret, lib. I, ch. 3.

An. 364. lit, en la ville de Dadastane, qui sépare la Bythinie d'avec les Galates, le 19 fé\Tier 364 (1).

Nostre Africain pust laisser sa crosse à un autre vers ce tems-là , si la supputation de Taulheur du Catalogue est véritable : je n'en asseure rien, pour ce que je ne sçai pas non plus le tems auquel Possesseur, qu'on veut avoir esté son successeur, entra en possession de Tévesché de Chartres. Nostre Catalogiste dit que ce fut dès Tannée mesme du déceds d'Africain, quil met en l'an 367, et veut qu il ne Taie quitté qu'en l'an 407, qui font quarante ans de séance. Severt veut que Possesseur n'aie conunencé son épiscopat qu'en l'an 383, et l'aie quitté en Tan 418, qui font trente-cinq ans. Pour moi, je n'en dirai rien, estimant mieux m'en taire que d'advancer une chose mal-â-propos et sans garand, laissant à un chacun la liberté d'en juger ce qu'il lui plaira. Si toutesfois il estoit ^Tai, comme le dit cest autheur du Catalogue de nos Evesques, qu'il fust esleu du tems que Valentinian tenoit les resnes de l'Empire, il se pourroit faire qu'il fust promeu à ceste dignité, ou bien ceste mesme année , ou la suivante, dont je ne peux rien asseurer, sinon qu'il est vrai que Valentinian fust revestu de la pourpre impériale en ce tems-là; car, à peine Jovian avoit la bouche close, que les soldats présentoient l'Empire à Saluste, duquel nous avons parlé ci-dessus, qui le refusa pour lui, comme trop vieil, et pour son fils, conmie trop jeune; sur ce rebut, ils le déférèrent à Valentinian, ancien capitaine, natif de Cabales ou Bercezlo, en la basse Pannonie, lequel estoit alors à Ancyre, dite Angoury, ville de Galatie, d'où estant arrivé à Nyce, il ne voulust se faire veoir en pubUc, le lendemain, pour ce que c' estoit disoit-il, un jour malheureux à la RépubUque Romaine; mais le jour d'après, aiant pai-u, il fut eslevé par les soldats sur un bouclier, et porté à l'en tour de l'armée, le 25 dfô mesmes mois et an. De Nyce, s' estant transporté à Constantinople, il associa son frère Valens à l'Empire, et s'estant séparés, l'un alla au Levant, l'autre en l'Occident, pour résister à ceux qui taschoient l'envahir. Procope , que JuUan avoit nommé pour son successeur, picqué de ce que l'armée lui en avoit préféré un autre pour Empereur, se présenta avec la pourpre dans Cons-

(I) Amm. Marcell., lib. XXV.

tantiiiople, où il fut salué Auguste; mais ceste entreprinse lui An. 365. fut chèrement vendue, aiantesté prinsdes siens, dès le mois de mai suivant,. et livré à Valens, qui lui û^ perdre la teste, qui Tenvoia à Valentinian, qui estoit à Paris (1). Ce Prince receut au mesme tems deux nouvelles qui lui furent fort aggréables. Tune la défaicte et la teste de Procope, l'autre la naissance d'un fils de sa femme Justine , qu'il voulut estre nommé Valentinian conune lui. Estant en l'an 367 à Amiens, il courut risque de sa vie (2); Ton parloit déjà de lui donner un successeur, ce qu'estant venu à sa congnoissance, il nomma Auguste, Gratian, son fils d'un premier lit, et de Severa, sa femme, combien qu'il fust fort jeune et se l'associa à l'Empire, le 20 d'aoust. L'aiantfait recongnoistre par l'armée pour son successeur, il envoia contre les Saxons et François qui faisoient de grands r^ivages dans la Grande-Bretagne, Théodose, père de celui que nous verrons bientost monter sur le tl^osne des Césars, lequel les aiant mis à la raison, fut récompensé de l'office de Connestable de cest Empereur, au Ueu de Jovin (3).

Les François et AUemans lui donnèrent bien des affaires, estant chacun à son tour, tantost vaincus, tantost victorieux, ce qui le porta à faire alliance avec les Bourguignons qui, du tems de Drusus et de Tybère, aiant esté mis en garnison pour la garde des rives du Rhin, s*estoient tellement accreus, que, sollicités par Valentinian à prendre les armes contre ces deux nations, ils sortirent jusques au nombre de quatre- vingt mille combattans, qui prindrent le nom de Bourguignons, à cause des bourgs qu'ils habitoient. Valentinian aiant eu ce qu'il désiroit, et ces derniers, n' aiant obtenu de lui la satisfaction qu'ils espéroient, se firent justice à eux-mesmes et s'emparèrent du païs des Séquanois , qui est la Franche-Comté, qu'ils nommèrent Bourgongne. S'estant accommodé du depuis avec les AUemans, il s'en vint à Paris, où, en l'an 373 , il fit la loi de MetallariiSy et de là s'en retourna passer son hiver à Trêves. La campagne suivante, aiant eu ad vis que les François estoient soubz les armes pour venir le combactre, il alla au devant et fit trêve pour dix ans avec eux, durant lesquels il les deschargea de tributs et les

(1) MarcZozim. — (2) Amm. Marcell., lib. XXVI. Socrates, lib. IV, ch. 10. Amm., lib. XXVII. — (3) Sigonine, ad hune Ramum.

An. 373. retint à sa solde; estant venu à bout par leur moien des Polonois et Bohémiens, il se retira à Salarie, dite Kimatorubaûi, remarquable par la naissance de S. Martin de Tours , et de là à Brigetion , où les députés de Bohême l'estant venus trouver, il se mit tellement en cholère contre eux pour quelques paroUes digérées , qu'estant tombé en pasmoison, il mourut le 17 de novembre 375. Il avoit un fils de mesme nom de sa fenune Justine, qui n'estoit loin de là (1).

Les seigneurs, qui estoient en Cour, l'en volèrent aussitost quérir et le proclamèrent Empereur, combien qu'il n'eust que dix ans. Gratian, fils aisné de Valentinian, qui avoit esté, conune dit est, déclaré Auguste par son père dans Amiens, il y avoit sept ans, eut de la peine à digérer ce morceau. Il ne laissa pourtant de lui assigner son partage dans l'Italie, l'Esclavoiiie et l'Afrique avec ^une partie de l'Occident. Valentinian s'en alla à Milan avec sa mère Justine poiu* s* en mectre en possession. Ceste femme, infectée de l'hérésie Arienne, faisoit tout ce qu'elle pouvoit pour l'aigrir contre les Catholiques (2). Valens, de son costé, fit le pire qu'il pust contre eux, et contraignit les moines de sortir de leurs solitudes pour endosser la cuirasse au lieu d'un cilice, et combattre soubz ses étendars au lieu de ceux de Jésus-Christ. Gratian, au contraire, fit un édit contre les Ariens , que la facilité de son père avoit trop eslevés, par lequel il interdit leurs assemblées et défendit Texercice de leur secte. Dieu récompensa cetui-ci d'une longue paix et punit les autres par des troubles continuels qui affligèrent leurs Estats; car, incontinent après, les Goths enlevèrent la Thraceà Valens, pillèrent Constantinople, et, après une bataille, où ils furent plustost battus que vaincus , contraignirent les Romains victorieux leur quicter le fruit de leur conqueste, et, par un défilé honteux, leur donner l'avantage par leur fuite. Valens, frappé à mort, s'estoit retiré de la meslée dans une heutede berger, pour se faire penser (3). Les Goths, voulant entrer dedans, sans sçavoir pourtant qui y estoit, et aiant trouvé de la résistance, coururent quérir de la paille et mirent le feu dans

(1) Hierosn., in Chrome. Ainmian, lib. XXX. Socrates, lib. IV, ch. 26. — (2) Hierosn., in Chronic. — (3) .Tornandes, rh. 26. Ammian, li^^- XXXVII. nuffinus, lib. II, ch. 13.

ceste chaumière, où TEmpereur fut rosti avec ceux qui n'avoient An. 378. voulu Tabandonner.

Ce désastre arrivé à T Empire, le plus grand après celui de la bataille de Cannes, troubla fort les Romains, voiant le gouvernement de leur Estât entre les mains de deux jeunes personnes , dont l'un entroit en l'adolescence et Tautre n'en estoit sorti encores; Gratian ne pouvant avoir que vingt ans et Valentinian treize ans. La bonté de l'esprit et la solidité du jugement suppléèrent le défaut de l'asge au premier, lequel , par sa sage conduite , retint TEstat qui estoit en son penchant et empescha sacheute. Aiant euadvisdu malheur de Valens, il se transporta promptement à Sirmisch, pour tascher de se conserver l'Empire d'Orient. Il y envoia Théodose le jeune, qu'il fit son lieutenant-général en ses armées, qu'il envoioit au Levant, où aiant heureusement réussi, et Valentinian estant trop jeune pour assister son frère, Gratian créa Théodose Auguste, et l'associa à l'Empire (1).

Les François , irrités de ce qu'on ne paioit leur solde, et qu'au lieu de recongnoistre leurs services, on leur demandoit de nouveaux subsides, se retirèrent d'avec l'Empereur et se jectèrent dans les Gaules (2), lesquelles, pour la longue absence de Valentinian, se mectoient du costé des plus forts. Gratian fut contraint de s'accommoder avec eux, mais ne pust éviter la mort, qu'il receut à Lion, le 25 septembre, par la main d'Andragathe (3).

Théodose, qui estoit au Levant, aiant receu nouvelles de ce meurtre, créa son fils Arcadius, Auguste, quoiqu'il n'eust que huit ans (4). D'un autre costé, Valentinian, qui estoit à Milan, s'acconunoda avec Maximus, Espagnol, qui s' estoit emparé de la Bretagne et de partie des Gaules, lequel le chassa enfin d'Italie avec Justine, sa mère, et se rendit maistre des Espagnes. Théodose, qui avoit espousé Galla, fille de ceste Justine, dénonça la guerre à Maximus, lequel aiant esté prins, Théodose lui fit coupper la teste et à Victor, son fils, dans Aquilée. Ainsi,

(1) Prosper., in Chron. Socrates, lib. V, ch. 2. Sozomen, lib. IV. Paul Diacon, lib. II. — (2) Socrates, lib. V, ch. 12. — (3) Hicrosn., Episl. 3. Zozimus, lib. IV. Prospor Animiaii. — (^) Socratos, lib. V, cb. 12. Ruffinus, lib I, ch. 1 i.

An. 388. tout r Empire d*Occident fut recouvré et rendu à Valentinian qui, après le trespas de sa mère, se rangea du costé des orthodoxes (1). Il ne la fit longue du depuis, aiant esté estranglé à Vienne en Dauphiné, un 15 mai, veille de Pentecoste 392, par Arbogast, un de ses capitaines François, lequel, offensé de ce que cest Empereur, au lieu de récompenser ses services, lui auroit voulu oster la qualité de général de l'infanterie, qui lui auroit esté déférée par les soldats. Cetui-ci n'en porta la peine guères loin, s'estant lui-mesme donné la mort, de crainte que Théodose, qui l'avoit entreprins pour Valentinian, la lui fist souffrir plus cruelle (2).

Quelques escrivains sont d'advis que ce fut en cesle mesme année que les François furent défaits par Valentinian II, et leur roi Marcomir tué. Je croirois plustost que c'eust esté dix ans auparavant, et dès Tan 383, que Valentinian leur aiant envoie demander qu'ils eussent à paier le tribut connue faisoient les autres nations sujectes de l'Empire, ils lui auroient desclaré n'en devoir, et que ce n'estoit à eux qu'il falloit en demander, qui avoient accoutumé l'exiger des autres , qu'ils avoient encores la mesme espée avec laquelle ils s'en estoient exemptés, pom- se défendre contre ceux qui le leur demanderoient, et qu'il ne leur envoiast plus faire telles demandes, estant résolus de ne recevoir personne de sa part qu'à la pointe de l'espée, désirant se maintenir en la liberté qu'ils s' estoient acquis avec icelle. Geste response aiant esté rapportée à Valentinian : « Franc! » Franc I dit-il en cholère, tu es un dur peuple qu'on doibt » plustost nommer Franc pour ta férocité que pour ta liberté et » franchise. » D'où ils ont voulu tirer ce mot de François, et attribuer à Valentinian leur première dénomination. En quoi certainement ces escrivains se sont trompés, le mot de François estant déjà en usage longtems auparavant. Gest Emperem*, voulant prévenir la rébellion qu'il prévoioit devoir arriver de ceste nation , envoia contre eux pour les ranger au devoir. En quoi aiant esprouvé du bon et du mauvais , il y auroit enfin laissé la vie de la façon que nous l'avons représenté.

(l) SuidOvS, verbo Valentiniani. — (î) Zozim., lib. III. Epipban., de pondère et ^nenstm's. Socrates. Sozorn. Ruffm. Sigonius. Theodoret. Oro-

sius.

Nostre prélat, Possesseur, peut quitter la possession de sa An. 400. chaire à un autre vers ce tems-là, pour aller prendre d'une perdurable dans le ciel.

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