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CHAPITRE XVI

De Polychroni%is , évesque de Chartres, Villicus et Palladitis, aussi évesques du mesme lieu.

LE Chronologiste de nos Prélats fait succéder Polychronius à Possesseur : Severt escrit qu'il conunença sa scéance seulement en Tan 408, fondé pust-estre sur ce que Tautheur du Catalogue d*iceux, dit qu'il exerça sa prélature douze ans, soubz Marcomènes, et onze ans soubz Faramond, qui font vingt- trois ans, qui est le tems qu on assigne à ce prélat ; mais il faut remarquer que nostre Catalogiste a prins l'un pour l'autre, sçavoir, Marcomènes, fils de Priam, pour un de mesme nom, qui estoit frère de Genebaud et Sunnon, lequel estant allé de vie à trespas, Marcomire fut esleu en sa place, environ l'an 407, pour gouverneur et duc des François, en laquelle charge il se maintint jusqu'en l'an 419, qu'estant ou vieil ou malade, il procura que son fils Faramond feust esleu pour Roi des François en son lieu , qui pourroit avoir couru jusques en l'an 430, que nostre Polychronius acheva sa course. Je ne sçaurois en asseiu'er rien , n'aians pas un autheur ancien que je puisse suivre. Je peux dire néamoins que , si ce Prélat gouverna le diocèse de Chartres durant ces vingt-trois années , il vit de terribles remuemens dans les Gaules : il sembloit que toutes les nations eussent conspiré sa ruine et qu'ils y accourussent de toutes parts pour célébrer ses obsèques.

Alaric, aiant épuisé l'Orient avec ses Goths, si bien qu'il n'y avoit plus rien à faire pour eux, vint busquer fortune en l'Occident, où il croioit mieux réussir. Ce qui lui arriva, selon qu'il

An. 400. l'avoit prémédité, veu qu'il ne trouva personne qui s'opposast à sa marche. Les légions d'Honorius que Théodose, son père, avoit créé César, demeurèrent les bras croisés sans se remuer contre lui, et lui disputer le passage. Geste ravine de peuples qui, comme un torrent, emportoit tout ce qu*elle trouvoit dans ritaUe, avec les prodiges qui se voioient en l'air, avoient tellement donné l'épouvante aux Romains, qu'ils proposoient de tout abandonner. Stilicon, Vandale de nation, auquel Honorius avoit donné charge de son armée, mit, par sa prudence, TEstat à couvert, et les fortifications qu'il fit faire à Rome, ostèrent aux Goths l'espérance de la saccager pour ce coup. Alaric ne laissoit de s'avancer pour s'y rendre, et, conune s'il y eut esté conduit par quelque puissance supérieure, toutes les villes par lesquelles il passoit, se soubmettoient volontairement à lui. Stilicon, avec les légions Gauloises et Britanniques, l'arrestèrent toutefois devant Aot, d'où ils lui firent lever le siège. Ce capitaine, l'im des plus advisés de son asge, sachant que, depuis qu'une armée est en déroutte, il faut la poursuivre chaudement, pour ne donner le tems à l'ennemi de se raUier, il ne donna aucun relasche aux Goths, qu'il n'en eust jonché la campagne et fust demeuré maistre du camp. Le butin fut fort grand pour ce que ces barbares, qui s'estoient enrichis des dépouilles des nations par lesquelles ils estoient passés, n'avoient peu rien sauver, et tous les prisonniers ItaUens qu'ils traisnoient à la cadène après eux furent mis en liberté. Stilicon eust peu enfermer ces Goths avec son armée, il no le voulut néamoins faire, craignant que, comme ils avoient, un jour de Pasques, estons prins au despourveu, changé leur reUgion en courage, dé&it l'armée des Romains et tué leur chef; que, s'ils les réduisoient dans la nécessité de combattre, ils ne tournassent leur désespoir en force, pour donner l'eschec et mat à l'Empire Romain qui penchoit du costé de sa ruine. Il fit en sage capitaine de ne risquer un combat, se contentant d'avoir mis l'épouvante dans l'esprit de ces barbares , qui les porta à im accommodement avantageux pour l' Estât. Il faschoit fort à Alaric, qui avoit accoutumé de vaincre et battre les autres , de se veoir vaincu et battu (1). Aiant ramassé quelques trouppes, il voulut tenter, s'il

(1) Sozomen, lib. III.

pouvoit essuier la honte qu'il avoit receue, par mi rencontre An. 403. plus heureux que le premier. Il se présenta à Stilicon, qui le receut avec le mesme courage qu'au précédent, enfonça les rangs de ceux-là qu'il rencontra, les battit, les tua et les réduisit à tel point qu'ils eurent plus de besoin de leurs pieds pour fuir que de bras pour se défendre. Tout ce que pust faire Alaric fut de se tirer de la presse et se sauver, pour porter en son païs la nouvelle de sa déroute.

Les Romains, joieux à merveilles de ceste victoire, qui a esté une des plus mémorables qui aie esté dans leurs fastes, prièrent Honorius, qui estoit à Ravenne, de venir à Rome pour l'honorer de son triomphe, et rendre, par icelui, à ceste dame de l'univers son ancienne majesté qui estoit grandement avilie. Il s'y rendit pour les contenter, et aiant Stilicon à ses costés dans le mesme char, il y receut les acclamations de son peuple, et Stilicon les tesmoignages de la reconnaissance de son prince.

Ce contentement ne dura guères, aiant esté traversé par la nouvelle que Radagaise, Scythe de nation, lui tailloit de la besongne pour la prochaine campagne. Aiant receu cest advis, il voulut le prévenir, et le Scythe s' estant présenté avec deux cent mille honunes, ou, conune le dit Sozime, avec quatre cent mille, sur le printems de l'an 404 ou 405, Honorius envoia Sti- Ucon pour empescher ce déluge d'honunes qui venoient en l'espérance de saccager l'Italie et se gorger des dépouilles de Rome. Stilicon, ne faisant semblant de rien, le laisse approcher, et l'aiant engagé en im lieu fort mal commode pour son armée, l'attaqua par-derrière et, sans perte d'aucun des siens, lui en fit laisser cent mille sur la place : Radagaise ne pensant qu'à fuir, Stilicon le prévint au passage, où l'aiant arresté avec sa fenmie et ses enfans, les fit exécuter à mort, peu de tems après , à Fesoles.

A peine cest orage fut-il passé qu'il s'en leva im autre. Godegesil, roi des Wandales , croiant Honorius empesché contre Radagaise , se mit en devoir de passer le Danube pour entrer aux Gaules (1). Les François, qui les mugUetoient aussi bien qu'eux , se présentèrent pour leur en disputer le passage. Repoussés plus parle nombre des ennemis que parla force, ils

(1) Zozim. Gassiodore.

An. 407. les laissèrent passer. Dès leur première démarche , ils pillèrent Maience, Colongne, Reims (où aiant trouvé S. Nicaise, archevesque du lieu, disant la messe, ils en firent une victime sur Tautel, et d'Eutropie, sa sœur), Amiens, Arras , Morin, Tournay, Spire et Strasboiu'g, et aiant démantelés ces dernières, réservèrent seulement Buvai pour y faire leur retraiete. Mais d'autant qu'ils- estoient en quelque défiance de ceux du pais, ils bastirent im fort entre les rivières de L'Escaut et du Lis, qu'ils nommèrent Wand, lequel s'estant accreu du depuis par quelques édifices, on en a composé la ville de Gand, la première de Flandres. Il se passa encores plusieurs choses au mesme tems que ces Wandales donnèrent au travers de la Gaule jusques en TEspagne, dont ils conquirent ceste portion, qu'on appelle Wandalousie , de leur nom. Durant que cela se passoit, Arcadius, frère d'Honorius, empereur d'Orient, estant décédé le 1*' may 408, Honorius s'estant mis en l'esprit que Stilicon minutoit de s'en rendre maistre, pour Eucher, son fils , fft coupper la teste au père , à Ravenne, et estrangler le fils à Rome.

Ceste plaie saigna longtems et lui cuida couster la perte de son Estât, pour ce qu'il fut accueilli de toutes parts par les ennemis de l'Empire. Alaric, roi des Goths, print Rome jusques à trois fois et y vouloit establir son siège. Les François envahirent Trêves, la capitale des Gaules pour les Romains, et ensuitte Metz , Toul le Liège qu'ils conservèrent par leurs armes contre les Wandales qui s'opposèrent à leurs conquestes, dont ils tuèrent le roi Godegesil avec bien vingt mille de ses gens, (jonderic, son fils , lui aiant succédé , voiant la partie mal faite avec les François, leur quitta les Gaules et busca fortune en Espagne où, comme dit est, ils occupèrent la Betique, qu'ils nonmièrent Wandalousie. Plusieurs d'autres nations qui les avoient suins, en prindrent chacun sa portion : les Suèves, la Galice et le Portugal; les Turlingues, le royaume, de Grenade; les Cattes et Alains eurent la partie plus occidentale des Espagnes, qu'ils nommèrent de leurs noms composés, Catalongne. Il n'y eut gue les Basques et Sobrarbes qui gardèrent fidéhté aux Romains. Les Bourguignons qui, l'an passé, avoient suivi les W^andales, s'estant arreslés aux Gaules et s'estant accommodés avec Honorius, il leur laissa, pour habiter, le païs d'alentour duRhosue, où ils sont encores à présent. Les François , se piquant que ces gens

sans recommandation eussent sans coup férir, obtenu une pro- An. 413. vince des Gaules, pour y faire leur demeure, où il y avoit si lontems qu'ils estoient après pour en avoir quelque portion, dressèrent, en l'an 413, une armée soubz leur duc Marcomii*, étalant passé le Rhin, se jectèrent de rechef sur Trêves qu'ils bruslèrent; mais Castinus, comte des domestiques de l'Empereur, les aiant empesché d'avancer plus outre, ils s'en retournèrent chez eux où ils demeurèrent cois, jusques en l'an 419, qu' aiant, le 24 avril, esleu Faramond, fils dudit Marcomir, pour leur roi , ils conquirent peu à peu les Gaules.

Ce nouveau roi , par les années duquel je conunencerai doresnavant à compter, au lieu de ceux des Empereurs Romains, n'y entra point, pour ce qu'après son eslection, les entrées et passages d'icelles furent exactement gardés. Son règne fut, selon aucuns, de quatre ans, selon d'autres, de sept, de neuf ou de douze, le dernier desquels j'embrasse volontiers, veu qu'il continua son gouvernement jusques en l'an 430 , durant tout lequel tems il tint ses sujets en paix, n'aiant à démesler avec personne, à cause de ce que les Wandales et les Goths avoient porté leurs armes en Espagne. Ce fut ce prince qui, pour adoucir les mœurs farouches de ses sujets, leur fit dresser des loLX par quatre de ses conseillers Wisogast, Bodogast, Sologast et Wisogat, lesquelles, pour avoir esté publiées près du fleuve Sala, elles furent nonunées Saliques; autres les déduisent d'ailleurs, que je passe, pour n'estre de mon sujet. Ce fut audit an 430, que nostre prélat peut quitter ceste vie, pour aller jouir d'une meilleure, s'il faut s'en rapporter à ce qu'en escrit l'autheur du Catalogue de nos Prélats. Je n'ai rien à en dire, ne trouvant rien de lui que le nom.

Je n'en trouve davantage de Palladius , son successeur, sinon ce qu'en dit ledit Catalogue , qu'il administra son église du règne de Clodion le Chevelu et Mérovée, rois de France, d'autant qu' aiant commencé avec l'un et fini avec l'autre, il faut qu'il aie gouverné vingt-huit ans son diocèse, depuis l'an 430 jusques en l'an 458. Se vert le met onze ans plus bas, et veut, sans raison, qu'il aïe commencé en l'an 441 et fini en l'an 469 combien que, selon Taveau, il n'assigne que huit ans à sa séance. J'estimerois ceste opinion plus confoi-me à la vérité , suivant la Vie de S** Geneviefve, en laquelle il est fait mention d'un Vellicus,

An. 430. évesque de Chartres, auquel pourroit avoir succédé ce Palladius. Pour mieux entendre cecy, il est besoin de remarquer que S^® Geneviefve nasquit à Nanterre, village distant de trois lieues de Paris, Tan 433 ou 434 , sous l'empire d'Honorius el de Théodore le Jeune, empereurs, et soubz le règne de Clodion, roi de France. Que six ans après, S. Germain, évesque d'Auxerre, s'en allant en Angleterre avec S. Loup, pour combattre l'hérésie Pélagienne, qui s'y estoit glissée, ils passèrent par Nanterre où, selon la coutume receue lors en l'Eglise, les habitans du lieu et des circonvoisins amenèrent leurs enfans pour recevoir la bénédiction de ces bons prélats; que S** Geneviefve s'y trouva avec les autres, sur laquelle S. Germain aiant jecté la veue, il recongneut qu'elle devoit estre un jour quelque grande lumière dans l'Eglise. L' aiant abouchée et sceu d'elle que son dessain estoit de consacrer sa virginité à Jésus-Cbrist , il la confirma en ce bon propos, et pour arres du mariage qu'elle prétendoit faire avec ce céleste espoux, il lui pendit au col un denier qu'il trouva en terre, auquel le signe de la croix estoit estampé; que huit ans après, aiant atteint Tasge de quatorze ans, persévérant en son pieux dessain et désirant se retirer tout à fait des embarras du monde , elle vint à Chartres avec deux de ses compagnes, ou elle fit profession expresse de son vœu entre les mains de Villicus , évesque du lieu , qui lui donna le voile religieux qaon donnoit à ceDes qui se dédioient au service de Dieu.

Je trouve dans un autre Légendaire, que cela ne se passa de la sorte, mais qu'estant rencontrée par Villicus, évesque de Chartres, avec quelques-unes de ses compagnes, où ellemarchoit la dernière, il la vid au mesme tems estre la première d'icelles. La première opinion néamoins est la plus receue et commune, qui se lisoit autrefois, dans les anciennes tapisseries de S** Geneviefve en ces termes :

tltUtni0, ^oe0que br Cl)ûrtn0 3Uumtn/ bu Saint Qeprtt Chot0U la tlirrge entre le0 autred ^u'il ronftrma en lot be Cljrbt.

D'où j'apprens que Villicus estoit évesque de Chartres en l'an 448, puisque S** Geneviefve qui estoit née en l'an 433 ou 434

vint à Chartres, asgôe de quatorze ans, où Villicus la receut à An. 430. la profession de son vœu. Frère Pierre Le Juge, religieux de TAbbaîe, qui est soubz le nom deceste Sainte à Paris, en la Vie, qu'il a, dit-il, extraite des anciens manuscripts de ladite Abbaïe et autheurs approuvés , dit la mesme chose , et plus de trois cents ans devant lui, Vincent dé Beau vais avoit escrit, livre XX de son Miroir fUstorial, chap. 46 : Cumque cum duabus puellis Villlco Episcopo ad consecrandum offerretur^ et hoc jiixtà numerum annorum dctatis episcopus divinitus coinperiens Geiiovefam omnibus sublimiorem, ait: Illam quœ post tergum sequitur, anteponile, qxiià cfelitiis lurc jàm sanctificationem adepta eM\ où, combien qu'il ne die que Villicus fust évesque de Chartres, ce défaut estant réparé par le tesmoignage d'autres, qui le disent uectement, on peut y adjouter foi, veuque, si cela n'estoit, comment est-ce que ces autheurs l'advanceroient comme chose certaine ( 1 ) ?

Le Juge, allégué ci-dessus, escrit que quelques-uns Vont confondu avec Palladius, comme si ce n'eust esté qu mi mesme personnage. Cela pourroit bien avoir esté, qu'il eust eu deux noms, mais ce n'est pas assés de le dire, il devoit rapporter qui sont ceux-là desquels il Ta apprins, s'il en vouloit estre crû. Autrement il est loisible de croh'e qu'ils estoient deux personnages divers qui ont esté évesques de Chartres, l'im après l'autre, sçavoir: Villicus depuis l'an 430 jusques à l'an 450; et Palladius, depuis ceste dernière année jusques en Van 458, qui font les huit ans que lui assigne Taveau.

L'on pourroit objecter que si Villicus eust esté évesque de Chartres, on ne l'eust obmis dans le Catalogue des évesques de l'Eglise de Chartres. A quoi l'on peut respondre qu'il y a bien de l'apparence qu'on en a passé quelques-uns soubz silence, sans les y avoir emploies, veu les séances qu'on donne aux premiers , que je ne crois pas avoir tenues si longtems , et d'ailleurs , comme S. Cheron , S. Sanctin , Actard et quelques autres ont esté oubliés, quoiqu'ils aient possédé la chaire Chartraine.

Si l'on adjoute que l'autheur de ce Catalogue dit que Palladius fut du tems du roi Clodion le Chevelu, qui régna dix-huit ans et de Mérovée, aussi roi de France, qui régna dix ans, et

(l) Dubreuil, en ses Antiquités de Paris, p. 197.

An. 430. commença à régir le diocèse de Chartres, Tan 430, qu'il gouverna vingt- huit ans, on leur respond que cest escrivain s'est trompé, assignant à un seul tout le tems, qu'il devoit dernier à deux, lesquels confondant ensemble, il auroit confondu le tems de leur prélature, qui doit estre distingué, comme nous l'avons remarqué ci-devant.

Pendant la séance de ce prélat, Clodion dit le Chevelu, à cause qu'il portoit ses cheveux flottans sur les épaules, qui estoit la marque des rois et de la famille roialle, n'estant permis à aucun autre d'en porter qu'à eux, ce prince, dis-je, à qui le sang bouilloitdans les veines, ne pensoit qu'à estendre son empire. Le Rhin ne l'empeschoit pas tant, que Ëtius, capitaine Romain, lequel estant avec une armée es Gaules, faisoit refroidir ces bouillons et lui fermoit l'issue de son païs. Mais, comme si le ciel eust destiné les Gaules à la valeur Françoise, Etius, aiant esté contraint d'abandonner la garde du Rhin , pour secourir Arles, que les Goths avoient assiégée, et quicter son poste, les François, prenant l'occasion au poil, et se servant de l'absence de ce capitaine, se jectèrent dans le Brabant, prindrent Tongres, Tournai, Cambrai et tout le pays d'Arthois, jusques à Hesdin: ils ne jouirent guères de leur conqueste, d'autant qu'aiânt secouru puissanunent Arles et fait paix avec les Goths, il retourna sur ses pas contre les François, desquels il fit une terrible boucherie. Cest infortuné coup, qui fit perdre à Clodion les prétentions qu'il avoit sur les Gaules presqu'aussitost qu'il les eut conquises, lui osta le désir de plus y retourner, laissant à son successeur la gloire de la conqueste d'icelles: ce fut à Mérovée, sien parent, ou, comme disent quelques-uns, son fils naturel, ou bien son Connestable: conune le veulent d'autres, voire un aventurier Allemand, lequel abusant du bas asge d'Auberan, Regnaud et Ranchaire, enfans légitimes de Clodion, usurpa la roiauté sur eux et les confina en Hainaut, Flandres et Brabant. Ce prince voiant qu'Attila, roi des Huns, qui se faisoit appeler le Fléau de Dieu y avoit ravagé la Bourgongne, tuéGondiciaire, qui en estoit roi, pillé le Liège, renversé Tongres, prins Metz, brûlé Reims, assiégé Orléans, et que les Romains et leurs alliés estoient occupés à repousser cet ennemi conunun, il creut qu'il estoit tems de mectre ses drappeaux aux champs, pour profiter du dommage de l'un ou des autres. Etius aiant attaqué

les Huns près Chaalons en Champagne ou, comme d'autres veu- An. 458. lent aux Catalens, proche Montech, villette du diocèse de Montauban, ainsi nommée, disent-ils de ce capitaine, il leur donna la bataiUe, en laquelle cent quatre vingt mille combattans, tant de part que d*autre, demeurèrent sur la place. Cet eschec, capable d'abattre un résolu courage, releva celui du Barbare, qui, dès la prochaine campagne, mit sur pied une puissante armée, avec laquelle il marcha en dessain de se rendre maistre de Rome. Il Teust peu faire, sans que S. Léon, lui aiant fait changer, le persuada de s'en retourner chez lui , où célébrant ses nopces avec Ildicon, s'estant gorgé de viande et de vin, il mourut d'mi flux de sang, en pmiition de celui qu'il avoit si cruellement espandu.

Cependant Valentinian, qui couroit autant à la perte de sa vie que de son estât, jaloux de la gloire qu'Etius s'estoit acquise aux guerres qu'il avoit conduictes contre les Bourguignons, les Goths et les Huns, se défit de lui, soubz prétexte qu'il avoit attenté à l'Empire, et le fit mourir. Tharsile, soldat d'Etius, pour venger la mort de ce capitaine, la lui donna aussi tellement, que parmi ces bagarres, il s'éleva quantité de tyraneaux, qui, voiant l'aigle Romaine ne battre plus que d'une aisle, taschoient la dépouiller du reste de ses plumes, desquelles elle perdit la dernière soubz Augustule, im peu de tems après. Ce fut sur ces ruines que les Bourguignons bastirent leur estât, qu'estant entrés es Gaules , ils estendirent leurs conquestes jusques au Rhosne, et les François les leurs jusques à la Loire; diversement toutefois, veu que ceux-là eurent à se défendre de Majorian, qui leur escorna partie du Lionnois; où ceux-ci s'estant rendus maistres de Paris, Sens, Orléans et Chartres, y jectèrent des fondemens si profonds de la Monarchie Françoise, que pour toutes les secousses qu'elle a peu souffrir, elle est demeurée inébranlable.

Palladius ne la fit longue, à mon advis, après toutes ces guerres , s'il décéda en l'an 458 , au mesme temps que la mort mit fin au règne de Mérovée , qui laissa son sceptre à son fils Childéric.

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