CHAPITRE XVII
D'Arbogast et Flavius, évesques de Chartres, de S. Solein et S. Aventin, aussi évesques dudil lieu.
An. 469. 4 RBOAST OU Arbogast succéda à Palladius en Tévesché de
Chartres; le Catalogue de nos Prélats porte que ce fut du tems de Childéric, qui commença son règne en l'an 459, et que cetui-ci tint sa crosse seulement douze ans, ce que je suis plustost que ce qu'escrit Severt, que ce fut seulement en Tau 469, qu'il entra en possession de Téglise Chartraine. C'est assés que nous aions recongneu le tems auquel il a peu présider en icelle, pour ce que sur icelui on peut régler le reste. C'est tout ce que nous avons de lui, et qu'il eut pour successeur Flavius, soubz le règne du mesme Childéric , lequel estant décédé Tan 26 d'icelui et en l'an 484, il faudroit que Flavius eust commencé à régir son diocèse environ l'an 470, et fini ses jours quatorze ou quinze ans après et qu'il laissa sa place à S. Solein. Nous avons jusqu'à présent parlé de nos pasteurs sans beaucoup d'asseurance et seulement par des conjectures qui ne sont des vérités , nous pourrons par ci-après en parler avec plus de certitude, commençant à recongnoistre les tems ausquels les suivans ont vescu.
La Vie de S. Solein porte que Flavius, évesque de Chartres, estant allé de vie à tnspas, son clergé jecta les yeux sur S. Solein, qui n'estoit des moindres membres de son corps, et l'esleul en la place du défunct. Sa naissance et ses mérites lui donnoient beaucoup d'avantages par-dessus ceux qui pouvoient aspirer à ceste haute dignité, et le miracle que Dieu avoit opéré par son ministère, rendant la veue, l'ouïe, la parole et mie entière disposition de corps à un pauvre qui n'avoit que la forme d'honune et non la puissance d'agir, lui servirent comme de degrés pour y monter. Sa maison estoit une eschole de vertu, en laquelle, s'il y avoit des biens, ils n'estoient à lui, mais aux pauvres qu'il assista durant ceste famine, qui afiligea fort les Gaules de son tems; pendant laquelle Eodicius, sénateur de Clermont en Auvergne, nourrissoit tous les jours quatre mille
personnes (1); ces actions si charitables furent un puissant mo- An. /iG9. tif pour faire choix de sa personne pour pasteur de l'église Chartraine. Le bruit de ses vertus estant venu à la congnoissance de Clovis, roi de France, qui avoit succédé à Childéric, son père, il aggréa, quoiqu'encore infidèle, Teslection qui en avoit esté faite, et en fit toujoui^ du depuis un grand estât. S. Solein, au contraire, appréhendant d'accepter une charge si onéreuse, s absenta de la ville, affin, n'estant point trouvé, qu'on procédast à Teslection d'un autre. On le cherche de tous costés , mais personne ne peut dire des nouvelles de sa retraicte , de manière que le clergé et le peuple, considérant qu'après l'exacte recherche qu'ils avoient faite pour le trouver; il n'estoit à propos de laisser la bergerie de Dieu sans pasteur, ilseslèvent Aven tin, qui estoit, dit-on, archidiacre en l'église de Chartres, lequel, après l'aggrément qu'en fit le roi, ils firent consacrer par les évesques qui estoient venus pour rendre le mesme office à S. Solein. A peine avoit-il esté inthronizé dans la chaire Chartraine, que S. Solein aiant sceu par révélation, ou bien par l'advertissement qu'il en avoit receu de quelque confident, ce qui s'estoit passé , estimant qu'on ne penseroit plus en lui, s'en revint à Chartres (2). Sitost qu'il y fut apperceu, le bruit de son retour s'espandit par la ville, lequel, estant venu aux oreilles des prélats qui avoient consacré Aventin, et le peuple aiant prins S. Solein, le porta à l'église où la première eslection fut approuvée d'un conunun consentement, et lui en mesme tems consacré et mis en possession de l'évesché de Chartres.
Mais qu'est-ce qu'eussent fait deux prélats en une mesme église, laquelle estant comparée au ciel, comme cestui-ci ne peut souffrir deux soleils, celle-là ne pouvoit recevoir deux évesques. On trouva expédient de les accommoder ensemble, qui fut que S. Solein demeureroit à Chartres et S. Aventin se retireroit à Chasteaudun, et que le survivant d'eux demeureroit évesque dudit Chartres. Où la charité préside, la jalousie ne trouve point de place. Tous deux vesquirent en bonne intelUgence, suivant l'arresté ci-dessus, chacun travaillant à l'instmction du peuple qui leur avoit esté commis.
(1) Greg. Turoii., lih. Il, cli. 24. — (2) Viguer, in summûrer. hist. GaUiœ.
Au. 493. Clovis ne vivoit de mesme avec ses voisins. Siagre , fils de Giles, chevalier Romain, autrefois gouverneur des Gaules soubz Majoiian, et que les Gaulois avoient choisi pour leur roi, contre Childéric, père de Clo\âs, lui faisoit ombrage. Il ne pouvoit le souffrir en vie, ni le considérer que comme Tastre de son malheur. Aiant trouvé moien de Tavoir, il lui fit coupper la leste, et par ce moien s^acquit la paix, qu*il ne pouvoit trouver qu'en la mort de ce prince, qui ne laissa qu'une sœur nommée PapianiDe, qui fut mariée à Tonance Ferreol, sénateur de Rome et préfet du Prétoire des Gaules, desquels on veut que nos rois soient descendus. Clovis, dit autrement Louis, aiant ceste espine hors du pied, ne pensa plus qu à estendre les limites de son roiaume, et ses sujets qu'à lui choisir ime fenune qui lui donnast un héritier (1). Ils faisoient prières continuelles à Dieu pour la conversion de ce prince qui estoit encore offusqué des ténèbres de Vidolastrie, et à ce qu'il lui plust lui donner une fenune de leur religion qui estoit la catholique (2). Dieu exauça leurs prières par l'entremise d'Aurélian, principal conseiller de Clovis , lequel , durant les différends de Gombaud, Gondemar, Chilpéric et Godegesil , enfans de Gundicaire , roi de Bourgongne, aiant plusieurs fois vu Crotilde ou Clotilde , fille de ce Chilpéric, lequel, après la mort de son père, auquel Gondebeaud, son frère, auroit fait coupper la teste et le jecter, avec sa femme, dans la rivière , estoit comme captive entre les mains de son oncle, conseilla à son maistre de l'espouzer; le récit qu'il lui fit des belles quaUtés et excellentes parties qui estoient en elle, l'en rendit amoureux et n'eut point de repos qu'il ne l'eust pour femme. Il l'envoia demander en mariage à Gondebaud, qui la lui accorda plustost pour ne se faire un ennemi, que pour envie qu'il eust d'entrer en son alliance. Il s'y trouvoit néamoins un empeschement, qni estoit la religion. Clovis, pour le lever, promit d'embrasser la Chrestienne qui estoit celle de Clotilde. Cela fait, Aurélian la fiança an nom de son maistre, lui baillant un sol et \m denier, suivant la forme qui estoit lors en practique entre les Gaulois (3) , et l'ai veu faire de mon tems , de mectre
(1) Bouchet, Véritable orig. des Boys de France. — (2) Aimoia, lib. /♦ ch. 13. Baron, ad an. 404, n" 28. — (3) Marculfis, in formulis Fredegarius.
un trezain au cierge de Tespouzée. Gondebaud Venvoia ensuitte An. 496. à Glovis avec de très-riches préseus, tels que sa condition le requéroit. Les espouzaiUes faites , Glovis ne se soucia d'entretenir sa promesse. Sa femme l'en presse , il n'en tient compte. La naissance d'Ingomer ou Childebert , premier fruit de leur mariage, cuida tout gaster (1). Cest enfant aiant trouvé sa tombe dans son berceau, incontinent après son baptesme, Glovis en donnôitle tort à sa fennne, de l'avoir voué à un autre Dieu qu'aux siens, et elle blasmoit son mari de n'avoir satisfait à sa promesse de se faire Chrestien. Geste sage et avisée princesse faisoit ce qu'elle pouvoit pour adoucir cest esprit aspre et fascheux, et lui remectoit toujours devant les yeux qu'on ne devoit promettre rien à Dieu qu'on ne le tint, à peine d'encourir son indignation. L'humeur guerrière de ce prince effaçoit de sa pensée les bons avertissemens que son espouze pouvoit lui donner. Il falloit de l'extraordinaire pour le faire recongnoistre.
Gomme son esprit n'estoit porté qu'à aggrandir sou roiaume et se rendre redoutable à ses voisins et ennemis , il avoit chassé les Bretons du Blésois et Orléanois, surmonté ceux de Turinge, quand il se présenta nouvelle occasion d'aller contre les Allemans de Souabe et Bavières qui taschoient de s'emparer de la Gueldre (2). Il les alla attaquer à Tolbiac, qui est Zulx ou Zulphic, où, du commencement, les François laschèrent le pied et reculèrent, et Glovis se trouva en danger de sa personne. Le péril où ce prince se voioit lui fit ouvrir les yeux de l'esprit pour recongnoistre qu'il ne pouvoit éviter la mort, sinon par un secours divin , puisqu'il n'en pouvoit espérer des hommes. Dans ceste appréhension , les bonnes instructions qu'il avoit receues de son espouze lui estant revenues en pensée, il voua au Dieu que sa fenune adoroit que, s'il lui plaisoit de le retirer du danger auquel il se trou voit , et la victoire de ses ennemis , il se feroit baptizer et u'adoreroit d'autre Dieu que lui. Il n'eut pas plustost fait ce vœu que les François, reprenant leurs forces, retournèrent au combat , enfoncèrent les escadrons des ennemis, se firent jour pour aller dégager leur roy, jonchèrent la campagne de coi-ps morts , et donnèrent telle espouvante à ceux qui
(1) Greg. Turon., lib. H, ch. 29. — (2) Jlislonœ Dominomm Anstra^ix.
An. 498. estoient demeurés pour la garde des maisons, quils s'obligèrent envei-s lui au paiement d'un tnbut annuel.
Clovis aiant ainsi dompté la contumace de ces Allemans, s en retourna glorieux et triomphant en France. Le bruit de ceste célèbre victoire s'estant répandu par les provinces prochaines, S. Waast, évesque d^Vrras, vint au-devant , pour se conjouir avec lui du bonheur de ses armes, et aiant, par sa bénédiction, fait ouvrir les yeux à un pauvre misérable qui avoit perdu l'usage de la veue, ce miracle servit pour désiller ceux de l'esprit du roi, pour recongnoistre la sincérité de nostre religion, la véiité de sa doctrine, et que c'est la seule en laquelle consiste nostre salut. Clo tilde , joieuse au possible de sçavoir son mari victorieux par des armes matérielles , voulut Testre de sa foi avec des spirituelles; elle courut au-devant avec S. Rémi, archevesque de Reims, lequel , le voiant chargé de lauriers et de gloire, qu'il confessoit tenir du Dieu de sa femme, ce prélat, des plus éloquens de son asge , aiant print occasion de ceste confession de lui proposer les mystères de nostre religion, demanda d'en estre instruit plus amplement. Eqtre autres prélats qui estoient venus pour se conjouir de sa victoire, S. Solein fut choisi avec S. Rémi et S. Wast pour lui servir de catéchistes. Un seul point sembloit retarder l'heureuse conversion de ce roi , sçavoir, la crainte qu'il avoit que ses sujets n'eussent aggréable qu'il embrassast une croiance toute contraire à celle qu'il avoit succée avec le laict, et de laquelle ils faisoient profession. En aiant commimiqné aux principaux d'iceux, il les trouva tous disposés par la prédication de S. Rémi de quicter les idoles pour se rendre au vrai Dieu. Clovis, ne voiant plus d'obstacle à ses désirs, se rendit promptemenl à Reims où il receut la grâce du baptesme, le jour de Noël, autres disent la veille de Pasques, par les mains de S. Rémi.
Ses deux sœurs, Albofle, qui espouzadu depuis Théodoricou Thierri, roi des Ostrogoths, et Lim tilde, avec bien trois mille personnes, receurent ce sacrement, en la collation duquel nostre prélat eut bonne part. Cela estant heureusement parachevé, S. Solein s'en revint à son trouppeau. Cependant Clovis voulant faire congnoistre qu'il estoit grand zélateur de sa foi, aiant sceu quAlaric, roi des Goths, qui suivoit l'hérésie Arienne, avoit chassé S. Quintian, évesque de Rhodez, de son siège et moles-
toit fort les Catholiques, arma contre le Goth. Thierri, roi des An. 499. Ostrogoths, fit ce quil pust pour l'appaiser; mais Clovis, aiant autant envie d'estenJre les bornes de son empire que de zèle pour sa religion, mit une grosse armée sur pied pour aller contre ces Ariens. Devant que de la faire marcher, il envoia des présens au sépulchre de Saint-Martin de Tours, où ily avoit lors une grande dévotion, pour que, par les prières de ce saint, qui avoit autrefois combattu l' Arianisrae, il peust obtenir la victoire sur ces héréti(iues. Ses ambassadeurs prindrent à bon augure, de ce qu'en entrant dans l'église , l'on commença ce verset du Psaïune 17 : « Prxcinjisii me virtute ad bclluin, supplantant i insurgcntes in me subtus me. » Ce que lui aiant esté rapporté, il fit advancer ses trouppes et print sa marche par Chartres ou quelques-uns de ses officiers, entraiis en l'église, ouïi-ent qu'on chantoit ce verset du Psaume 34 : » Appréhende arma et scutum^ et exurgc in adjiitorium miJii. » Clovis, aiant envoie quérir S. Solein pour lui donner l'interprétation de ces parolles, il lui remontra que Tescu le plus puissant que le Chrestien peust avoir pour se défendre , non-seulement des ennemis invisibles, mais encore des visibles, estoit le signe de la Croix, qu aiant à combattre contre des hérétiques , il devoit s'en munir contre eux, ausquelles parolles ce prince se jecla à genoux devant nostre prélat, le priant de l'imprimer sur lui et toute son armée.
La légende que nous avons de ce Saint, dit que cela se passa auparavant que Clovis fust Ghi'estien ; mais il est certain que ceste guerre contre Alaric fut seulement après le baptesme de ce roi, suivant ce que nous en avons dit ci-dessus. Clovis et les siens aiant receu la bénédiction de S. Solein , partirent de Chartres pour la Touraine et vindrent au port de Senon, près Chastellerault, sur la rivière de Viane (Vienne), qu'ils trouvèrent si enflée qu'on ne pouvoit la passer à gué. Clovis, ne voulant perdre [son] tems, avoit résolu de l'aller passer à Lussac, et commençoit à marcher, quand une biche se présenta, laquelle passant à gué, à l'endroit qui en a retenu le nom du Pas-dC'la-Biche , leur fit veoir que ceste rivière estoit guéable. Les soldats, bien aises, la passèrent et tirèrent vers Poictiers. Alaric, qui estoit dedans, sortit par la porte du Pont-à-Joubert, non tant pour aller au-devant de Clovis, que pour se retirer, s'il eust peu, en Auvergne, pour estre plus près de Thierri, son
An. 507. beau-père, duquel il espéroit du secours. Les François Taiant descouvert, lui ostèrentle moien d*eschapper, Taiant enveloppé de toutes parts, de sorte qu'il ne.pust se desdire d'en venir aux mains. Ilprint son poste près une bourgade, appelée lors Voglade, maintenant Si vaux ou Vouillé, entre Cubort et Lussac, à cinq lieues de Poictiers. Clovis l'y fut attaquer, où les Goths le receurent aussi brusquement que les François les avoient provoqués courageusement. La bataille balança six ou sept heures, sans pouvoir juger de quel costé elle toumeroit, jusques à ce que les François aiant enfoncé im escadron des Goths, rompirent leurs rangs et les mirent en fuitte. Les autres firent de mesme, si bien qu*Alaiîc demeura presque seul pour faire teste à Clovis ; cetui-ci Taiant recongneu à ses armes , poussa son cheval contre, et le déûa en duel. Alaric l'accepta, et après avoir rompu leurs lances, mirent la main à Tespée et se combattirent rudement; Alaric eut du pire, aiant esté terrassé par Clovis qui lui donna le coup de la mort , y cuida trouver la sienne , deux Goths Taiant assailli par derrière avec leurs javelines zagaies, qui n'eurent d'autre effet que l'appréhension qu'ils donnèrent à nostre prince, n'aiant peu trouver le défaut de sa cuirasse.
Alaric ainsi dépesché, Clovis poursuivit sa victoire, et fit un tel carnage de ces Goths , qu'il en couvrit les campagnes d'entre Sivaux et les Églises , qui est une paroisse près Chauviguy tirant de ça le Gué-de-la- Viane, où se voient encores quantité de tombeaux de pierre , corome s'ils y avoient esté posés miraculeusement (1). La nuit interrompit ceste poursuite, que Clovis réservoit au lendemain. S. Solein, que ce prince avoit mené avec lui le dissuada de le faire. Il ne laissa néamoins de dépescher Thierri, son bastard, avec partie de son armée, pour se saisir du Languedoc et des thrésors d' Alaric. Tandis que cela se passoit, l'on dit que les soldats, insolens de ceste victoire, aiant trouvé le corps de ce Goth entre les morts , qu'ils mirent dans une chaire, et beuvant à lui, disoient : « Je boi à toi, » Alaric, Goth, » d'où vient que ceux qui font carousse, prenant mal ces paroUes, qu'on a corrompues, disent : « Boire à tirelarigot. »
(l) Dominici in Ausberli familia redivina, p. 96.
S. Solein, qui estoit à la suite de la Cour, pensant s'en revenir An. 507. dans son diocèse, fut surprins d'une grosse fiebvre, qui le contraignit s arrester à Maillé, à deux lieues de Tours, où le mal augmentant, il y décéda le 24 septembre 507, et y fut inhumé. Quelques-uns escrivent que ce fut à Malezais, mais il n*y a point de double qu*ils ne se trompent , veu que ceste abbaïe n'a esté fondée qu'en 1070, par Guillaume IV, comte de Poictiers et duc d'Aquitaine, dit le Grand, et son espouze Adomalde. D'où il se peut recongnoistre que S. Solein n'estoit, ainsi que quelques-uns l'ont asseuré, du tems de S. Euverte, évesque d'Orléans, qui vivoit en l'an 358, comme le sieur De la Saussaie Ta bien sceu remarquer (1 ). C'est pourquoi Severt ne mérite d'estre considéré, escrivant que S. Solein commença son épiscopat l'an 395, et le finit en Tan 426, aiant fait veoir ci-dessus qu'il fut esleu environ l'an 484 , et tint sa crosse jusques en 507.
Je ne suis pas ignorant que les anciens Martyrologes de l'Eglise de Chartres, qui sont celui d'Usuard, disent avec Molanus , qu'il ne fut que trois olympiades évesque de Chartres , et que, dans le Bréviaire de Sainte-Gene^âefve de Paris, il soit porté qu'il mourut le 24 septembre 490; mais il n'y a point de doubte qu'on s'est trompé à ceste époche, ne pouvant avoir esté le catéchiste de Clovis, qui fut, comme dit est, en l'an 499, s'il estoit mort neuf ans au précédent, et d'ailleurs S. Solein estant décédé au retour du voiage que Clovis entreprint contre Alaric, qui, selon Baronius, fut en l'an 507, et n'en retourna qu'en l'an 508; il faut nécessairement conclure que ce fut en septembre 507 que le déceds de S. Solein arriva.
Mais, comme toutes choses s'oublient avec le tems, le sépulchi'e de ce Saint demeura incongneu jusques vers l'an 694, que Grégoire de Tours (2) raconte que la mémoire s'en estant perdue tout-à-fait, il n'y avoit personne qui peut dire l'endroit où il estoit. On voioit, à la vérité, toutes les nuits des dimanches, paroistre une grande lumière sur le Ueu où il avoit esté inhmné, mais personne n'en pouvoit dire la raison. On se doubtoit bien qu'il y avoit là quelque chose d'extraordinaire qui n'estoit pas congneue, jusques à ce que deux énergumènes s'y estant trans-
(l) Ann. Aureli. Euvertis, numer. XI et seq. — (2) Greg. Turon., de Gloria confess., ch. 2.
:m IIISTOIIIE DU DIOCÈSE
An. 507. portés de l'église de Saint-Marlin-de-Tours, frappant leurs mains les unes contre les autres, crioient : « Ici repose le très-heureux » Solein en une grotte cachée ; ouvrés le sépulchxe de Tami de » Dieu, et quand vous Taures trouvé, couvrés-le de voiles, al- » lûmes de la chandelle et rendés-lui la révérence deue. Il sera » salutaire à ce pais, si vous faites ce que nous vous disons. » Et prononçant ces parolles d'un accent fort haut, se mirent en devoir de vouloir fouir la terre avec leurs ongles. Les habitans, prenant ceste action pour quelque chose par-dessus le commun, descouvrirent l'entrée de la grotte, en laquelle estant descendus, ils trouvèrent un grand sépulchre , que ces possédés asseuroient estre celui de Solein, par les mérites duquel ils furent délivrés et s'en retournèrent guéris. Le mesme autheur sus-allégué raconte encore un autre miracle d'un certain Littorius, bourgeois de Poictiers, lequel y fut guéri d'ime fiebvre quarte.
Il y en a qui asseurent que son corps est à Blois, en l'église qui y a esté bastie soubz son nom. Je ne veux pas nier qu'il n y en aie quelque portion, mais je ne sçam*ois l'accorder du tout, puisqu'il s'en trouve ailleurs, comme dans l'église de Chartres qui en conserve une partie avec les autres corps saints qui sont soubz la courbure de la voûte qui est derrière le grand autel d'icelle , où la veille et le jour de sa feste, on tient un cierge allumé par forme de vénération. Il y en a aussi dans l'église de Saint- Maurice, du faubourg dudit Chartres, ainsi qu'il est porté dans le procès-verbal de la visite qui fut faite des reliques qui sont en icelle, le 23« jour d'avril M. CCCC. LVII; dire comment elles y ont esté apportées, je ne le sçaurois, pour n'en avoir rien veu, que ledit procès- verbal et autres, du samedi de Pasques 1226, et du mesme jour 1570, et pour ce je n'en dirai davantage.