‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 45 sur 71 · CHAPITRE XVlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVlll

De S. Aventin, et qu'il a esté évesque de Chartres après

S. Solein»

ON ne fut en peine après le déceds de S. Solein d'eslire un An. 508. évesque pour remplir la chaire Chartraine, y en aiant un tout prest, c'estoit S. Avenlin, lequel, par le traicté faict entre S. Solein et lui , lui devoit succéder, puisqu'il lui avoit survescu. Quelques Catalogues de nos évesques Tout obmis, mais ceux qui sont dans le Livre-Noir et celui qu'on appelle le Parchemin y qui se trouvent dans le Thi'ésor des tiltres de Tévesché de Chartres, le mectent au nombre des autres, comme fait celui qui se veoiddans Tabbaïe de Saint-Père-en- Vallée dudit Chartres. Le premier n'a que le seul nom ; le second dit qu'il fut esleu évesque de Chartres, mais que S. Solein aiant paru, il fut fait évesque de Chasteauduu , et qn'il fut inhumé en Téghse de Saint-Médard dudit lieu; le dernier en dit autant, mais ce Parchemin s'allonge par-dessus les autres et ajoute ces mots : « Iste non débet computari in numéro Episcoponim , quia non >» est dare duo capita, vel duos Episcopos uni Episcopatui eo- » dem tempore. Et hxc ratio patet in Odone, qui in Chronicd M sequente, numeratur quinquagesimus secundus, quod esset » falsum, si iste in numéro remaneret : vel Chronica deficeret » in hac parie, » Nostre ancien Catalogue dit presque le mesme en ces termes : « Cu7n isto autem sancto Solenni^ propter va- 0 rietatem electionis et propter moram dicti Sanctiy qui latens » recesserat, concumt et fuit consccratus unus nomine AvenU- » nus, qui per modum provisionis habuit Archidiaconatum » Dunensem et apud Castridunum resedit^ tamen in Episcopo- » rum numéro propter hoc non poniiur, »

Je demeure toutefois ferme en mon opinion , qu'il faut toutefois donner place en cest endroit à S. Aventin, estant demeuré évesque de Chartres après S. Solein. Ce qui me confirme en ceste opinion est que S. Aventin se trouve soubzcript au premier Concile d'Orléans tout le dernier des prélats, en qualité d'évesque de Chartres, ainsi que le P. Sirmon dit l'avoir re-

An. 508. cueilli des manuscrits des églises de Reims et de Corbie (1). Dans le premier volume des Conciles généraux, mis en lumière par frère Pierre Crabbe, Cordelier à Malines, et au troisiesme de ceux qui ont esté publiés par Binius , le premier des Pères qui a soubzcript à ce Concile , est Aventin , que mal-à-propos ils font évesque de Digne en Provence, aiant leu Diniensis pour Z>un^sis^ ainsi qu'il est dit dans le mesme Concile, mis au jour par Pithou; et de fait, il ne se trouve point dans la liste des évesques de Digne, aucun qui aie eu nom Aventin, et se veoid qu'au mesme tems que se tint ce ConcDe, il y en avoit un de mesme nom en Dunois, qui n'est beaucoup distant d'Orléans. Que s'il y eust eu pour lors un autre évesque à Chartres , il n'eust manqué à se trouver à ce Concile, qui se faisoit seulement à seize lieues de lui, et dans sa province; puisque d'autres plus esloignés s'y trouvèrent. Que s'il est signé : Dunensis et non Carnotemis metropoUs, ceste erreur vient du copiste ou de quelqu'autre, qui ne sçavoit la signification de Dunensis, qu'il auroit dispunctué et en auroit fait Diniensis , et l'ignorance est palpable en ce qu'il fait Digne métropolitaine ; ce nom n'appartenant qu'aui grandes villes telles que n'est Digne.

L'inconvénient qu'apporte le Livre de l'évesché de Chartres, dit le Parchemin sus-allégué, que si Ton admettoit S. Aventin pour prélat de ce diocèse, il y auroit eu deux évesques en mesme tems, n'est considérable, d'autant que, quoiqu'ils fussent deui évesques dans un mesme diocèse , ils n'estoient réputés que pour un, pour ce qu'il n'y en avoit qu'un qui en fist les fonctions, qui estoit S. Solein; après le déceds duquel, S. Aventin entra plainement, lui seul, en l'exercice de sa charge.

On pourroit encores objecter ce qu'escrit Baronius (2) , que ce Concile fut tenu en l'an 507, auquel S. Solein estoit encores vivant, et qu'ainsi Aventin ne pourroit y avoir assisté en qualité d' évesque de Chartres; mais la response est facDe à faire, si l'on dit que cest autheur s'est trompé, disant lui-mesme que ce Concile ne fust tenu que soubz le consulat de Félix, qui tombe en l'an 511. Ce qui se peut confirmer davantage par ceste raison que ce Concile n'aiant esté assemblé qu'après le retour de Clovis de son expédition contre Alaric, qui fut sur la fin de Tan 508,

(1) Sirmund., in eodem Concilio. — (2) Baron., ad ann. 511, nwner. 1.

ou sur le commencement de 509, auquel tems S. Solein estoil An. 509. décédé et Aventin desjà en sa place, Aventin auroit peu assister audit (loncile; or, qu'il- ne fut célébré qu'après le retour de Glo^' vis , il est clair par l'épistre que ce prince escrit aux évesques qui y assistèrent, par laquelle il leur rend raison du voiage qu'il avoit fait et non qui estoit à faire, ainsi que l'entend Baronius. Ce qui se peut veoir en ces paroles, qui sont du passé et non de l'avenii' « Enunticoite famd (dit(Uovis), quid actum puéril, vcl prn'ceptum onini cxerciiui nostro, pnvsgua7n in patriam Gothorinn ingredercmur (i). » Comme Fa fort bien remarqué Sirmond en l'advertissement qu'il a mis devant ce Concile, en la compilation qu'il a faite de ceux qui ont esté tenus en France; voire, si l'opinion de Bouchet estoit véritable, que Clovis ne fust retourné du Languedoc qu'en Tan 510, on ne pourroit dire que ce Concile eust esté tenu plustost qu'en 511, au mois de juillet, auquel an Aventin estoit en jouissance de l'évesché de Chartres.

A ce qu'on dit que si on nombroit Aventin entre les évesques dudit Chartres, il se Irouveroit qu'Eudes ne seroit le cinquantedeuxiesme comme le porte ledit Cartulaire, dit le Parehemin; on respond que celui qui a dressé le Catalogue de nos prélats , en a bien obmis d'autres, comme S. Cheron, S. Sanctin, Villicus et encores d'autres, il peust bien avoir fait la mesme faute, ne mettant point S. Aventin en son rang.

De plus, si, selon Severt, au dénombrement qu'il a fait des évesques Chartrains , Etherius, qu'il fait successeur immédiat de S. Solein, ne commença qu'en l'an 5*27; il faudroit que Téglise de Chartres eut vacquée environ vingt ans , ce qui ne se peust dire, depuis que Ton veoid S. Aventin , comme évesque de Chartres , comparoistre en ce premier Concile d'Orléans.

A ce qu'on ajouste que S. Aventin , aiant esté inhumé après son trespas en l'église de Saint-Médardde Chasteaudun , fait veoir qu'il a toujours demeuré audit lieu, et non à Chartres, où il eust deu estre, s'il en eust esté évesque, je respons qu'il ne peust avoir esté inhumé en légHse de Saint-Médard, veu que S. Médard n'estant décédé qu'en Tan 55G, selon Sigibert, ou en l'an 561, selon Sigonius, voire en l'an 564, selon Meïer, il n'y

(I) Sirmuml., ad hisl. conciL, t. I, p. 175.

An. 509. avoit point encores d'église dressée soubz son nom, et peul-ou dire plus véritablement, à mou ad vis, que les reliques de S. Aventin y auroient esté portées d'ailleurs, après que caste église fut bastie en l'honneur de S. Médard , ce qui n'est difficile à croire, pour ce que ceux de Chasteaudun pou voient particulièrement le demander, comme estant leur com|>atriote et aianl vescu parmi eux; car il est porté, dans la Vie de S. Solein, que S. Aventin fut renvoie à Chasteaudun , pour y xiwe avec sa mère qui y demeuroit, ce qui me fait croire qu'il en estoit natif, et que, comme Ton voit assés ordinairement que ceux qui sont en quelque considération désirent estre ensépiilt tirés avec leurs devanciers, ordonnent y estre portés après leur mort, que S. Aventin auroit eu le mesme désir d'estre enterré an sépulchre commun de sa famille, et auroit , par sa dernière volonté, ordonné d'y estre conduit après son trespas , ce qui auroit esté fait , et auroit esté du depuis transporté en l'église de Saint-Médard, pour y recevoir l'honneur deu à son mérite.

Cela estant ainsi arresté que S. Aventin a esté évesque de Chartres après S. Solein , et après le retour de Clovis de sou voiage d'Aquitaine et de Languedoc, disons maintenant que ce prince, voulant faire part à Téglise Romaine de la gloire de ses conquestes, lui envoia ce riche diadesme , qui est appelé Regjium, et, estant de retour à Paris, il la constitua la capitale de son roiaume et y fit jecter les premiers fondements de Téglise de Saint-Pierre et Saint-Paid , suivant le vœu qu'il eu avoit fail, lorsqu'il marcha contre les Goths. 11 fit bastir son palais tout proche, où est à présent le logement des abbés de Sainte-Geneviefve.

Les religieux de Saint-Père-en-Vallée de Chartres se vantent que Clotilde, sa femme, voulant imiter la piété de son mari, les fonda soubz le mesme nom de S. Pierre et S. Paul et y mit des religieux de S. Benoist. Je ne veux pas nier que ceste reine aie fait édifier ceste église , mais je ne sçaurois accorder qu elle y mit des religieux de S. Benoisl , veu que ce patriarche des religieux n'avoit encores paru dans nos Gaules , où les moines de S. Colomban estoient receus, et y vivoient suivant l'institut qui leur avoit [esté] prescript par leur autheur(l). L'oi-drede

(I) VitaS. Mauri.

JM^hMi^i - - ""

S. Benoist ne commença à y estre ven qu'emiron Tan 512, que An. 511 ce saint envoia en France S. Maur, l'nn de ses disciples , pour instituer et establir sa règle et façon de vivre dans le monastère de Glanafaeil dans le diocèse d'Angers, où il vesquit environ quarante ans, et jusques en Tan 582, qu'il y mourut un 15 de janvier. Je ne veux pas toutefois nier que ceste reine, aiant vescu jusques en l'an 551 , n'eust veu S. Maur, duquel elle auroit obtenu des religieux pour mectre audit Saint-Père; maisdel'asseurer aussi, je ne l'oserois faire, n'en aiant aucun tesmoignage d'ailleurs.

Quand à Glovis, il ne la fit longue, après avoir fait bastir ceste église, au nom de Saint-Pierre et de Saint-Paul, estant décédé le 26 novembre Tan 514, le quarante-cinquiesme de son aage et le trentiesme de son règne ; il fut inhumé en la mesme église, qui depuis print le nom de Sainte-Geneviefve , à cause que la mesme année, ceste Sainte y avoit aussi trouvé sa sépulture. Il laissa de sa femme Clotilde trois masles, Clodomir, Childeberl et Olotaire, et deux filles, Glote ou Clotilde, qui fut mariée avec Aniauri, roi des Wisigoths, et Tichilde ou Ricliilde, qui fut religieuse. On ajoute S. Enimic, avec un fils naturel, nommé Thierri, qui partagea avec les enfans légitimes, et eut pour sa part Metz et le paîs Messin, avec tout ce qui est comprins entre le Rhin et la Meuse, la Lorraine avec (juelques contrées d'Allemagne, et bonne partie de Champagne (1). Glodomir, puisné, fut roi d'Orléans, qui avoit soubz lui la Soulongne , le Gastinois , Berri et l'Auvergne avec tout ce que les François tenoient en Bourgongne, deçà la Saône. Childebert eut Paris avec l'Isle-de-France, le paîs Chartrain, le Perche, le Maine, la Touraine, l'Anjou, l'xVquitaineet partie du Languedoc. Clotaire eut Soissons, la Picardie, le A'ermandois , et partie de la Neustrie, l'Artois et la Flandi'e.

Ces quatre frères aiant ainsi divisé le roiaume de leur père, ils marièrent Clotilde, leur sœur, comme, dit est, à Amaury, roi des AVisigoths, qui leur fut une semence de guerre, ainsi que nous le verrons ci-après, Thierry, qui avoit esté toujours nourri par le cliquetis des armes, porta les siennes, aussitost qu'il se veid la couronne sur la teste, dans la Turinge , et Clo-

(1) Agathias, lib. I. Greg. Turon., lib. IV, ch. 22.

An. 514. domir dans la Bourgoiigne : cetui-ci n'eut guères de peine à faire sa conqueste, parce que les habilans du païs, aiani en aversion leur roi Sigismond, pour lequel, à la persuasion de sa seconde femme, il avoit fait tuer Sigeric son fils, ils se rendirent à la première semonce. Glodomir n'eut longtems le plaisir de sa conqueste qu'il perdit, comme il Tavoit gagnée, car Gondemar, frère de Sigismond, s'en estant emparé, donna de la peine à Glodomir pour la recouvrer. 11 paia la peine de sa témérité par la perte de la teste de son frère , et par la vie de sa femme et de ses enfans, que ce prince feit jecter dans un puits en mi village près d'Orléans, dit Saint-Pere-Avi-la-Colombe (1). S. Avi, qui estoit lors abbé de Saint-Mesmin , fit tout ce qu'il pust pour dissuader Glodomir d'exercer ceste grande sévérité envers Sigismond, mais ne pust lui obtenir la vie; ceste<:nielle action fui cause que peu après, Glodomir perdit la sienne, d'autant qu'aiant esté surprins en la province de Vienne , en la \ille de Vezenance, par quelques Bourguignons vestus à la Françoise, ils lui rendirent la pareille, lui couppant la teste, qu'ils portoienl au bout d'une lance, pour blesser sa mémoire. Les François, piqués de cest affront signalé, leur vendirent bien cher ce meurtre, pour ce que Thierri, entré dans leur païs, fit main basse sur tout ce qu'il rencontra et s'en rendit le maistre. Ce ne fut pour longtems, veu que les Bourguignons s'estant révoltés contre lui, en faveur de Gondemar, leur seigneur, lui donnèrent la chasse : Ghildebert et Glotaire, arrivent deleurcosté pour venger la mort de leur frère. Estant entrés dans la Bourgongne avec toutes leurs forces, ils prindrenl Authun, où estoit la femme de Gondemar, auquel ils donnèrent tellement l'épouvante, que, s'en estant allé à refuge en Espagnes vers les Goths et Wandales, il y mourut, sans que pas un de son sang aie prétendu du depuis quelque droit en Bourgongne, qui par ce moien demeura aux François. Ges deux frères se voiant en possession de ce roiaume, le part^'\gèrent ensemble, sans en faire part aux enfans de Glodomir, soubz prétexte desquels, et de * venger la mort de leur père , ils en avoient entreprins la conqueste: ils estoient trois enfans, que ce roi avoit eus de Gondioche, sa femme, sçavoir: Thibaud, Gonthaire et Glou ; le pins

(I) Grcg. Turoii., lib. III, ch. G.

grand desquels u'avoit encores atteint i'asge de dix ans, quand An. 526. leur père mourut. Clotaire, qui, contre les lois de TEglise et de Thonnesteté publique, avoit espouzé leur mère, tua de sa main les deux premiers, quoiqu'ils fussent ses neveux, et le dernier, aiant eschappé la main de ce parricide , se retira du monde et vesquit avec tant de vertu, qu'il mérita après son trespas eslre en réputation de Saint. Voilà les tragédies qui se jouoient sur le théâtre de la France, pendant le règne de ces rois, qui souillèrent leur gloiie par des parricides et meurtres honteux , et durant la séance de nostre S. Aventin , qui termina la course de ses jours, environ l'an 526, de Jésus-Christ.

Page 1