CHAPITRE XXI
De S. CaletriCf évesque de Chartres, et de S^' Monegonde,
sa sœur.
CE fut un grand motif au clergé de Chartres d'eslire S. Caletric pour son pasteur, d'avoir eu l'approbation de S. Lubin. Les belles parties que Dieu avoit mises en ce vertueux personnage y aidèrent beaucoup ; mais l'amour que les chanoines de Chartres avoient pour lui et la noblesse de son extraction, dont ils espéroient quelque appui, les portèrent à rendre cest honneur à leur confière. Estant en possession de sa chaire, il s'occupa à tout ce qu'un bon prélat peut faire, et comme il estoit un des mieux disans de son tems, il emploia son éloquence et bien dire , à prescher et instruire son troupeau. Dès la première ou seconde année de son eslection, il assista au IIP Concile de Paris en Tan 557, et au !!• Concile de Tours, quelques douze ans après, Tan 6* du règne de Charibert, qui avoit succédé à Clotaire, son père (1).
Quelques-uns forment ici ime difficulté, disant qu'il ne pouvoit plus estre évesque de Chartres en ceste année là, veu qu'en un certain privilège, donné par S. Germain, évesque de Paris, au monastère de Sainte-Croix et de Saint-Vincent, qui est àpré-
(I) Aymoin, lib. III, ch. 2.
sent Saint-Germain-des-Prez, il se trouve un Domitian soubz- An. 557. signé, lequel prend la qualité d*évesque de Chartres, avec Caletric, qui se signe seulement Pécheur. A quoi il est facile de respondre, estant un vice de clerc, de celui qui a copie ce privilège, qui a prins Tmi pour l'autre et a mis Domitian pour Caletric. Ceste faute se peut recongnoistre clairement en ce qu'au IIP Concile de Paris sus-allégué, mis en lumière par le P. Sirmond, Caletric est disertement signé : Chaletricus, peccatovy episcopus Carnotensxs , et Domitian simplement p^ccaf or, episcopus, sans dire le nom de Tévesché. T)*ailleurs, ce privilège estant daté du 12 des calendes de septembre, Tan 5® du roi Charibert, qui revient à Tan 568, un an devant le Concile de Tours auquel S. Caletric assista, en qualité d*évesque de Chartres, et Domitian comme évesque d'Angers, on peut nier absolument que Domitian aie esté évesque de Chartres , et que c'estoit Caletric qui en estoit lors en possession; et pour montrer combien cest escrivain s'est mécompte en l'assignation qu'il fait des éveschés à ceux qui ont signé ce privilège, c'est qu'il fait Prétextât évesque de Chaalons; Félix d'Orléans, Eufronius de Nevers, Yicturet Leodebauld seulement Pécheurs, qui estoit le mot dont les évesques de ce tems-là se qualifloient par humilité en leurs soubzscriptions et signatures, où néamoins il paroist par la soubzscription de ce Concile, que Prétextât estoit archevesque de Rouen, et Eufronius de Tours, Félix, évesque de Nantes; Yictur, de Rennes; Leodebauld, de Séez. Au mesme tems, S. Agricole, dit autrement S. Arigle, estoit évesque de Chaalons-sur-Saone, qui justifie que S. Prétextât ne l'estoit; Félix aussi n'a point esté évesque d'Orléans; encores que La Saussaie, Severt, Robert et Guyon lui aient donné place parmi ceux qui ont gouverné ce diocèce, déceus par lauthorité de ce privilège qui , à raison de ce, pourroit estre argué de faux, veu que Christophle Poirier, en son Manuscrit des Evesques d'Orléans, n'y emploie point ce Félix, n'y aiant esté admis par La Saussaie et autres qui l'ont suivi, que sur ce prétendu privilège. Au contraire , il veut que ç'aie esté un Antonin , évesque d'Orléans, qui assista au IP Concile de Tours. Combien qu'il se soit trompé, cela se peut prouver davantage par le Concile de Nantes, où Félix en est dit évesque, et par le Catalogue des prélats qui ont occupé ceste chaire, rapporté par Argent ré en