V>? HISTOIRE DU DIOCÈSE
An. 559. son Histoire de Bretagne ^ Chenu, Severl et Robert, et par le IV*' Concile de Paris , tenu en Tan 573 , auquel ce Félix est nommé; de plus Eufronius n'a point esté évesquedeNevers, n'aiant point esté inséré par Coquille entre les prélats de ce diocèse , au contraire, il est escril que iEoladius en occupoit loi-s la chaire, qui est véritable, aiant assisté ceste année-là au Concile de Lion en qualité d'évesque de Nevers. Quand à Eufronius, il signe le premier au 11^ Concile de Tours, comme évesque diocésain du lieu où ce célébroit ce Concile ; et Binius , en ses remarques smle llle Concile de Paris, recongnoist qu'encores qu'il n'y aie en la soubscription aucun nom de ville ou d'évesché, qu'il estoit archevesque de Tours.
Quand à Domitian , on ne peut dire non plus qu'il aie esté évesque de Chartres, tous les Catalogues des évesques de ceste église substituant S. Caletric à S. Lubin, et S. Papoul à S. Caletric; ce que Robert a recongneu en celui des évesques d'Angers, demeurant d'accord que ça esté lui qui a signé audit privilège d'exemption de ce monastère de Saint-Germain , de Tévesque de Paris , comme évesque d'Angers , que Bourdigne et Hirel recongnoissent avoir esté leur pasteur.
De toutes lesquelles preuves ci-dessus , il est aisé à veoir que Domitian n'a point esté évesque de Chartres avec S. Caletric, lequel aiant tenu sa crosse quatorze ans , selon Taucieii Catalogue de nos prélats, il put la quicteren 571 ou en\iron, et non en 559 comme le dit Baronius (1). Après son déceds, son corps fut inhumé avec ses prédécesseui's en la grotte de Saint- Martinau-Val, joignant le tombeau de S. Lubin, d'où ses ossemens ont esté levés du depuis et posé dans une châsse de bois, en l'église de Chartres avec les autres qui sont soubz le rompoiut dn chœur. Fortunat, évesque de Poictiers, qui vivoit pour lors, dressa cest épitaphe à la mémoire de ce Saint, qui mérite bien ici trouver sa place, pour la gloire de ce grand personnage :
fllacri/mant oculi, quatiuntur vi^cera fletu, Nec tremuli digiti scribere dura valent :
DiwimodOj qurV vol ni vivo y dabo verba sepidto, Carminé vel dulci cogor am<ira loqui.
(I) Ad anmun 5ô9, mon. 31.
Digne tuis meritiSj Clialaclerice , sacerdos. An. 571.
Tardé, note milii, quamcito, chare, fugis? Tu patriam repetis, no^ triste sub tirbe relinquis,
Te lenet aula nltens, nos lacrynwsa dies. Eccc sub hoc tumulo pictaiis menibra quiescunt,
Dulcior ac mellc lingua sepulta jacel.
Fonna veniista, decens anlmiis, sine fine benignus,
Vox suavis legrju prœmeditata Dei, Spes Cleri, tutor vkluanan, panis egentum,
Cura propinquonnn , promptus^ ad onine bonuni Organa psalterii cecinit modulamine dulci.
Et tetigit laudens plectra beata Dei, Cautère eloquii bcne pnrgans vulnera morbi,
Quo pascente fuit fida mcdella gregi, Sex qui^ lustra gérons, octo bonus insuper annos^
Ereptus terrœ^, justus ad astra redis Ad paradisiacas epulas te, cive reducto^,
Unde gémit mundus^, gaudet honore palus. Et , quia non dubito, quanta est tibi gloria lauduni!
Nec debes fieri, talis ainice Del, HcTC qui, sanctc Pater, pro magnis parva sustirro,
Pro FortunatOy quœso, precwre, tuo.
Ausquels vers je remaniue uiie difficulté, qui est, qu'il semble que Fortunat vueille dire que S. Caletric seroit décédé en l'asge de trente-huit ans, par ces paroles : Sex qui lustra gerens, etc., ce que j'ai de la peine à me pei-suader, veu qu il faudroit qu'il eust conmiencé sa prélalure dès Tasge de vingt-quatre ans , si tant est qu'il l'aie exercé quatorze ans, ce qui ne peust se soutenir; considéré qu'aux Concile d'Agde, canon 17; IV® d'Arles, canon 1 ; et IIP d*Orléans, canon 6; il est défendu d'ordonner un prestre ou évesque avant l'asge de trente ans, qui est celui d'un homme parfait, de crainte d'estre blasmés d'avoir conamis quelque faute, comme il arrive assés souvent, manque d'asge. Ce qui auroit été ordonné du tems mesme de S. Caletrix, audit IIP Concile d'Orléans, contre laquelle ordonnance, il n'est pas à pré-
' Lœlus. — ' Dis. — ^ Terris lœtus. — * Rerepio. — ^ Moesta gciaii fellus.
An. 571. sumer que le clergé de Chartres eust voulu eslire un évesque qui eust moins de trente ans.
Ce qui a donné sujet au P. Christophle Bouvier de dire, en ses Notes sur cest autheur, qu'il a laissé en doute si cela devoit s'entendi'e des ans, ou de l'épiscopat ou de la vie de S. Galetric; combien qu'il penchast plustost à croire que cela devoit s'entendre des années de sa séance que de celles de sa- vie. Je croi, pour moi, que ses années doivent se prendi'e pour celles de son asge et qu'il y a une faute en ce vers, auquel on doit lire : Sex his lustra gerens, etc., au lieu de : Sex qui, etc., d'autant qu'il faudroit, si cela devoit s'entendre de la séance, que S. Galetric eut esté évesque trente-huit ans, qui répugne à l'opinion commune, qui ne lui en donne que quatorze, ce qui est véritable; d'autant que S. Caletric aiant commencé sa séance en Tan 557, et l'aiant continuée jusqu'en Tan 572, que S. Papoul lui succéda, comme nous le justifierons ci-après, il ne peut avoir occupé la chaire Chartraine que quatorze ans. Il faut donc entendre ces trente-huit ans de l'asge de S. Caletric, qui néamoins ne se peut dire, poiu* ce que nous avons remarqué ci-dessus, qu'il eust fallu qu'il eust esté esleu à l'asge de vingt-quatre ans, ce qui eust esté contre les canons et la practique de n'en eslire à la dignité épiscopale qu'ils n'eussent trente ans, de manière que, pour faire mieux quadrer toutes choses, j'estimerois qu'il faudroit lire : deux fois six lustres, qui reviennent à soixante ans, lesquels, avec huit, feroient soixante-huit ans, qui est l'asge auquel je crois que S. Caletric dit adieu au monde.
Il avoit une sœur appelée Monegonde (i), ainsi qu'il se lit dans la Yie de S. Lubin; laquelle, grandement affligée de la perte qu'elle avoit faite de deux filles , print résolution de se retirer en quelque solitude, pour y passer le reste de ses jours. Aiant obtenu permission de son mari de faire sa retraicte, elle fit bastir une chambrette, en laquelle il n'y avoit qu mie fenestre , pour recevoir la lumière et ce qu'on lui apportoit de dehors, dont une servante avoit le soin. Elle faisoit elle-mesme son pain, qui estoit d'orge, pétri avec de l'eau passée parla cendre , qu'elle mangeoit plustost pour satisfaire à la nécessité
(1) Vita S. Leobini. Grep. Turon., in vila Palnim , ch. 19. De glor. confess., ch. 24.
que pour contenter son appétit. Les grandes abstinences qu'elle An. 572. faisoit aiant dégousté sa servante, elle la quicta, sans le dire à personne, tellement que S'® Monegonde demeura cinq jours sans pain et sans manger. Se trouvant en cest accessoire, elle eut recoiu^ à Dieu, le priant de l'assister en cesle grande nécessité en laquelle elle estoit; elle n'eust plustost achevé sa prière, qu'il tomba beaucoup de neige, de laquelle aiant amassé une quantité, elle la fit fondre et résoudre en eau, dont elle fit quelques pains d'un reste de farine qu'elle avoit, lesquels lui durèrent cinq jours, jusques à ce qu'on la vint visiter. Elle avoit proche de sa cellule un petit jardin où eUe alloit quelquefois se divertir. Un jour qu'elle y estoit , une femme qui faisoit sécher du bled sur sa maison, s'amusa à la regarder et fut estonnée qu'insensiblement elle perdist la vetle. Geste femme, prenant ceste affliction pour peine de sa curiosité , se fit conduire vers S^' Monegonde , la pria d'intercéder pour elle envers Dieu , pour le recouvrement de sa veûe. Ce que la Sainte aiant fait, et mis ses mains sur les yeux de ceste pauvre aveugle, elle la rendit clairvoiante. Elle fit de mesme recouvrer l'ouïe à un habitant de Chartres, de sorte que ces miracles estant divulgués, elle estoit en estime d'une grande sainte; elle, craignant que ces merveilles que Dieu opéroit par elle lui donnassent de la vanité, elle abandonna son mari et sa famille, et s'en alla au Sépulchre de Saint-Mariin à Tours, où estoit la grande dévotion du tems; mais tant s'en faut que son esloignement la rendit incongueue , qu'il fust conune un moien de la faire congnoistre davantage, veu qu'estant arrivée cà Tours, et s'en estant allée la veille de S. Médard en l'église, qui est dédiée soubz son nom, elle y guérit une fille qui estoit malade du feu sacré , que nous disons autrement du feu de S. Antoine, en faisant le signe de la croix sur son mal. Estant venue au sépulchre de Saint-Martin, elle rendit à un paralitique l'usage libre de ses membres qui estoient sans mouvement.
Son mai'i, fait certain de ce qui se passoit, la fit quérir et la ramena en sa première cellule. Elle n'y fut guères, qu'elle ne retournast en celle qu'elle avoit près le Sépulchre de Saint- Martin, où son mari la laissa vivre en paix, sans plus la rechercher. Elle retira avec elle quelques filles qui vivoient religieu- * sèment; et pour elle, continuant sa façon de vivre, n'usoit que
An. 572. de i)aiii d'orge et d'eau, sinou que quelques jours de festes, elle prenoit un peu de vin fort trempé. Son lit estoit une natte de jonc, qui lui servoit aus<i de sié$ie. On avoit recours à elle pour recouvrer la gu 'risonde beaucoup de maladies. Une fille, toute couverte d'ulcères, lui aiant esté amenée, elle la guérit par l'application de sa salive sur le mal. Un enfant auquel [par] maléfice on avoit fait avaller des serpens, qui lui rougeoient les entrailles et lui causoient de sensibles douleui-s, ne lui donnant aucun repos, les fit tous sortir par son seul attouchement et lui rendit une parfaite santé; les démous mesmes déféroient à ses commandemens , sortant des corps qu'ils possédoient, à sa seule parole. Approchant de sa fin, ses reUgieuses la prièrent de bénir de T huile et du sel , pom^ secourir les malades qui viendi'oient, après son déceds, requérir leur assistance pour la guérison de leurs maux, i^e qu'aiant fait, plusieiu^ en furent soulagés el guéris.
Son déceds estant arrivé un second jour de juillet, eUe fut inhiunée dans sa cellule, où les miracles continuèrent longtems. Lu diacre nommé Boson, y fut guéri par TappUcation de ceste huile et du sel, d'une aposteme qu'il avoit à vui pied : un aveugle y recouvra la veiie d'un œil, et de l'autre au Sépulchre de Saint- Martin, où ceste sainte s' estant appai-ue à lui, lui avoit enjoint se transporter. Les muets recouvroient la parole, les fébricitans leur allégement; ceux qui estoient travaillés de dissenterie, leur guérison; tous les malades, leur santé. Son corps ou partie d'icelui, aiant esté porté à Chimai en lïainault, on y a dressé à sa mémoire mie égUse avec un collège de chanomes. 11 y a dans ce diocèse de Chartres une parroisse soubz son nom, qui est celle d'Orfin , d'où j'ai opinion qu'elle estoit Dame.
Pour dernier, je dirai qu'Usuard s'est trompé dans son Martyrologe, où il l'a fait Vierge, combien qu'il se voie, par le rapport ci-dessus, qu'elle avoit esté mariée et avoit deux filles.
Voilà ce que j'ai creu devoir à la mémoh-e d'ime Sainte de nostre païs, et sœur d'un Saint , nostre prélat; m'estant toujours estonné qu'on n'en fasse aucune solemnité en l'égUse de Chartres, non pas mesme mémoire au service du jour; encores que le Martyrologe Romain en fasse mention , qui vérifie le dire de la • vérité mesme, ipie personne n'est prophète en son païs.