‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 50 sur 71 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

De S. Aimould, archevesque de Tours ^ comment son corps est venu au diocèse de Chartres. De la fondation du monastère de Saint-Rémi-^es-Landes et de Sainte- Scariherge,

DEVANT que passer plus outre à la suitte de nos évesques, Au. 57-2, il ne sera hors de propos de vuider premièrement la question que quelques-uns font : sravoir, si S. Arnould a esté archevesque de Tours , et quand et comment ses reliques ont esté apportées dans ce diocèse.

Pour s'esclaircir de ceste difliculté, il faut auparavant sçavoir qui estoit ce Saint. Je trouve dans sa Vie, rapportée dans la Bibliothèque de Fleuri et dans les anciens Légendaires de l'église de Chartres, qu'il estoit fils d'un nonuné Quiriace ou Quisien et de Ouintianne, son espouze, lesquels estoient issus du sang roial de France. Ils furent convertis par S. Rémi, archevesque de Reims, lequel, changeant leurs noms au baptesme, imposa celui de Rogatian au mari et d'Eufrasio à la femme; n'aiant point d'enfaus et croiant n'en point avoii^ ils donnèrent audit S. Rémi tout se qu'ils avoient à Réthel, à condition toutefois, que s'il plaisoit à Dieu de leur donner lignée, il les rendroit au légitime héritier. Quelques années après , Dieu aiant béni lem* mariage par la naissance d'un fils, ils le présentèrent à S. Rémi, qui voulut estre son parein et lui donna le nom d'Arnould ou Arnouf, et l'enfant aiant trois ans, le priut chez lui, pour avoir le soin de ses jeunes ans et l'eslever en la crainte de Dieu et aux bonnes mœurs. Estant parvenu en adolescence, S. Rémi le présenta à Clovis, qui le receut au nombre de ses domestiques, et pour preuve de son affection envers lui , il lui donna en mariage sa niepce Scariherge, avec le Comté de Reims; mais, comme ils estoient tous deux jeunes , il les laissa soubz la conduicte de S. Rémi, pour leur servir comme de père et estre le directeur de leurs actions. Ce prélat ne désirant rien tant que de gaigner des âmes pour le ciel, leur persuada de passer leiu*s

Ail. 572. jours en une perpétuelle continence, et de leur maison , en faire comme un cloistre et une eschole de vertu. Gonmie un pur amour lioit leurs affections, ils en firent le "vœu, qu'ils consei-vèrent entier tout le tems de leur vie; mais, comme ceste belle vertu X)eut difficilement se conserver en sa pureté parmi les embarras du monde et entre deux jeunes mariés, les approches desquels sont dangereuses, S. Amould, pour éviter le péril, où le combat est sans relasche et la \ictoire bien rare, se résolut de le prévenir par la fuitte , qui est le seul moien de vaincre en ce duel que la chair fait contre l'esprit et la partie sensuelle contre la raison. Il ne voulut rien faire pourtant sans en conununiquer à S. Rémi, lequel, approuvant sa résolution, lui conseilla lamectre en effet. S. Amould aiant , dans ce dessain , laissé sa femme en la garde de ce sien directeur, avec des moiens pour entretenir son estât et distribué le reste de ses conmiodités aux pauvres , il print le bourdon et l'habit de pèlerin et s'en alla à Rome.

Aiant visité les Sépulchres des bienheiu^ux Apostres , il passa en Constanlinople et Hiérusalem, pour y vénérer les instrumeus de nostre rédemption , et les lieux sanctifiés par la présence de Celui qui est le Saint des Saints. Il demeura incongneu aux hommes et congneu seulement à Dieu durant dix-sept ans qu'il fut en ce voiage(l), jusques à ce qu'aiant esté admonesté par un ange, il retourna en France. Passant par Ravemie, il fut visiter S. Pierre Chrysologue, qui en estoit lors archevesque, duquel il fut fort bien receu. Un jour de dimanche, ainsi qu'ils retoumoient de matines de l'église de Saint-Urse, on ouït mie voix sortant de la fosse d'un homme nouvellement décédé, qui disoit : « S. Amould , secourés-moi I je suis grandement tourmenté es » peines d'enfer. » Ce qu'aiant esté entendu par lui, il se mit en prières et ne se leva que le corps ne se levast plein de vie avec lui. Ce miracle aiant mis S. Amould en estime de sainteté parmi les Ravennois, il pensa de se retirer, et pour ce, aiant prins congé secrètement de S. Chrysologue , il se mit en chemi» pour Reims, un lundi deuxiesme de febvrier, auquel tems la saison de l'hiver ferme le passage des Alpes aux voiageurs, et

(I) Pet. de Natul., Hb. VI, ch. 113. Hieron. Rubeus, Histor. navenn., lib. IIJ.

néamoiiis, par un signalé miracle, aiant surmonté ces affreuses An. 572. montagnes et les neiges qui les couvrent, parvint, en quatre jours, en im lieu appelé la Celle, sur la rivière de Seine. En arrivant un jeudy cinq du mesme mois, il fit rencontre d'un corps mort qu'on portoit en terre, sur lequel aiant fait sa prière, il le rendit vivant aux siens, et conune si Dieu eust voulu rendre la mémoire de ceste action éternelle, il fit saillir une source d'eau au mesme endroit, qui, a raison de ce miracle, est appelée la Fontaine de Sain t-Arnould. Une séjourna point audit lieu; mais, dès le mesme jour, il en partit et enunena avec lui son nouveau ressuscité, qui ne voulut l'abandonner du depuis, et arrivèrent à Reims. S. Rémi, joieux de le veoir, le promeut, par une révélation divine, aux ordres sacrés; lui faisant, et à sa fenune , rerenouveler le vœu de chasteté ; il les retint tous deux près de lui jusques à son trespas, qui arriva en l'an 545. Ce grand archevesque aiant satisfait à la nature, S Arnould, qui ne cherchoit qu'un emploi pour Tadvancement de la gloire de Dieu, aiant esté convié par un roi d'Espagne de se transporter jusques en ses païs pour l'instruire et ses sujets , en la véritable congnoissance de leur salut, se mit en chemin pour y aller. Passant par Tours, il s'y arresta pour faire ses dévotions au Sépulchre de S. Martin, et comme il alloit à Téglise, où le peuple avec le clergé estoient assemblés, pour procéder à l'eslection d'un nouveau prélat, ils le choisirent pour leur pasteur. Il fit tout son possible pour n'accepter ceste charge , mais ses excuses et tout ce qu'il pust représenter à ses eslecteurs , ne lui aiant de rien servi, il l'accepta, croiant que telle estoit la volonté de Dieu , et se fit consacrer. A peine avoit-il passé dix jours, autres disent dix-sept, autres disent dix mois, en l'exercice de ceste dignité, que se ressouvenant de la promesse qu'il avoit faite à ce roi d'Espagne, il s'y achemina. Le roi l'aiant fort bien receu, il lui représenta le piteux estât de la religion Chrestienne , misérablement deschirée par les Ariens, qui avoient infecté ses peuples de son hérésie, le priant de les instruire de la vérité qu'ils dévoient embrasser. Comme il vouloit confirmer sa foi et sa doctrine par miracles, il fut adverti qu'il y avoit en un lac prochain, un serpent qui empestoit tout le païs de son haleine et brusloit tous les fruits comme si le feu y eust passé. Il se transporta au Ueu où repairoit ce vénéneux reptile, sur le col

i3() HISTOIRE DU DIOCÈSE

An. 572. duquel il jecla son estole, et le conduisit en un autre estang, dans lequel on avoit jecté le corps d'un honune qui avoit esté tué. A rapproche de S. Arnould, ce cadavre le pria de nejecter ce serpent sur lui , mais qu'il le retirast plustost de la misère en laquelle il estoit. Ce qu'aiant fait au nom de la Trinité, contre laquelle les Ariens blasphesmoient, ce mort revint à la vie, et le serpent demeura confiné dans le lac pour jamais. Ce roi, admirant un si signalé mii^acle , demeura confirmé en la religion Catholii^e, laquelle il fit suivi^e par ses sujets, qui n'estant assés instruits des mystères et articles de nostre croiaiice, il s'arresta onze ans en ce roiaume pour essarter les ronces d'une mauvaise doctrine, pour y semer la pure et véritable.

Recongnoissant que ces peuples estoient assez instruits, il print congé de ce prince, pour s'en revenir en Finance. Devant <iue de se rendre à Toui-s, où son dessain estoit de s arrester tout à fait, il voulut aller visiter son espouze; il se transporta pour cest effet à Reims, où elle demeuroit, où, d'un grand matin, ainsi qu'il s'en alloit à l'Eglise, pour prier au tombeau de S. Rémi, les seniteurs de sa femme, qui n'estoient contents des façons de faire et de vivre de ce Saint, ni des corrections qu'il leur faisoit, l'allèrent guecter et l'aiant bastu avec excès à coups (le bastons et d'espée, le laissèrent comme mort sur la place. Le bruit de cest assassinat, épandu parla ville, panint aux oreilles de son espouze, qui y accounit aussitost: S. AmouJd avoit déjà l'âme sur le bord des lèvres , preste de sortir de son corps, quand, oïant la voL\ de celle qu'il chérissoit en Dieu, il rappella ses forces, pour lui dire le dernier adieu, et l'exhorter k la pei*sévérance en son pieux dessam , et lui recommander de faire conduire son corps en l'église de Tours, pour y estre inhumé. Aiant rendu ses derniers soupirs entre les bras de sa chaste compagne un 18 de juillet, ses obsèques furent faites solenuiellement à Reims, et les préparatifs faits pour le conduire <à Tours. S** Scariberge se mit en chemin, pour ce faire. Conune elle et sa compagne passoient par un certain endroit de la forest Iveliup dit Hiterne, assis sur le coulant d'un petit ruisseau, appelé lUbet, dans le diocèse de Chartres, les bœufs, qui traisnoient le chariot, sur lequel estoit le corps de S. Arnould, s'arrestèrent, sans qu'on peust les faire avancer, ou reculer; l'on les presse, on les picque, mais ils demeurent insensibles aux coups et aux pamlle?.

Le seigneur de Dourdan, qui n'est esloigné de ce lieu, qu'en- An. 57 viron une lieue, couroit pour lors le cerf; cest animal relancf^ par les chiens dans le vallon voisin du Rabet, faignant son corps et ses jambes en chancelant , et faisant de grandes glissées, donna des os en terre soubz le charriot : les chiens sonnoient à l'enceinte, sans oser approcher; on parloit à eux , mais en vain, le fort estoit imprenable, et la meute demeura Immobile, et les limiers et courans sans haleine, les autres pouvant seulement japper, mais non advancer. Ce Seigneur estonné de cest^ merveille, et que S'* Scariberge explicant que la volonté de Dieu estoit que ces saintes reliques s'arrestassent en ce lieu, aiant fait une croix du bourdon dont se servoit ce Saint en ses pèlerinages, et icelle fichée en terre, il en estoit sorti une fontaine, s'enquit de qui estoit ce corps, de quoi aiant esté instruit , il creut que c*estoit ime grâce très-x)articulière que Dieu lui faisoit de lui envoier , pour servir de bénédiction à son païs, le receut fort courtoisement, et l'aiant fait déposer en ce lieu, y fil bastirune (chapelle, qui s'est du depuis augmentée en la forme qu on la veoid, et y assigna quelques revenus suffisants pour l'entretien de ceux qui y serviroient.

S** Scariberge, suivant la promesse qu'elle a voit faicte au défunct de ne l'abandonner après sa moi-t, trouva moien d'acquérir quelques héritages près de là , poiu' y faire sa retraite. Il y avoit des landc^s et lieux vastes, non essartés, environ d'une lieue d'Hiberné; elle les achesta et y fit édifier une maison, où elle s'habitua avec quelques filles, cju'elle attira à elle, où la dévotion des Chrestiens croissant, fut construit Tabbaïe et monastère de Saint-Rémi-des-Landes. Ce fut lîl qu'elle finit ses jours un 8 de décembre, environ quelques dix ans après le trespas de S. Arnould, et voulut eslreinhimiée près de lui. Quelque tems après, durant les guerres des François ou des Normans, partie des sacrés ossemens de ce Saint furent transportées à Crespi en Valois , au diocèse de Soissons , où ils furent mis en un Prieuré conventuel, de Tordre de S. Benoist, qui a prins le nom de Saint- Arnould, où sa vie est conservée en vers et en prose, desquelles a esté extrait partie de ce que dessus.

Mais d'autant c^i'il se trouve certains points controversés en icelle, qui pourroient faire révoquer en double la vérité de

An. 572. œsle histoire, il sera bon de les esclaircir, pour la satisfaction du lecteur.

La première difficulté est, qu'il est porté par ceste ^ie, que Clovis donna à S. Arnould le (^omté de Reims en mariage, qu'on srait appartenir aux Archevesquos de ceste ville. A quoi on peust respondi'e, que en ce tems-là les Comtés n'estoient encores héréditaires et estoient simples gouvernemens ; que Clovis Tauroit peu donner à S. Arnould et sa femme, avec le revenu d'icelui , n'aiant appartenu aux Archevesques de Reims , que longtems après, par la donation qu'en fit Louis-le-Débonnaire en l'an 948, à Artauld, archevesque de Reims et à ses successeurs, à cause qu'il l'avoit couronné, et baptizé son fils de mesme nom (1).

La deuxiesme difficulté est , que S. Arnould fut à Ravenne du tems de S. Pierre Chrysologue ; je demeure d'accord que cela n'a peu estre, d'autant que ce prélat commença son épiscopat en l'an 433, et le finit le 4 des noues, c'est-à-dire le 2 de décembre 450, au mesme tems que S. Germain d'Auxerre décéda en la mesme ville; ny du tems de S. Pierre-le-Jemie, archevesque dudit Ravenne, deuxiesme du nom, dont la feste se célèbre le dernier jour de juillet, ainsi que l'ont remarqué Hierosme Rouge, en la Vie de ce Saint extraite par Surius du III* livre de l'Histoire de ladite ville, mise en lumière par ledit autheur, et Baronius en ses Annales (2); lesquels veulent qu'il soit décédé en l'an 502 ou 506, mais il se peut faire que celui qui a escrit la Vie de S. Arnould se soit trompé au nom de l'évesque, qui estoit lors, et en aie prius un autre pour lui. Ce qui arrive bien souvent et n'est un moien de faulx, qu'on puisse alléguer contre cette vie, ne faisant rien à la substance de la chose, de laquelle eUe n'est qu'une circonstance.

La troisiesme difficulté est , qu'on dit que S. Arnould a esté évesque de Tours, combien qu'il ne se trouve dans la Uste ou Catalogue des Prélats de ceste métropole , ni dans Grégoire de Tours, lequel aiant mis par estât ses devanciers en iceUe, n'eust oublié celui-ci, s'il eust esté du nombre d'iceux. Je res-

(l) Claud. Robert, in Caial. Episcop. Ravennat. in Artoldo, p. 120. — (2) Hieron. Rubeus, in Hist. Ravennat, suri. T. 7, ad 31 julii. Baronn., ad ann. 502 , mimer. 3 et 28.

pons que la conséquence n'est pas bonne , que S. Arnould An. 55t, n'aie pas esté évesque de Tours, pour ce qu'il n*est comprins dans le Catalogue des évesques de Tours; car, comme nous l'avons montré ci-dessus, qu'encores que S. Gheron, S. Sanctiu, Villicus, Aventin, et montreront ci-après, que Actard et Geofroy I" ne soient dénombrés avec les autres évesques dte Chartres , en quelques catalogues, n'ont pourtant laissé d'estre évesque de Chartres; mais ont esté obmis pour y avoir peu résidé, ou pour autres raisons, que nous déduirons en leur lieu; que de mesme, S. Arnould n est compté entre les évesques de Tours, pour n'y avoir demeuré que dL\ ou dix-sept jours, ou six mois tout au plus, et avoir abandonné ceste église, qu'il n'avoit acceptée que, comme par contrainte, et pourquoi il l'auroit remise entre les mains de ses eslecteurs , pour en eslire un autre ; lesquels, à cause de ceste renonciation par lui ainsi faite de ce bénéfice, l'auroient passé, comme s'il n'eust point esté.

Quand à son voiage d'Espagne, qui est la quatriesme difficulté, il est vrai que la Vie de ce Saint, insérée dans la Bibliothèque de Fleuri, en parle un peu autrement que nous n'avons fait ci-dessus, comme aussi de sa promotion à l'Archevesché de Tours. Il dit donc qu'après le déceds de S. Rémi, S. Arnould reprint ses pèlerinages et s'en alla au Sépulchre de S. Saturnin à Tolose, d'où il revint à Poictiers, visiter celui de S. Hilaire, et que s'en retournant à Rome, il passa par Tours, où Tévesché estant vacant, il fut esleu évesque; et que de là il s'en alla en Espagne à la conversion des infidèles : ceste discordance n'est considérable, puisque les uns et les autres demeurent d'accord que S. Arnould a esté évesque de Tours , et qu'il a esté en Espagne prescher l'Evangile (1). Ce qui n'est pas hors d'apparence, veu que les historiens du tems escrivent que vers l'an 551, Athanagild, roi des Wisigoths, poursuivoit l'hérésie Arienne et faisoit prescher en ses terres la doctrine catholique, et que les Suèves, qui habitoient la Galice, quictèrent tout à fait les erreurs d'Arius, desquels ils estoient infectés, avec leur roi Théodemir, et se rangèrent à l'église catholique par les prédications de S. Martin , leur évesque ; que la grande Chronique de France manuscrite dit estre mort l'an huit de Chilpéric et Gon-

(1) Tarqus, Ub. V, Urseus.

An. 551. Iran, rois de France (1); qui revient à l'an 569, l'an trente de sa pr^^latiire; durant lequel tems, S. Amould pourroit avoir esté aussi en Espagne, vers Tan 546, pour combattre l'hérésie Arienne. En cinquiesme lieu, on peut objecter que la Vie de S. Arnould ne porte pas que son corps s'arresta dans la forest I véline. Je respons qu'il y en a de deux sortes, l'une en prose, l'autre en vers; cela véritablement ne se trouve eu celle de la première sorte, mais en celle de la seconde , qui est à Ci^^pi en Valois, qui le dit en termes exprès :

timrrat ab qurmlram, JDomtno Irurtntt, lorrllum, dut 0ttu0 ht pago Caetrenet Jiftbtntto btctud, Hfdbart fluott duprrrnttnrt tndttue atnm, dnltrtt ht 0aUu, qui notntn ijabet, ^quilinor, 3itituntrro0 itutrtt prr paerna rongrua rrruo0.

où la vie, qui est en prose, au mesme prieiu^é de Crespi, dit simplement : Quo glori^ irioiùpho, virluti feram glebam longiùs prosecittl suntj domc stationem fecertnU in pago Castremi in loco nomine Hibernio super fluvium Resbacis; de quo loco, oùm corpus minime moveri posset Dordingus Cornes, plus devolionis ergà beatum virum habens, omnia quœ ibi hxreditario jure possidebat , ci sub chirographo tradulit, a t que ibidem eum diligentissimè ac condigno honore sepeîivit. Qui est assés dit, pour ce que remarquant que ce fut en un lieu du pais Chartrain, (j'estime qu*il faut lire : Cartcnsi et non Castrensi) appelle : Hiberne y ou Hibernion , qui est dans la forest I véline (2). Ce qui a donné sujet à Sigibert d'escrire que S. Arnould avoit receu la couronne de martyre dans ceste forest, en^^^on l'an 513. Ce qui néamoins ne peut estre, s'il est vrai que ce Saint ne mourut qu'environ onze ou douze ans après le déceds de S. Rémi, le trespas duquel estant arrivé en l'an 545, celui de S. Arnould n'auroit pu estre qu'en l'an 557.

La sixiesme difficulté est, qu'il est porté dans sa légende, que S. Patrice, évesque de Thérouane, aiantparsa prédication converti le peuple de Tournai, il vint veoir S*^ Scariberge, que le commun appelle Calivierge, sa sœur, avec laquelle il demeiua neuf ans, passant leurs jours en jeusnes et oraisons au tombeau

(1) I.ib. m, ch. 13. — (2) Sigebert, ad ann. 513.

de S. Arnould, pendant lequel tems ils firent bastir Tabbaïe An. 551 de Sain t-Rémi-des- Landes; de laquelle S^'' Scariberge fut la première Abbesse, et qu'estant allé visiter son évesché, il retourna en ladite abbaïe, en laquelle peu après il rendit son âme à Dieu, le seiziesme jour de mars, sans cotter aucune année. Il y a véritablement sujet de douter, attendu: 1** qu'il n*y avoit point encores d*évesché à Thérouane, qui dépendoit de celui de Morin, où S. Rémi avoit institué pour premier évesque, S. Autimond, ou Aumont en l'an 531, auquel succédèrent Atalbert, et après lui S. Orner, et n'y en a eu aucun, nommé Patiice, entre les évesques de ce diocèse là. 2° Il n'y a point d'apparence que si ce S. Patrice eut esté évesque de Thérouane ou de Morin, qu'il eust esté si peu soigneux de son diocèse, que demeurer neuf ans absent d'icelui , pour vivre seulement avec S** Scariberge, y aiant mesmement en ce tems-là des Synodes et des Conciles assés fréquens, qui n'eussent souffert une si longue absence de ce prélat, de son troupeau. 3° C'est que ce S. Patrice, qu'on veut estre décédé le 16 mars, est qualifié par Usuard, ou pour le mieux dire par Molanus, sur le Martyrologe d'Usuard, Du Saussai en son Martyrologe Gaulois, et Baronius, sur le Romain, évesque de Clermont en Auvergne, quoique ce dernier révoque en double, qu'il l'aie esté, pour ce qu'il ne se trouve point dans Démocharès, Robert, ni Savaron , qui ont traité des évesques de ceste ville, et conclud qu'il pourroit avoir esté évesque de quelqu'autre endroit. Pour moi, je croi qu'il ne l'a esté d'aucun endroit , et que , c'a esté quelque badin, qui s'est aussi bien imaginé cela, que Scariberge estoit sa sœur, et niepce de Clovis; ou bien, il estoit évesque sans tiltre, comme il s'en est trouvé quelques-uns de ce tems-là, et depuis, qu'on appeloit : Scotes, desquels il est parlé au II* Concile de Chaslons, lesquels n'avoient de sièges asseurés, ni certains, mais aUoient où ils pouvoient. Ils avoient bien l'ordre, mais ils estoient sans peuple et territoire, et avoient prins ce nom-là du roiaume d'Escosse, où ceste sorte d'évesques avoit 'prins son origine, ainsi que l'a remarqué un des historiens dudit roiaume (1). Ce qui me porte à le croire plustost, que le nom

(1) Conc. CàbillOj can. 43. In add., ad Capit. Catal., in add. 3, can. 37. Bucanan, Hist. Scot., Ub. VI, p. 164.

HISTOniE DU DIOCESE

ji. de Patrice, est ftirt fi-équenl, entre ceux de ceste nation ; et que n'aiaiit personne sur qni prendre garde, il esloit aussi coulenl de demeurer avec ceste sainte Dame, qu'ailleui-s, où il u'eust esté si bien , iiy à son contentement.

Cfis doutes ainsi résolus, il faut maiiiteuant veoir eu quel tenis le corps de S. Arnould a esté apporté au païs Chartrain. Uuekiues-una ont pensé , que çavoil esté durant la séance de S. Solein, ce qui ne peut s'asseurer, veu que comme porte la Vie de S. Amould, ce saint n'aiant esté en Espagne, qu'après le déceds de S. Rémi, qui arriva environ l'an 545 {!), et y aiaiil demeuré onze ans ou plus, après lesquels estant de retour à Reims, il y fut tué vers l'an 557, l'on ne peut dire que ce corps y aie esté conduit plustost qu'en reste année-là, qui est quarante-huit ans après le trespaa de S. Solein et du lems de S. Caletric, qui gouvernoil l'église de Chartres en ceste année-là.

J'ai creu debvoir mellre en ce lieu ces remarques sur la vie de S. Arnould, non tant pour reprendre ce qui est couché dans l'imprimé de la Vie de ce Saint, que pour concilier le tout avec la vérité de l'histoire, et rendre l'honneur dû à sa mémoire, qui est en grande vénération dans le diocèse de Chartres.

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