CHAPITRE XXIII
De Papoul, évesque de Chartres, et de Protnottts, évesque de Dunois.
'ancien Catalogue de nos évesques de Chartres substitue à S. Caletric, Magobode, Magnobode, que les Angevins ap- J pellent Maiubeuf, ou encores Magoborde. Le livre Noir 'évesché de Chartres a mieux rencontré, lui subrogeant Faits ou Papoul , qui est celui qui , véritablement, a siiccédé à
I Du Saussay, in Martyrolog. tiallic. ad Î4 septemb.
S. Caletric. Cela se peut justifier par le procès-verbal d'une as- An. 57: semblée d'évesques de France, tenue à Paris, le 3 des ides de septembre. Tan 573 , en l'église de Saint-Pierre, à laquelle Papoul se plaignit de ce que Promotus avoit esté institué évesque à Chasteaudun par Sigibert, roi d'Orléeans.
Pour quoi mieux entendre , il faut remarquer que Gharibert , roi de Paris, estant décédé à Blaye en Tan 572, ses trois frères partageant son Estât entre eux à l'exclusion de ses filles qui , par les lois fondamentales du roiaume, ne pouvoient rien prétendre en sa succession, Bertolflede, l'aisnée, fut religieuse à Tours, Chrodielde à Poictiers, et Adilberge fut mariée avec Edilbert, ou Adilbert, roi de Kent en Angleterre, et quand à leurs oncles à peine peurent-ils s'accorder. Chacun vouloit avoir Paris, mais pas un n'avoit pièce pour fournir en contre-échange. Cela fut cause qu'ils la retindrent tous trois par indivis, à telle condition que pas mi d'entre eux ne pourroit y entrer, sinon du consentement des deux autres. Geste belle ville donnoit dans la vetie de tous trois, lesquels ne taschoient qu'à s'entre-supplanter pour l'avoir, pourquoi ils vindrent enfin aux mains. Deux malheureuses femmes fomentoient leurs discors, Brunehauld, femme de Sigibert, roi de Metz, et Frédégonde, femme de Cbilpéric, roi de Soissons, qui jouoient à s'entre - perdre et ruiner. Leui's maris, s' intéressant pour elles, ne s'enlre-regardoient que de costé et ne cherchoient que des occasions pour rompre. Gomme ils se défioient l'un de l'autre, Sigibert, au partage duquel estoit tombée la ville de Chasteaudun, avec le Dunois, le Vendosmois, le Blésois, la Touraine et le Poitou, fit sacrer évesque dudit Chasteaudun un certahi Promotus, prestre Chartrain, par Giles, archevesque de Reims, nonobstant l'opposition de Papoul, qui vouloit l'empescher (1).
Sigibert faisoit cela par maxime d'estat, ne voulant que ses sujets dépendissent d'un évesque qui estoit demeurant dans les terres de son frère, lequel eust peu leui* donner des impressions contre son service. Papoul, d'un autre costé, fasché de se veoii* escorner son diocèse de ces pièces, qui en faisoient une bonne partie, en fit un grand bruit, et présenta sa plainte aux prélats assemblés à Paris , pour en avoir sa raison . Le Synode , entre-
(1) Greg. Turon., lib. VII, ch. 17.
An. 573. prenant sa cause, escrivit à Tarchevesque de Reims, quec'estoit contre toute raison et contre la discipline canonique, qu'il a voit consacré un évesque dans une ville hors de son diocèse et province; que quoique, suivant les anciens décrets, ils eussent peu agir plus rudement contre lui, néamoins, pour le respect de son charactère , désirant le traiter charitablement, ils lui enjoignoient de révoquer ledit Promotus et le tenir près de lui. Et d' autant qu'icelui Promotus ne seroit pas comparu au Synode, où il avoit esté deuement appelé à la requeste de Consti tutus, aitîhevesque de Sens, métropolitain de Chartres, il fut donné contumace contre lui, par vertu de laquelle, toutes les fonctions épiscopales lui furent défendues en Dunois ; enjoint à lui de se retirer hors dudit Chasteaudun, et d'en laisser la jouissance libre audit Papoul, à peine d'exconununication.
Papoul, par ce moien, fut maintenu en possession de son diocèse comme auparavant, et ce faisant, le Synode déclara excommuniés tous ceux qui, après ceste sentence , i*ecevroient ou demanderoient la bénédiction dudit Promotus. Les prélats qui assistèrent au Synode, au nombre de trente-trois, escrivirent au roi Sigigert pour le mesme sujet, le priant de ne maintenir ce Promotus qui avoit esté promeu contre les saints Canons, contre Papoul, vrai et légitime évesque de Chartres. Sigibert ne tint grand compte des prières des prélats, veu qu'au préjudice d'iceUes, il maintint Promotus tant qu*il vesquit et jusques à Tan 578, qu'aiant satisfait à nature , Promotus fut chassé de Chasteaudun et réduit à Tordre de prestrize seulement , et à vivre privément avec sa mère du revenu de son patrimoine (1).
Quelques-uns ont laissé par escrit que ce Papoul avoit esté archidiacre, puis évesque de Langres. Je ne sçai où ils Tont prins, mais je sçai bien qu'ils se sont trompés, estant deux personnes différentes, ainsi qu'il se peut veoir par les Actes de ce Concile, auquel ils assistèrent tous deux. Je ne sçai aussi si ce ne fut point les guerres qu'avoit Sigibert contre Contran , son frère , qui Tempeschèrent de déférer à la prière des prélats à rencontre de Promotus, ou si ce fut qu'il ne voulut désavouer ce qu'il avoit fait. S. Germain, évesque de Paris, s'emploia fort pour remettre ces frères en bonne intelligence , et escrivit à cesl
(l) Grog. Tut., ibid., cli. 5.
effet à la reine Brunehauld de dissuader son mari Sigibert de An. 573, poursuivre la guerre qu'il avoit enlreprinse, ne pouvant en arriver que du mal (1). Ce qu'il ne fit pourtant, veu que Paul Diacre et Sigonius remarquent que ce prince, voiant Contran , son frère , occupé à se défendre contre les Lombards , qui estoient descendus en Provence, surprint, avec un camp volant d'Auvergnats, la ville d'Arles, capitale du pais, d'où il fut bientôt déniché par ce grand jurisconsulte Celse, qui la reprint avec Avignon sur Sigibert.
Gontran avoit fort surlecœurqueSalonius, évesque d'Embrun, et Sagittaire , évesque de Gap, s'estoient déclarés contre lui , et avoient souldoié des gens pour Sigibert. Voulant en tirer sa raison, il fit assembler un Concile à Lion en l'an 567, indiction 15, où il leur objecta l'assassin commis en la personne de Victor, évesque de Saint-Paul-Trois-Chasteaux, et non de Troyes, connue le dit Duplex, et les fit déposer. Ils se prononcèrent par appel pardevers le pape Jean III, qui les renvoia quittes et absoubs; mais aiant récidivé, Gontran les enferma dans le monastère de Saint-Marcel de Chaslons, en l'an 581 (2), d'où aiant trouvé moien de sortir, ils demeurèrent vagabonds le reste de leurs joui-s, sans pouvoir rentrer en leiu^ églises.
Durant que cela se passoit, Chilpéiic, qui estoit d'un naturel remuant, voiant ses frères occupés à s'entrebattre, voulant pescher en l'eau trouble, envoia Théodebert, son fils, qu'autres nomment Clovis, pour s'emparer de la Touraine et du Poitou, qui estoient du partage de Sigibert. Cetui-ci en aiant eu advis, fit sa paix avec Gontran , et marcha au-devant de Théodebert , qu'il mit eu fuitte. Estant de retour vers son père, il le renvoia, dès la campagne suivante, en Aquitaine, où le Poitou, lo Quercy et le Limosin servirent comme de théâtre pour jouer de sanglantes tragédies, mectant tout à feu et à sang par où il passoit. Sigibert aiant ramassé ses forces, vmt chercher Chilpéric jusques dans le païs Chartrain, où, ne se sentant assés fort, il fut bien content d'avoir la paix, en rendant tout ce qu'avoit prins Théodebert.
(l) Sirmund., Condl.y t. 1, p. 355. Paul Diac, de Hist. Longobard,, lib. III, ch. 3 et seq. Sigoni, de Hali., lib. I. — (2) ConciL GalL, t. 1, Sirmund. Baron., ad ann. 507, niim. 9. Grog. Tur., lib. VIII, ch. Î3.
Au. 573. Ce ne fut qu'une paix fourrée, pour ce que Chilpéric et Gon- Iran s'estant réconciliés , Chilpéric entra dans le païs de Sigibert et fit main-basse partout où il passa. Sigibert se mit au&sitost en campagne avec ses Tuiingeois et Allemans, qui s'emparèrent de Paris et Rouen, qu'ils eussent mis au pillage, sans que ce prince en fut détourné par ceux de son conseil. Chilpéric, aiantsceu que Contran s'estoit mis d'accord avec Sigibert, s'enfuit avec Frédégonde, sa femme et ses enfans à Tournai, et manda à ceux de Touraine et Dunois, qu'ils eussent à courir sus à Théodebert, et cependant, il envoia Godégésil et Contran, ses capitaines , avec une juste armée , pour tascher de le prendre. Ils le rencontrèrent dans l'Aquitaine (dit Belleforest; Papire Masson veut que ç'aie esté dans le païs Chartrain), où ils le chargèrent et les siens, et après l'avoir tué, l'envoièrent inhumer à Angoulesme.
Sigibert, durant ces entrefaites, entra dans Pai-is, où il trouva sa fenune Brunehauld et ses enfans, et aiant disposé ses trouppes, les envoia devant, faisant estât de les suivre bientost. S. Geimain, évesque de Paris, s'entremist de composer lem*s différends. Il n'est ouï, et comme si ce roi eusl desjà triomphé de ses ennemis, il s'en alla à Vitri, où, pour faire la reveue de son armée , il se fit porter sur un bouclier, à la façon des anciens rois Gaulois : plaisir qui ne dura guères, veu que Frédégonde le fit mectre à mort par deux assassins, qu'elle avoit envoies pour ce faille, qui le tuèrent à coups de couteaux. L'avis en aiant esté donné à Chilpéric, il partit promptement de Tournai et se rendit au camp , d'où il fit porter le corps de Sigibert au village de Lambrus, près Douai, et de là à Saint-Mard de Soissons, où il le fit enterrer près son père.
Brunehauld, qui estoit demeurée à Paris, où elle attendoit toutes autres nouvelles que la mort de son mari, pensa de parer à ce coup de la disgrâce, et sauver l'Estat; qui regardoit Cliildebert, son fils, aagé seulement de cinq ans; elle l'envoia incontinent à Metz, où il fut fort bien receu et com-onné roi d'Austrasie, le jour de Noël. Chilpéric, voiant qu'il lui estoit eschappé, se contenta davoii- les thrésors de son frère, et sa femme, qu'il envoia prisonnière à Rouen, et Ingonde et Clotilde, ses filles, à Meaux; et tout au mesme tems il envoia iMérovée, son fils, en Aquitaine, pom* faire la guerre à Contran. Mais ce jeune
prince en avoit bien une autre en sa pensée, que lui faisoit Bru- An. 579. nehauld, de laquelle il estoit devenu passionnément amoureux.
A peine eut-il prins le chemin de Poitou, qu'il tourna bride, pour aller, disoit-il, rendi*e visite à sa mère, que Frédégonde tenoit prisonnière au Mans; il s'en alla à Rouen, où il espouza Brunehauld; Chilpéric ne pouvant parer à ce coup, s'en print à Prétextât, archevesque du lieu, lequel, par les artifices de Frédégonde, après beaucoup de fatigues et de souffrances, fut immolé un jour de Pasques , disant la messe et faisant son office dans sa cathédrale (1).
Cette faulse femelle n'avoit de repos et n'en donnoit au roi jusques à ce qu'il eust fait dissoudre le mariage d'entre Mérovée et Brunehauld (2) , et pour ce, fit initier aux ordres ce jeune prince, qu'il renferma dans Vabbaïe de Saint- Calais , au Maine; aiant trouvé moien d'en sortir et s'en estant allé rendre grâces à Dieu de son évasion au Sépulchre de S. Martin à Tours. Frédégonde practiqua un certain Gontran Boson , pour le faire tuer ; mais , aiant évité ce coup , il s'en alla à Metz , où il croioit estre bien receu de Brunehauld (3) ; n'en aiant toutesfois receu la satisfaction qu'il s'attendoit , il passa en Champagne , où il espéroit trouver quelque asseurance; au contraire, il y trouva sa mort, y aiant esté massacré par les menées de Frédégonde.
Chilpéric , fasché non tant de la mort de son fils que de n'avoir peu lui en faire souffrir mie plus cruelle, deschargea son indignation et sur celui qui l'avoit tué , et sur les seniteurs du défunt qu'il traicta avec beaucoup d'inhumanité (4). Dieu punit ceste injustice par la mort de Sanson, qu'il avoit eu de Frédégonde, qu'mie dissenterie enleva du nombre des mortels, et ne s'en fallut presque rien , cpie la mère ne receust le mesme paiement, pour tant de sang espandu par ses inventions. Les prodiges, qui paroissoient de tous costés, n'amohssoient point le cœur de ce prince. Il sortit du sang d'un pain , les uns disent, commun , les autres, sacré , dans le diocèse de Chartres, comme la marque ou le signe du courroux de Dieu, auquel le sang de tant d'innocens crioit vengeance (5) I
(1) Greg. Tur., Ilisl., lib. V, cli. 18 et 19. Aymoin, lib. III, ch. 26. — Cl) Idem, Ibid., ch. 14. — ^3) Ibid., cli. 19. — (4) Ibid., cil. 28. - (5) Ibid.y ch. 34 et 35. Aymoin, Chronic. San. Diomjs., lib. III, ch. 11.
An. 580. Chilpéric n'avoil point d'yeux, pour veoir ces adverlissemens de l'indignation du Juge souverain , jusques à ce qu'il les lui ouvrît, enlevant, par ceste maladie contagieuse, Chlodobert et Dagobert, ses enfans; veu que recongnoissant la main vengeresse de Dieu sur sa maison, il conmianda qu'on jectast dans le feu les roolles des levées extraordinaires qu'il faisoit sur son peuple, pour le soulager des grandes oppressions quil souffroit, et Austrechilde, femme de Gontran, tout au rebours, estant attaquée de la mesme maladie , pria son mari de mettre à mort ses médecins, pour n'avoir peu lui conser\'er la vie.
Frédégonde, d'mie autre part, se voulant servir de ce fléau de Dieu pour exécuter sa passion, envoia Clovis, fils de son mari, d'mi autre mariage, à Brenne, où ceste maladie estoit fort escliaufTée, pensant qu'il n'auroit meillem* marché que les autres; mais se voiant frustrée de son espérance par le retour de ce pnnce en bonne santé, elle eut recours à d'autres moiens i)oiir s'en défaire : elle lui imposa la mort de ses deux frères, et tandis qu'on procédoit extraordinairement contre lui, on Tenvoia à Noisi en Brie, où il fut trouvé mort d'un coup de couteau dans le ventre (1).
Chilpéric, stupide jusques à ce point de ne conguoistre que la perte de ses enfans estoit celle de son Estât, ne fit semblant d'estre touché de la mort de son fils. Childebert, roi de Metz, avoit meilleur nez, d'autant que, considérant que par le trespas de Clovis , Chilpéric n'aiant plus de masles , le roiaume le regardoit, il quicta l'alUance de Gontran sur quelque léger mécontentement et entra en celle de Chilpéric. Mais voiant ses espérances perdues par la naissance d'un fils de Frédégonde, et que son esloignement de Gontran ne pouvoit que lui estre préjudiciable, il se réconcilia avec lui, non sans donner martel eu teste à Chilpéric, qui craignoit que ces deux rois, venant à imii* leurs forces, se jectassent sur lui, pour lui rendre la pareille dé ce qu'il leur avoit fait. Il en fut quicte pour un peu d'appréhension , ne Taiant fait longue du depuis. Landri, adultère de Frédégonde, aiant esté poussé par ceste femme rusée, d'en dépescher le monde , le tua , un soir retournant de la chasse , au villîige de Chelles. Ce meurtre, arrivé au mois de septembre 587,
(1) Greg. Tur., lib. V, ch. ifi.
apporta un grand estonnement à la Cour, où, comme il se fait à An. 585. pareille rencontre, c'estoit à qui s'enfuiroit des premiers. Frédégonde, soit qu'elle ne se trouvasten asseurance, pour n'avoir assés de forces, soit que, bourrelée en sa conscience du meurtre du roi et de tant d'autres commis par ses ordres, elle quicta incontinent Chelles et s'en vint à Paris, elle fut descendre à la Cathédrale, croiant y estre en asseurance plus qu'en autre lieu.
Cependant le corps du roi gisoit sur la place, sans qu'aucun print le soin de le faire enlever de là. De fortune, Malalfe, évesque de Senlis, s'estant rencontré sur le lieu, le trouva baignant dans son sang, le fit porter dans le Palais roial, où l'aiant fait laver et ensevelir, le fit mectre dans un bateau et le conduisit en l'église de Saint- Vincent, plus congneue maintenant par Saint-Germain-des-Prez, où il le fit inhumei à l'endroit où il se veoid encores à présent.
Frédégonde, bien empeschée, après avoir offensé tant de monde , ne sçavoit à qui se fier. Il falloit pourtant qu'elle eust recours à quelqu'un , cpii lui servist d'appui , poui* maintenir son fils qui n'avoit que quatre mois; d'aller rechercher l'assistance de Childebert, elle n'avoit garde, pour avoir fait méchamment meurtrir Sigibert, son père, etavoit Brunehauld, sa mère, pour mortelle ennemie. De faire alliance avec les étrangers et leur commettre la garde de son pupile, c'est à quoi elle ne pouvoit se résoudre. Elle se jecta donc entre les bras de Gontran , qui la print, avec son fils, soubz sa protection, et fit proclamer Clotaire, son neveu , roi de Paris. Cela n'empescha que ceux de Blois et d'Orléans qui , au bruit de la mort de Chilpéric, avoient prins les armes, pour vuider quelques difiërens qu'ils avoient, pour raison des limites de leurs territoires contre ceux de Dunois, n'entrassent dans celui de ces derniers, où ils mirent tout à feu et à sang (1). Les Dunoisiens, ne se sentant assés forts, eurent recours aux Chartrains, lesquels, avec leurs troupes, coururent sur les Orléanois et les Blésiens, ausquels ils rendirent la pareille, et firent en sorte qu'ils s'accordèrent et bornèrent leurs territoires.
Il arriva au mesme tems un autre différend de plus de consé-
(1) Grcg. Tiir., lib. VII, eh. 7. Aymoin, lib. 111, ch. 55. CUronic. San. Dionys., cii. '20.
An. 585. quence. Un certain Gonibauld, soi-disant fils de Chilpéric, se présenta à Brive-la-Gaillarde, ville du Bas-Limosin, où il se fit recongnoistre roi de France par quelques factieux. Gontraii, averti de ce qui se passoit, s'accommoda avec Childebert, et, joignant leurs armes ensemble , les portèrent dans TAquitaine contre Gombauld, lequel s'en estant fui dans les Pyrénées, trouva son tombeau dans Comminges (1). Après ceste défaite, Gontran s'en estant retounié à Orléans, fit assembler, en 585, un Concile à Mascon, pour avoir raison de ce que Bertrand, archevesque de Bourdeaux, et Palais, évesque de Saintes, avoient suivi le parti de Gombauld , et avoient , avec Orestes , évesque de Bazas, sacré par son commandement, Faustinian évesqùe d'Acqs, lequel fut déposé, et Nicete, qui y avoit autrefois esté nommé par Chilpéric, instalé en sa place. Mais affin que Faustinian, qui avoit receule charactère d'évesque, ne fust contraint, à l'opprobre de son ordre et du clergé, de mendier sa vie, ces évesques, qui Tavoient sacré avec leur métropolitain, furent condamnés lui paier par chacun an cent écus chacim de pension. Ursician , évesque de Cahors , fut excommunié , inteitiit de dire la messe et de ses fonctions épiscopales; avec défenses de faire ses cheveux ny sa barbe, de manger chair et boire de vin durant trois ans, pendant lesquels son évesché serait régi soubz son nom. Nostre Papoul fut un de ses juges, se trouvant, le 17 novembre , entre les Pères qui assistèrent eu ce Synode (2). Tandis qu'on faisoit la recherche de Thomicide de Chilpéric, et que Childebert estoit occupé à la guerre contre les Lombards, Gontran fit baptizer le petit roi à Nanterre, lequel fut nonmié Clotaire, et peu après il print le soin de faii'e mectre en teri*e les corps de ses neveux Mérovée et Clovis, lesquels à peine sçavoit-on où ils estoient. Un pescheur enseigna celui de Clovis, qu'il avoit tiré de l'eau où Frédégonde l'avoit fait jecteret l'avoit inhumé sur les bords de la Marne. Gontran donna commission il nostre Preslat de faire la recherche de celui de Mérovée. Il le trouva à Nocet ou Noce, sur la mesme rivière, d'où il le fit lever et emporter à Saint-Germain-des-Prez , où ils furent posés tous deux auprès leur père. Cela se passoit en 591 , auquel an on peut dire que Papoul estoit encore vivant; mais d'asseurer
(1) Greg. Tur., Ub. VIII, ch. 2. — (2) Idem, Ibid,, cli. 9.
qu'il aie vescu d'avantage, je n'ai personne sur rauthorité du- An. 591 quel je me puisse fonder, pour en parler au vrai ( 1 ). Ce fut ce bon prélat qui fit édifier l'église de Saint-Cheron, au tombeau duquel se faisoient quantité de miracles; fit lever les ossemens de ce Saint et les fit mectre dans mi coffret ou châsse pour y estre plus décemment, un 18 d'octobre, jour de la feste de S. Luc Evangéliste, et voulut qu'après son trespas, son corps fut enterré proche de celui de ce Saint, aux intercessions duquel il avoit grande confiance.