‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 55 sur 71 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

De Haigrand, Airaut, ou Ariaut, et de S. Bouaire,

evesques de Chartres.

LA confusion est si grande parmi ceux qui ont escrit nostre histoire, qu'on n'y peut asseoir aucun jugement asseuré. La faute en vient à mon avis de celui qui a voulu le premier faire le dénombrement de nos prélats; lequel s'est plus

estudié à eu coller les noms que les actions, et le tems de leur An, 67S. administration. Il nous présente après S. Malard, Gaubert, Gaudebert, Adeodat, Bonus, Promus, Papoul, Bouaii'e, ou Bethaire, Berthegrannus , Haînus, Haigrandus, qu'il a mis confusément, et leur a assigné tel tems de leur séance qu*il a voulu, sans dire au vrai celui auquel ils ont occupé la chaire épiscopale de Chartres. Nous en avons monstre quelque chose ci-dessus, et pourrons le faire encores, en ce qu'il met Papoul entre ceux que nous venons dénommer, lequel doibt estre mis comme nous Tavons fait cent ans auparavant, et dès Tan 573 (1 ). J'estime, pour moi, qu'il s'est grandement équivoque en ceste déduction, meclant Haigrand un des derniers, que je croi devoir estre des premiers, et le successeur de S. Malard, qui décéda environ l'an 678, veu que quatre ans après je trouve ce Haigrandus, Airaudus, Ariadus, Artaldus (car il est appelé de tous ces noms), entre les pères du Concile de Rouen en l'an 682.

Je ne suis ignorant que Sigebert a escrit que S. Ouen, prédécesseur de S. Ansbert mourut seulement en l'an 690, Adon en 696, d'où l'on pourroit tii-er mie conséquence, que S. Ansbert n'estoit point encores évesque de Rouen en l'an 682 , et que conmie l'escrit Dadré en sa Chronologie des Archevesques d'iceUe ville, il ne le fust qu'en l'an 689, ce qui est apertement contredit par Fridegard, diacre de S. Odon ou Eudes, en la Vie de S. Ouen, Baronius. et Claude Robert, qui escrivent que S. Ouen décéda en Tan 667, l'an 6^ de Thierri, roi de France et de la reine Crotilde, au village de Clichi, dit à raison de S. Ouen, entre Paris et Saint-Denys en France. Sa vie rapportée par Surins (2) dit que ce fut Tan 16* de Thierri, mais, comme Ta remarqué Baronius, ce ne fut que le 6*, auquel an, S. Ansbert, abbé de la Fontanelle, autrement de Saint- Wandrille, lui succéda. Aubert le Mire veust que ç'aie esté l'an 678, qui revient à ce qu'escrit le moine Angrad, en la Vie du mesme S. Ansbert, que ce fut Tan 13 de Thierri, roi de France, et le 5* de son épiscopat, qu'il tint un Concile dans sa métropole, pour raison de quelque privilège octroie à ladite abbaïe. SiiTnond rapporte ce Concile à l'an 16* de Thierri et de Notre-Seigneur l'an 682. Il est vrai que ce fut en ce dernier an , que ce Concile fut tenu ,

(1) Ul supra, lib. Il, ch. 2. — (2) Ad 24 aug,, t. IV, ch. 29,

4f)8 HISTOIRE DU DIOCESE

An. 682. pour ce qu'Angrad ajoutant que ce fut l'iudiction X, qui se rencontre la mesme année; il est certain que ce fut en celle-là que fust célébré ce Concile; mais quand au règne de Thierri, ce ne pouvoit estre que la 13*.

Cela ainsi arresté, s'il est vrai que Haigrandus ou Airandus n'aie occupé la chaire épiscopale de Chartres que quatre ans, nous pouvons asseurer qu aiant succédé en Tan 677 ou 678 à S. Malard, il seroit décédé en l'an 682, en laquelle année finissent les quatre ans de sa prélature, et que S. Bouaire lui succéda, d'autant que si ça esté du tems de Thierri, roi de France, qui décéda en l'an 689, que tout ce que S. Laumer avoit prédit à S. Malaixi, devoir arriver à la ville de Chartres, et païs Ghartrain, advint durant la séance de S. Bouaire, il falloit que ce Saint eust prins possession de son église dès le mesme tems, et qu'il eust succédé à Haigrand ou Airaud.-

Cela se peut recongnoistre par la Vie de S. Bouaire, encores que celui qui l'a descrite y ait inséré beaucoup de choses, qiii ne peuvent se soutenir. Entre autres, il dit que ce Saint fut ordonné prestre par Papoul, évesque de Chartres, qui estoil décédé il y avoit plus de cent ans; et autres béveues que nous cotterons ci-après. La suivante en est une; que S. Bouaire, natif de Rome, estant venu en France, il fut chapelain et confesseur du Roi. Papoul estant décédé, il fut postulé par le clergé et les habitans de Chartres pour leiu* évesque et pasteur. Le roi Clotaire, qui lui avoit commis la garde de ses reUques (d'où je recueille qu'il estoit apocrisiaire, ou grand-aumosnier du Roi, d'autant que cela estoit de sa charge) fut très joieux du choix qu'on avoit fait de sa personne, jugeant n'en pouvoir trouver un plus capable, pour s'acquitter dignement de ceste charge.

S. Bouaire fit tout son possible pour s'en exempter, mais aiant eu commandement du roi de l'accepter, il se fit sacrer, et print possession de son bénéfice. A peme y avoit-il demeuré six ans, que Thierri, roi de Bourgongne, cousin de Clotaire, amassa mie grosse armée de Bourguignons, Allemans et Goths, et courut les terres des François, mectant tout à feu et à sang , par où il passoit. Clotaire vint au-devant, pour rompre ses dessains , mais ne se voiant assés fort pour lui , il aima mieux se retirer avec prudence, que lui résister avec témérité. Thierri le poui^uivit dans les forests du Perche, et estant venu jusques

à Chartres, sans pouvoir rattraper, il tascha de s'en rendre An. 682. maistre et de la piller.

Les habitans, lui aiant fermé la porte de leur ville , arrestèrent le progrès de ses victoires, et s'estant fortifiés contre lui, l'obligèrent d'avoir par finesse ce qu'il ne pouvoit avoir de force , il demanda à parlementer. On députa vers lui des principaux de la ville, ausquels aiant donné à entendre que ce n'estoit à eux qu'il en avoit, mais à Clotaire, qu'il les prioit les laisser entrer dans leur ville, pour le raffraichissement de son armée, et pour avoir des vivres pour leur argent, leur asseurant qu'ils ne recevroient aucun mauvais traictement de sa part , ni de ses trouppes. Ces députés aiant fait leur rapport, les habitans de Chartres lui refusèrent tout à plat l'entrée de leur ville. Thierri, offensé de ce refus, fit approcher ses machines et donna l'assaut à leurs murailles. Si elles furent furieusement attaquées, elles furent aussi gaillardement défendues, et l'ennemi réduit au désespoir de ne pouvoir les forcer. Thierri , craignant encourir la honte d'avoir levé le siège sans effect, s'advisa d'attirer les habitans à un second parlement , où il sceut si bien déguiser ses intentions, qu' aiant pai' belles promesses fléchi les esprits des plus résolus, ils lui ouvrirent les portes de leur ville et l'y receurent avec toute son armée. Ceux-ci estant les plus forts se rendu-ent facilement les maistres de la place, qu'ils saccagèrent contre leui* foi donnée, et emmenèrent plusieurs bourgeois prisonniei*s, sans discrétion d'asge ou de sexe, faisant main basse sur ceux qu'ils réputoient inutiles, ou desquels ils ne pourroient tirer rançon et réduisant en cendres ce qu'ils ne pouvoient garder ou emporter.

S. Bouaire aiant fait tout ce qu'il avoit peu pour apaiser la cruauté d'un impiteux soldat, et après avoir emploie tous ses moiens, et de son église, pour ime partie de ses concitoyens, n'aiant plus rien pour leur bailler, s'offrit par un grand excès de charité à mourir, s'il estoit besoin pour le reste, ou à estre vendu pour la rançon qu'ils en espéroient. Un soldat là-dessus Taiant, sans aucun respect de sa dignité, arresté prisonnier, le chargea de chaisnes et de ceps , et l'emmena prisonnier avec quantité d'habitans: aiant esté conduit devant le Roi , en présence de ses Comtes, il s'en trouva im si insolent, qui lui osta de force les gans, qu'il avoit en ses mains pour en chausser les

An. 682. siennes. Il ne les eut plustost mis, que surprins d'une intolérable ardeur il se déchiroit les mains avec les dents , qu'il mist tout en pièces, sans qu'on pust Tempescher. Ce piteux spectacle estant recongneu pour im juste chastiment de Dieu, qui ne vouloit souffrir ime injure si atroce, faite à im de ses principaux ministres, donna tellement l'espouvante àThierri, et à ceux qui estoient en sa compagnie, que, se prosternant à ses pieds, ils lui demandèrent le pardon de leurs fautes, lui ostèrent ses manotes et à ceux qui avoient esté faits prisonniers , et aiant rendu tout ce qu'on leur avoit prins , on les mit en liberté. Thierri s'estant retiré, et S. Bouaire de retour, il s'appliqua aux œuvres de piété que Dieu assista de miracles ; il rendit l'ouïe à un nommé Portage, qui avoit despensé partie de son bien aux médecins, qui n'avoientsceu que faire à son infirmité. Il délivra une fille d'un démon, rendit la veue à deux aveugles, et fit plusieurs autres merveilles, pour le soulagement de ceux qui avoient recours à lui pour le recouvrement de leur santé. Enfin, plain de bonnes œuvres et d'années, il décéda le 2 d'aoust l'an 16* de sa prélature. Voilà l'extrait delà vie de ce Saint, prins d'im plus long discours, qui se lit dans les Légendaires de l'église de Chartres.

Pour mieux entendre ce que dessus , et ce que nous avons à dire ci-après, il est besoin de remarquer que Clovis II, roi de France, estant décédé en l'an 665, Clotaire IIP du nom, lui succéda; lequel, en quatre ans qu'il régna, ne fit chose digne de mémoire, sinon qu'après Errich, ou Eccembaud, maire de son Palais, il substitua Ebroin en son lieu, auquel il donna tant d'authorité , que celle des rois se perdit et s'anéantit puis après. Ceste dignité en son commencement n'estoit qu'un office en la maison du roi, lequel attribuoit à celui qui l'exerçoit la surintendance sur tous les officiers d'icelle, et estoit comme est à présent le Grand-Maistre de la maison de Sa Majesté. Ces Maires ou officiers, abusant delà facilité et fainéantise de leurs maistres, agissoient soubz le nom du prince, lequel, n' aiant assés d'esprit ou de force pour les empescher, tranchoient de l'absolu et faisoient tout ce qu'un souverain peust faire, ne leur manquant que le nom et la qualité de roi. Clotaire III, estant mort sans enfans , 1 an 4® de son règne et l'an 669 de Jésus- Christ, au village de Chelles, auquel lieu il récent sa sépulture.

en l'Abbaïe fondée par S** Bantheur, sa mèi*e, Thierri ou An. 685, Théoderic, son frère, hii succéda et fut eslevé sur le throsne François parla seule authorité d'Ebroin ; plusieurs seigneurs , se voiant gourmandes par cest Alleman, se retirèrent de Tobéissance de ce roi, qui ne possédoit que Paris et la Neustrie, qui est ce qui se trouve entre la Seine et la Loire, et ceux qui estoient demeui'és en devoir, ne pouvant plus supporter le gouvernement d'un prince si lasche, s'emparèrent de la personne de Thierri, qui avoit régné environ un an, plus sur un tas de femmes, que sur ses sujets, le tondirent et le mirent moine à Saint-DenvsenFrance.S'estantsemblablementasseurés d'Ebroin, ils l'enfermèrent pareillement dans TAbbaîe de Luxeuil ou Luron, en la Franche-Comté, l'an 670. Ils députèrent promptement vei-s Childéric II, roi d'Austrasie, pour lui donner advis de ce qui se passoit, et l'inviter de venir prendre possession du roïaume de France , qui le regardoit. Il ne se fit guères tirer l'oreille, s'estant rendu à Paris le plus promptement qu'il pust; mais l'orgueil et la sévérité avec lesquels il traicta ses sujets , aiant diverti leurs volontés de son service, ils complotèrent de se défaire de lui. Il avoit grandement offensé un certain seigneur, nommé Bodilo, qu'il avoit traicté de maraut et laquais, lui faisant donner les estrivières. Ce gentilhomme , qui estoit en considération, grandement picqué d'un si honteux traictement, que la splendeur de sa naissance ne pouvoit essuier, sans encourir le reproche d'une âme lasche et sans courage, intéressa tous ses parens et amis pour tirer raison de cet outrage, comme s'il eust esté fait, non à sa personne, mais à toute la noblesse. Le complot fut prins de le tuer: on le chercha, tandis qu'il estoit à la chasse dans la forest de Chelles ou de Bondis, de laquelle retournant fort mal accompagné, comme ne se doutant de rien, Bodilon trouvant son coup à faire, l'estendit roide mort sur la place. Tan 12® de son règne, et l'an 676, ou, comme autres le disent, 679 de Nostre-Seigneur; il en fit autant à Bithilde, ou Bilichilde, qu'autres appellent cncores Hymnechilde et Linchilde, femme de ce roi, quoiqu'elle fust enceinte; sa passion l'aiant porté à ce point de ruiner entièrement la race de ce prince, qui mourut sans enfans. Leurs corps furent portés à Saint-Germain-des-Prez-lez-Paris, où ils receurent lenr dernière maison.

An, 687. Il ne resta plus par ce moien, de la famille de Clovis II, que Thierri, que les seigneurs François firent sortir du monastère de Saint-Denys, pour le faire monter de rechef sur le throsne des lys; Ebroin en aiant eu le vent, trouva moien de sortir du monastère, où il avoit esté confiné et de se remettre dans sa charge, qu'il exerça jusques en Tan 687, qu'il fut mis à mort par un nommé Ermanfroi. Durant ce tems-là, qui dura environ quatre ou cinq ans , ce ne fut que meurdres et assassins, cest esprit qui ne respiroit que la vengeance, cherchant toutes les occasions de contenter sa passion, par le sang de ceux qu'il croioit lui avoir esté contraires et coopéré à sa prison. Les évesques particuUèrement eurent beaucoup à souffrir, entre lesquels S. Léger , évesque d' Authun eut la teste couppée , S. Lambert, évesque d'Utrech, et S. Amé, archevesque de Sens, et autres, furent bannis hors du roiaume et receurent mi mauvais traictement.

De là il est facile à juger que celui qui a dressé la vie de S. Bouaire s'est trompé à la ressemblance et conformité des noms, lesquels a prins les uns pour les autres. Aussi le Catalogue de nos prélats, après avoir dit que Thierri estoit roi de Bourgongne, qu'il avoit poursuivi Lothaire ou Clothaire, et avoit prins Chartres et S. Bouaire, il adjoute: « Temjx)i*e hujus Bethariiy post mortein dicti Lotharii (alii Chtharii) regnavit f rater snus TheodoricuSy uno amw dumtaxai^ quia fait expulsus per Baronesy et effectus monachus, et loco ejus positus est in regno Childebertus (mais mieux Childericus) fratersun^y qui regnavit tredecim annis et cœpit regnare anno 666. Hujus tempore sedil Betharius, seœdecvm annis. »

Duquel narré il se peut veoir que Tautheur d'icelui confond Clotaire II et Clotaire III en un seul, comme aussi deux Thierri; l'un, roi de Bourgongne, mort dès 613, et un autre roi de France, qui ne trespassa qu'en l'an 690 , encores que par ce discours, cela se doive entendre de ce dernier, qui ne régna qu'un an, après lequel il fut chassé du roiaume, et tondu moine à Saint-Denys en France, comme nous l'avons dit ci-dessus. Paul, moine de Saint-Père-en-Vallée de Chartres, pensant esclaircir ceste affaire, l'embrouille davantage, disant que: « Beali Betharii, prœsulis, temporibus, a Sequanis et Burguyidianibus regem Francorum persequentibus ^ fuit obsessa h3PC civitas Car-

notensis, quam cinn inexpuqnahilem conspca-isscnt , aquœduc- An. 687. tus et cuniculos, qidbus aqua civibus clabatur, declinaverunt et obstruxerunt : Unclà cives et pi\Tsul aquœ penuiiû cocmgustîati, hostibus cesserunt et portas aperuernnl^ ab ipsis ig)ie, ferroque trucidandi^ sed hoc potiùs crcdendum facltim fuisse ab his Sequanis, qui Clotario I rebelles fuerant, ipsumque in patrie Wastlnensi vicerunt, et itsque ad Carnotdm silvas fugarunty regionem usquequaque depopulati ut muUô antè B. Launowiarus Malardo pnrsuli prœdixerat. » Pour autant que, pensant corriger une erreur, il en commet deux, Tune confondant le siège qui fut posé du tems de Thierri, roi de France, devant Chartres, avec celui, qu'y mit Thierri, roi de Bourgongiîe, vers l'an 610, quatre-vingt ans, ou environ plus tost; L'autre disant que S. Laumer avoit prédit à S. Malard ce siège, qui fut mis devant Chartres du tems de Clotaire I par ces Bourguignons Franc-Comtois, longtems devant qu'il arrivast, veu que S. Laumer a esté plus de cent dix ans après ce Clotaire, qui décéda en Tan 564 et S. Laumer en Tan 674.

D'ailleurs ceste guerre , qu'on veut estre arrivée entre Clotaire et Thierri, du tems de S. Bouah*e, est une pm*e imagination, considéré que Clotaire estoit décédé aui)aravant que S. Bouaire entrast en possession de Tévesché de Chartres et qu'il n'y a eu aucune guerre entre ces deux frères, pour le moings qui soit venu à ma congnoissance, et quand il y en auroit eu, ce ne pourroit avoir esté du tems de S. Bouah^e, qui commença sa séance seulement soubz le règne de Thierri. Que s'il y a eu quelque mouvement en ce tems-là, ce pourroit avoir esté, lorsque Ebroin, estant sorti du monastère, où il avoit esté enfermé, arma contre Thierri et Landeric, ou Landri maire du Palais. Lesquels il alla trouver en la Neustrie, où en passant il auroit pu poser le siège devant Chartres, comme faisant partie de ceste province, et y commit toutes les hostilités, que S. Laumer avoit prédites, et en emmena captif S. Bouaire. Cest homme sanguinaire, qui ne respiroit que vengeance de l'affront qui lui avoit esté fait de le chasser du gouvernement de TEstat, en avoit particulièrement aux évesques, qu'il croioit avoir esté les premiers à soubscrire sa rélégation de la Cour et sa détrusion dans un monastère, l'un desquels nostre prélat pouvant avoir esté ; il auroit déchargé partie de sa cholère sur lui. Car autrement

An. C87. je ne trouve point, quand, ni comment, ceste guerre, plus imaginaire à mon advis que véritable, pourroit avoir esté. La Vie de S. Bouaire dit à la vérité, que ce fut Tan 6* de sa séance, qui se rencontre en Tan 687, qui est la mesme année, ou la suivante, en laquelle Ebroin fut tué, ainsi que Tescrii Sigiberl (1), qui pourroit avoir esté en ce tems-là, veu que ce fut en ce conflit de Neustrie, où il récent le coup de la mort par Hermanfroi. Si quelqu'un le srait mieux, qu'il le die, il fera plaisir à la poslérité.

Au fond, S. Bouaire mourut Tan 16* de saprélature, ainsi que le porte le Catalogue de nos évesques, ce fut en Tan 697, et fut inhumé en Féglise de Saint-Martin-au-Val, avec ses prédécesseurs. Ses ossements en furent levés par après , et posés en ime châsse, qui est, avec cinq autres, derrière le grand autel de la Cathédrale, en laquelle il est vénéré comme Saint, et son office s*y fait par tout le diocèse de Chartres le 2 d'aousl, qui peut estre le jour de son trespas. Il y a une parroisse entre Vendosme et Blois, dédiée soubz son nom, en laquelle quelques-uns disent sans autre preuve que d'une traditive, qu'il y fut inhumé, et qu'il s'y veoit encores un certain endroit dans la muraille, où Ton veut qu'aie esté autrefois son tombeau : d'autres disent que c'est le lieu, où il s'estoit premièrement retiré, lorsqu'il vint dans ce diocèse, pour y \ivre solitairement. Ce cjue le narré de sa vie m'empesche de croire, attendu les emplois qu'il eut près du Roi, qui le reculoient bien loing d'une solitude. J'estimerois plustost que cela seroit arrivé par la dévotion de quelqu'un, qui, aiant recouvert des reliques de ce Samt, auroit fait dresser ceste église, pour les mectre en honneur et respect. J'ai un Catalogue manuscript de nos prélats, qui porte qu'il y a ime partie des ossemens de S. Bouaire audit lieu, qui confirme ma conjecture, et n'empesche qu'une autre plus grande partie ne soit en l'église de Chartres.

Thierri, roi de France, décéda cependant en l'an 689, et selon d'autres en 693 , voire 694, qui est le plus certain, laissant deux enfans de Crotilde, son épouse, Clovis et Childebert, le premier desquels estant décédé, dès Tan 694, il y a de l'apparence, que ce fust en la mesme année, que mourut aussi

(I) Ad hune ann.y Spurius Locrius, p. 72.

Thierii. Il fut inhumé avec sa femme, que quelques-mis nom- An. 697. ment Dode, en l'église de Saint- Wast d'Arras à costé du grand autel (1), avec cest épitaphe, qui peut nous relever du doute de Tannée de son déceds, qui s'y lit en ces termes :

Rex Theodoricus, ditafis ut verus amicus Nos ope multimodâ,jacet hic cum conjiige Dodâ, Régis larga manus et prcesul Vindicianus, Nobis regale jus dant , et Pontijicale.

In decies nono, cum quinquagies duodeno Anno, defunctum sciet hune, qui quattuor addet, Quâ legis hœc horâ, Dominum pro Regibus or a, Muneribus , quorum siat vit a deifamulorum.

Il s'en trouve, qui lui donnent encores deux enfans, Clotairc et Ghilpéric, dit autrement Daniel, desquels nous pourrons parler, si l'occasion s'en offre ci-après.

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