‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 56 sur 71 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

DeGaubert, ou Godebert; Adeodat, Dieudonné, ou Dié; DronuSy ou Pronus; Berthegrand et Hainus, évesques de Chartres.

VOICI un autre labyrinthe, qui se présente, pour nous tirer duquel, nous aurions besoin des fils d'mie Ariadne. Nous nous sommes dépestrés, comme nous l'avons pu de la difficulté touchant le tems de l'épiscopat d'Haigrand et de S. Douaire, je ne scai si nous le pourrons aussi bien faire à l'égard de Gaubert, Gaudebert, Adeodat, Dronus, Pronus, Be-

(I) Gourdon; Nicole; Gilles; Du Tillet; Locriiis, Chron. Delg., p. 77.

An. 697. thegrand et Ilainus, desquels nous ne trouvons au certain, le vrai tems qu'ils ont présidé à l'église Chartraine. L'authenr du Catalogue de nos prélats leur en assigne un à chacun , mais à son ordinaire plus par conjecture que par une véritable certitude; d'un évesque en aiant fait deux pour y trouver sou compte, ausquels il a baillé telle séance qu'il lui a plu ; confondant par ce moien Tordre de leurs rangs et des années, qu'ils ont gouverné ce diocèse. Il veut que Gaubert ait succédé à S. Malard, ce qui néamoins ne peut estre pour les raisons rapportées au chapitre précédent. On lui substitue un Godebert ou Grodobert, ainsi que l'appelle le Martyrologe de Saint-Père-en- Vallée de Chartres, et presque tous les Catalogues de nos prélats, qui le distinguent de Gaubert, qu'ils disent avoir siégé dis ans, et celui-là sLx ans, depuis l'an 615 jusques à l'an 634, ce qui ne peut estre , considéré ce que nous avons rapporté ci-dessus. Autres demeurent bien d'accord du nombre des années que le premier a régi le diocèse Char train, mais non du tems qu'elles ont couru, escrivant que rà esté depuis l'an 623 jusques à Tan 633, auquel an, commence Gaudebert, qui ne fit place à son successeur que quatorze ans après , sçavoir en l'an 649. Chenu l'avance de trente et un ans, et le met dès Tan 610; Severt le recule depuis Tan 734 jusques en l'an 741, reprenant Taveau, de l'avoir mis plus hault, et de n'en avoir fait qu'un avec Gaubert. Tous ne sravent ce qu'ils disent et moi je suis bien empesché d'en asseurer quelque chose.

J'estime néamoins que Gaubert et Godebert n'est qu'mie mesme personne, comme ce n'est qu'un mesme nom, diversement prononcé, car, tout ainsi qu'Albert, et Adalbert, Alard et Adelard, Alix et Adelaïs, Alfrid et Adelfrid, et ainsi des autres, ne sont qu'un mesme nom propre d'ime mesme personne, aussi Gauber ou Godebert ne sont qu'une mesme dénomination, convenant à un seul, quoique diversement prononcé, suivant les divers idiosmes et façons de parler des autheui^ escrivains, et païs. L'abbé d'Usperg appelle Arnoldum S. Arnould, évesque de Metz, que Paul Diacre et Sigebert nomment Armdfum. Le mesme Paul Diacre appelle Ludovich, c'est-à-dire Louis, que les autres disent HlodoveuSj Clodoveus et Ludovicus ou ÏAidewicuSy et ainsi Hlotaire, Clotaire, et Lothaire n'est q\i'im mesme nom, quoique diversement escrit ou prononcé ; de mesme est-il de

Gauberl et de Godebert, qui ne font qu'im seul personnage. An. 707. Quand au tems qu'il a gouverné Téglise de Chartres, ce ne peut avoir esté plus tost qu'après S. Bouaire, s'il a esté après S. Malard ; d'autant que , comme nous l'avons veu au chapitre précédent, ça esté Haigrand, qui a succédé à S. Malard, et S. Bouaire à Haigrand; tellement qu'il n'y a point d'autre place pour Gaubert ou Godebert que celle-ci, lequel, s'il a siégé dix ans, faudroit que ce fust jusques en Tan 707.

Au regard de Deodat, Adeodat, Dieudonné ouDié, ouencores Bodat, ainsi que le nomme le Catalogue manuscrit qui est en la bibliothèque de M. de Thou à Paris, je n'en trouve que le nom, et qu'il estoit autre que l'hermite du Blésois, duquel Molanus a fait mention en ses Additions à Usuard, le 24 mai, et de Tévesquede Nevers, qui mourut un dimanche 19 de juin Tan 679, indiction 7, ainsi que le dit le moine du Val-de-Galilée en sa Vie. Je trouve de plus qu'il fut inhumé après un siège de quatre ans , en l'église de Saint-Martin -au-Val-lez-Chartres à costé droit de S. Lubin, qui, en ce faisant, devoit estreen l'an 711 ou

On lui fait succéder Dronus, Dromus ou Dronius, qu'on distingue de Pronus, Promus ou Promius et Prono, qu'on lui baille pour successem% assignant au premier quatre ans de prélature et au second dix ou dix-sept. Ce n'est néamoins qu'un seul et mesme personnage, ainsi que je Tai veu dans certains tiltres du Prieuré Saint-Martin-au-Val, qui en font mention, et le nomment indifféremment Dronium, Pronium et Prononem. Ce qui peut estre arrivé de ce que , comme l'a remarqué Rosin , les anciens changeoient volontiers la lettre D en un P, et le prouve par une vieille inscription, rapportée par Denys d'Halicarnasse, en laquelle se lisoit Denates pour Pénates, ces deux lettres aiant une grande confoi-mité l'une avec l'autre, comme il se peut veoir dans les anciens escrits, tant à la main qu'imprimés en vieilles lectres gothiques, ce qui pourroit avoir donné sujet d'un, en faire deux.

Le Catalogiste de nos évesques substitue à ce Promus ou Promus, Papoul et Bethaire, ou Bouaire, que nous avons justifié devoir estre mis en autre lieu, et après eux Berthegrand et Hainus. H y en a qui ont laissé par escrit, que ce Berthegrand avoit esté archidiacre de Paris, archevesque de Bourges, ou de Bor-

An. 7t2. deaux, puis évesque du Mans, auparavant que de parvenir à l'évesché de Chartres. Pour Bourges, il ne s*en trouve point de ce nom parmi les prélats qui ont présidé à ceste métropole; parmi ceux de Bordeaux, il s'en trouve véritablement un, Ber- (erannus, fils d'Ingeltrude, fille de Clotaire, roi de France, qui vivoit, selon Robert, en Tan 585 ; et entre les évesques du Mans, il y a un Bethgrannus ou Berihigrannus j qui, selon Grégoire de Tours , avoit esté archidiacre de Paris et vivoit près de cent ans devant le nostre, qui convainc puissamment que ce ne peut estre un mesme (1).

C*est tout ce que j'en peux dire, et qu'après avoir régi sept ans son diocèse, il récent sa dernière maison es grottes de Sainl- Martin-au- Val avec ses devanciers. On lui substitue Hainus, duquel je ne voi que le seul nom, et qu'il fust évesque de Chartres huit ans. On le fait suivre par Haigrandus, que nous avons remis en son heu, et après lui Agatheus, qu'on dit avoir siégé sept ans, et encores après celui-ci, Leoberitus, qui régit dix ans ; lesquels eurent leurs sépultures es grottes de Saint-Gheronlez-Chartres.

Voilà tout ce que j'ai pu trouver de nos prélats durant soLxantehuit ans et jusques en l'an 765 , selon le détail qu'en fait Tautheur du Catalogue de nos Evesques, suivant les années de leur administration. Connue il s'en fait accroire en beaucoup de choses, il a fait de mesme en sa supputation, mectant erronément la scéance de nos pasteurs soubz le règne de tels rois qu'il lui a plu, sans considérer s'ils ont pu avoir gouverné l'église Chartrahie de leur tems , ce qui se pourra juger plus facilement, par une briève déduction que je ferai de la suitte de nos rois, jusques en Tannée 765.

Clotaire III, fils de Thierri I, estant décédé, Childebert, son frère, lui succéda. Ce fut un prince d'un gentil esprit, fort a£Eable et courtois , craignant Dieu, aimant la justice, quil faisoit exercer au soulagement et grand contentement de son peuple. On ne pou voit espérer que tout bonheur de son règne, si ce prince n'eust esté tenu en brassières, comme ses prédécesseurs, par les Maires du Palais , qui ne se servoient de l'authorité de

(l) Greg. Turon., lib. VII, ch. 31; lib. VIII, ch. 50, n et 39. Fortunat, lib. I, ch. 22. Du Tillet et Dupleix.

leurs maistres, que pour exécuter leurs passions et faire ce An. 712. qu ils vouloient. Pépin , dit le Gros y estoit lors en ceste charge, qui lui servit comme de degrés, pour faii-e monter ses descendans sur le throsne des lys. Il estoit personnage accort, doué, au reste, d'excellentes qualités, qui le rendoientrecommandable à un chacun, et néamoins si craint et redouté, qu'aucun n'eust osé lui contredire. Sa femme, Plectrude, lui avoit donné deux masles, Dreux et Grimoald, dont le premier fut comte de Champagne, Vautre Maire du Palais après Norbert; mais tous deux décédèrent avant leur père.

Cependant Childebert II mourut en l'an 709 ou 711 , auquel Dagobert II, son fils, succéda et régna seulement jusques en l'an 715; durant son règne, Grimoald estant décédé, Péjnn fit Thibauld, bastard dudit Giimoald, Maire du Palais, en la place de son père. Pépin avoit deux autres enfans d'Alpaïde, que quelques-uns disent avoir esté sa concubine, autres, son ezpouze légitime; leur nom estoit Charles et Childebrand (1). Combien qu'ils s'en trouvent qui disent que ce dernier n'estoit que beaufrère du premier, à cause de sa fenune , qu'ils font sœur dudit Childebrand. Nous pourrons en parler plus amplement en un autre endroit et dirons seulement en cetui-ci , que le jugement qu'aura tousjours fait Pépin des inclhiations de Charles et de sa valeur, le portèrent à l'instituer son x)rincipal héntier et le faire Maire du Palais d'Austrasie. Plectrude, femme fine, enviant ce morceau pour ses enfans, traversa tant qu'elle pust la bonne fortune de Charles, pour empescher qu'il ne le tînt paisiblement, suivant la dernière volonté de son père, lequel estant décédé en l'an 714 , elle entreprint le gouvernement du roiauTne de Fmnce avec Thibauld, son petit-fils, soubz l'authorité des rois Childebert et Dagobert; mais, comme les François ne défèrent pas volontiers au conunandement d'une femme , ils levèrent ime armée, avec laquelle ils marchèrent contre Thibauld, qu'ils rejettèrent au-delà de la Meuse, sans que lui et sa mère osassent plus remuer.

D'autre costé, les François qui voioient l'idole de la roiauté, plustost qu'im roi, assis sur le thi'osne des lys, sans courage et sans cœur pour les défendre parmi ces mouvemens , tirèrent

(I) Chiflet, Veiidiciœ IlispaniXy p. 94.

An. 714. hoi-s d'un cloistre un nommé Daniel, de la race des Mérovingiens, lui mii'ent le sceptre François en la main, et le recongneurent pour leur prince souverain. Charles, eschappédela prison où Plectrude Tavoit fait mectre, ménagea tellement son tems et le crédit de ses amis, quil fust esleu Maire du Palais, contre Raimfroi , qui estoit en possession de ceste charge. Durant ces entrefaites, Dagobert meurt, après un règne de cinq ans ou environ, et fut conduit à Choisi ou Nanci, pour y estre inhumé près son père. Il ne laissa que deux enfans, Thierri, qui fut eslevé à Chelles parmi des religieuses ; et une fille nommée Irmine, laquelle, pour ses rares vertus et piété, a trouvé place dans les diptyques sacrés.

Raimfroi , craignant estre dépossédé de ses Estats par Charlœ, pensa que l'opprimer auparavant qu'il fut ancré dans sa charge, seroit un coup de partie pour lui et le gain de sa cause; il leva une puissante armée pour attaquer Charles , qui le receut avec plus de courage que de prudence, aiant perdu en ce conflit la pluspart de la noblesse qui l'avoit suivi , et y cuida laisser la vie. La victoire estant demeurée au roi , qui s'y trouva en personne, il s'en retouraa en Xeustrie avec toute son armée glorieuse et triomphante.

Charles, après cest échec, estoit toujours aux aguets poiu* trouver occasion d'avoir sa revanche. Aiant trouvé son tems et l'armée ennemie en désordre , il l'attaqua , la battit , la défit et s'enrichit tellement de ses despouilles, que dès la prochaine campagne il mit sus une armée, avec laquelle il fut en Picardie et à Cambrai contre Daniel, autrement Chilpéric, et Raimfroi, qu'il contraignit de s'enfuir et se renfermer dans Paris. Ce fut un dimanche de la Passion (21 mars 717) que ce combat se donna et non le jour de Pasques flories, ainsi que le dit la grande Chronique de Saint -Denys en France (i). Charles les pom'suivit, pour leur faire plus de peur que de mal, s' estant retiré à petits pas en Austrasie, et s'empara de Colongne, où il trouva les thrésors de son père , qui lui servirent beaucoup pour avancer ses affaires. Il eust pu dès lors se faire roi de France, mais craignant de n'estre favorizé des François en son usurpation, il en laissa la gloire à ses descendans, qui eslevèrent leur

(I) Fredegar., ch. 106. Chron, San. Dionys., lib. V, ch. 25.

grandeur sur les fondemens qu'il avoit jeclés. Cependant, pour An. 728, rendre son parti le plus fort, il opposa Clolaire, fils de Thierri, à Chilpéric, et le fit recongnoistre pour roi de France.

Ghilpéric ne se fiant aux François , qui se tournoient devers re nouvel Orient, fit alliance avec Eudes, duc d'Aquitaine et de Gascongne ; augmenté de ses forces , il donna la bataille à Charles, en Champagne, qu'il perdit. Eudes s'en estant fui à Paris, print Chilpéric et ses thrésors, qu'il emmena chez lui, et llaimfroi se retira à Angers. Charles les aiant poursuivis jusques à Orléans, fut retenu de passer outre , par l'avis qu'il récent de la mort de Clotaire, qui lui fit changer de dessain. Après avoir fait inhumer Clotîiire près de son père , il fit paix avec Eudes pour asseurer TEstat qui estoit en son penchant. Cetui-ci, en ce faisant, lui livra Chilpéric, lequel mourut bientôt à Noyon, sans laisser de lignée.

Charles n'aiant plus de prétexte pour se maintenir au maniement de l'Estat, tira Thierii, fils de Dagobert II, du monastère de Chelles et le fit recongnoistre pour roi, soubz l'authorité duquel il gouverna le roiaume de France avec beaucoup de bonheur, car aiant repoussé les Saxons qui, pensant profiter des troubles de cest Estât, s'estoient jectés dedans, desfait Eudes qui, d'un autre costé , estoit entré dans ses terres, il porta ses armes contre les Sarrazins d'Espagne , qui s'estoient emparés du Languedoc avec une armée de plus de quatre cent mille hommes, et les aiant rencontrés avec soixante-douze mille honmies, tant de pied que de cheval, leur donna la bataille, eu laquelle il en demeura trois cent soixante-quinze mille sur la place, et quinze cens seulement du costé des François. Ce fut au mois d'octobre de l'année 725 , que se donna ceste bataille , près d'mie église de Saint- Martin , qu'à raison de ce fut appelée Sancius-Martmus (k Bello, que le vulgaire dit Saint-Martin-le-Bel.

Martel n'aiant de quoi satisfaire ses capitaines et soldats, leur donna, dit-on, les dixmes des églises qu'il leur inféoda. C'est d'où sont venues les dixmes inféodées, que quelques nobles possèdent encores à présent. Tandis que ce prince estoit empesché contre les Sarrazins, les Bourguignons voulurent entreprendre sur l'Estat François; mais aiant tourné visage contre eux et les aiant mis à la raison , print Lion et se rendit maistre de la Provence, qu'il joignit à la couronne de nos rois; il fit de mesme de

An. 728. l'Aquitaine. Après la mort d'Eudes, aiant donné la chasse à ses enfans, Taisné desquels nommé Aznar, passant les Pyrénées avec une armée de Gascons, jecta les premiers fondemensdu roiaume d'Aragon. Hunnaud et Gaifre, ses frères, après avoir com*u le Dauphiné et la Savoie, descendirent parla Bourçongne et vindrent assiéger Sens. Ebles, quienestoitarchevesque, craignant qu'ils feissent le mesme traictement à ceste ville qu'ils avoient fait aux autres villes, par lesquelles ils estoient passés, fit faire une sortie sur eux, et les aiant prins au despour\'eu, ils furent tous taillés en pièces.

Ce coup fut le salut de la France qui baignoit dans le sang de ses Ghers nourrissons, et sembloit devoir bientost trouver son tombeau soubz les cendres de ses plus belles villes ; personne ne se mectoit en effet de la défendre, Martel estoit empesché contre les Frisons et Saxons, lesquels à peine avoit-il réduits à la raison, qu'il lui fallut courir contre les Sarrazins qui avoient surprins Avignon. Il envoia son frère Childebrand, pour y faire le blocus et l'assiéger, et Taiant suivi un peu après, il la força dès le premier assaut et fit main-basse sur tout autant de ces mécréans qu'il y rencontra, et nectoia tout le Languedoc de ces circoncis, qu'il chassa aussi de la Provence et les rencongna dans l'Espagne. Après tant de victoires gaignées par Martel, si heureusement sur ses ennemis, il demeura malade à Verberie, près Compiègne, où, de l'avis de son Conseil, il fit partage de ses biens et Estats à ses enfans, pour les maintenir en la paix qu'il avoit acquise au roiaume.

Carloman, l'aisné, eut l'Austrasie, avec tout ce qu'il possédoit en Allemagne; Pépin en son lod, la Bom*gongne, la Provence, le Languedoc et la Neuslrie; Gilles eut l'archevesché de Rouen; Griffon, que quelques-uns disent avoir esté l'aisné, autres, le dernier fils de Sunachilde, n'eust pour partage quel» bonne volonté de ses frères, desquels il n'eust grande satisfaction, non plus que Bernard; Landrade fut mariée, à Tinsceu de ses frères, avec Odile, duc de Bavières; et la dernière, nommée Hiltrude, passa ses jours dans un monastère. Martel aiant donné [ordre] au surplus de ses affaires, il décéda à Cressi-sur-Oise, le 22 octobre, l'an de Nostre-Seigneur 741 , de son asge 55 Pt le 27* de son administration.

Quoiqu'il n'eust de son vivant prins la qualité de roi, on la

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lui donna après sa mort, se lisant sur son tombeau, qui se veoid An. 741, àSaint-DenysenFrance, CAROLUS MARTELLUS REX. Ce fut un prince généreux , auquel la France doit sa conservation , pour l'avoir courageusement défendue contre divers ennemis, qui traversoient son repos, durant la fainéantise de nos rois. Thierri estoit décédé en la mesme année, sans autre mémoire de lui que d'avoir régné en France. Childéric, son fils , dit Y Idiot et le Fainéant y lui succéda et régna jusques en l'an 752, qu aiant dévidé le fuseau de ses ans, il quicta la vie et sa couronne à une autre famille que celle des Nférovingiens , de laquelle il fut le dernier.

Pépin n'aiant'plus personne qui lui pust faire résistance, et l'empescher de se rendre le maistre de la monarchie Françoise, de laquelle il avoit le maniement, il se l'appropria et aux siens. Il prenoit le prétexte d'estre issu de la race des rois Gaulois du costé des fenunes, et prétendoit qu*au défaut des masles, le roiaume devoit lui appartenir. Geste considération , l'obligation que la France avoit à ses ancêtres et son propre mérite , lui servirent beaucoup pour le lui faire obtenir. Dès le vivant de Chilpéric il avoit esté sollicité de le faire, mais ne pouvant se résoudre à conmiectre ime injustice si visible, d'oster la couronne de dessus le chef de son maistre pour la remectre sur le sien, il ne voulut le faire sans le consentement des sujets : il convoqua à cet effet un Parlement ou Estats du Roiaume, à Soissons; où assistèrent la plupart de ses créatures , desquelles il lui fut fort aisé d'obtenir ce qu'il désiroit. Les plus consciencieux s'arrestoient au serment de fidélité qu'ils avoient rendu à Ghilpéric; pour en estre dispensés , on envoia en cour de Rome. Le pape Zacharie, qui présidoit lors à l'Eglise universelle, voulant gratifier à Pépin, jugea en sa faveur que celui-là véritablement devoit estre Roi , qui en faisoit la fonction , et non celui qui n'en avoit que l'ombre et le titre, et dispensa tous les François du serment de fidélité envers Ghilpéric. Geste difficulté levée , ce malheureux prince changea sa couronne en celle de ses cheveux; aiant esté tondu de son roiaiune comme de sa teste, et confiné dans mi monastère où il finit ses jours; et sa fenune Gisèle en un autre.

Pépin, usant de sa bonne fortune, se fit sacrer roi de France à Soissons, un premier de mai 752, par S. Boniface, arche-

'i84 HISTOIRE DU DIOCÈSE

An. 752. vesque de Maience, qui delà s'acquit et à ses successeurs, le droit de premier Eslecteur de l'Empire. Estant ainsi monté sur le throsne des lys , il appliqua tous ses soings à maintenir la paix dans son Estât et parmi ses voisins. Dès l'entrée de son règne, il dompta les Saxons, remit le Pape Clément III sur le throsne Pontifical , contraignit Astolfe de rendre à ce souverain Texarchat de Ravenne, qu'il avoit usurpé sur lui, fit alliance avec Constantin VI, dit Copronyme, empereiu* de Grèce, qui, entr'autres présents, lui envoia des orgues, qui u'avoient encores esté veues en l'Occident , avec partie du chef de S. Jean- Baptiste, qu'il envoia en Saintonge à Angeri, qu'on dit plus communément Saint-Jean-d'AngeU. Il convoqua son Parlement à Verberie au diocèse de Senhs, où il ordonna qu'il se tiendroil deux fois Tan, sçavoir : les premiers de mars et d'octobre, ausquels chacun pourroit proposer librement par l'organe des Comtes et Commissaires, ses doléances, torts et griefs qu'il auroit receus, pour en avoir justice. Il dompta pour la seconde fois la contumace des Saxons , chastia la rébellion de Galfer qu'il mit à mort, et conquit sur lui l'Auvergne, le Berri, le Poitou et enfin se rendit maistre de toute l'Aquitaine en l'an 768, auquel an, après tant de glorieuses conquestes et généreuses actions, il en alla rendre compte devant le souverain juge.

Auparavant son trespas, il fit venir à Saint-Denis en France, on il estoit malade, tous les principaux du Roiaume, où, de leur consentement, il divisa ses Estais à Charles et Carloman, ses fils, instituant Charles, son aisné, roi d'Austrasie, et Carloman, son cadet, roi deBourgongne, Provence, Alsace et d'Allemagne, et outre, partagea entre eux les pais qu'il avoit conquis sur les ennemis du roiaume; et peu de jours après, sçavoir, le 24 septembre audit an, il décéda d'une dissenterie audit Saint-Denis, où il fut inhumé, l'an 54* de son aage et le 16' ou 17* de son règne. Outre ces deux garçons, il laissa encores deux filles, l'une nommée Rothaïde, qui fut enterrée à Saint- Arnould de Metz; l'autre, Gisle ou Gillette, qui fut religieuse, grandement honorée et chérie de Charlemagne, son frère (1). Voilà tout ce (jui s'est passé durant la séance des Evesques et

(1) Herni. Contr. Chron.,ad ann. 768: abb. Usperg. Baron., ad ann. 811, 7iwn. 48.

pendant le règne des Rois susnommés , afin que le lecteur puisse An. ■: équitablemeut juger du tems que nostre Gatalogiste assigne aux uns et aux autres contre la vérité de l'histoire , ainsi qu'il pourra apparoir à qui voudra prendre la peine de conférer ce qu'il en dit avec ce qu'en escriveat les auli-es historiens.

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