‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 61 sur 71 · HISTOIRE 1)L DIOCÈSE · texte numérisé non relu

HISTOIRE 1)L DIOCÈSE

An, 823. France, qui fut au mois de juin, la reine Judith accoucha d'im fils qui fust nommé Charles, et l'Evesché de Metz ayant vaqué par la mort de Gondulfe, Dreux, frère naturel de TEmpereur, qui estoit chanoine du mesme lieu, fut esleu en sa place, au grand contentement d*un chacun.

En 824, l'Empereur, estant à Compiègne, receut les nouvelles du déceds du pape Paschal, et que Eugène, archiprestre de l'Eglise Romaine, avoit esté esleu en son heu. En 825, il fit assembler à Paris, le \" de novembre, beaucoup de doctes personnages sur la vénération des images, contre Théréâie des Grecs et de Claude, évesquede Thurin, qui Timprouvoient, et fit porter le corps de S. Hubert, jadis évesque de Liège, où il reposoit, en l'abbaïe d'Audain dite à présent Saint- Hubert-aux- Ardenpes, où il est à présent, et grandement visité par ceux qui ont esté mordus des chiens ou bestes enragées, qui y trouvent leur guérison. Au mois d'aoust de l'an 827, Eugène décéda, au lieu duquel, Valentin Diacre, fut esleu, lequel quarante jours après, laissa sa chaire à Grégoire IV, qui l'occupa seize ans.

En 829, VEmpereur s'estant transporté à Wormes au mois d'aoust, il donna à Charles, son fils du second lit, les païs d'Allemagne et des Grisons, avec partie de Boiu*gongne; ses autres enfans, Lothaire, Louis et Pépin n'en furent pas contents, mais comme ils n'osoient contredire apertement leur père, il leur fallut un prétexte pour brouiller les cartes. Bernard, comte de Barcelonne ou de Catalongne, chambellan deTEmpereur, fut choisi par lui, pour gouverneur de la frontière d'Espagne et pour son Ueutenant-général (1). Il ne plaisoit à beaucoup, qui mal satisfaits d^ailleurs, souffloient aux oreilles de ces jeunes princes le feu qui s'alluma par après ; ils leur disoient qu'ils ne dévoient souffrir qu'un estranger tînt les premiers rangs du roiaume ; que les bruits qui couroient de lui et de la Reine au sceu mesme de leur père, dévoient les porter à venger l'injure faite à sa couche, et de se défaire de cet insolent, pour purger leur maison dun tel déshonneur ; que leur père trop addonné à ses dévotions, qui passoient jusques à l'excès et superstition, sembloit négliger son devoir, mespriser la noblesse, par le courage et assistance de laquelle son estât subsistoit ; qu'ils estoient

(l) Carol., ^15^ Tolos., ch. «.

assez puissans et en un asge, où ils pouvoient avoir le manie- An. 82^. ment des affaires et en éloigner leur père , qui jouoit à tout perdi*e.

L'Empereur qui sçavoit qu'il avoit maltraité quelques sei* gneurs, ne vivoit avec eux qu'en une grande défiance; ce qui l'obligea, sur quelque vent qu'il eut qu'on tramoit quelque conspiration contre lui, se retirer vers la Saint- Martin , en la ville d'Aix. Ses haineux ne dormoient cependant, et faisoient toutes les practiques qu'ils pouvoient pour le prendre. Ils engagèrent Pépin, roi d'Aquitaine, en leur ligue, lequel, aiant en peu de tems levé une armée, se jecta dans Orléans, d'où il chassa le comte Eudes et mit Manfroi en son lieu; et de là, tira vers le palais de Verberie qui est sur la rivière d'Oise. L'Empereur qui visitoit lors ses villes maritimes, se voiant sans monde et en estât de ne lui pouvoir résister, conseilla à Bernard, comte de Barcelonne, de se retirer chez soi, pour oster à ses ennemis l'objet de leur envie, et envoya Judith, safenune, avec son petit Charles, à Laon, et lui s'en alla à Compiègne. Les conjurés. qui est oient à Verberie, surprindrent l'Impératrice en chemin, et lui firent promettre de persuader à son mari de quicter ses couronnes, pour en prendre une autre, dans quelque monastère où il put passer le reste de ses jours avec plus de tranquihté. Ils l'envoièrent à cest effet vers l'Empereur à Compiègne, qui lui conseilla caler la voile , et céder pour un tems à la force pour conserver leur vie, qui n'estoit en asseurance. Ason retom% elle fut conduicte à Poictiers et renfermée dans le monastère de Sainte - Croix , basti autrefois par S** Radegonde, reine de France, où on lui bailla le voile reUgieux; et pour TEmpereur, ses malveillans s'estant emparés de sa personne, le mirent dans Saint-Mard de Soissons soubz seure garde.

Cependant, Lothaire print l'administration de l'Empire, qui empiroit plus qu'il n'amendoit; beaucoup de gens de bien estant offensés de veoir un tas de séditieux s'en faire accroire, ets'accomoder de ce qu'ils trouvoient en leur bien scéance, trouvèrent moien d'enlever l'Empereur de leurs mains. Les factieux bien empeschés demandoient un Parlement en quelque ville de France: l'Empereur consentist qu'il en fust tenu un en Germanie, où on l'assigna à Nimèghe, ville assize sur l'un des bras du Rhin. Toute la noblesse Allemande se trouva en bonne intention

Ad. 830. de maintenir Louis; ses adversaires se voiant bien loin de leur attente, se retirèrent vers Lothaire, pour délibérer sur ce qu'ils a voient à faire; Louis envoia quérir son fils, lequel, contre le gré de ses brouillons et nonobstant toutes leurs remontrances, vint au mandement de son père et se réconcilia avec lui.

Ce coup fut le gain de la partie pour Louis, lequel ensuite aiant fait saisir les autheurs de la conjuration, en fit faire une justice exemplaire. Plusieurs, tant clercs que laïcs, furent condamnés à mort, qui leur fut conunuée par la débonnaireté de ce prince en une civile , les ayant fait tondre et enclore en des monastères, ou déposer et interdire de leurs charges; il renvoia en mesme tems quérir sa femme , laquelle néamoins il ne voulut recevoir, qu'elle ne se fut purgée de ce qu'on l'accusoit; il renvoia tous ses enfans chez eux, et sembloit que toutes choses fussent bien paisibles et d'accord. La plaie estoit à la vérité fermée, mais non tellement reprinse et consolidée, qu'elle ne pust s'ouvrir sans beaucoup d'efforts: cela se fit quelque tems après que TEmpereur aiant entreprins de réformer le luxe des Prélats, qui estoit très grand, ils s'en offensèrent tellement qu'ils résolurent le perdre. Pour parvenir à leur dessain , s' estant trouvés à Compiègne , où Lothaire les avoit convoqués au mois d'octobre, ils imposèrent à ce Prince des crimes controuvés , et l'ayant indignement traicté, ils le menèrent dans Téglise de Saint-Mard de Soissons, où il fut condamné par eux, condamné à descendre, et leur baiUer sou espée; le privèrent de l'honneur de chevalerie, lui ostèrent la pourpre et autres marques de TEmpire, et le revestirent d'un cilice et d'une robbe noire par dessus, en forme d'un pénitent pubUc.

Lothaire, pour l'oster de la veuedu monde, l'enmiena à Aix , où Louis envoia incontinent ses ambassadeurs , lesquels n aiant pu rien faire avec Lothaire, y vint lui -mesme pour prier son frère de traicter leur père plus civilement et humainement (1). Le peuple ne pouvoit non plus gouster cest emprisonnement et en faisoit grand bruit ; Lothaire, craignant quelque sédition , fit covuir partout un manifeste par lequel il rendoit raison de ce qui s'estoit passé à Compiègne; avec une lettre d'Agobard, ar-

(1) Tegan., Baron., ad. ann. 833, num. 9 et 20. Sirmund., Conc. Gai., t. II, p. 560.

chevesque de Lion, pour se mectre à couvert du blasme qu'il An. 833. ne pouvoit esviter. Tandis, les comtes Lambert, comte de Nantes, et Manfroi, comte d'Orléans, qui tenoient pour Lothaire couroient le païs Chartrain et du Perche et y forcèrent les places (1). D'un autre costé Pépin et Louis recongnoissant que Tabbaissement de leur père estoit le leur, et ne serviroit qu'à rehausser leur aisné par dessus eux, se déclarèrent du parti du peuple et armèrent après la feste des Rois de Tan 834.

Lothaire, prévoiant ce qui en pouvoit arriver, changea son père de lieu, et d' Aix l'emmena à Saint-Denys en France ; Louis, roi de Germanie, le suivit; et avec ceux qui avoient encores quelque bonne volonté pom* l'Empereur, lui donna la bataille. Ce bon prince, voulant empescher la perte de ses enfans et sujets, fit ce qu'il peust pour empescher qu'ils n'en vinssent aux mains; mais Pépin, s'estant présenté sur le bord de la Seine, et les comtes Guérin de Chaslon et Bernard, avec leur armée de Bourguignons sur le rivage de la Marne, faisoient mine de vouloir combattre ; ceux-ci n'aiant peu passer la rivière à cause que Lothaire avoit fait rompre les ponts et les bacs, trouvèrent moyen d'envoyer vers Lothaire , la première semaine de caresme , pour le sonmier de leur rendi*e l'ancien Empereur, ce que, s'il ne vouloit faire d'amitié, ils Ty contraindroient par force. Lui, se défiant des menaces, laissa son père à Saint- Denys, donna la clef des champs à Charles, son frère, et se retka à Vienne en Dauphiné, auparavant que les armées de ses frères peussenl se joindre (2). Ces derniers, se voiant les maistres, furent trouver Louis, qu'ils exhortèrent à reprendre l'Empire et se remectre en sa première authorité ; comme il estoit prince religieux , il voulut attendre au lendemain qui estoit dimanche, et se faire auparavant réconcilier à l'éghse par les Prélats , affin de recevoir sa guérison de ceux desquels il avoit receu sa plaïe.

Cela fait, et lui réintégré en ses estats et prééminences, il fit revenir sa femme et son fils, et s'en alla contre Lothaire, qui exerçoit de grandes cruautés à Chaslon- sur -Saône (3). Lui, averti de la marche de son père, se retiia par Authiui, Orléans

(1) Ann. Berliniani. Belleforest, lib. H, cli. 37. - (î) Nitard., fHst., lib. IV. — (3) Ann. Berliniani.

An. 834. et le Veudosmois, au Maine. L'Empereur le poursuivit jusques à Blois, où la Lise [Ose] mesle ses eaux avec celles de Loire, et lui serra le bouton de si près , qu'il fut contraint de se rendre à la raison et venir demander pardon à son père (1). La peine de la rébellion fut trop légère pour l'excès de sa faute , aiant esté seulement relégué au-delà des Alpes avec ceux qui le vondroient suivre. Plusieurs, tant prélats qu'autres, raccompagnèrent, entre lesquels je trouve un Agimbert, comte du Perche. l'Empereur envoia après fermer le passage des Alpes et s'en alla passer Noël à Metz avec Dreux , son frère naturel , qui en estoit évesque , et de là se rendit, vers la Chandeleur de Tannée 835 , à Thion ville, où il fit sa plainte contre les Prélats qui avoient procuré sa déposition (2).

Ebles, frère de lait de TEmpereur, qui l'avoit avantagé de grands biens au-delà de sa naissance , et lui avoit donné l'archevesché de Reims, se trouva grandement chargé de ceste conspiration; ne pouvant nier une chose si constante, il monta au pulpitre de Saint-Estienne de Metz, en présence dudit Empereur et de Louis , son fils , un dimanche de la Quinquagésime, et de plusieurs prélats, seigneurs et du peuple (3); où il déclara que faulsement il avoit accusé ce prince, avoit injustement conclu à sa déposition, et malicieusement submis à une pénitence publique; et en délivra acte à l'Empereur, qui le fit serrer dans les archifs de TégUse de Metz, et recongnut par -devant Ainlf, archevesque de Bourges, Barduard II, évesque de Paderbrun, et Modem, évesque d'Authun, qu'il s' estoit choisi pour juges, à raison de quoi, ils sont appelés electos, par les saints Canons, qu'à cause de ceste faute il s'estoit rendu indigne de la dignité d'évesque, de laquelle il se déposoit et démectoit soimesme. Les Prélats, qui estoient demeurés à ThionviUe, acceptèrent ceste démission, l'acte de laquelle fut dicté par Jonas, évesque d'Orléans , et escrit par Helie , qui fut peu après évesque de Chartres (4).

De tout ce que dessus je peux conclure que Bemouin pourroit estre décédé ceste année , n'estoit que, par le Livre de la trans-

(1) Belleforest, lib. II, ch. 38. — (2) Papin. Masson, lib. Il, p. 114. (3) Vita LudoviciSf ch. 16. Ilincmar. advers. Godesc.j ch. 36. — (4) Sirmund., Conc. Gallia y t. 11, p. 574.

lation de S. Liboire, allégué au commencement de ce chapitre, An. 835. il est porté qu'il estoit encores vivant en l'an 836, auquel j*ai opinion qu'arriva son déceds.

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