LIVRE TRENTE-TROISIÈME
intéressé, même par ses malheurs; on n'avait pas encore oublié ses torts envers la monarchie, et le froid égoïsme avec lequel il avait offert des prières à Louis XVI, lorsque le ministre des finances lui demandait un secours pour combler le déficit.
Mais ce qui touchait et désolait les familles, c'étaient l'abandon des églises, le silence du sanctuaire, la fuite du prêtre, la naissance sans baptême, le mariage sans solennité, l'agonie sans consolation, la mort sans funérailles.
Ce qu'il y eut d'angoisses, pendant dix ans, dans des millions d'âmes abandonnées, sans direction dans leurs doutes, sans appui dans leurs défaillances, ne peut être apprécié que de Dieu même , et sa justice ne permet pas de douter qu'il n'en ait été tenu compte aux persécuteurs et aux persécutés.
U y avait dans la conduite du gouvernement deux contradictions choquantes pour le bon sens et pour les croyances intimes.
D'un côté, c'était une affectation bruyante et violente de libertés, avec le refus inconséquent de la plus sacrée de toutes , qui est la liberté du for intérieur.
D'un autre côté , c'était la proscription la plus impitoyable du culte catholique, avec la ferveur la plus affichée envers de prétendues religions, imaginées par des idiots. On pouvait être franc-maçon ou tbéophilanthrope, mais on ne pouvait pas être chrétien !
Cette inepte et cruelle persécution des consciences était surtout ressentie dans les campagnes, préserm. t
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ie HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
vées par une heureuse ignorance des visions des philosophes; et, sur ce point comme sur bien d'autres, le temps s'est chargé de donner raison aux paysans contre les académies.
La constitution civile du clei^é, fruit de l'alliance des jansénistes, des philosophes et des athées, avait été jugée, du premier coup, parles provinces, avec cette sûreté de coup d'œil que donne la vie calme et pratique ; et il n'avait jamais pu entrer dans la tête d'un laboureur de croire à l'efficacité des sacrements administrés par un prêtre de sa Taçon.
La société se traînait donc, au grand détriment de sa dignité, au dedans comme au dehors, dans cette ornière d'irréligion, qui avait paru impoHtique et corruptrice à Robespierre lui-même , et dans laquelle les esprits élevés n'entrent ou ne persistent jamais^ On ne pouvait , sans effrayer le monde , faire de la France une nation sans Dieu ; et c'était un scandale auquel aucun gouvernement n'aurait résisté à la longue, de prétendre détrôner dans le respect des peuples la longue série des martyrs , des saints , des docteurs incomparables dont se compose l'histoire de l'Église, pour élever à leurplacedeuxou trois pauvres esprits aussi clairement prouvés que La Réveillère- Lépeaux, devenu la fable de ses propres collègues, ou son vicaire en théophilanthropie, Ghemin-Dupontès.
La société nouvelle se sentait fourvoyée dans cette ot'nière , qui n'était pas la grande et large voie ouverte par l'esprit de la Révolution,
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LITBB TH&NTE-TROISIblfE. 40
Les vœux de la France, en 1797, étaient manifestes.
En elTet , ce vœu général el ardent de la France, en 1 797, était aussi clair que légitime, et tout esprit que n'eussent pas obscurci la manie et le mirage des théories l'eût aisément et rapidement compris.
D'abord, la France voulait jouir définitivement, par le rétablissement de l'ordre, des grands résultats de la Révolution. Si excellents qu'ils soient, les principes restent des utopies tant qu'ils ne sont point passés dans les faits. Or la France était, depuis 1789, agitée de secousses si violentes et si diverses, que . tous pouvaient raisonnablement redouter une chute, sans qu'aucun pât prévoir avec certitude de quel côté elle se ferait.
■ Le Dix-Huit Fructidor avait préservé du royalisme, et le procès de Babeuf de la démagogie.
Les résultats de la Révolution semblaient donc et étaient réellement fort précaires, tant qu'ils n'auraient point pour garanties des institutions pratiques acceptées par l'opinion publique, et le rétablissement de l'ordre matériel et moral , dans ce pays si profondément troublé.
Or, à la violence et à la persécution près, qui s'é' taient un peu ralenties, le chaos n'avait jamais été plus complet et plus profond.
Les finances étaient tombées dans un tel état de
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ao HISTOIRE DU DISECTOIBE.
ruine, qu'il semble aujourd'hui presque impossible d'y croire.
Les biens du clergé et des émigrés, valant au moins six milliards, avaient fondu dans les mains des financiers de la Révolution , avec les cloches, les calices, les reliquaires et les Madones des églises'. La planche aux. assignats s'était lassée de fonctionner; la confiscation s'était arrêtée devant la misère; le livre de la dette publique faisait banqueroute pour deux tiers; et, sans tenir compte de valeurs si immenses, consommées on ne sait comment , à quoi et par qui , les théories financières qui l'avaient pris de si haut avec les ministres de Louis XVI venaient de se liquider par une banqueroute de cinquante milliards.
> Les archives de l'hâtel de ville conservent les procès-verbaux et le récolement des matières d'or, de vermeil et d'argent, ainsi que des cloches enlevées, en 1793, dans les églises de Paris, par ordre de la Commune.
En voici quelques articles :
Il fiit enlevé, A relise de Saint-Gervais :
OrTévrerie d'ai^ent 694 marcs,
Orlévrerie de venneil ........ 1 04 marcs,
A l'église de Notre-Dame r Orfèvrerie de vermeil ou d'argent, . i ,790 marcs,
Orfèvrerie d'or < 00 marcs,
sans compter le nombre considérable de pierres précieuses, diamants, rubis, saphirs, émeraudes, peries, ornant les châsses, les reliquaires, etc.
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