LIVRE QUARANTE ET UNIÈME. S
Le pouvoir temporel de la Papauté, faible en luimême , était donc , en i 796 , à la merci du général Bonaparte, auquel le Directoire avait donné pour instructions de le renverser. Ce n'étaient pas quelques soldais italiens, commandés par des délégats, et n'ayant jamais vu le feu , qui pouvaient arrêter les phalanges de Lodi , de Castiglione et d'Arcole.
Quelle idée Bonaparte parut-il se faire de ce pouvoir temporel, en dehors des instructions du Directoire, et quel rôle lui assigoa-t-il dans les destinées de l'Italie et de la France? — Grave question , encoreà résoudreaujourd'hui;etdans la solution de laquelle l'histoire et la politique ne sauraient se dispenser de faire entrer, avec tout son poids, le sentiment d'un génie tel que le fondateur de la quatrième dynastie française.
Le pouvoir temporel n'est pas lié essentiellement à la nature et à la mission du catholicisme. Destiné à protéger et à seconder l'exercice du pouvoir spirituel, le pouvoir temporel eût été sans objet tant que l'égide des successeurs de Constantin couvrit l'Église ; mais, devenu nécessaire au moment où cette protection disparut, il naquit de l'obligation où la chute de l'empire romain plaga la Papauté de se défendre elle-même. L'ordre général, mieux, assuré dans la société moderne , contribue au maintien de la sécurité matérielle de l'Église. La formation des grands
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États a 6té au pouvoir temporel une partie de son eiRcacité, en ce sens que le gouvernement pontifical n'a plus des armées en rapport avec celles des nations prépondérantes, et cette formation semble destinée à modifier profondément le pouvoir temporel , mais néanmoins sans le détruire.
« L'élément humain, dit le savant et sage Fleury, est secondaire pour l'Église ; c'est l'instrument dont se sert l'élément divin; il peut être brisé en partie, sans danger pour la main qui le met en action. Par l'élément humain, l'Église s'empare de la nature entière, et la fait servir comme une esclave à ses desseins '. »
Jusqu'à l'année 313 de l'ère vulgaire, époque relativement tardive, où Constantin donna, par son édil de Milan, la paix, et la liberté à l'Église', le christianisme avait eu de rares moments de sécurité et de repos. Reléguée, dans le foyer de quelques familles pieuses, souvent cachée au fond des carrières et des catacombes , non-seulement sans aucune force humaine pour se faire obéir, mais n'ayant même pas le pouvoir de se soustraire aux bourreaux, l'Église
1 Fleury, Diêcours sur la raison de l'existence perpétuelle da l'Église.
^ L'édil donné par Constanlin et par Licinius est de la Bn de janvier 31 3. La clause principale est la suivante :
a II nous a plu d'ordonner purement et simplement que chacun de ceux qui ont la volonté d'observer la religion chrétienne le fasse sans être inquiété ou molesté en Tagon quelconque... Nous avons donné aus chrétiens la faculté libre et absolue d'observer leur religion , bien entendu que les autres auront la même liberté. »
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