LIVRE QUARANTE ET UNIÈME. S
seizième siècle, a donc perdu sa force de protection; et, en cas de lulle avec les grandes nations, il est comme s'il n'était pas.
C'est ainsi que le trouva Bonaparte au mois de juin 1796, lorsqu'il reçut ordre du Directoire d'envahir les Étals de l'Église.
Trois systèmes pouvaient à cette époque être, d'une manière générale et absolue, proposés el suivis envers la Papauté.
Le premier, conçu par M. de Thugut au profit de l'Autriche, après l'élection de Pie VII à Veoise, en 1 800 , consistait à laisser sortir et même à retirer la Papauté de Rome, où son pouvoir temporel ne la couvrait plus; et, en transportant son siège au sein d'une nation puissante, de faire tourner son influence morale au profit de ses nouveaux protecteurs, investis du rôle de Constantin et de ses successeurs.
Cette idée de M. de Thugut était d'un funeste exemple, car elle tentera plus tard Napoléon, parvenu au faite de sa puissance- Même lorsque le Pape, sorti de sa capitale , était conduit à Fontainebleau, la pensée de l'Empereur n'était pas hostile à la Papauté. Il ne voulait pas la détruire, il voulait la transporter en France, s'en déclarer le seul protecteur, et faire tourner au profit de l'empire français, bien près alors de devenir l'empire d'Occident, son
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S&8 HISTOIBE DU DinECTOIKE.
influence morale et religieuse ' . IL avait cru pouvoir ramener les temps de Constantin et de Charlemagne, et revendiquer pour sa couronne et pour son peuple, à l'exclusion des autres nations de la terre, l'honneur d'abriter la Papauté. Si un pareil honneur avait pu échoir à un pays autre que l'État de l'Ëglise , nul ne l'aurait mieux justifié que la France; mais la dignité du saint-siége se réunit à l'intérêt de toutes les nations catholiques pour exiger que la Papauté soit
1 Voici sur cet important sujet la peniëe intime da Napoléon , esprimée par lui-mèue , à une époque où , placé en face de l'histoire, il n'avait aucune raison de dissimuler :
K L'enlèvement du Pape (6 juillet 1809) s'était opéré sans ordres, et même il me contrariait fort. J'expédiai aui^le-chanip l'ordre qu'on fil arrêter le Pape où on le rencontrerait, et on l'établit à Savone, où on l'entoura de soins et d'égards... Il y eut une trame anglaise pour l'enlever de Savone; je le Qs tnuMporter à Fontainebleau .
I ... J'allais relever le Pape outre mesure, l'entourer de pompes et d'hommages... Paris fAt devenu ta capitale du monde cbrétieo, et j'aurais dirigé le monde religieux , ainsi que le monde politique. Hej conciles eussent été la représentation de la cbrétienlé ; j'eusse ouvert et clos ces assemblées, approuvé et publié leurs décisions, comme l'avaient (ait Constantin et Charlemagne.
»... Quel empire désormais sur tons les ptyi catboliques, et quelle influence sur ceux même qui ne le sont pas, k l'aide de ceux de cette religion qui s'y trouvent répandus I »
Au sujet de l'idée de se faire chef de la religion, comme les rois d'Angleterre et les empereurs de Russie, l'Empereur ajoutait : « Celait fort difficile; àchaque tentative, j'en voyais le danger. Je pouvais juger qu'une fois embarqué, la nation m'eût abandonné. J'ai plus d'une fois sondé l'opinion, essayé de la provoquer, mais en vain; et j'ai pu me convaincre que je n'eusse jamais eu la coopération nationale. » Mémorial ds Sainte-Hélène, t. It, chap. ii, 17 août 1816.
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