LIVRE QUARANTE ET UNIÈME
Le Direcloire avait donné pour instructions formelles au général en chef de l'armée d'Italie de détruire le pouvoir temporel de la Papauté', et La Réveillère , qui avait reçu ou pris le soin des questions spécialement relatives à l'instruction publique et au culte , attachait plus d'importance à la prise de la statue de Notre-Dame de Lorette qu'à la défaite des armées autrichiennes *.
Celte seconde manière de comprendre le rôle de l'Église catholique dans le monde , manière qui consistait à le méconnaître entièrement, comme t'avaient fait les assemblées politiques, en France, depuis le commencementdela révolution, nepouvaitconvenirà un esprit aussi élevé et aussi droit que celui de Bonaparte, car c'est précisément pctur avoir compris autrement que tous les hommes d'Élat de son temps les moeurs traditionnelles de la nation française, mœurs essentiellement catholiques et monarchiques, qu'il acquit et exerça sur la nation un prestige irrésistible, et que l'opinion publique vit instinctivement en lui les signes auxquels se reconnaissent les fondateurs de dynasties.
Bonaparte avait sur la religion considérée en ellemême , et abstraction faite de la force qu'elle contient comme principe de gouvernement, des idées simples
1 Carnot, dans sa -Béponse à Bailleitl, revendique pour lui Ja proposition de détrôner le Pape, et de donner ses États au duc de Parme, p. 100.
> Caraot, Béponse à Bailleul, p. 60.
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t6ï HISTOIRE DD DIRECTOIRE.
et droites; dans des iostructioas particulières adressées à M. de S^r , grand maître des cérémonies, au sujet du couronnement, le 3 août 1804, il disait que ta supériorité de la raison donne la foi* .
Dix. jours avant la bataille de Harengo , le 5 juio \ 800 , il avait réani les curés de Milan , et leur avait adressé ces paroles : a. Les philosophes modernes se sont efforcés de persuader à la France que la religioa catholique était l'implacable ennemie de tout système démocratique... de là, cette persécution que la République française exerça ccMttre la religion et contre ses ministres... L'expérience a détrompé les Français, et les a convaincus que, de toutes les religions , il n'y en a pas une qui s'adapte, comme la catholique, aux diverses formes de gouvernement... Moi aussi je suis philosophe; et je sais que, dans une société quelle qu'elle soit, nul homme ne saurait passer pour vertueux et juste, s'il ne sait d'où il vient et où il va. La simple raison ne saurait vous fixer là-dessus; sans la religion, on marche conllnuellement dans les ténèbres; et la religion catholique est la seule qui donne à l'homme les lumières certaines et infaillibles sur son principe et sa fin dernière *. »
Qnq jours après la bataille de Marengo, le 1 d juin, l'événement prouva à quel point Bonaparte était sincère. Le premier consul dit au cardinal Martiniana , évêque de Verceil , que son intention était de
> Corresp. tfe Napoléon I", t. IX, p. 565; 3 août 1801. ^ CoTTtsp. de NafxiUon 1", t. TI , p. iS6-7 ; 5 juin 1 800.
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