LIVRE QUARANTE ET UNIÈME
Naples, durent lui couler, car il avait offert, au début de la campagne, d'aller à Naples avec six mille grenadiers. Il consola le Directoire, en lui disant que, dépouillée de ses meilleures provinces, la Papauté tomberait toute seule-, et il savait bien le contraire , lui qui se proposait de demander à cette Papauté la réorganisation de l'Ëglise et la paix des consciences.
Comme il était naturel de s'y attendre, le traité de Tolentino était plus onéreux pour la Papauté que l'armistice de Bologne. A la perte des légations de Ferrare et de Bologne, le traité ajoutait celle de la Romagne. Les trois Légations étaient cédées à la France. L'article 8 de l'armistice, relatif aux objets d'art et aux manuscrits , était maintenu, et la contribution de guerre était portée à trente millions. Le Pape renonçait à tous les droits qu'il pourrait prétendre sur Avignon et sur le comUtt Venaissin; il indemnisait la famille de Hugon de Basville, et faisait désavouer l'acte de violence par un ministre à Paris.
L'article 25 portait que les stipulations contenues au traité étaient obligatoires à perpétuité, tant pour Sa Sainteté le Pape Pie VI, qvte pour ses successeurs ' .
Tel fut, avec quelques clauses de moindre Importance, le célèbre traité de Tolentino, signé par le cardinal Mattei, monsignor Galeppi, le duc Braschi
> Corrap. de Napoléon 7", 1. 1, p. Uiàii9; 19 février 1797.
no HISTOIBE DU DIRECTOIRE.
et le marquis Massimi, pour le Pape; par Bonaparte et M. Cacaull, ponr la Fraoce. Le traité signé, Bonaparte envoya Marmontà Borne, porteor d'une lettre respectueuse pour Pie VI ; et il écrivit an chevalier d'Azara et au prince Pignatetli, pour remercier les ronrs de Madrid et de Naples de leurs bons offices.
De ce traité, ratifié par Pie VI, résulte manifestement celte conséquence, que le souverain Pontife, agissant en sa qualité de prince temporel, se considère comme investi du droit d'adhérer, quand il le juge nécessaire, à des actes et à des circonstances qui amènent l'amoindrissement de ses États.
Des témoignages irrécusables établissent que Bonaparte , livré à ses propres inspirations, n'eût point rompu avec Rome, eût traité avec le saint-siége, comme avec le roï de Sardaigne, avec le roi de Naples et avec le grand-duc de Toscane , et lui eût laissé l'intégrité de ses États. La volonté expresse du Directoire avait amené !a prise de possession de Ferrare et de Bologne, et la guerre qui suivit l'inexécution de l'armistice amena la conquête de laBomagoe. Aux yeux de Bonaparte, le maintien de l'État de l'Église s'alliait donc avec le principe de l'indépendance de l'Italie, principe qu'il ne cessa, comme on verra, d'avoir devant les yeux, depuis le Jour oîi il mit le pied sur le sol italien.
Ainsi, en diminuant le territoire possédé parle saint-siége, Bonaparte restait persuadé qu'il n'avait
jbïGoogIc