‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 126 sur 204 · LIVRE QUARANTE ET UNIÈME. J · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE ET UNIÈME. J

déçues. Quand l'empire romain était encore debout, son territoire était si vaste, que les exilés ne ^louvaient trouver un refuge que chez les barbares et aux extrémités de la terre. Les mœurs, devenues plus douces et plus miséricordieuses, font souhaiter qu'il reste, au cœur du vieux monde, un lieu comme interdit à la politique, où les rois et les tribuns déchus puissent se rencontrer sans haine, près du Vicaire de Celui qui ne fait aucune acception de patries ou de personnes, et qui est mort pour tous.

Ainsi, l'intérêt du catholicisme, comme celui de l'ordre général , veut que la puissance spirituelle de l'Église soit garantie par la possession de l'autorité souveraine. Assurément , même à défaut du pouvoir temporel, le pouvoir spirituel de l'Église n'en serait ni moins réel, ni moins obéi, ni moins indéfectible; mais toutes les traditions, toutes les convenances , tous les intérêts des pays ou des personnes catholiques se réunissent pour conseiller et pour commander le maintien simultané de la couronne et de la tiare, dans une dynastie élective beaucoup plus vieille que la plus vieille dynastie héréditaire du monde.

Il en est de même de la conservation de Rome comme capitale de la catholicité.

Si le Pape n'était plus a Rome, il serait ailleurs; et, enquelque lieu qu'il se retirât, il y serait toujours le Pape. Mais qui ne sent que Rome, ville relevée de ses ruines par la Papauté, embellie, enrichie, illus-

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S7i HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

trée par les soins des souverains pontifes et par les dons des fidèles, ne saurait avoir raisonnablemeut d'autre destination que celle qu'elle a reçue des siècles? Quel roi sagement conseillé oserait s'asseoir sur le tr6ne des Papes? Quel peuple sagement gouverné oserait encourir, par une usurpation aussi stérile qu'imprudente, les malédictions qui, soir et matin, pendant des siècles, s'élèveraient du foyer des familles catholiques?

Mais , il faut bien le dire , si Rome et son petit territoire doivent, dans l'intérêt du catholicisme et de l'ordre général, conserver leur destination séculaù-e, c'est à la condition que l'autorité temporelle exercée par l'Église accepte les obligations inhérentes à tous les gouvernements humains, c'est-à-dire qu'elle se montre vigilante, prévoyante, habile, enfin au niveau de sa tâche et de ses devoirs.

Aucun catholique ne saurait revendiquer pour le gouvernement de l'Église le privilège honteux d'être dispensé de sagesse; et, quelques subtilités qu'on appelle à leur aide, les pouvoirs humains qui res- , tent au-dessous de leur tâche ne durent jamais longtemps.

Ce n'est pas à l'ambition ou à la vanité de telles ou telles familles romaines ou italiennes que Pépin, Charlemagne et la comtesse Mathilde ont donné les territoires de l'Église, c'est à l'Église elle-même, pour sa sécurité et pour son indépendance. Les familles et les personnes chargées d'administrer l'État

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