LIVRE QUARANTE ET UNIÈME. !7S
demandé un successeur; je ne suis plue en état de commander '. »
De tous les hommes d'Ëlat modernes qui ont été appelés, soit par la guerre, soit par la poliliqae, à voir de près les divers peuples de l'IIalie, on doit convenir que nul u'eut occasion de pénétrer plus profondément leur caractère que Bonaparte, et surtout que nul n'apporta dans celte étude de leurs mœurs et de leurs besoins plus de sympathie. Ëh bien, l'histoire est obligée de le reconnaître; Bonaparte trouva que les peuples de l'Italie étaient généralement légers, inconsidérés, peu propres, au moins de son temps, à former des gouvernements durables, et même médiocrement portés à aimer la France , malgré son appui et ses services.
Il y eut sans doute des circonstances où Bonaparte, méconnu et contrarié dans ses vues de sagesse et de prudence par des esprits exaltés, donna cours à la vivacité de son mécontentement et fit retomber sur les Italiens en général' des appréciations justiSées par quelques-uns. L'histoire doit écarter ces opinions extrêmes, impressions échappées à la colère, plutôt que jugements dictés par la raison.
Ainsi, lorsque blessé par des ambitieux, qui accusaient sa modération auprès du Directoire, il écrivait : « Vous connaissez mal ces peuples-ci... Je n'ai pas à mou armée un seul Italien, hormis, je crois, quinze cents polissons, ramassés dans les rues des différentes
' Corresp. de Napoléon /", l. III ,, p. 494.
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villes d'Italie, qui pillent et ne sont bons à rien; ne vous laissez pas imposer par quelques aventuriers italiens qui sont à Paris ' ; » Bonaparte cédait évidemment à l'irritation passagère causée par des rapports inexacts et injustes.
Ce sentiment une fois .exprimé et satisfait, Bonaparte, dans un langage calme et digne, portait sur les divers peuples de l'Italie des jugements que le temps a confirmés.
Parlant des Piémontais, il disait : « Le roi de Sardaigne, avec un de ses bataillons et un de ses escadrons de cavalerie, est plus fort que toute la Cisalpine réunie*. » L'histoire a prouvé en effet que l'armée sarde était la force la plus réelle, et même la seule force réelle de l'Italie.
Parlant des habitants des Légations et.de Venise, il disait : K La nation vénitienne n'existe pas. Divisé en autant d'intérêts qu'il y a de villes, efféminé et corrompu.. .,.le peuple d'Italie, et spécialement le peuple vénitien, est peu fait pour la liberté... Il n'a pas eu le courage de la conquérir, même contre quelques misérables oligarques. »
Et il ajoutait avec tristesse : « Je n'ai point eu, depuis que je suis en Italie, pour auxiliaire, l'amour des peuples pour la liberté et l'égalité, ou du moins, cela a été un auxiliaire Irès-faible. La bonne discipline de notre armée, le grand respect que nous avons
' Corresp. de Napoléon /■', t. III, p. *89 ; 7 octobre 4797. s /W((., p. 530; 26 oclobre 4797.
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