LIVRE QUARANTE ET UNIÈME
tous eu pour' la religion, de la justice : tel a été le véritable auxiliaire de l'armée d'Italie.
» Tout ce qui est bon à dire dans des proclamations, des discours imprimés, ce sont des romans '. »
C'était la le'foad de l'opinion de Bonaparte sur les peuples d'Italie. L'expression, plus ou moins colorée, en déborde partout.
d La révolution gagne véritablement toutes les tètes en Italie, écrivait-il au Directoire, de Goritz, le 24 mars 1 797 ; mais il faudrait encore bien dli temps pour que les peuples de ce pays pussent devenir guerriers, et offrir un obstacle sérieux '. »
Chose qui théoriquement peut sembler étrange, ces pçuples italiens, si bruyants dans la joie de leur délivrance, et qui devaient cette délivrance au sang français, semblèrent toujours à Bonaparte animés envers leurs libérateurs d'une gratitude au moins douteuse. Au nombre des motifs qui te portèrent à signer la paix avec l'Autriche, il mettait le suivant:
« L'inconvénient d'exposer des avantages certains et le sang français pour des peuples peu dignes et peu amants de la liberté, qui, par caractère, habitude et religion, nous haïssent profondément *. »
Le temps et l'expérience ne changèrent pas notablement ces idées de Bonaparte, et ils en adoucirent à peine l'expression.
» Corresp. lie Napoléon I", t. 111, p. 490; 7 octobre 1797.
* Ibid., l. I, p. Si).
3 Ibid., t. ni, p. 496; 10 octobre 1797.
!i!ïG00g[c
En 1803i aux plus beaux jours de la république Çisalpiaê, il épanchait ainsi l'amertume de sa pensée dans une lettre à l'illustre Meizi :
n Je n'ai pu voir qu'avec nue vive douleur les principaux fonctionnaires de la république exalter les tètes et provoquer toutes les passions contre la France. Tous les efforts que j'ai faits pour rendre l'Italie à l'indépendance seraient-ils infructueux? Et serait-il irrévocablemeut dans le sort de ce pays de ne jamais rien être ? Quel est le plus grand crime que puisse commettre aujourd'hui un citoyen contre la tranquillité publique? N'est-ce pas d'inviter ses com- . patriotes à payer les Français de la plus noire ingratitude?... Ce sont des conseillers d'État, des généraux italiens, qui partent de Zama et de Scipion? Mais ces parallèles, qu'on a peine à saisir, se traduisent ici (à Paris) par l'image des vêpres siciliennes, qui sont plus modernes... J'ai lieu de commencer à craindre que tous mes efforts ne soient vains, et qu'il n'y ait bien des obstacles à surmonter pour organiser une nation où je vois si peu de véritable caractère, et tant d'idées folles et insensées '. »
Le temps sembla justifier ces pensées. Lorsque le malheur s'appesantit sur l'Empereur etretira à l'Italie l'appui de sa main puissante, tous les peuples qu'il avait appelés à la liberté se laissèrent pétrir de nouveau comme une cire docile par leurs anciens maîtres. Une chance nouvelle a poussé encore une fois, qua- ' Corresp. de NapoUon /=, t. VUI, p. Î9* ; <1 nwrs «803.