‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 131 sur 204 · LIVRE QUARANTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE ET UNIÈME

rante ans plus lard, la France à leur secours. L'avenir dira comment ils ont nsé de cette faveur inespérée . ' de la fortune.

Od pourrait croire, au premier abord, que ces doutes éprouvés par Bonaparte sur le caractère et sur. la consistance des Italiens (Virent la cause qui le porta à sacrifier Venise à l'Autriche. Il n'en fut rien. Venise et l'Italie peuvent, nu jour, trouver un sérieux intérêt dans une réunion intime et nationale. A l'époque où Venise, déponilléede son autonomie, fut placée sous le sceptre de l'Autriche, cette antique nation, épuisée et corrompue, perdaitpeu de chose et pouvait gagner beaucoup.

On reprocha à Bonaparte et au Directoire d'avoir sacrifié, en livrant Venise, l'allié le plus ancien de la France , celui qui , le premier, avait reconnu la république, et surtout d'avoir rendu vains les efforts traditionnels de la France pour reléguer l'Autriche au fond de l'Allemagne, puisqu'on paraissait lui rendre beaucoup plus, en lui donnant Venise, qu'on ne lui avait ôté, en lui prenant Anvers.

Ces objections avaient plus d'apparence que de réalité.

La vieille politique de ta France contre la maison d'Autriche n'avait plus sa raison d'être, depuis que les descendants de Charles-Quint avaient perdu l'Espagne et les Pays-Bas. La rivale dangereuse de la

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tS4 HISTOIRE DU DIBECTOIRE.

France,ce n'était plus l'Autriche, c'élaill'Angleterre. . Elle le prouva bicD, en achetant à prix d'or l'Europe entière qu'elle lança quatre ou cinq fois contre nous. En acceptant les subsides de l'Angleterre, l'Autriche était déchue de son ancien rang de rivale de la France, puisqu'elle montrait par là qu'elle ne possédait pas en elle-même, comme la France, tous lés éléments de la lutte. Après avoir éloigné. l'Autricbe de notre frontière du nord, par la conquête des' Pays-Bas, il suffisait de l'en éloigner au sud, par la conquête de la Lombardie. Le traité deCampo-Formio donnait à la France ce double résultat.

L'empereur d'Allemagne espérait, il est vrai, que l'acquisition de Venise permettrait à l'Autriche de devenir puissance maritime. Cétait une illusion, que Bonaparte avait nettement aperçue et habilement exploitée. <( L'on dira, écrit-il au Directoire, que l'Empereur deviendra puissance .maritime? Il lui fiiudra bien des années; il dépensera beaucoup, d'argent, et ne sera jamais que de troisième ordre; il aura effectivement diminué sa puissance '. » Le temps a montré la justesse de cette opinion.

L'Angleterre se montra fort jalouse de la cession de Venise, et sa jalousie était naturelle '; car les nouveaux intérêts de l'Autriche pouvaient la rapprocher de la cause des neutres, patronée par la France, et la rendre par conséquent moins docile à ses

' Corresp. de Napoléon 1", t. 111, p. 97; î7 mai 1979. * Barthélémy, Mémoires, p. 59.

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