LIVRE QUARANTE ET UNIÈME. S
à la France une sécurité indispensable sur les Alpes; à la Papauté une indépendance nécessaire ^ garantie par la possession d'un État suffisant; à l'Ilalie une liberté raisonnable, et, ce qui n'est pas moins précieux, le bénéfice de la nationalité. A ce triple but, il avait sacrifié les solulions plus larges et plus absolues que rêve la théorie, mais que la pratique, plus difficile, n'accepte jamais, sans y être conviée et aidée par le temps.
Quelles que soient les solutions qui prévaudront dans les conseils de l'Europe, au sujet de ces problèmes, il n'en est pas une seule qui n'ait besoin de recevoir de la sagesse, de la modération, du bon sens des italiens, beaucoup plus encore que des congrès les plus puissants, sa virtualité et sa durée. La diplomatie peut remanier les peuples, les conspirations peuvent les troubler, les armées peuvent les subjuguer; seuls, les peuples se font eux-m^mes, à force de courage, de patience et de vertus.
L'Italie, qui n'a jamais encore possédé l'unité des institutions, même sous la domination des Onsuls ou des Césars de Rome, peut la posséder un jour. Cette unité, qui n'est pas indispensable au bien-être, à la gloire , à la force d'une nation , peut néanmoins leur être utile, mais à la condition de n'être pas payée par le sacrifice de ce qu'un pays possède de plus radieux , de plus vivace et de plus grand.
Quoique l'intuition certaine de l'avenir n'appartienne qu'à Dieu , il est néanmoins de certains résul-
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tais généraux qu'il est possible de prévoir, parce que la raison et la justice prévalent toujours à la longue. Si l'unité italienne ne sait pas se concilier avec la Papauté, elle restera une utopie.
La Papauté est, depuis la chute des Césars, le génie tutélaire de l'Italie. Sans la Papauté, l'Italie aurait, dans l'univers, le lustre de la Bavière, du Portugal ou de la Belgique. La Papauté a bâti Rome une seconde fois; elle lui a donné et elle lui maintient l'éclat qui la fait rayonner dans les deux hémisphères. Ne pas voir que la Torce, la gloire, l'intérêt fondamental de l'Italie sont dans la Papauté maintenue à Rome , c'est fermer volontairement les yeux au bon sens et à l'histoire. L'Autriche , sous M. de Thugut, la France, sous Napoléon l", ont pu vouloir enlever la Papauté à Rome : les seuls qui , en aucun temps, sous aucun prétexte, ne peuvent, dans l'intérêt de leur situation dans le monde, consentir à séparer Rome de la Papauté, ce sont les Italiens.
Pénétrés de la mesure de difficultés qui s'attachent aux choses humaines , nos pères trouvèrent les solutions résumées dans te traité de Campo-Formio empreintes d'une telle sagesse, que la i-econnaissance publique fit aussitôt de leur auteur un rival du Directoire; et celui-ci saisit l'occasion d'écarter, au moins pendant quelque temps, un conflit inévitable, en se prêtant à l'exécution d'un projet que Bonaparte avait déjà médité, pour faire de l'Egypte une colonie fran- ■
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