‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 137 sur 204 · LIVRE QUâRANTE-DEUXIÈHE. »ft · texte numérisé non relu

LIVRE QUâRANTE-DEUXIÈHE. »ft

Vargent demandé par le présent mémoire, ou si , tu i'oi^Qisatioa actuelle de notre marine, l'on ne pense pas qu'il soit possible d'obtenir cette promptitude dans l'exécution que les circonstances exigent, il faut alors renoncer réellement à toute expédition d'Angleterre , se contenter de s'en tenir aux apparences, et fixer toute son attention comme tous ses moyens sur le Rhin, afin d'enlever le Hanovre et Hambourg à l'Angleterre.

» Ou bien fairt une eœpéditian dans le Levant, qui mejuiçàt le commerce des Indes ' . »

Ces derniers mots contenaient le germe de l'expédition d'Egypte.

Le projet de conquérir l'Egypte et d'en faire une colonie française, étrange peut-être en des temps calmes, l'était beaucoup moins à la fin du dix-huitième siècle , lorsque la guerre générale renouvelait la carte de l'Europe, et remettait les limites des États en question. La même idée s'était déjà produite au dix-septième siècle, suggérée probablement par les grands changements opérés à cette époque. Leibnitz, dans un mémoire rédigé en latin , avait proposé à Louis XIV de s'emparer de l'Egypte; et ce mémoire, retrouvé en 1803 dans les archives des Pays- Bas, fut remis au premier consul à Namur, par le

' Conespondimce dt JVapoton I", t. III ; 23 février 1798.

général Mortier. Dans une lettre adressée à Cambacérès, le premier consul disait ce mémoire trèscurieux '.

L'activité dévorante de Bonaparte lui avait fait mûrir et creuser, pendant qu'il était encore en Italie, l'idée de conquérir l'Egypte. Le 16 août 1797, pendant tes préparatifs de l'expédition d'Angleterre , il écrivait au Directoire : « Les temps oe sont pas éloignés oîi nous sentirons que , pour détruire véritablement l'Angleterre, il Taut nous emparer de l'Egypte. » n appuyait encore son dessein sur une considération d'une grande portée. « Le vaste empire ottoman, qui périt tous les jours, nous met dans l'obligation de penser de bonne heure à prendre des moyens pour conserver notre commerce du Levant '. -a Toutefois, dans la pensée de Bonaparte , la conquête de l'Egypte se rattachait à la création d'établissements commerciaux dans la Méditerranée, dont faisaient partie Zante, Corfou et Cépbalonie, di^jà enlevées à Venise, et auxquelles il proposait de joindre Malle, dont la. conquête lui semblait aussi facile que nécessaire '.

Se préparant à tout événement à la réalisation de cette pensée, Bonaparte fit rechercher dans les bibliothèques de Milan, de Bologne et de Florence, tous les documents qui pouvaient l'éclairer. En même temps , et dans une lettre du 1 3 septembre 1 797 , à

' Comspùndance de NaptOém 1", t. VUI, p. 654; i août 1803.

s Ibid., t. m, p. 311 ; 16 août 1797.

» Ibid., t. m, p. 391 ; 13 septembre 1797.

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M. de Talleyrand, ministre des relations extérieures, il lui demandail, tout en lui soumellanl l'idée de conquérir l'Egypte, de prendre à Paris quelques reu-: seignements. Le gouvernement approuva toutd'abord les projets relatifs à Malle; il déclara les vues relatives à l'Egypte grandes et utiles, mais il réserva provisoirement l'examen, moins du principe que de l'exécution '.

Quant aux renseignements que sollicitait Bonaparte, il parait qu'on les trouva détaillés et décisifs dans un mémoire donné, en 1790, par Magallon, ancien consul général de Franco en Egypte, lequel, dès cette époque, avait proposé au gouvei-nement français d'en effectuer ia conquête. Michel de Niello Sai^y, officier de correspondance attaché à l'étatmajor général de l'expédiiion d'Egypte, et auteur de l'une des relations détaillées qui aient été composées sur ce sujet, a transcrit, dans son premier chapitre, un extrait du mémoire de Magallon, qu'il avait eu l'occasion de lire dans tes cartons de l'étatmajor; et cet extrait se trouve résumé, presque littéralement, dans les notes rédigées à Sainte-Hélène par lo général de Montholon, sous la dictée de l'Emdereur *.

Les motifs de la conquête étaient au nombre de

> Lettre de M. de TaUeyrand ou général Bonaparte, 23 septembre 1707. Honlholon, Mim. de Napoléon, t. V, p. 3i8.

3 Voir le mémoire, d'ailleurs un peu passionné, de Michel de Niello Sargy sur l'expédition d'Egypte, chap. t, p. 5, — et Hontholoa, Mém. de NapoÛon, t. 11, p. 21 i.

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trois : faire de l'Egypte une colonie sans esclaves , qui remplaçât Saint-Domingue ; ouvrir un débouché à nos manufactures en Syrie, et créer des entrepôts aux luarchandises des Indes à Alexandrie et au Caire, au détriment de la grande navigation des Anglais; enfin, faire de l'Egypte une sorte de place d'armes, de laquelle un corps de 60,000 hommes, composé d'Européens et d'Africains, pourrait partir pour aller, en quatre mois, sur l'indus, soulever les Maraties et enlever l'empire de l'Inde au gouvernement de la Grande-Bretagne.

Avec des idées aus^ arrêtées d'avance sur cette expédition, Bonaparte était en état d'en formuler surle-champ les conditions pratiques. Le 5 mars, son mémoire sur la conquête de l'Egypte et de Malle était prêt et remis au Directoire. II demandait de SO à 25 mille hommes d'infanterie, et de 2 à 3 mille cavaliers, sans chevaux '. Tous les arrêtés relatifs à l'oi^anisation des divers services, préparés à l'avance par Bonaparte, sont aussi de la même semaine, sinoB du même jour. Ce travail resta concentré entre le général et le Directoire, sous le titre d'armement des cétes de la Médilerranée.

Le 28 mars, il chargeait J. B. Say de former la bibliothèque de l'expédition, et il en dressait luimême le catalt^ue; le même jour, il mettait Desgenettes et Larrey à la tête du service de santé; le 2 avril, il recommandait à Monge, alors à Bome, de

■ CoTTtipondawx de NapoUon t", L IT, p. -4; « «ara 1798.

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prendre rimprimerie arabe de la Propagande ; le 5, il demandait au dépôt de la guerre les cartes anglaise du Bengale et du cours du Gange; le 1S, il recevait des mains du Directoire un arrêté qui créait, sous le commandement de Bonaparte, une armée d'Orient, et qui donnait à son chef la mission de conquérir l'Egypte, de couper l'isthme de Suez^ de chasser les Anglais de leurs possessions de la mer Rouge, et qui supprimait l'ordre de Malte; le 3 mai, il quittait Paris secrètement, après avoir signé jusqu'au S8 avril sa qualité de général en chef de rarmée d'Angleterre ; le 1 mai , il donnait encore le change à l'opinion publique , eu commençant ainsi sa proclamation de Toulon aux soldats de terre et de mer : « Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de sièges : il vous reste à faire la guerre maritime. » Enhn, le 19 mai 1798, à sept heures du matin, il levait l'ancre du vaisseau l'Orient, et il commençait l'une des plus poétiques et des plus nobles campagnes que la race gauloise, la plus guerrière et la plus civilisatrice du monde, ait jamais entreprises '.

Laissons la flotte qui porte Bonaparte et son armée vers une destination mystérieuse préoccuper la pensée de la France et de l'Europe, tromper Nelson,

' Pour M qui ctHioerne l'^de et l'abandoD de la deecenle «n Angleterre et les préparatifs de l'eipédilicn d'Egypte, voir la Correspondance âa Napoléon 1", t. III. p. 6*9 à 6&i, et t. IV, p. t 6 455.

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chargé de l'arrêler au passage , aborder et déposer en Egypte, à l'honneur du nom fraoçais, les germes d'ordre et de civilisation devenus aujourd'hui si féconds sur cette terre glorieuse ; et suivons le Directoire dans la série d'ex.pédienls, de violences et de faiblesses qui vont amener sa chute.

Le Directoire n'avait aucun principe de gouvernement. Ses membres n'avaient pour lien entre eux que la complicité des violences révolu lionnaires. Tous élaienl, à l'exception de François de Neufchâteau , à la fois régicides et thermidoriens. Au premier titre, ils étaient antipathiques aux royalistes, aux hommes d'ordre , à tous ceux qu'avaient choqués et consternés des excès demeur^'s inutiles; au second, Ils excitaient la déliance des démagogues, qui les avaient vus envoyer à l'échafaud Robespierre et Babœuf, rappeler les Girondins, et leur arracber à eux-mêmes au moins à moitié les vengeances en germe dans les deux journées de Fructidor.

Sdns point d'appui en lui-même, le Directoire en était donc réduit à puiser sa force et à chercher sa sécurité dans la rivalité de ses ennemis. Il tenait leurs colères en haleine à l'aide de persécutions périodiques, dont l'effet était de lui rattacher momentanément un parti par le sacrifice de l'autre. Ce système, fondé sur des expédients, reçut le nom, souvent appli-

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