‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 138 sur 204 · LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME. 30i · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME. 30i

que depuis lors, de système de bascule. Il avait un grand danger, dont le Directoire fit l'épreuve plus tard; c'était, en apprenant aux homnies d'ordre et aux démagogues que la justice distributive du Directoire se réduisait à l'égoïsme et à la fourberie, de leur suggérer l'idée de se réunir contre lui pour le renverser, sauf à se disputer ses dépouilles.

Le premier excès et la première faute en ce genre que commit le Directoire, après le départ de Bonaparte, ce fut l'annulation partielle des élections de l'an Vf. Cétait accomplir une seconde fois le coup d'Étal de Fructidor, sans l'excuse fort plausible qui l'avait suggéré la première, déporter les députés à l'intérieur au lieu de les envoyer à Sinnamary , enfin violer soi-même et de gaieté de cœur la constitution, au lieu de profiter, dans l'intérêt de l'ordre, d'une crise produite par la pression irrésistible des circonstances.

Le 20 germinal an VI , — 9 avril 1 798 , — les électeurs se réunirent pour remplacer le dernier tiers sortant des deux Conseils. Le Directoire publia des proclamations dans lesquelles, en rappelant aux électeurs les troubles amenés par les élections ultraroyalistes et peu sincères de l'an V , il prémunissait les citoyens contre le projet attribué à une vague conspiration de vouloir fomenter des troubles nouveaux , en introduisant dans les Conseils des ultra-démagogues. Cette exhortation aux sentiments et aux cfaoix modérés venait un peu trop tard. L'impulsion

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et les gages donnés aux espérances des révolutionnaires par la politique excessive, suivie depuis le 1 8 rructidor, aiguisait leur impatience. Sous cette iin> pression, les assemblées primaires s'ouvrirent, le 1*^ germinal an Vil, — 21 mars I79ii, — les déma> gogues se portèrent bruyamment aux réunions électorales, et les remplirent de scandales. Les Landes, la Corrèze , Vaucluse , furent agités par de regrettables tumultes. A Paris, tes électeurs dévoués au Directoire se réunirent au Louvre , et les démagogues à l'Oratoire. Il s'oi^nisa ainsi presque partout, par le démembrement du corps électoral, des assemblées scissionnaires , et chacune d'elles élut son député, de telle sorte que, dans un grand nombre de départements, le nombre des députés se trouva double du nombre légal.

En présence d'un tel résultat, fruit du désordre, un gouvernement dirigé par la justice et appuyé sur l'opinion des honnêtes gens, aurait annulé les élections doubles, résultat d'un fractionnement do corps électoral, qui ne pouvait être avoué ni par la lettre, si par l'esprit de la loi. Bien évidemment, il n'y a pas deux corps d'électeurs; s'il y en avait deux, il y an aurait cent, c'est-à-dire qu'il n'y en aurait plus.

Au lieu de blâmer ceux qui violaient la loi, le Directoire prit le parti de la violer aussi lui-môme. Dans un message adressé, le 13 Ooréal an VI, *- S mai 1798, —aux deux Conseils, il leur proposa d'épurer les élections , c'est^-dire de les valider ou

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