‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 139 sur 204 · LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME

de les invalider arbitrairemeot. C'était remplacer te corps électoral par le corps élu, et concentrer tous les pouvoirs dans les Conseils. Ceux-ci, flattés dans cet esprit de domination qui les avait fait se perpétuer sans mandat en l'an IH, acceptèrent la proposition. Les Cinq-Cents nommèrent une commission de cinq membres, qui choisit Bailleul pour son rapporteur. Bailleul , que le lecteur connaît , ne s'épargna aucune des violences de langage de l'époque; il traita fort mal les aristocrates, pour s'autoriser à traiter encore plus mal les démagogues; et, secondant les vues exposées dans le message du Directoire , it proposa l'épuration des élections.

La mesure fut votée aux Cinq-C^nts, le 19 floréal an VI , — 8 mai 1 768 ; — aux Anciens , le 22 , — 41 mai.

On n'avait vu que l'ordre public ; on ne vit pas la loi. Au moins le 18 fructidor avait eu pour cause et pour excuse une conspiration flagrante; le gouvernement s'était défendu. Ici. il n'y avait rien de semblable. Les électeurs, égarés sans doute, intimidés en beaucoup d'endroits, avaient nommé des démagogues, compromis pour la plupart dans les troubles précédents; mais enfin ces démagogues n'avaient encore à leur charge qu'un crime , qui n'en est pas un , celui de leurs opinions. Il fallait attendre leurs actes. D'ailleurs, leur élection, qu'on annulait, n'était ni plus ni moins irrégulière que celle de leurs rivaux. Le Directoire et les Conseils étaient dcmc

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d'autaot moins excusables d'avoir recours, pour écarter ces députés, à uu coup d'État sans motifs, qu'ils pouvaient arriver au même but en annulant et eu recommençant des élections dans lesquelles la loi avait été ouvertement foulée aux pieds.

Les députés exclus apportaient, eu restant hors des Conseils, beaucoup plus de force aux factions que les députés admis, eu entrant dans les Conseils, n'en apportaient au Directoire, parce que la conscience publique se range toujours à la fin du côté de la justice.

Mais il était entré dans les goûts et dans les pratiques du Direcioire de tenir égale la balance des injustices; et tout excès contre un parti était ordinairement suivi d'un excès analc^ue contre le parti contraire. Il va donc équilibrer etcompenser la mesure prise, le 22 floréal an VI, contre les démagogues, par la loi des Atages proposée , le 8 nivôse an VII , contre les royalistes.

Cette idée , propre aux temps et aux peuples barbares, d'offrir ou de donner des otages, comme garantie de la foi publique, s'était reproduite, avec quelques autres de ce genre, pendant les troubles de la révolution. Après que le décret d'arrestation des Girondins eut été rendu, le2 juin1793, une députation du département de Paris vint offrir à la Conven-

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