‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 140 sur 204 · LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME

tioD de se constituer en otages, en nombre égal à celui des députés, pour répondre de leur sûreté '. Avec l'esprit mobile et prudent qui le portait à avoir toujours un pied sur le terrain de chaque parti, Barrère entraîna le comité de salut public à proposer, le 6 juin, un projet de décret pour la création et l'envoi de ces otages', et cette idée séduisit un instant le caractère irréfléchi et prime-saulier de Danton; mais, dans la discussion qui eut lieu à ce sujet, le 8 juin, Robespierre, plus avisé, souffla quelques mots de dédain sur le projet, et tous l'abandonnèrent à l'instant même, surtout ses propres auteurs.

Des otages envoyés dans les départements eussent été la garantie de la Uberlé des Girondins; et si Robespierre s'était donné la peinede soulever toutes les sections de Paris pour les arrêter au sein de la Convention , il fallait être bien naïf pour s'imaginer que c'était avec l'intention de les rendre.

C'est cette vieille idée que le Directoire élait allé chercher dans les archives de la Convention , pour en faire une arme odieuse et terrible contre les malheureux départements de l'ouest et du midi, déjà si cruellement éprouvés. Toutefois, dans son message du 8 nivôse an VII, — 28 décembre 1798, — le Directoire s'était borné à demander au conseil des (^aq-Cents un moyen de créer une nouvelle responsa~ bilité des communes. L'idée sommeilla jusqu'au mois

' Moniteur du 5 juin 1793.

* Ibid., 9 juin 1793.

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de juillet SBivant; c'est alors que Brichet, député de Maine-et-Loire au conseil des Cinq-Cents, la réveilla pour eo faire sortir une nouvelle loi des suspects encore plus terrible que la première. Mais ajournons jusqu'à sa date cette nouvelle et fatale violence faite 3 la conscience put^ique, et de nature à faire haïr la révolution des citoyens les plus paisibles, et racontons les événements qui étalaient la faiblesse mal dissimulée du Directoireetprésageaientsachuteprochaiae.

A l'époque même on avait lieu le renouvellement du tiers sortant dans tes Conseils, le sort éloignait François de Neofcbàteau du Direclcûre, où il était remplacé par Treilbard, alors l'un des commissaires français aux conférences de Rastadt.

Tr^lhard appartenait, comme Portalis, Merlin et Camliacérès, à cette forte et laborieuse génératico de jurisconsultes , que les Parlements avaient préparés aux travaux de la Révolution. Comme ils avaient vécu hors des affaires, et s'étaient complns dans des habitudes de Fronde, ils exagéraient, en général , les vices de l'ancien régime, et ils s'étaient acharnés à. sa destruction. Ils avaient apporté dans le gouvernement plus d'aptitude que de coup d'ceil. C'est pour cela qu'après avoir foit tant de butes, lorsqu'ils étaient au timon de l'Étal, ils devinrent des conseillers ou des ministres ai remarquables, lorsqu'ils se trouvèrent dirigés et contenus par te g^tie éminemment politique de Napoléon.

Jean-Baptiste Treilhard était né à Brives, en. 174S.

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Venu à Paris, il appartenait an Parlement dissous par l'énergique chancelier Manpeou. Il entra alors dans l'administration de la Ferme générale; mais lorsque Loais XVI eut rétabli les anciens magistrats, Trei- Ihard reprit sa place au barreau.

Il s'y était assez distingué pour mériter, en 4739, d'être envoyé par le tiers état aux États Généraux. Il fut de ce groupe, un peu janséniste, qui fit prévaloir la constitution civile du clergé. Préfiident du tribunal civil de la Seine, sous la Législative, il entra a la Convention comme député de Seine-et-Oise, et y siéga dans ce qu'on appela le Marais. Il fut du comité du salut public , mais dès sa formation et a sa fin, c'est-à-dire avant et après la Terreur.

Élu au conseil des Cinq-Cents , il en avait utilement et largement partagé les travaux, lorsqu'il fut successivement nommé membre de la légation chargée de négocier à Lille, ministre de la république à Naples et négociateur à Rastadt.

Entré plus tôt au Directoire, avec son acquis et sa vigueur , Treilhard y aurait joué un rôle important. Sa mauvaise chance voulut qu'il y fût nommé par le parti de Meriin au moment même où ce parU , usé aux afifaires qu'il dirigeait depuis l'an III, et compromis par ses victoires, allait succomber sous le poids d'une coalition en voie de se préparer, et dont les élections de l'an VII et la sortie de Rewbell précipitèrent la format^OD.

Le blâme que l'annulation des élections de l'an V

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avait attiré sur le Directoire et sur les Gioseils fut assez général et assez vif pour empêcher le retour des mêmes violences en l'an \1I. La majorité se prononça pour le respect des décisions du corps électoral; le Directoire s'y soumit, quoique les choix du mois de mai 1799 ne fussent pas sensiblement différents, dans leur esprit, de ceux qu'on avait repoussés l'année précédente.

La fermeté avec laquelle la majorité s'était prononcée sur cet objet important avait enhardi les Conseils et affaibli le Directoire. La pensée d'une coalition entre les partis extrêmes contre le groupe dont Merlin était l'àme, née avec les griefs que chacun d'eux nourrissait contre lui, màrit tout à coup et put èlre réalisée grâce à la sortie de Rewbell , qui affaiblissait le triumvirat formé par lui , Merlin et La Réveillère, unis dans une commune politique.

Le scrutin qui exclut Rewbell eut lieu le 20 floréal an VU, — 9 mai 1799. Le lendemain commencèrent les opérations destinées à lui donner un remplaçant. Elles n'eurent aucun résultat, aucun des candidats n'ayant réuni la majorité. Les scrutins se poursuivirent ainsi pendant cinq jours , ballotan t , sans pouvoir les élever au niveau du siège directorial, les noms du général Lefebvre, de Gohier, de Charles Lacroix, des contre-amiraux Lacrosse et Martin , du général Moulins, de Lambrechis et de quelques autres moins connus. Pendant ces hésitations, les^nciens constituants, amis de Sieyès, pressentis par les jacobins

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