LIVRE TRENTE-TROISIÈME. Ï
Oq pouvait donc se dire , et l'on se disait eo efiel, dans toute la France, que la Révolution ne serait finie que le jour où, en respectant l'ordre général et en obéissant aux lois, l'émigré aurait la faculté de revenir dans sa famille et le prêtre dans son église.
Le désir de la paix était universel et profond.
Il y avait encore, pour la Révolution, une condition à remplir pour être close : c'était de réconcilier la France avec l'Europe, et de rétablir la paix générale. La guerre est souvent une impérieuse nécessité, qu'il faut hardiment subir; mais enfin un accord final en est le but naturel, et l'entretien permanent des armées n'a même d'autre objet que d'imposer aux agresseurs, et de rendre la paix plus certaine et plus durable.
Ce n'était pas d'ailleurs une médiocre préoccupation pour tous ceux auxquels leurs principes ou les intérêts, nés de la société nouvelle, faisaient désirer le succès définitif de la Révolution, de la voir indéfiniment subordonnée au résultat d'une campagne ou d'une bataille. Venue en 1815, l'invasion trouva' les institutions nées de la Révolution irrévocablement établies; venue en 1797, elle en eût trouvé .les germes à peine éclos, et les eût écrasés sous les pas de ses armées.
C'est précisément au mérite de rassurer par ses victoires tous les intérêts nés de la Révolution,
contre le danger d'uDe invasion étrangère, que le général Bonaparte dut une partie de son immenee popularité; maie le Directoire ne s'était jamais montré assez grand dans la guerre, pour rien ôter de sa vivacité au désir général et profond de la paix.
Il y avait même, pour le Directoire, s'il avait été intelligent ou sincère , un motif bien plausible de travailler à la paix, générale ; c'est que le motif qui avait amené la guerre n'existait plus.
Fox, qui ne savait qu'imparfaitement l'histoire intime de la Révolution française , pouvait , dans sa lutte violente contre Pitt, dire à la cbambre des Ckimmunes, le 21 janvier I79i, que « la Prusse et l'Autriche avaient attaqué la France par l'unique raison que les Français voulaient se donner un gouvernement à leur gré, et que le manifeste du duc de Brunswick devait être regardé comme le signal du massacre et de la guerre générale'. L'bisloire de notre révolution, écrite si légèrement, même en France, a répandu et accrédité cette tradition, qui n'a pourtant aucun fondement sérieux. Les membres du Directoire n'ignoraient pas qu'au début de la pre- ' mière coalition, en 1792, l'agression était venue de la France; et Fox lui-même eût pu savoir que, loin d'avoir été le signal de la guerre générale, le manifeste du duc de Brunswick fut donné trois mois sçi^ lement après que le gouvernement français avait d^à déclaré la guerre.
p du s février 179i.
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