LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME
partis qui agitaient sans cesse te pays. La violence de ta tutte engagée contre le Directoire pouvait seule aveugler assez les Conseils pour leur faire considérer la liberté de la presse comme indispensable à cette époque au repos de la France.
Le motir rais en avant par Bertrand du Calvados , et accepté par Français de Nantes, dans un discours prononcé au conseil des Cinq-Cents, le â3 prairial an VII, — H juin 171*9, — montre assez que cette discussion sur la presse était encore une arme de guerre. <( Quand les routes, dit-il, sont infestées de voleurs, et que les voleurs ne sont pas réprimés, il faut allumer les réverbères. Les réverbères de l'ordre social, ce sont les journaux libres '. » Boulay de la Meurthe, plus politique, fonda son opinion sur la nécessité de renfermer les pouvoirs du Directoire dans le cercle de la constitution; et il proposa d'abroger l'article 35 de la loi du 1 9 fructidor, ce que le conseil des Cinq-Cents adopta à l'unanimité '.
Ce coup était le plus rude que les Conseils pussent porter au Directoire. En lui ôtant la dictature qu'il exerçait sur la presse, on la tournait contre lui. La proposition de Boulay était sans doute bonne en ellemême, mais il aurait fallu qu'en enfermant le Directoire dans la constitution, les Conseils n'eussent pascu l'intention d'en sortireux-mémes. C'est ce qu'ils furent entraînés à faire, sur la propre demande de Boulay.
' Jfoniieur du Î9 prairial an VU — 17 juin 1799. * Ibid., 1" messidor an Vil — !9juin 1799.
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Il avait proposé et fait accepter par le roD(«il des Cinq-Cents, le 17 prairial, — 5 juin, — un message au Directoire, demandaul qu'il fût donné aux Conseils des renseignements sur les périls de la situation extérieure et sur les causes de l'inquiétude et de la fermentation à l'intérieur '. Demander à être éclairé sur cette fermentation et sur ces périls, c'était leur donner une constatation officielle, et ajouter ainsi à leur gravité. Entraîné par l'agitation qu'il fomentait lui-même, le conseil des Cinq-Cents adopta encore, dans la même séance , une adresse aux Français, qui était en réalité une accusation directe dirigée contre le Directoire et l'inauguration de l'anarchie.
On disait dans cette adresse que « tes r^résenlants du pays ne pouvaient plus se renfermer dans le silence sans crime et sans ajouter aux périls déjà si grands; qu'il était temps que les impositions fussent payées, les perturbateurs comprimés; que les agents du Directoire, accusés de dilapidations et de rapines, fussent placés sous la main de la justice; que les nuées de vautours qui suivaient les armées et qui assiégeaient les avenues des caisses fussent chassés; enfin, que la responsabilité des agents exécutifs fût organisée; que les comptes des ministres fussent publiés et sévèrement examinés; enfin, que la sûreté des personnes et des opinions fAt assurée par les lois ^ »
> Moniteur dn *9 prairial »n Vil — 7 jwn *799. a Ibid.
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Oq ne pouvait pas dire mieus et plus claireoient qu'il n'y avait pas alors de gouveroement; car si tous ces désordres étaieot réels, si toutes ces garanties étaient absentes , 4 quoi servaient donc les pouvoirs publics?
Onze jours après ce message et cette adresse, le Directoire ne s'était pas encore expliqué. A la séance - du conseil des Cinq-Cents du 3S prairial, — 16 juin, — Poulain-Grand pré , député des Vosges-, organe de toutes les commissions réunies, expose l'aflIictioD et l'inquiétude que répand dans l'opinion publique le silence du 'Directoire; il propose de le mettre en demeure de s'expliquer par un message nouveau et plus pressant encore; et il demande que le Conseil se déclare en permanence jusqu'à ce que la réponse du Directoire lui soit parvenue. Ces deux, mesures, évidemment concertées , sont adoptées aussitât. Sur la motion de Savary, député de l'Eure, le conseil des Anciens se déclare également en permanence. A sept heures du soir, le Directoire annonce par un message qu'il est en permanence, comme les Conseils, et qu'il transmettra, dès le lendemain, les renseignements qu'on attend de lui '.
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.L'attitude seule des Conseils et du Directoire était le signe d'une crise imminente. La plus grande ré-
1 Moniteur au t messidor an Vli — SO juin 1 799.
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serve dans les paroles, l'esprit de conciliation et de paix auraient pu seuls la conjurer, si elle avait été le résultat d'un conflit accidentel et involontaire ; mais comme cette crise était préméditée et concertée, elle sera accompagnée, au contraire, de toutes les violences de paroles et de mesures quidevaienten rendre la solution fatale et immédiate.
L'annonce pour le lendemain des explications du Directoire semblait à quelques-uns un apaisement au moins relatif. Quelques membres des Cinq-Cents proposèrent la levée de la permanence. Carreau, député de la Gironde, s'y opposa, alléguant les dangers de la patrie. Briol, député du Doubs, ajouta : « Ou annonce un grand danger. . . le moment est arrivé où tous nos efforts sont nécessaires... Au nom des dangers de la patrie et de votre propre conservation, ne vous séparez pas , et soyez prête à prendre toutes les mesures que les circonstances pourraient exiger ' . » Et comme si les attaques du Directoire avaient été trop lentes à arriver, les Cinq-Cents se résolurent, sans plus tarder, à prendre l'initiative. A onze heures du soir, Bergasse de Laziroule, député de l'Ariége, proposa, au nom de toutes les commissions réunies, d'annuler la nomination deTreilhard au Directoire, en se fondant sur ce motif qu'il ne s'était pas écoulé une année entre la cessation de ses fonctions et son élection. L'annulation fut décidée à l'unanimilé. A
■ Moniteur àa S messidor an VII — SOjuin 1799.
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