LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME
uDe heure du matin, le conseil des Anciens sanctionnait cette mesure '.
Enfin parut le message du Directoire. Il parvint aux Conseils à une heure de l'après-midi, le 29 prairial — 17 juin. Le fond et la Tonne en étaient fort agressifs, et dépassaient de beaucoup, comme on verra, la mesure d'énergie que le Directoire, déjà démembré, était disposé à montrer.
Le Directoire convenait de tout; il avouait les inquiétudes publiques, le désordre de l'intérieur et la désorganisation des armées; mais il rejetait la responsabilité de tous ces maux sur les Conseils. La pénurie des finances arrêtait la réorganisation des troupes; le tableau, trop souvent étalé à la tribune, des défaillances du gouvernement, enhardissait les ennemis; et le dissentiment visible des grands pouvoirs faisait la force des factions.
Abordant enfin résolument les bruits de coup d'Ëtat, le Directoire n'hésitait pas à dire que la rumeur publique en attribuait autant la pensée aux Conseils qu'au gouvernement lui-même.
« On a osé, disaitril, annoncer des attaques, prédire des forfaits, faire craindre pour la constitution et pour les membres des autorités qu'elle consacre. Le Directoire exécutif a été assailli, à plusieurs reprises, de menaces qui lui revenaient de toutes parts, et qu'on se permettait de tirer de ta source ta plus auguste. 11 n'a pas ajouté foi à ces détestables inven-
1 Moniteur du S messidor an VII — SO juin 1199.
jbïGoogIc
tions; mais il ne dou(e pas qu'on ait cherché de môme à insinuer, de sa part , l'idée de quelques représailles. Il saisit avec empressement cetle occasion éclatante de démentir des impostures '. »
Ce mot d'imposture retombait de tout son poids sur les Conseils, qui avaient publiquement cru, on feint de croire aux projets violents du Directoire. D'un autre côté, il était difficile de ne pas reconnaître que le Corps législatif, témoin de tout depuis l'établissement de la Constitution, avait sa part sérieuse de responsabilité dans les maux du pays, qu'on faisait si grands. Si ta lutte s'était arrêtée là, l'avantage n'eût pas tourné peut-être au profit de ceux qui l'avarenl provoquée. Il fallait donc que les Conseils ajoutassent encore à leurs tort^, s'ils voulaient avoir définitivement raison. Ils ne tardèrent pas à s'y résoudre.
Les commissions réunies du conseil des Cinq-Cents firent, séance tenante, leur rapport sur le message du Directoire. Les excès de langage, familiers à cetle époque, trouvèrent leur place dans la discussion.
Bertrand, député dn Calvados, accusa le Directoire d'avoir cherché à avilir la représentation nationale, et assassiné moralement les républicains; il lui reprocha les dilapidations, les concussions, la tyrannie ' de ses agents , dont il porta les noms h la tribune , et il termina sa violente sortie en sommant, au nom des
• Moniteur du 3 messidor an Vil — 8) juin 1799.
jbïGoogIc