‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 16 sur 204 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME. S · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME. S

passion polUique, comme toutes les autres, est prompte à embellir ce qui la (talte; mais l'évéuement ne tarda pas à prouver que l'empereur d'Allemagne el le roi de Prusse , s'ils étaient disposés à veiller sur leurs propres Éiats, l'étaient fort médiocrement à s'ingérer dans le gouvernement intérieur de la France.

En effet, lorsque Louis XVI eut franchement accepté la Constitution , par son message du 1 3 septembre 1791 , el déclaré qu'il prenait l'engagement <( de la maintenir au dedans et de la défendre contre les attaques du dehors ' » , toutes les appréhensions de ses alliés durent disparaître et disparurent; car comment l'empereur d'Allemagne et le roi de Prusse auraient-ils pu raisonnablement se lancer dans une longue et redoutable guerre , pour renverser , en faveur de Louis XVI , un régime que celui-ci déclarait solennellement vouloir maintenir?

Aussi , lorsque les princes frères du roi , poussés par leurs propres sentiments et par ceux de la noblesse émigrée , envoyèrent M. de Vaudreuil à Vienne, vers la fin d'octobre 4791, pour se plaindre de ce que les déclarations de Pilnitz n'avaient eu encore aucune des suiira qu'on en avait espérées , le prince de Eaunitz lui répondit que les résolutions des deux souverains, conditionnelles de leur nature, devaient être considérées comme non avenues; et, en effet , l'ordre fut envoyé par la cour de Vienne au

' Moniteur du 44 septembre 179!.

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gouvernement des Pays-Bas d'interdire les enraiements des réfugiés français, de surveiller sévèrement leurs discours et leur conduite, et de les punir même, s'ils violaient ces ordres, comme coupables de lèsehospitalité et perturbateurs du repos public ',

On voit qu'à )a fin de l'année 1 791 , et malgré les conférences de Pilnitz, les puissances du Nord étaient fort éloignées de vouloir faire ta guerre à la Révolution française.

A cette même époque, les meneurs des Jacobins avaient déjà résolu de lancer la Révolution dans une guerre contre l'Europe.

Quant à la loyauté de Louis XVt , elle était complète.

En acceptant la Constitution le 1 3 novembre 1791 , Louis XVI était sincèremeut résolu à la maintenir et à la faire respecter.

Dès le H , il écrivait à Monsieur, comte de Provence : « La Révolution est finie, la Constitution est achevée, la France la veut; je la maintiendrai. Croyez-moi, mon frère, repoussez les doutes qu'on voudrait vous donner sur ma liberté... Votre place est auprès de moi; votre intérêt, vos sentiments vous conseillent également de venir la reprendre. Je vousy invite, et, s'il le faut, je vous l'ordonne'. »

1 Moniteur du S décembre 1794.

3 Moniteur du 15 Dovembre 1791.

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Le même jour, il écrivait au comté d'Artois : « La tranquillité publique et mon repce personnel sont intéressés à voire retour. Vous ne pourriez prolonger une conduite qui inquiète la France, et qui m'afflige, sans manquer à vos devoirs les plus essentiels. Ëpargnez-moi le regret de recourir à des mesures sévères contre vous '. »

Et comme témoignage de sa ferme volonté, de dé- Tendre, au besoin, contre l'étranger, les institutions nouvelles de la France, le roi faisait annoncer à l'Assemblée le 14 décembre, par M. de Narbonne, ministre de la guerre , l'envoi aux frontière» de cent cinquante mille hommes, divisés en trois armées, sous les ordres de La Fayette, de Rochambeau et de Luckner '.

Louis XVI était donc sincère , et il voulait la Constitution de 1791 ; mais les factions ne l'étaient pas, et elles voulaient empêcher la Constitution de 1 791 de s'affermir.

Quoique le Club des Jacobins n'eût pas encore, à celte époque, l'irrésistible suprématie que lui donna la révolution du 1 août i 792 , dont il fut le foyer, son influence était déjà immense, et elle pesait énergiquement sur l'Assemblée. Brissotet le parti auquel il donna son nom y dominaient. Robespierre, Danton, Marat et Camille Desmoulins, qui appartenaient au Club des Cordeliers, y venaient discuter quelquefois

' Moniteur du 15 novembre 1794, * Moniteur du 46 décembre 1794.

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3i HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

les questions à l'ordre du jour, mais n'y exerçaient pas la redoutable prépondérance qu'ils y acquirent l'année suivante.

La question de la guerre extérieure fut posée et débattue au Club des Jacobins, au commencement de décembre 1791. Brissot y lut un discours dans lequel il présentait la guerre comme nécessaire. C'était l'opinion des Girondins, qui, avec plus de ménagements, avaient déjà sondé les esprits à l'Assemblée législative.

Parmi les motifs qui poussaient Brissot et ses amis à faire déclarer ta guerre, les uns étaient publics, les autres secrets. Voici les premiers.

Dans un discours empreint des violentes déclamations de l'époque , où il disait aux tribunes, en lisant son manuscrit : « N'applaudissez pas, n'applaudissez pas 1 respectez mon enthousiasme , c'est celui de ta liberté! » Isnard avait demandé, le 29 novembre, qu'on déclarât la guerre aux despotes '. A la suite de cediscours, dont l'effet fut immense, l'Assemblée vola une adresse au roi, proposée par M. de Vaublanc, et dans laquelle Louis XVI était invité à demander à l'empereur et aux princes de l'Empire de retirer tout appui aux émigrés.

Le roi n'hésita pas devant ce vœu, et il apporta

■ Moniteur du 16 décembre 179J.

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