LIVRE QUABANTE-TROISIÈME
soir, la première division élail à terre, et, à deux heares du matin, Bonaparte, entouré de son étatmajor et brisé de fatigue, goûtait quelques heures de sommeil sur le sable, avant de marcher sur Alexandrie.
L'Egypte obéissait depuis 17S3 à Ibrahim et à Mourad, qui s'étaient substitués aux autres beys. Ibrahim avait le civil, et Mourad le militaire. Le fond de la population était arabe. Elle possédait, en 1798, environ 2,800,000 habitants, parmi lesquels 60,000 mameloncks, d'origine circassienne, dont 6,000 armés; 200,000 Turcs, spahis on janissaires, humiliés sous le joug des mameloucks, et 1 5,000 Gophtes. Le reste comprenait des Juifs , des Grecs et des Francs.
Le 2 juillet au soir, Alexandrie était an pouvoir de l'armée française. Cinq jours furent donnés an repos et à l'organisation des services. Le 7, Bonaparte quitta Alexandrie, dirigeant ses forces sur le Caire, partie par voie de terre, partie à l'aide d'une flottille qui remontait le Nil.
Après treize jours de marche, qui furent comme le rude apprentissage du désert, l'armée arriva, le 91 au matin , en vue du Caire. C'est là que Mourad et ses mameloncks avaient résoin de jouer le sort de TÉgyple. En effet, qui possède le Caire possède le cœur de l'Egypte. Au sommet de l'angle où le Nil se bifurque, on domine le Delta, et l'on se trouve à l'entrée de la riche vallée qui fonne la haute Egypte.
jbïGoogIc
L'armée avait livré, le 13 juillet, )e combat de Cbobrakbyt , et constaté sa supériorité sur ses nouveaux ennemis.
C'est vers deux heures et demie que les cinq divisions se trouvèrent en présence d'environ quatre mille mameloucks, commandés par vingt^trois beys sous les ordres généraux de Mourad, et en face du camp retranché d'Ëmbâbeh, armédeplusdesoixante pièces de canon. Â l'horizon du champ de bataille se dessinaient les pyramides.
Mourad fit charger bravement les divisions Desaix etReyhier, au moment où elles s'ébranlaient pour lui couper la retraite de la haute Egypte; mais la furie des mameloucks vint se briser contre les carrés de l'infanterie française, dont les feux réguliers couvrirent le sable de cadavres. Les divisions Vial et Bon , qui s'étaient interposées entre les mameloucks et le camp d'Embâbeh, furent chaînées à leur tour, avec la même intrépidité, par la cavalerie restée jusqu'alors dans les retranchements; mais ces cavaliers brillants et audacieux, devant lesquels fuyaient les Arabes, se brisèrent, comme leurs camarades, contre la muraille des baïonnettes. Le camp retranché fut enlevé; la plupart des beys restèrent sur le terrain, avec environ deux mille mameloucks d'élite; et Mourad, reUrédans la haute Egypte, dut y subir, après la bataille de Sédiman, gagnée le 7 octobre 1798 par Desaix, la perte de son pouvoir et !e joug de la domination française.
jbïGoogIc