LIVRE QUARANTE-TROISIÈME
Le 31 juillet au soir, l'armée s'établit au Caire. L'Egypte était virtuellement conquise ; Bonaparte s'occupa immédiatement de l'administrer. Dans une dépêche adressée au Directoire, à la date du 21 octobre 1798, le général en chef résumait ainsi cette situation : « L'armée s'habille, se repose; les équipages d'artillerie se forment; nos fortifications s'élèvent, et le pays s'organise '. »
Sauf quelques combats de peu d'importance, livrés pour compléter la soumission du Delta, ta fin de l'année 1798 fut employée à donner à l'Egypte une bonne et régulière administration. A l'aide des savants qu'il avait joints à son expédition, Bonaparte créa, le 22 août, l'Institut d'Egypte, dont les travaux, publiés plus tard, ont été si justement admirés. Il traversa lui-même le désert, visita et fortifia Suez, reconnut le tracé de l'antique canal qui joignait la mer Rouge à la Méditerranée, et fît dresser la carte des eaux et des provinces. Aux yeux de Bonaparte, l'Egypte était dès lors une colonie française, dont, avec des soins et de l'énergie, aucune puissance ne pourrait nous enlever la possession.
Le cours de ses travaux fut toutefois allligé par un grand désastre. La flotte française fut presque eotiè-
■ Correiponâance de Napoléon I", 34 octobre 1798, t. Y, p. 110.
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370 HISTOIRE DU DIBECTOIRE.
rement détruite par Nelson, le 1" août, sur la rade
d'Aboukir.
Le 3 juillet, deux jours après son débarquement, Bonaparte, prévoyant le retour de la flotte anglaise , avait ordonné à l'amiral Brueys de sonder la passe d'Alexandrie, d'y faire entrer son escadre, et, dans le cas où le chenal ne serait pas praticable aux. vaisseaux de 74, de se retirera Gorfou '. Obsédé de celle idée, il renouvelait ses -ordres à Brueys par de nouvelles dépêches du Caire , après la bataille des Pyramides*. Par un oubli inconcevable de la plus vulgaire prudence , el, malgré les ordres de Bonaparte, Brueys alla mouiller à Aboukir, et il y était encore le V août , un mois jour pour jour après le débarquement de l'armée, lorsque, vers deux heures de l'après-midi, on signala la flotte anglaise.
Les détails du combat naval d'Aboukir sont connus. De nos treize vaisseaux, six furent pris par l'ennemi et deux furent brûlés. De nos quatre frégates , deux furent coulées. Les amirauxn'avaientpas voulu entrer dans le port, dont l'entrée avait été néanmoins reconnue praticable. Ce fut une faute bien regrettable, mais héroïquement réparée par une mort glorieuse.
Jl était naturel que Bonaparte s'attendit à un effort tenté par le gouvernement ottoman pour recouvrer, l'Ëgyple. Il avait à craindre ou le débarquement
' Correspondatioe de Napoléinl", îjuilteH798, t. IV, p. 275, "Ibid., t. IV, p. 387.
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LIVBE QUABANTE-TBOISIÈME. 371
d'une armée turque, portée par une escadre anglaise, ou l'attaque d'une armée de terre, débouchant par la Syrie.
Cette pensée lui sucera une expédition ayant pour objet de prévenir ce dernier danger, en s'emparant des points fortifiés et des ports de la côte orientale, depuis El-A-Rich jusqu'à Saint-Jean d'Acre.
L'expédition fut prête et partit vers le milieu du mois de février 1799. Elle se signala successivement par la prise d'EI -A-Rîch , de Gaza et de Jaffa , el par une suite de combats brillants livrés avec succès, à Qaquoun, Hayfa, Nazareth, Cana, et au pied du Mont-Thabor. I/attaque dirigée contre Saint-Jean d'Acre échoua, faute d'artillerie de siège, malgré les prodiges de valeur qu'y firent nos soldats. L'expédition n'atteignit donc pas complètement son but; mais elle eut pour résultat de faire disparaître toute pensée d'une invasion turque par la Syrie.
Bonaparte leva le siège de Saint-Jean d'Acre le S7 mai, et l'armée rentrait au Caire le 14 juin. Dans des états de situation qu'il envoyait au Directoire, à cette époque, on voit que l'armée expéditionnaire n'avait perdu, depuis le débarquement, que 5,344
Un mois après la rentrée de Bonaparte au Caire, une armée turque était jetée sur la côte d'Aboukir. Bonaparte fondai t sur elle avec sa rapidité habituelle; et, te 23 juillet 1799, en quelques heures, cette armée
' Correspondance de Napoléon l", l. V, p. BM.
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était jetée à la mer ou détruite par la cavalerie de Murât.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'Egypte était eouquise; elle s'organisait, se forliBait; et la présence de Bonaparte y était bien moins nécessaire qu'en France. Déjà, dès le 7 octobre 1798, trois mois à peine après son débarquement, il écrivait au Directoire :
u Lorsque je saurai le parti définitif que prendra la Porte, et que le pays sera plus assis et nos fortifications plus avancées, ce qui ne tardera pas, je me résoudrai à passer en Europe; surtout, si les premières nouvelles me font penser que le continentn'est [Kiint encore pacifié.
» Nous ne manquons de rien ici , et nous sommes pleins de force , de santé et de gaieté ' . »
Au moment même où l'année allait se diriger vers la Syrie, il annonçait de nouveau son prochain départ pour l'Europe :
« Si, dans le courant de mars, disait-it, le rapport du capitaine Hamelin se confirme, et que la France soit en armes contre les rois, je passerai en France '. »
La bataille d'Aboukir fit disparaître tout danger sérieux du côté de la Turquie; et dès que les premières nouvelles reçues d'Europe lui apprirent les dangers de la France , il accourut à son secours.
' Correspondance de Napoléon I", 7 octobre 1798, t. V, p. 56. a Ibid., 10 février 1799, t. Y, p. *03.
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