LIVRE QUARANTE-QUATIIIÈME
H Fréjus du général Bonaparte. Bodin des Ardennes csl au Direcloire; îl est ivre de joie; je lui dis: Avec cet homme-là, je risque tout'. » Telle élaiten effet la confiance que l'habilelé et la fermeté de Bonaparte inspiraient à tous les partis.
Les amis communs de Sieyès et du général eurent bientôt fait accepter par chacun d'eux la pensée de se rapprocher et de s'entendre. Bonaparte fit la première démarche, ainsi que le voulaient son âge et la )iaute situation de Sieyès. Celait le 8 brumaire, — 30 octobre ', — dis jours avant l'événement. Le général avait dîné chez Barras. Celui-ct, affeclant un grand dégoAt du pouvoir, et essayant de prendre Bonaparte pour dupe, avait dit: « La république périt; rien ne peut plus aller; lo gouvernement est sans force; il faut faire un changement, et nommer Hédouville président de la république. Quant à vous, général, votre intention est de vous rendre à l'armée; et moi, malade, dépopularisé, usé, je ne suis plus bon qu'à rentrer dans la classe privée *. »
Napoléon , ajoute Gourgaud , regarda fixement Barras sans lui répondre. Celui-ci baissa les yeux et demeura interdit; ta conversation finit là. Le moment de prendre un parti était venu. Bonaparte quitta les appartements de Barras, et descendit chez Sieyès,
' Comte ào Cornet, Notice historique sur te DirectotTe, p. ?. ' Napoléon lui-même a donné cette date dans ie§ Mémoires rëdigéa par le général Gourgaud, 1. 1, p. 69. 3 Gourgaud, Mémoires de Napoléon, 1. 1, p. 69.
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avec lequel il eut un entretien particulier, lis s'entendaient par avance. Bonaparte confirma à Sieyès sa résolution de marcher avec lui et avec la majorité du Conseil des AncieDS ; et, sans rien préciser encore ni sur l'étendue des changements à faire , ni sur les moyens à employer, on convint que, du 1 5 au 20 brumaire , les desseins ultérieurement arrêtés pourraient être mis à exécution.
Rentré chez lui, Bonaparte y trouva Fouché , Rœdérer, Real et M. de Talleyrand, auxquels il raconta simplement, et sans qu'aucun mouvement de physionomie pà t faire deviner sa pensée, sa conversation avec Barras. Real et Fouché, amis du directeur^ augurèrent mal de sa malhabile dissimulation , et allèrent lut porter leurs impressions. Barras, comprenant le danger, se rendit le lendemain matin, de très-bonne heure, chez Bonaparte, qu'il trouva au lit. Il revint sur son langage de la Veille, en disant que ses paroles avaient peut-être trahi sa pensée ; il ajouta que Bonaparte pouvait seul sauver la république; et il pria le général de compter sur son concours , s'il méditait quelque chose, protestant de remplir avec énergie le rôle qu'on lui réserverait.
Bonaparte paya, comme on dit. Barras en sa monnaie; il parla de sa santé, du climat sec de l'Arabie, de l'atmosphère humide de Paris, des fatigues qu'il éprouvait, et du repos qui lui était nécessaire. Barras ne s'y trompa pas : il se vit écarté et perdu.
L'attente d'un changement, espéré des uns, re-
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