LIVRE TBENTB-TKOISIËHE
aux efforts des Girondins pour la faire éclater. La vérité nous oblige à dire que les raisons alléguées al(»^ par les futurs Montagnards étalait excellentes, et que, si on les avait écoutées, elles auraient épargné à la Révolution bien des excès , à la France et à l'Europe un quart de siècle de luttes et de malheurs.
. Les motifs mis en avant par Brissot étaient par eux-mêmes si peu solides, que ses adversaires n'eurent pas de peine à les discréditer.
D'un côté, c'était avoir une bien fausse idée des devoirs fédéraux entre les membres du saint-empire, de supposer que si la France attaquait les petits Électorals du Rhin , l'empereur ne se considérerait pas comme obligé d'aller à leur secours. Aussi Marat 6t-il observer avec raison , dans son journal , que c'était « une démarche impolitique et désastreuse de provoquer une rupture avec quelques petits princes de l'Empire , parce qu'on aurait bientôt sur les bras tous leurs alliés * ».
D'un autre côté , vouloir susciter un conflit européen pour l'unique avantage de déjouer les intrigues de quelques milliers d'émigrés, c'était, comme le fit encore observer Marat, a allumer le Qambeau de la guerre pour éteindre un feu d'opéra * ».
t Harat, l'Ami du pmpU, Q^fifi, l-^déi^mbre 1794. ^ Ibid.
jbïGoogIc
Il fallait donc chercher, en faveur de la guerre, des motifs plus élevés et plus sérieux. Vei^iaud se chargea de présenter ceux que le parti pourrait avouer, dans un projet d'Adresse aux Français, lu à l'Assemblée législative le 37 décembre; mais la vérité oblige de dire qu'ils n'étaient pas de nature à exercer un grand empire sur les esprits.
Gomme il était naturel de s'y attendre, les assignats étaient déjà en plein discrédit. Au commencement de décembre 1 791 , le louis d'or coûtait 37 fr. 40 sous, c'est-à-dire plus de la moitié en sus de son ancienne valeur'. Vergniaud exprimait, ainsi que son parti, le singulier espoir que la guerre mettrait fin à l'agiotage, raffermirait le crédit ébranlé et rétablirait la balance du commerce. Les journaux con- ' temporains établissent que personne, dans le public, n'était dupe de cette étrange illusion.
Le second motif allégué par Vergniaud était plus grave. Il ne prétendait à rien moins qu'à propager, les armes à la main , les principes de la Révolution française , sous le prétexte que « la déclaration des droits avait été écrite aussi pour tes autres peuples», et <( qu'il fallait faire envier à tous les rois le titre de citoyen français * ».
Cette idée d'imposer l'égalité aux peuples étrangers par la force, ou, selon la formule adoptée par les initiés entre eux , de municipaliser l'Europe, était
■ Prudhoinine, Bévolutioiu dt Parit, t. X, a' 4S7, p. i66. > Moniteur du 11 janvier 4792.
jbïGoogIc