LIVRE TRENTE-TROISIÈME
plus audacieuse que vraie. Robespierre ta combattit avec un graud bon sens, dans un discours lu aux. Jacobinsj le S janvier 1 792 :
« La plus extravagante idée qui puisse aattre dans la tête d'un politique, dit Robespierre, c'est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés... Avant que les effets de notre constitution se fassent sentir chez les nations étrangères, il faut qu'elle soit consolidée... Remettez l'ordre chez vous, avant de porter la liberté ailleurs *. »
C'étaient là des vérités élémentaires dont la presse se faisait l'écho. « Que nous importe, disaient les Révolutions de Paris, la haine de l'Électeur de Trêves ? Elle nous honore , mais elle n'est pas un titre suffisant pour que nous lui déclarions la guerre. Nous qui voulons être libres, commençons par être justes, et la justice nous défend de rendre les malheureux Allemands victimes de leurs princes.... D'ailleurs, on a beau dire, la preuve de la conspiration des princes allemands n'est pas légitimement acquise... La contre-révolution est impossible , si nous avons la sagesse de nous borner à défendre le berceau de la Révolution *. »
< Prudhonune, Séix^utions de Paris, t. XI, n" 130, p. 86 à 29. ' Id. Ifnd., t. X, n"128.
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39 HISTOIRE DO DIRBCTOIHE.
Voici mainteDant les motifs secrets de la guerre.
Malheureusement pour la France et pour euxmêmes, les Girondins, plus avancés à cette époque dans les idées républicaines que Marat , Danton et Robespierre, ne disaient pas encore au public les espérances qu'ils fondaient sur la guerre. Ils les avouèrent plus tard , avec un cynisme qui pèsera toujours sur leur mémoire.
« Les Jacobins voulaient la guerre, dit Louvet, parce que la paix, continuée six mois, affermissait aux mains de Louis XVI un sceptre despotique , et que la giterre seule, une prompte guerre^ pouvait nous donner la République ' . »
Et Brissot, l'auteur et l'âme de la conspiration, fait le même aveu. « C'était, dit-il, l'abolition de la royauté que j'avais en vue, en faisant déclarer la guerre '. »
Ces aveux font pénétrer le jour de l'histoire dans les sanglantes fourberies des partis révolutionnaires. Us montrent notamment que Louis XVI voulait rester fidèle à la Constitution de 1 791 ; et ceux qui le firent mourir, en l'accusant de l'avoir violée , se vantèrent au contraire de ne l'avoir jamais sincèrement voulue, et d'avoir provoqué la guerre, sans cause sérieuse, pour amener le renversement du tfône.
1 Louvet, Récit de ma périls, p. 8.
3 J.-P. Bri880t, Â Iou« Ui répuUicaina de Franct, p. 8
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LIVBE TRENTE-TBOISIÈME. M
Gwse digne de remarque! ce fut même la loyauté de Louis XVI à défendre la Révolution et la Constitution qui rendit plus faciles à ses ennemis les moyens de les bouleverser toutes deux.
La réunion à la France de la Lorraine, de l'Alsace et du Hainaut, avait maintenu plusieurs seigneurs et princes d'Allemagne en possession des biens ou revenns féodaux qu'ils possédaient anciennement dans ces provinces. Le décret rendu par l'Assemblée constituante dans la mémorable nuit du 4 août 1 789 ât disparaître ces avantages. Les seigneurs et princes allemands dépossédés, faisant observer, non sans quelque raison, que les législateurs français, s'ils avaient le droit de dépouiller leurs nationaux, n'avaient pas le droit de dépouiller les étrangers, réclamèrent et portèrent leurs réclamations devant l'empereur d'Allemagne, leur chef hiérarchique et leur défenseur naturel.
En janvier 4791 , l'empereur exposa ces plaintes à Ixiuîs XVI , qui défendit avec fermeté les décrets de la Constituante, et offrit une juste indemnité aux princes et seigneurs dépossédés.
Saisie de la réponse de Louis XVI, la Diète de Ratisboune demaoda, en substance, que les choses fussent remises dans leur ancien état , tant au temporel , en ce qui touchait les revenus féodaux, qu'au ^iritue), en ce qui touchait l'autorité diocésaine des évèques de Trêves, de Spire, de Bâle, deMayence etde Liège, etsur quelques parties des provinces françaises.
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ËD transmettant et ea appuyant les conclusions de ta Diète, par un office du 3 décembre 1791 , l'empereur, il faut bien le dire, insistait principalement sur le rétablissement des princes dans la jouissance de de tous les revenus qui leur avaient été enlevés, ce.quî 'aissait une voie ouverte à la reprise des indemnités et à une conclusion amiable.
Les desseins secrets des Girondins devaient rendre les négociations inutiles.
Poussé par Brissot et par Gensonné , le comité didlomatique persuada à l'Assemblée législative que l'empereur avait violé le traité de 1 756 ' , et fit rendre, le Sl5 janvier 1793, uu décret incendiaire qui rendait la guerre certaine ou à peu près inévitable.
En effet, ce décret invitait le- roi à déclarer à l'empereur « qu'à défont par lui de donner à la nation, avant le 1"' mars prochain, pleine et entière satisfaction, son silence, ainsi que toute réponse évasive et dilatoire, seraient regardés comme une déclaration de guerre ' ».
■ Le plus curieux de cette affaire, c'est que ce traité de 1756, passé eotre Louis XV et Hsrie-Thérèse, stipulait que l'Alsace et la Loiraiae ne changeraient jamaU de nom, et que les princes allemands y jouiraient de tous leurs droite, ions qu'il put y être porté aucune atteitOe.
C'était donc l'Assemblée nationale qui avait violé deux fois le traité de 1766, en supprimant les noms des anciennes provinces, et en dépouillant les princes allemands de leurs droite et revenus.
s Moniteur du 16 janvier 1791.
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