LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME. i
l'opiDion publique : « La première nouvelle du décret du Conseil t^ Anciens avait porté l'étonnemeot dans I^ris. Bientôt le nom de Bonaparte, ses proclamations, l'espoir d'an nouvel ordre de choses, qui allait promptemenl mettre un tenue aux injustices, aux vexations de toute espèce et à la misère qui en était la suite; enfin, ta joie de se voir délivrés de la tyrannie des hommes de sang , dont on connaissait les complots pour se ressaisir du pouvoir, et contre qui cette révolution paraissait principalement dirigée, excitèrent parmi tous les habilaoïs de cette grande cité la sati^ractioa la plus vive '. »
Ainsi, tout était prêt pour changer la ConstitotioD ; son chaagement était accepté d'avance par l'opinion publique, et rien n'était encore décidé 'sur la nature et sur l'étendue des modifications qu'on lui ferait subir. Un conseil eut lieu sur cet important objet dans la salle des inspecteurs, aux Tuileries, le 18 Brumaire au soir*. Indépeudamment de Bonaparte, de Sieyès, de R<^r-Ducos et des inspecteurs des deux Conseils, on y appela les personnes influentes qui devaient proposer ou appuyer, aux Anciens et aux Cioq-Cents, les mesures adoptées. Cétaient, pour le Coi^eil des Anciens, Lemercier, Régnier, Comudet et Fargues; c'étaient Lucien Booa-
' Mémoires hisbyriqves swr Je 18 Brumaire, par des témoins oeilBires, p. 30.
' Cette circonstance est indiquée par le général Gourgaud, Mémoires de Napoléon, t. I, p. Si, et par Boulay de la Meurthe, dans ses Mémoires inédits.
4li HISTOIBE DU DIRECTOIRE.
parte, Boulay de la Meurthe, Emile Gaudia, GhazaI et Cabanis, pour le Conseil des Cinq-Cents.
Dans cette conférence , qui dura une partie de la nuit, on décida qu'il serait proposé aux Conseils, à la séance du lendemain , de prendre deux mesures générales :
1' Le Directoire serait supprimé et remplacé provisoirement par une commission consulaire de trois membres, qui seraient Bonaparte, Sieyès et Roger- Ducos.
3* Les Conseils seraient ajournés à trois mois, et, pendant la durée de cette prorogation, deux commissions nommées par eux seraient chargées de préparer les changements à apporter aux dispositions organiques de la constitution, dont l'expérience avait fait sentir les vices, mais en conservant, comme principes fondamentaux , la souveraineté du peuple, la République, le système représenlalif, la division des pouvoirs, la liberté, l'égalité et la propriété.
Conformément à la Constitution, que l'on voulait modifier par les voies légales, la proposition de ces changemenls devait être faite le lendemain, sous forme de motion d'ordre, au Conseil des Cinq-Cents, dès l'ouverture de la séance, pour être soumise, après son vote, à l'approbation du Conseil des Anciens. Emile Gaudin s'était chargé de cette motion, qui, vu la composition dii Conseil, ne laissait pas que d'être délicate et épineuse.
Il était déjà facile, en effet, de prévoir pour le