LIVRE QUARANTE-QUATBIËHE. it
lendemain un vioteot orage. Pendant que l'on délibérait aux Tuileries, des conciliabules ardents réunissaient, à l'hôtel de Salm et ailleurs, tes hommes du Manège. Que proposaient-ils? que décidaient-Us? On ne le savait pas au juste; mais on supposait avec raison qu'ils ne se soumettraient pas sans lutte. Augereau et Jourdan, les seuls généraux, dont ils pussent espérer le concours, étaient venus dans la. journée trouver Bonaparte aux Tuileries; Augereau s'était même offert de bonne grâce, reprochant affectueusement au général d'avoir douté de « son petit Augereau »; mais, liés comme ils l'étaient au parti des démagogues, ils pouvaient, Jourdan surtout, devenir un point de ralliement.
Sieyès ouvrit alors l'avis de faire arrêter, pour éviter une lutte trop ardente, une quarantaine de meneursconnus par l'exaltation de leur caractère, et déjà désignés par la violence de leur langage. Celait une de ces mesures extrêmes et regrettables en ellesmêmes, qu'expliquent et qu'excusent seules des circonstances comme celles où la France se trouvait alors. Tous les assistants appuyèrent l'avis de Sieyèsj Bonaparte seul s'y refusa, croyant avoir trop de force pour employer tant de prudence *. L'événement prouva que la précaution n'eût pas été superflue.
Le 19 brumaire au matin, les députés devancèrent, pour la plupart, la convocation. On les vil arriver à Saint-Cloud de dix à onze heures, et rem-
' Gourgaud, Mimoireide Napotétm, 1. 1, p. 84.
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m HISTOIRE DU DIRECTOIBB.
pJir de groupes animés la cour, la terrasse et les allées du parc.
Le bruit était généralemeal accrédité que les membres du parti du Manège avaient passé la nuit à se omcerter et à s'entendre sur un plan de conduite. Qu'avaient-ils résolu ? on ne le savait pas avec précision; on disait seulement qu'ils devaient s'emparer des abords de la tribune , soit pour l'occuper euxmêmes, soit pour la dominer par leurs cris; et l'on ajoutait qu'en vue de déconcerter les projets de leurs adversaires, ils devaient proposer de prêter un nouveau serment à la Constitution de l'an III , et attaquer, comme inconstitutionaels, les pouvoirs conférés à Bonaparte.
Parmi les plus animés de ce parti, Briot, Destrem, Savary, Marquésy se Taisaient remarquer par la v^émence de leur langage. Le nom de Cromweîl circulait de groupe en groupe, et Bonaparte put entendre lui-m^ïe ces paroles : k Ah I il veut être un César ?. . . Eh bien, il faut que cela se décide. »
Les membres conservateurs des deux Conseils n'étaient eux:-4nèmes ni rassurés ni rassurants. La plupart avaient été tenus dans l'ignorance ct»aplèle de ce qui devait être proposé. Ils en étaient blessés, et plusieurs d'entre eux se fondaient sur cette réticence pour se montrer généralement circonspects, certains méfiants, quelques-uns hostiles. Les nouveaux, venus dans les troubles civils cachaient à peine la vive préoccupation que leur inspirait cette crise,
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