LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME
en deux parties éloignées l'une de l'aulre leurs adversaires, les jacobins criaient : A bas la dictature! La Constitution ou la mort! Les baïonnettes ne nous effrayent pas! Le bureau était assiégé, la tribune prise d'assiiut, le président insulté. Lucien se couvre, sç lève et dit : « Je sens trop la dignité du président du Conseil pour souffrir plus longtemps les menaces insolentes d'une partie des orateurs; je les rappelle à l'ordre. »
Ces paroles fermes ramenèrent un peu de silence et permirent de commencer une espèce de discussion. Grandmaison, député de la Gironde, prononça un discours assez décousu sur la situation, et demanda que le Conseil renouvelât solennellement le serment de fidélité à la Constitution de l'an IIL L'approbation bruyante donnée à celte motion fit voir qu'elle avait été concertée. Le Conseil décida que le serment serait prêté par appel nominal; et des cris nombreux de : Vive la République! vive la Constitution! suivirent ce décret. La proposition d'un message au Conseil des Anciens, pour lui annoncer que les Cinq-Cents étaient constitués, fut renvoyé apr^ l'appel nominal.
Les plans des jacobins se dessinaient : ils s'étaient groupés autour de la tribune pour dominer les débats et imposer leurs décrets par la violence. Celui qu'ils venaient d'emporter détruisait tous les plans des conservaleurs et renversait leurs espérances. L'appel nominal ne permettait à personne de se soustraire au
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serment. Ceux qui n'avaient'pas été initiés aux secrets de la journée, laissés ainsi sans direction, avaient cédé à l'impulsion des jacobins; tes autres^ se trouvant isolés, l'avaient subie. Telle était, au milieu de l'effervescence du Conseil des Cinq-Cents, la force de cette impulsion, que Lucien Bonaparte et Boolay, à l'appel de leurs noms, durent prêter serment comme les autres.
L'appel et le réappel durèrent jusqu'à quatre heures. Les jacobins étaient maîtres du terrain aux Cinq-Cents, et ils paralysaient tout. En elFet, ce Conseil avait l'initiative des lois; c'était de son sein que devait partir le décret abolissant le Directoire, créant une commission consulaire, ajournant le Corps législatif, et laissante deux commissions, choisies dans les deux Conseils, le soin de déterminer les modifications à introduire dans la Constitution. Le serment de fidélité à la Constitution de l'an III, habilement et solennellement imposé, liait donc les Cinq-Cents et ne permettait aucune illusion sur leur retour.
La situation devenait ainsi Irès-difiicile , puisqu'on était résolu d'agir par les voies légales, et qu'avec tout espoir de concours du Conseil des Cinq-Cenis s'évanouissait la première base de la légalité.
Le Conseil des Anciens, entré en séance vers deux heures, était bien disposé; son appui était certain, quoique l'esprit des Cinq-Cents y eût pénétré un peu par les conversations de la matinée, et y jetât quelques hésitations par ses violences actuelles; mais son
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