LIVRE QUARANTE-QUAÏlllÈHE. i
C'est vers quatre heures que Bonaparte, qui n'avait d'autre pouvoir régulier que le commandement des troupes, crut devoir prendre la direction morale des événements. Il était temps; rien ne marchait vers le but indiqué. Le Conseil des Cinq-Cents, toujours en ébullitïon, faisait le réappel pour le serment de fidélité à la Constitution de l'an III; le Conseil des Anciens, après avoir épuisé une vague discussion sur la situation de la République, avait interrompu la séance et attendait. L'anxiété y était profonde et justifiée.
Btfcaparte résolut tout à coup de se rendre au Conseil des Anciens. Il n'est pas déraisonnable de supposer qu'en prévision d'une hostilité intraitable des Cinq-Cents, le général voulait se ménager dans les Anciens l'éventualité d'un point d'appui légal. Ce qui autorise cette hypothèse, c'est que dans la soirée, lorsqu'on put croire le Conseil des Cinq-Cents dissous de fait, celui des Anciens, s'attachant à l'esprit plutôt qu'à la lettre de la Constitution, prit sur lui de rendre, sur la proposition de Cornudet, le décret qui prononçait la suppression du Directoire, la formation de la Commission consulaire et l'ajournement du Corps législatif '. Dans toutes les hypothèses, Bonaparte agissait habilement en dirigeant tes Conseils et en consolidant par son intervention
' Ce détail important, qui a ëcliappë aux historiens, est pourtant indiqijiï dans le Moniteur du 11 novembre 1799, et ae liwive tout au long dans les procès-verbaux du Couseil des Anciens.
m HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
morale, dans celui des Anciens, la majorité conservatrice qui avait conçu l'idée et pris l'initiative des évéoemenls.
Le procès-verbal des Anciens fixe à quatre heures et demie l'arrivée de Bonaparte. La séance avait été suspendue. Un mouvement, dit le Moniteur, se manifeste dans le Conseil. Tous les membres se remettent en place. Le général entre suivi de ses aides de camp et demande la parole. •
Le président la lui accorde.
Bonaparte s'exprime ainsi ' :
' Les historiens liostiles à Bonaparte, M. Thiers et M. de Barante notamment, ont adoptô le récit de Bourrienne, au sujet du discours
prononcé au Conseil des Anciens. Ils disent que ce discours, tel qu'il a élé conservé, a été fait après coup, et que Bonaparte s'était borné à bdbutier des paroles incMrentes.
L'examen attentif des documents contemporains prouve clairement que cette opinion n'est qu'une absurde calomnie, et que le discours de Bonaparte est parfaitement authentique.
Il existe de ce discours dem versions contemporaines, rédigées simullanémeni, le 1 9 brumaire dans la nuit, sans que leurs auteurs aient pu se concerter.
L'une est la version du procès-verbal officiel du Conseil des Anciens; l'autre est la version du MoniUaT, qui était alors un journal rédigé et exploité comme entreprise particulière, sans attache avec le gouvernement.
Ces deux versidns sont différenles; celle du Moniteur est plus longue, parce qu'elle est plus dilTuse ; mais tous les traits essentiels, toutes les idées fondamen laies, sans exception, se trouvent identiquement dans les deux versions.
En outre, et ce fait est une nouvelle preuve de l'authenticité du
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