‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 189 sur 204 · LIVRE QUABANTE-QUATRIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE QUABANTE-QUATRIÈME. i

» Je dirai tout.

» Depuis mon retour, je n'ai cessé d'être entouré d'intrigues; toutes les factions se sont pressées autour de moi, pour me circonvenir. El ces hommes, qui se qualifient insolemment les seuls patriotes, sont venus me dire qu'il fallait écarter la Constitution; et pour purifier les Conseils, ils me proposaient d'en exclure des hommes amis sincères de la patrie. Voilà leur attachement pour la Constitution! Alors j'ai craint pour la République; je me suis uni à- mes frères d'armes; nous sommes venus nous ranger autour de vous.

» Il n'y a pas de temps à perdre; que le Conseil des Anciens se prononce. Je ne suis point un intrigant; vous me connaissez; je crois avoir donné assez de gages de mon dévouement à ma patrie. Ceux qui vous parlent de la Constitution savent bien que, violée à tous moments, déchirée à toutes les pages, la Constitution n'existe plus. La souveraineté du peuple, la liberté, l'égalité, ces bases sacrées de la Constitution, existent encore; il faut les sauver!

u Si l'on entend par Constitution ces principes sacrés, tous tes droits qui appartiennent au peuple, tous ceux qui appartiennent à chaque citoyen, mes camarades et moi nous sommes prêls à verser notre sang pour les défendre. Mais je ne prostituerai pas la dénomination d'acte constitutionnel, en l'appllqnant à des dispt^itions purement rt^glementaires, qui n'offrent aucune garantie aux citoyens.

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» Au resie, je déclare que, ceci fini, je ne serai plus rien dans la République que le bras qui soutien- - dra ce que vous aurez établi. »

A ce moment, le Conseil déclare reprendre ses délibérations et offre au général séance dans son sein. Coniudet et Fargues demandent que le général continue ses observations sur les projets des partis et sur la situation de la République. Il reprend en ces termes :

« Citoyens représentants, le Conseil des Cinq- Cenls est divisé; les chefs des factions en sont la cause. Les hommes de Prairial, qui veulent ramener sur le sol de la liberté les échafauds et l'horrible régime de la terreur, s'entourent de leurs complices et se préparent à exécuter leurs affreux projets. Déjà l'on blâme te Conseil des Anciens des mesures qu'il a prises, et de m' avoir investi de sa confiance. Pour moi , je n'en suis pas ébranlé. Trembterais-je devant les factieux, moi que la coalition n'a pu détruire? Si je suis un perfide, soyez tous des Brutus. Et vous, mes camarades , qui m'accompagnez, vous, braves grenadiers, que je vois autour de cette enceinte', que ces baïonnettes avec lesquelles nousavons triomphé ensemble se tournent aussitôt contre mon cœur. Mais aussi, si quelque orateur soldé par l'étranger '

' Le JfbniYeur a p!acë à tort ces paroles de Bonaparte et les demandes dexplicalioDS qui les amèneat avant le paragraplie précédent du discours.

^ Le Moniteur rapporte ainsi ce trait i — n Et si quelque orateur payé par Tëtranger, parlait de me mettre hort la loi, qu'il prenne

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IIVRE QUARANTE-QUATRIEME. i!7

ose prononcer contre votre général les mots Hors ia loi! que le foudre de la guerre l'écrase à l'instant. Souvenez-voQS que je marche accompagné du Dien de la guerre et du Dieu de la fortune '

H Je me relire..- vous allea délibérer. OrdoBoez el j'exécuterai. »

Qoelques iDeiubres inaslent pour que le général nomme les personnes qui lui ont fait des ouvertures en vue de renverser la Constitution. Bonaparte répond :

(I Chacun avait ses vues, chacun avait ses plans, chacun avait sa coterie. Le citoyen Barras, le citoyen Moulins avaient tes leurs. Ils m'ont fait des propositions.... '. »

Bonaparte est interrompu par divers députés, qui demandent que le Conseil se forme en comité général. Laussal combat cette proposition et veut que les explications continuent en public. Comudet appuie l'avis de Laussat; il annonce qu'il proposera de mettre te Conseil des Cinq-Cenls, par un message, en demeure de présenter des mesures de saint public, afin que, s'il s'y refuse, le Conseil des Anciens prenne l'initiative et sauve, seul , la liberté. Le Conseil décide que les explications du général continueront en présence du public, et le président

garde de porter cet arrêt contre lui-mâme J'appellerais à vons,

mes braves compagnons d'armes; à vous, braves soldats, que j'ai tant de fois menés à la victoire »

■ Ce passage est ainsi dans le A/ontfeur : — n Je m'en remettrais, mes braves amis, au courage de vous lous et à ma fortune »

^ Ce trait est dans te Xomttur.

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4t8 HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

l'invite à les compléter. Bonaparte les reprend el les termine ainsi :

« Depuis mon arrivée , tous les magistrats , tous les fonctionnaires avec qui je me suis entretenu m'ont montré la conviction que la Constitution , taut de fois violée, perpétuellement méconnue, est sur le penchant de sa ruine; qu'elle n'offre pas de garantie aux Français, parce qu'elle n'a pas de diapason '. Toutes les factions en sont persuadées; toutes se disposent à profiler de la cliule du gouvernement actuel. J'ai cru ne devoir m'unir qu'au Conseil des Anciens, le premier corps de la République. Je lui répète qu'il ne peut prendre de trop promptes mesures, s'il veut arrêter le mouvement qui, dans un moment peut-être, va tuer la liberté.

« Recueillez-vous, citoyens représenlantsjje viens de vous dire des vérités que chacun s'est jusqu'ici confiées à l'oreille, mais que quelqu'un doit avoir enfin le courage de dire tout haut. Les moyens de sauver la patrie sont dans vos mains. Si vous hésitez à en faire usage, si la Uberlé périt, vous en serez comptables envers l'univers, la postérité, la France et vos familles *. »

' Le Moniteur fait ainsi cel(« phrase : « Elle n'offre plus de garanties aux Français, elle ne peut plus entretenir l'harmonie, parce qu'elle n'a plus de diapason, u

' Dans le Moniteur le discours se termine ainsi : « Hâlez-vous donc de prendre des moyens pour retirer la République du danger, si vous ne voulez point recevoir de sanglants el d'étemels reproches du peuple fraitçais, de vos familles et de vous-mêmes. »

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