‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 190 sur 204 · LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME

Le général se retire.

L'effet du discours de Bonaparte fut décisif. Un membre du Conseil des Cinq-Cents, témoin attentif des événements, et les racontant, en 181 4, dans une Notice substantielle, dit que » ce langage sulfureux incendia les esprits ' ». Après une courte discussion, une commission de cinq membres , composée de Régnier, de Cornet, de Comudet, de Dalphouse et de Laloy, proposa un décret qui remplaçait provisoirement le Directoire par une commission executive de trois membres, ajournait le Corps législatif au 1" nivôse, — 22 novembre 1799, — et formait une commission intermédiaire, prise dans le Conseil des Anciens, pour- l'expédition des afiaires ordinaires'.

Le Conseil adopta ce décret, qu'un décret pareil et plus régulier, rendu dans la soirée par le conseil des Qnq-Cents, rendit inutile; mais qui, au moment et dans les circonstances suprêmes où il fut voté, était l'ancre de salut de la société penchée sur l'abtme.

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'ëd descendant du salon de Mars, Bonaparte se rendit à l'orangerie , où siégeait le Conseil des Cinq- Cents. Quel dessein le conduisait au sein d'une assemblée pleine de passion et de tumulte , et déjà engagée

' Natta sur le dix-huit Brumaire, par un tëmoin qui peut dire : Quodviditestor, p. 35. Paris, Schal, I8U.

* Procès-verbal du Comeil dei Anâens, 19 brumaire an VIII.

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430 mSTOIBE DU DIRECTOiRE.

contre lui par le serment prêté à la coaslituïion de l'an III? Il serait im|>ossiblc de le dire avec une entière certitude, puisque, au li^ d'avoir essayé d'y balbutier quelques mots ' , oomate aux Anciens , aiesî que le prôtend Bourrienne ', il ne lui fut point possible, non-stMilement d'y parler, mais d'arriver même au tiers de la longueur de la salle. Les t^oinsquiont raconté les événements de SaJnt-Goud se partagent sur les intentioiis qui poussaient Bonaparte aux Cinq- Ontsf mais ils sont unanimes sur le sang-froid qni avait présidé à sa résolution, c(»ime sur le calme de son attitude.

Les uns, et c'est le plus grand nombre, supposmt que Bonaparte venait faire au bon sdbs et au patriotisme des Cinq-Cents un app^ suprême, leur exposer loyalement la situation de la France, et les adjurer de prévenir, par des mesures promptes et décisives, les dangers imminents qui la menaçaient. Cette hypothèse, qui n'est pas d'ailleurs la moins probaUe, suppose que Bonaparte conservait l'espoir, sinon de ramener le parti du Manège, du moins de reconstituer une majorité contre lui. Elle montre combien le géniTai , loin d'avoir été troublé aux Anciens, conservait de netteté d'esprit, de résoluLion et d'empire sur lui-même, puisqu'il allait affronter une discussi(Hi publique, sur la violence de laquelle il n'y avait à se faire aucune illusion.

' On a vu que ces queb/ues moti sont Tin long et feean dtsoouîs. ^ BourriMue, Mémtires, t. Ul, ch. vin, p. 91.

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