‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 21 sur 204 · LIVRE TRENTE-TBOISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TBOISIÈME

message royal , proiiooça soo décret le 20 avril , au milieu des transports universels de ses dupes et de ses complices.

Le lendemain, 21 avril, les commandants des Ux>upes recevaient l'ordre d'envier le territoire de l'empereur et roi.

Ainsi commença, allumé par une aveugle faction, cet incendie de la guerre, qui dura vingt-trois ans, et que deux invasions éteignirent au cœur même de la France , après qu'il eut dévasté l'Europe entière.

Qu'était devenue la question de la guerre après le 18 fructidor?

Au moment où le coup d'État du Dix-Huit Fructidor donnait au Directoire, avec la sécurité intérieure, un surcroît d'énergie pour les luttes du dehors, la première coalition européenne de 4792, suscitée par les principes subversifs des Jacobins, était disloquée.

Là Prusse, rassurée ou désabusée la première, avait fait sa paix, séparée au mois d'avril 1 795 ' .

L'Espagne , épuisée par une lutte sans objet pour elle, avait traité à Bàle au mois d'avril de la même année '.

Les premiers succès de Bonaparte en Italie avaient

' HoniteuT du 13 avril 179S.

^ MotUUur du 3 août 1795.

détaché ta Sardaïgne dès le mois de iDait796 ', et les Deux-Siciles dès le mois d'octobre '.

Seul, l'empereur d'Allemagne luttait encore, soutenu par l'Angleterre, déjà dépouillé des Pays-Bas et de l'Italie, et réveillé tout à coup, par l'énergique mesure du Dix.-Huit Fructidor, des illusioas dont Pichegru et les émigrés l'avaieul bercé sur les dispositions de la France.

L'obstination de l'empereur était donc, eu 1797, le seul obstacle au rétablissement d'une paix ardemment désirée, et dans laquelle l'opinion publique voyait, avec la garantie des résultats de la Révolution , le retour de l'ordre , de la sécurité , du travail et du bien-être nécessaires à une société si longuement et si cruellement éprouvée.

Il n'était pas un homme sensé aux yeux duquel le sort de la Révolution ne dépendit du résultat ûnal de cette guerre acharnée et générale, imposée à l'Europe par une propagande démagogique et par une injuste agression. Les puissances voyaient en nous deux ■ sortes d'ennemis : des principes subversifs qui les menaçaient, et des armées enthousiastes qui les rançonnaient. Les armées vaincues, c'en eût été fait des principes, car la Révolution avait eu le tort de se faire, au dedans, tant d'ennemis ulcérés par ses violences, que beaucoup d'entre eux, surtout à cette époque, auraient accepté l'ordre et la paix, même

' Moniteur du 31 mai n96.

s Moniteur du S6 octobre 1796.

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LIVBE TBENTE-TROISIÈHE. fS

de la main des étrangers. IL est certain qu'il y avait alors peu de partis à prendre parmi les plus extrêmes, que n'eût excusés par avance l'abus de la proscription et de la mort.

Tous ceux qui aimaient les résultats généraux de la Révolution , tous ceux qui avaient un intérêt matériel ou moral à leur maintien , appelaient donc de leurs vœux une paix définitive, qui vint les garantir et les consacrer.

La République était d'ailleurs moins aimée que tolérée.

En ce qui touche , en effet , la forme du gouvernement, la plus vive rancune que la France avait le droit de nourrir contre la République n'était pas même fondée sur ce que* ce régime s'était imposé par surprise, mais sur ce qu'il s'était maintenu par supercherie et par violence , ne semblant pas croire qu'il fât obligé, comme le régime monarchique, de gagner ses éperons et de fonder sa légitimité sur des services.

ÏM monarchie n'était pas née et ne s'était pas imposée en un jour. Longtemps simple Suzeraineté, elle avait employé des siècles de sagesse , de courage et de dévouement au pays à élever l'un sur l'autre les degrés de son trône. C'est pour avoir conquis le territoire province à province, pour l'avoir défendu, fécondé, policé, honoré, qu'on avait accepté sa do-

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miDation; et la conscience publique ne l'avait recon- Dne légitime que' parce que ses ceuvrës l'avaient montrée nécessaire.

Au contraire, la République, semblable an voleur de nuit de l'Écrilure, s'était introduite à la dérobée parles portes latérales, le visage masqué et en contrefaisant sa Toix.

Le jour oii elle fut votée , le 2S septembre 1 79S , sans discussion ,- sans rapport, par assis et levé, en cinq minutes, sur la proposition d'un comédien médiocre, ancien pensionnaire de la Montansier, la (invention, réunie pour sa première séance, venait de faire l'appel de ses membres. Sur sept cent qiuiranlenmf députés dont elle se composait, l'appel , dit le Moniteitr ' , constata qu'il y avait trois cent soiœanteonze membres présents. Il y avait donc trois cent soiœaïUe-diso-huit membres absents, c'est-à-dire plus de la moitié.

Ce fut cette minorité présente à Paris qui, sans attendre même un jour l'arrivée de ses collègaes de province, prit sur elle d'abolir la monarchie et d'établir la République.

Et comme un homme, d'ailleurs peu suspect d'enthousiasme monarchique , Bazire, député de la C&ted'Or, effrayé, ce fut son mot, de ceUe précipitation, demandait que la proposition fûl discutée * ^ l'Assemblée passa outre, sur cette observatioa de Grégoire,

' Moniteur du 22 sepl«mbre ^^9i.

' Ibid.

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