‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 26 sur 204 · LIVRE TRENTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-QUATRIÈME

et qui pourtaut le mit en lumière plus avaDtageusement qu'aucun autre, parce qu'il avait démêlé et qu'il appliqua sa véritable et sérieuse aptitude.

Sans l'Empire, Merlin aurait laissé le souvenir d'un politique médiocre et d'un révolultouDaire violent; grâce à l'Empire, il restera au nombre des plus éminents jurisconsultes.

Pendant toute la durée des assemblées orageuses de la Constituante et de la Convention, Merlin fut l'âme et la ressource des comités, qui avaient ou les vieilles lois à changer, ou les lois nouvelles à coordonner. Il possédait à un degré plus éminent que personne cette science des textes, de leur concor* dance, de leurs rapports, qui ne fait pas qu'on soit un législateur, mais qu'un législateur doit avoir à son service, comme un sculpteur a besoin du praticien pour exécuter correctement le dessin et le modelé de ses statues. C'est par ce côté de la préparation et de l'agencement des testes que Merlin eut sa part dans les décisions les plus fondamentales de la Constituante et dans les actes les plus violents de la Convention.

La participation la plus mémorable de Merlin aux mesures révolutionnaires, ce fut la rédaction de la Loi des Suspects, décrétée le il septembre 1793.

Cette loi des suspects était l'accomplissement implacable de la pensée de haine et d'extermination au nom de laquelle Marat, Robespierre, Saint -Just, Couthon, Billaud-Varenne, Collet d'Herbois, pour-

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t( HISTOIRE DD DIRECTOIRE.

suivaient, depuis 1792, tous ceax qui, de fait ou de pensée, étaient ou semblaient dévoués au principe de l'ancienne société. Ces personnes suspectes formaient une catégorie de victimes d'autant plus redoutable, qu'on y était aussi bien rangé à raison de see amis qu'àr cause de ses ennemis. La loi des suspects saisissait et jetait dans les cachots tout ce qui avait échappé aux massacres de septembre, au tribunal révolutionnaire de Paris et aux commissions militaires des départements.

C'était Marat qui avait eu l'initiative de cette odieuse pensée. Il avait demandé, le 3 avril 1793, l'arrestation de toutes les personnes suspectes ' ; Robespierre appuya cette proposition le 8 mai *, et Collot d'Herbois le 1 0.

L'âme reste navrée à la lecture des débats hideux où furent discutées la liberté, la fortune et la vie de tant d'innocents. C'était comme une curée où se précipitaient les affamés de la Convention. « Ce n'est pas assez, disait Couthon, de mettre en arrestation les gens suspects; il faut en tirer parti. Un homme suspect est un numstre, qu'on ne peut trop puiser. Il faut tirer d'eux une contribution qui servirff à payer les sans-culottes *. »

Ces menaces répandirent partout l'épouvante; les provinces, oii la fièvre révolutionnaire était moins

1 Moniteur du 40 mai 1793. SéaDca de la Convention du 8. ' Moniteur du (3 mai 1793, Séance du 10, » Moniteur du 10 mai 1753. Séance du B,

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